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PARTIES CONSTITUTIVES DES FERMES

s'étendent sur plus de 100 journaux (D. D'autre part, il y a beaucoup de petites closeries qui ne contiennent qu'une dizaine de journaux, et parfois moins encore (2).

Les fermes forment presque toujours un domaine complet, coîîiprenant toutes les catégories de terres : des pièces labou- . râbles, des prairies, des landes et des bois (3). LeiS terres labou- ' râbles représentent en général les deux tiers de la superficie. C'est ainsi que, dans la seigneurie de Fouesnel (^), la métairie du Brachet se décompose de la sorte :

Pourpris 2 journaux, 60 cordes.

Terres labourables 38 — 33 — j 58 journaux,

Vignes, bois 3 — 28 — i 16 cordes.

Prairies 13 — 55 — '

Dans la même seigneurie, la métairie de la Gilberdière est ainsi constituée :

Pourpris 1 journal, 28 cordes.

Teri-es labourables 43 journaux, 14 — 1/2 J

r> • • ir, -i,^ I 63 journaux,

Prannes 10 — 10 — ' •■

ri . . o- i 13 cordes.

Bois 1 — 37 — \

Paty et landes 7 — 3—1/2

On entend par pourpris les bâtiments de la ferme et leurs dépendances, qui ont souvent des dimensions assez considérables, et qui, en tout cas. sont singulièrement plus confor-

(1) La mclairie de la Nouvelle ville, en 1479. contient 6.3 journaux [Grand de la métairie de la Nouvelle ville, fonds de Pire, Arch. d"Ille-et-Vilaine, E 142). — Dans la seigneurie de Fouesnel, au XYIIl® .siècle, la ferme de la Gilberdière s'étend sur 63 journaux; celle du BracheU sur 58; celle de Neuville, sur 122; une autre contient 76 journaux; une autre encore, 105 {Sommier de Fouesnel, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 62).

(2) Déclaralio7is des vingtièmes, passim.

(3) Les fermes se composent souvent d'un grand nombre de pièces distinctes : la métairie noï)le de la porte du château de Monlifaut contient 13 pièces; la métairie noble des Boullais, 13 [Aveu de Bois-de-Miniac, de 1744, Arch. d'Ille-et-Vilaine. E 3). La métairie de la Gilberdière comprend 42 pièces en terres labourables, 10 en prairies, 7 en landes {Sommier de Fouesnel, loc. cit).

(4) Sommier de Fouesnel.

tables que les autres liabitalions paysannes. Pour citer un exemple, au début du XVIP siècle, la métairie de la Hurelière, située en la paroisse de Pire, contient u ung corps de logis consistant en troys aistres à vissaige vers occidant du lieu de la Hurelière. » Le principal bâtiment, le « bouge » possède un plancher; la porte de devant est en pierre de taille; la fenêtre est protégée par une grille de fer; la couverture est en ardoise; la longueur est de 55 pieds, et la largeur, de 32. Au devant, se trouve une cour de 40 cordes, avec un puits et un four, puis un petit jardin de 9 cordes (i). Les devis de réparations nous révèlent aussi parfois l'importance du corps de ferme : en f584, pour une métairie de la Gliapelle-Cliaussée, les réparations s'élèvent à la somme de 1.276 livres (2) ; dans le courant du XVIIP siècle, le propriétaire de la métairie de la Valette dépense 3.000 livres pour la remettre en état (3).

Lorsque le propriétaire se dispose à conclure un bail de ferme, il se préoccupe des mérites respectifs des candidats à la ferme, il se renseigne sur leur fortune; il lui importe, en

(1) Mesurage et prisage de la métairie de la Hurelière {fonds de Pire, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 141).

(2) Voici le détail de l'estimation faite par Pierre Lavallée, expert, pour la métairie de la Hingrais :

Maison principale 50 livres.

Ecurie 70 —

Escalier du dehors ()6 —

Chambre de sur la salle 75 —

Chambre de sur la cuisine 115 —

Grenier dessus l'écurie 900 —

Dans la même seigneurie, la métairie de la Porte exigera 381 livres de réparations {fonds de la Chapelle-Chaussée, Arch. d'IIle-et-Vilaine, E 97).

