PREFACE
Si, dans une certaine mesure, il est dès maintenant possible d'écrire, comme je l'ai tenté récemment, l'histoire des classes rurales en France au Moyen-Age, il est évident que, pour les temps modernes, une pareille synthèse serait encore tout à fait prématurée ; elle ne pourra être entreprise avec un réel profit pour la science que le jour où de bonnes monographies régionales auront, pour la plupart des provinces, décrit avec précision la condition des paysans dans les derniers siècles de l'Ancien Régime.
L'histoire des classes rurales en Bretagne du XVP siècle à la Révolution m'a paru mériter tout particulièrement une étude approfondie. C'est qu'en effet la Bretagne, même aux XVIP et XVIIP siècles, a conservé un caractère original. Réunie tardivement au royaume, elle n'a subi que lentement l'influence des institutions françaises. Elle a gardé jusqu'en 1789 une constitution particulière; ses Etats, où prédomine l'aristocratie foncière, exercent encore une autorité considérable, essentiellement favorable au maintien des privilèges seigneuriaux. Condamnée par la nature à un faible développement économique, elle n'a jamais eu qu'une très médiocre activité industrielle ; la vie urbaine y a été toujours très peu intense ; en un mot, c'est un pays plus exclusivement rural que la plupart des autres régions de la France. Considérons aussi qu'on y trouve des modes de tenures particulièrement curieux : le domaine congéable, la quevaise, le comptant.
Au premier abord, l'étude que j'entreprends semble présenter moins d'intérêt pour les temps modernes que pour le Moyen-Age. L'évolution si remarquable, qui a transformé l'esclavage en servage et qui du serf a fait un vilain franc, per-