VI PRÉFACE
sonnellement libre, est presque complètement achevée avant la fm du Moyen-Age. Déjà, vers le milieu du XIV^ siècle, la condition des paysans paraît fixée, dans ses traits essentiels, telle qu'elle subsistera jusqu'à la fm de l'Ancien Régime. Et c'est à ce même moment que l'on commence à percevoir la décadence du régime domanial ou seigneurial, à voir les premiers effets de la naissante fiscalité royale, qui va peser de plus en plus lourdement sur les classes rurales.
Mais, d'autre part, on trouvera dans cette étude la solution d'un problème certainement intéressant ; la Bretagne est, sans aucun doute, l'un des pays oii le servage a disparu le plus tôt, où la personne du paysan semble avoir été le plus rapidement émancipée; la question se pose donc de savoir si, à l'époque moderne, les classes rurales de la Bretagne ont conservé leur avance, ou si, au contraire, elles sont soumises à une exploitation aussi dure que les paysans des autres régions de la France. Puis, — et voilà ce qui donne vraiment tout leur prix à des recherches de ce genre, — c'est seulement aux XVP, XVIP et XVIIP siècles qu'apparaissent en pleine lumière l'organisation de la propriété foncière, le caractère du régime seigneurial, les divers modes de location des terres, la condition des diverses classes de cultivateurs, la nature de l'exploitation agricole, la vie matérielle et morale des paysans. Au Moyen-Age, on ne peut guère discerner que les principales étapes de l'évolution des classes rurales; à l'époque moderne, au contraire, on peut se représenter d'une façon réelle et concrète l'existence des populations agricoles.
C'est qu'en effet les sources auxquelles il nous est possible de puiser sont infiniment plus nombreuses et plus instructives que pour la période du Moyen-Age. On n'en est plus réduit aux données souvent très maigres et très sèches des chartes. Les fonds seigneuriaux sont très riches en documents de toutes sortes : aveux des vassaux, aveux généraux des seigneuries; comptes seigneuriaux, souvent très détaillés; correspondances d'affaires; procès; registres des justices seigneuriales, etc. (1). Non moins importants sont les documents
(1) A cette catégorie de documents, il convient de joindre les titres domaniaux du roi (Arch. Nat., série Q) et les terriers du dornaine royal (série P),