(3) En voici l'estimation :

Maçonnerie 1196 livres.

Charpenlerie 439 — 3 sous.

Planchers 85 - 16 —

Couveriure 700 —

Ferrures , 59 —

Charrois, abats et four 205 —

Imprévu 315 —

{fonds de Pire, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 140).

ENTRÉE EN JOITISSANCE. 245

effet, de savoir s'ils onl des avances suffisantes (D. Les négociations durent parfois fort longtemps (2).

A l'entrée en jouissance, on dresse un état des lieux de la ferme : on fait un inventaire des bâtiments, des fossés, des haies, des arbres, des diverses espèces de bois et de leur quantité (3'. C'est que le fermier est responsable de tous les dégâts qui pourront être commis dans la ferme. Lorsqu'il quitte la ferme, il doit réparer tous les « fossés » qui se trouvent dégradés. Dans la seigneurie de Boisbaudry, en 1751, le fermier de l'Abbaye, Bigot, quitte la métairie que sa famille a occupée pendant un siècle. La propriétaire, M"^ de Trans, ordonne que les dégâts qu'il a pu commettre soient réparés et fait dresser un état des lieux, en présence de deux experts; on vérifie l'état des fossés et des haies ; on constate que le fermier n'a aucune réparation à faire, ce dont s'étonne et s'indigne M"* de Trans W.

(1) Dans une lettre du 10 avril 1765, Berthelot, procureur fiscal de Boisbaudry, recommande à M"e de la Villetehart de prendre comme fermier de la grande métairie de Boisbaudry Charles Berthelot, fils de la fermière qui vient de mourir, car il est plus capable que tout autre de reprendre le bail; il aidait sa mère, faisait son travail avec ses harnais, « quoiqu'il estoit en Saint-Remy sur le bien de sa femme qui a toujours 60 livres de renie; il a quatre bonnes vaches, deux génisses, une bonne junmnt et un poullain à y mener sur ladite ferme et a six enfants. Ainsi je croy qu'il est en estât de faire valloir ladite ferme autant que personne » (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 82).

(2) Dès le mois de juin 1746, le marquis de Lescoët est en quête d'un fermier pour la métairie de Follezon, dont il ne veut pas renouveler le bail au fermier actuel Thomas, qui y a fait de mauvaises affaires. Des pourparlers s'engagent avec les Corbel, qui demandent ime diminution du précédent bail (lettre du 26 juin 1746). D'autres candidats se présentent encore. Le propriétaire ne se presse pas de conclure; une lettre du 26 juin 1747 nous montre que rien n'est encore décidé à ce moment [fonds de Lescoët, Correspondance, Arch. du Finistère).

(3) Voy., par exemple, 1' « Etat des différentes espèces de bois qui se trouvent sur la métairie de la Grehaudière, conté par Gille Jubin, fermier actuel, araîté le 4 juin 1776 » (fonds de Saint-Brice, Arch. d'IUe et-Vilaine, E 405^.

(4) Voy. sa lettre à Hardy, du 14 novembre 1751 : elle lui reproche de prendre le parti de Bigot, de se laisser tromper par lui : « il est bien surprenant, ajoule-t-elle, que depuis cent ans qu'ils sont dans la metesrie de père en fils qu'il ne se trouve pas un fossé à refaire; il n'y a point de fermier qui ne soit obligé en sortant den fere » ifonds de Boisbaudryi. — Voy. aussi un procès-verbal de visite, de 1686, à la sortie du fermier qui occupait la métairie de la Porte du Gage Ifonds dv Gnfje. Arch. d'Ille-et- Vilaine, E 64), un procès-verbal de visite des métairies de Saint-Mahé, du Buat et de la Barre, en 1593 {{onds de la Chalopinaye, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 96).

