MADAME VEUVE VINET
OE tAUZANNE.
MabamEi
Ces récits, que je vous offre, avaient obtenu l'approbation de M. Vinet; plus que personne, il m'avait encouragé à les multiplier dans le recueil populaire où je les faisais paraître sans nom d'auteur. Il aimait à y trouver le calme et la simplicité que je n'avais pas su mettre dans des œuvres plus importantes ; il se réjouissait, disait-il, que « l'abeille eût perdu son aiguillon. » Ce sont surtout ces encoura-
gements qui m'ont enhardi à publier la collection que ce volume continue (1). Sachant ce qui manquait à mes récits sous le rapport àfi l'art, Je me suis confié à ce qu'ils pouvaient valoir par Tintenlion, et je n'ad pas hésité à signer des pages que le Fénelon de la Suisse protestante avait approuvées. La volonté de celui qui gouverne tout ne m'a point permis d'offrir à M. Vinet lui-même cette réimpression ; je l'offre à la compagne qui a connu ses sympathies et qui nous reste ici-bas comme une part de son âme. Accueillez-la, Madame, au nom de celui dont la forme terrestre a disparu, mais qui survit tout entier dans le cœur de ceux qui l'ont connu, c'est-à-dire qui l'ont aimé. Ce livre et tous les volumes qui s'y rattachent lui sont dus à plus d'un titre, car ils ne sont
(1) Un Philosophe sou» lea toits. Confession d'un ouvrier, le» Chronique» de U mer, Dan» la prairie, Au coin du feu, Sou» 1* tonnelle*
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pas nés seulement de son approbation » mais de son influence, de son souvenir. Lancé dans la bataille avec toute Tardeur de la bonne volonté , j'en ai été rappelé par cette voix qui me reprochait de percer les ennemis « même avec une épée d'or, » et, remonté sur la colline, j'ai passé des rangs des soldats dans ceux des lévites, jeté le cri de paix à la place du cri dé guerre. Ni mon drapeau ni mes espérances n'ont changé, mais je les ai défendus autrement. L'ami qui me conseillait a laissé tomber dans mon cœur quelques gouttes de sa mansuétude, et la source amère a coulé plus douce. Je viens le remercier en vous et rapporter à sa mémoire le succès de ces nouveaux efforts qui lui appartiennent autant qu'à moi.
L'enseignement que j'ai voulu renfermer dans ces simples récits est tout humain; je n'avais, pour parler de plus haut, ni mission, ni caractère ; mais encore bien que la voix vienne
du inonde et non du temple, j'aime à espérer que vous Técouterez sans scrupule. II n'est point donné à chacun de porter les tables de . la loi et de descendre du Sinaï. La vie journalière a besoin d'une morale terrestre, c'est le pain grossier, mais quotidien dont vit le plus grand nombre. Quand Dieu a fait mûrir la moisson qui le fournit, la main d'un travailleur de bonne volonté le pétrit pour la foule : je ne suis rien autre chose que cet obscur travailleur. Puissiez- vous trouver quelque plaisir. Madame, à relire ces pages. Tous mes vœux seront accomplis si ce volume , admis dans la famille comme ceux qui l'ont précédé , est emporté par la mère pour les promenades d'été, et s'il peut être lu en commun aux bords de quelque clairière , en face de la création.
EMILE SOUVESTUE.