Mais toutes les autres réparations sont à la charge du propriétaire. Dans la seigneurie de Boisbaudry, le 24 novembre 1751, Ai. de la ^'illelellart visite la métairie de la Sauldraye : il constate qu'il existe une porte de grange qu'il lui faudra refaire à neuf; à la métairie de la Fontaine, il y a trois pouti'es à réparer; à la métairie des Melliers, les réparations lui coûteront 420 livres d). Cette question des réparations suscite parfois de longs procès entre propriétaires et fermiers (2).

L'une des conditions essentielles du bail, c'est que le fermier conserve en bon état la terre qu'il a louée, et, comme nous le lisons dans un bail de 1732, « sans rien innover ni diminuer sur la terre, ni couper aucuns bois par pieds sous quelque prétexte que ce soit et ne decoler, coupeler ne toucher aux arbres de haute futaie ni de décoration ; » il disposera des bois piquants, qu'il coupera en deux saisons, mais « sans deshayer les fossés » ; quant aux autres arbres, il en aura r (( émonde, » une fois tous les six ans ^3). La dernière année du bail, le fern^iier doit se garder d'épuiser les terres de labour. Il conservera les fumiers sans les vendre et ne pourra faire paître le bétail sur la métairie après la mi-février. A sa sortie, il laissera les foins, les pailles et les engrais, car il faut que le nouveau fermier trouve dans la métairie qu'il a louée les engrais et les fumiers, qui lui seront nécessaires ('*'.

Le bail détermine souvent la nature des cultures qui devront être entreprises, et c'est une clause qui est rarement omise lorsqu'il s'agit d'une ferme à moitié grains. C'est ainsi que les

(1) II passe marché avec un maçon pour 80 livres: avec un charpentier, pour 70 livres; avec un couvreur, pour 260 livres (fonds de Boisbaudryj.

(2) Voy. un procès qui s'engage à ce sujet entre le seigneur du Plessis- Botherel et l'un de ses fermiers, en 1759: une expertise est ordonnée par le propriétaire sur les cultures, la coupe des arbres, les logements; d'autre part, le fermier se plaint de n'avoir pu jouir de la grange de la métairie (Jonds du Plesfiis-Botherel, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 268).

(3) Bail de la métairie du Breil Harel à Jean Marquer, de 1732 {(otuh du Breil-llarel. Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 19). Cf. le bail de la métairie de la Cochonnaie à Thomas Noël, vers 1560 (fonds de Saint-Brice. ihid., E 366), le bail de la métairie du Peiquer, de 1704 (ionds du Gage, E 64).

(4) Bail de la métairie du Breil-Harel, de 1732. Cf. le bail de la métairie de la porte du château du Gage, du 11 mai 1764 (fonds du Gage, Archd'Ille-et-Vilaine, E 83),

CLAUSES DTJ BAIL. 247

baux de la métairie de Baiidour, au XMIP siècle, lixenl l'assolement triennal : la première" année, on ensemencera en blé (seigle et froment) 16 journaux ; la seconde année, ces journaux porteront du blé noir ; la troisième année, ils se reposeront, ils seront « engraissés » pour une nouvelle culture. Le fermier ne pourra semer d'avoine. Il drainera et arrosera les prés. Dans les jardins, il cultivera des légumes, le chanvre et le lin. \oi\h les règles auxquelles les métayers de Baudour sont tenus de se conformer depuis trois siècles d). Le fermier du Breil-Harel, en quittant la métairie, « laissera les terres arables moitié en compost sous bled noir pour ensemencer seigle et froment, et moitié pour ensemencer avoine (2). » Parfois aussi, le fermier est obligé de planter des arbres (s).

Pour les terres qu'il a louées, le fermier s'engage à payer une rente, soit en argent soit en nature. Mais, outre la rente, il est le plus souvent astreint à faire pour le pro-

1 priétaire des corvées, qui sont déterminées par le bail, et

^^::i qui sont par conséquent absolument distinctes des corvées

seigneuriales. Il s'agit surtout de corvées de charrois. Ainsi

' le fermier du château du Gage, comme le déclare le bail de 1704, « contribuera avec les autres fermiers à faire charrois de foins, pailles et bois pour l'entretien du château du Gage ; il fera chaque année trois jours de charrois de vins et autres provisions du seigneur, soit à Dinan, Saint-Malo ou Rennes », sans que ces corvées puissent jamais être exigées en argent ^'^l Dans d'autres baux, il est question de 15 ou 20 journées de harnais. Ailleurs, la garde des vaches du propriétaire est imposée au fermier. — Les corvées de labour sont plus rares, mais on les trouve encore assez souvent ; le fermier du Gage (( s'oblige de fau^e les labours de la retenue du seigneur (s). »

(1) Voy. notamment les baux de 1710, 1714, 1736 [fonds de Pire, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 140). Un bail de la métairie de Baudour, de 1483, énonce déjà les mêmes conditions /ihidj.

(2) Voy. le bail de 1732, cité plus haut.

(3) Voy. le bail de la métairie de la Basse-Fourrarye, du 17 juillet 1567 {fonds de Saint-Brice, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 366).

(4) Fonds du Gage, ibid.. E 83. Cf. le bail de la métairie du Perquer, de 1704.

(5) Bail de 1764.

11 arrive même que le propriétaire astreigne le fermier à porter son blé au moulin, impose à sa femme et à ses valets l'obligation d'aider à la lessive ou à la boulangerie du château (D. Les corvées sont considérées comme un supplément de rente, et la preuve, c'est que parfois elles sont acquittées en argent <2). Elles sont aussi comme le signe de l'état de sujétion dans lequel se trouvent les fermiers (3).

Bien plus, sur les domaines nobles, ils sont assez souvent atteints par les banalités; on les contraint à suivre tel ou tel moulin. » Le fermier de Breil Harel, lisons-nous dans un bail de 1732, suivra le moulin de Maubusson, et en cas de défaut y sera contraint par la juridiction de Breil Harel, à laquelle il s'est soubmis pour l'exécution de la présente ferme (^). » Ainsi, le fermier peut être considéré comme un véritable sujet de la seigneurie, un sujet temporaire, il est vrai, car sa dépendance ne dure que le temps de son bail. Mais il est frappant

(1) Bail de la métairie de la Cochonnaie, vers 1560 : « Dil aussi et accordé que la femme dudit preneur et ses chambriers ayderont à faire la buée et à boullanger avecques les aultres meslaiers dudit sieur » {fonds de Saint- Brice, E 366).

(2) Voy., par exemple, un rentier de la seigneurie de Lesquiffiou, du XVIIIe siècle : la métairie de Lesquiffiou Huelaf, suivant le bail de 1726, doit 15 sous pour 3 journées à émonder, 10 sous pour une journée à faucher, 9 livres 12 sous pour les corvées ordinaires; de même, la métairie de Lesquiffiou Iselaf et la métairie de Trobodour {(onds de Lescoët, Arch. du Finisicre, E 706). Charles Colbert, dans son mémoire de 1665. remarque que, dans le diocèse de Léon, « les corvées sont appretiées partie à 9 livres

12 sols pour chaque ferme ou convenant, les autres à 12 livres 16 sols, mais on ne les e.xige point s'ils ne sont stipulés par le bail » {Cinq cents de Colbert, t. CCXCL fol. 121).

(3) Les paysans trouvent que les propriétaires abusent des corvées : voy. le cahier de Ploudaniel, trêve de Saint-Méen (sénéch. de Lesneven), art. 2 : " De ne pas permettre que les seigneurs et propriétaires des biens fonds, que les cultivateurs manœuvrent, stipulent par leurs baux de ferme l'obligation aux fermiers de faire les corvées ordinaires et extraordinaires, ce que lesdits fermiers sont souvent obligés de faire dans le temps le plus précieux pour la culture des terres. »

(4) Voy. le bail de 1732. — Le fermier de la métairie de la porte du château du Gage « sera tenu de suivre le distroit du moulin de Baussainne » (d'après le bail du 11 mai 1764) (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 83). En 1521, le fermier du village de Bodenan promet aux religieux d'obéir à la cour de l'abbé et de « suyvre leurs moulins du Kiesq et fere les aultres servitudes que leurs aultres hommes dudit terroir du Fresq sont subgectz fere... » {fonds de l'abbaye de Daoulas, Arch. du Finistère, H 12).

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