‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 13 sur 219 · LES CLASSES RURALES AU XV* SIECLE · texte numérisé non relu

LES CLASSES RURALES AU XV* SIECLE

tion effrayante ; un grand nombre de localités ont presque entièrement disparu W.

La Bretagne a moins souffert que d'autres régions, mais cependant elle n'a pas échappé aux désastres de la guerre. Nous savons, par exemple, que vers le milieu du XV* siècle, les abbayes de Saint-Pierre de Rillé et de Prières sont presque complètement ruinées (2). H suffit aussi de parcourir les Comptes de la seigneurie de Saint-Brice au XV* siècle pour apercevoir les effets de la guerre (3). De 1420 à 1440 surtout, les revenus seigneuriaux sont très réduits. En 1427, personne n'a voulu prendre à ferme les coutumes de Saint-Ouen, de Ligneu, de la Morinaye, car « les gens sen estoient absentez par la fortune de la guerre; » c'est aussi « par la fortune de la guerre » que le moulin à foulon de la Chatière est ruiné (^); en 1439 seulement, on trouve à le louer à Michel de Flandes, qui le remettra en état, mais par contre ne donnera pas de rente pendant quatre ans (5'. Le domaine de Lasneraye est resté longtemps inhabité; en 1439 enfm, on trouve un métayer qui doit défricher la terre à nouveau; elle est restée si longtemps inculte que les arbres l'ont envahie et qu'elle a l'aspect d'une lande (6).

(1) Voy. surtout Denifle, La Désolation des Eglises de France, passim; cf., par exemple, la I.ettre de .Jean Juvénal des Ursins, comte de 13eauvais, aux Trois Etals de Blois, en li33 {ibid., n" 996, pp. 497 et sqq.) et sa Lettre à Charles VII, de 1439 (n° 997, pp. 501 et sqq.).

(2) Denifle, op. cit., n" 991 et 992, pp. 490 et sqq.

(3) Fonds de la seigneurie de Saint-Brice (Arch. d'Ille-et-Viiaine, E 355).

(4) Ibid., Comptes de 1427.

(51 Ibid., Comptes de 1439.

(6) « Item est vray que par lordonnance de mondit seigneur le Recepveur a mis un mestaier au lieu et domaine de Lasneraye, qui est le domaine de la Chatière, lequel domaine de Lasneraye a esté par très longtemps en ruyne et inhabité sans rens ou pou valoir à mondit seigneur. Et pour ceste cause fut advisé par mondit seigneur et les gens de son conseil y mettre ung mestaier audit domaine et y faire faire habitacion et meson ou le mestaier et ses besles se peussent loger, et aussi y bailler des bestes, lequel receveur a baillé ledit domaine à metaerie a un nommé Chalopin du jour de la Saint- Georges derrain passé jusques à sept ans et sept cuillettes entières et parfetes, auquel mestayer a esté baillée une myne de saigle mesure d'Entrain, vallant sexante soulz, pour ly aider et reparer et defraicier le lieu qui estoit tout plain de boys et en galoys pour la longue distance de temps qu'il a esté inhabité... » (Comptes de 1439).

Ainsi en Bretagne comme ailleurs, sur maint domaine, il a fallu remettre les terres en valeur, faire appel à de nouveaux colons, conclure des contrats d'afféagement, véritablement avantageux pour les cultivateurs W. Aussi les redevances qui portent sur les tenures paraissent-elles déjà très modérées dans le courant du XV® siècle, surtout les rentes en argent, qui souvent ne dépassent pas quelques sous. Dès cette époque, ces rentes en argent sont moins lourdes que les redevances en nature, et l'écart s'accentuera de plus en plus, à mesure que la valeur de l'argent diminuera (2). Les corvées subsistent toujours, mais, en bien des cas, elles ne présentent plus le caractère d'un service personnel, elles se sont transformées en redevances pécuniaires ; même lorsque le corvéable est tenu de faner ou de moissonner, ce n'est plus pour lui une charge bien pénible (3). — Les sujets de la seigneurie sont toujours soumis aux péages, aux coutumes, aux banalités. Coutumes et banalités forment l'un des principaux revenus seigneuriaux ; les fermes des moulins ne cessent de s'élever pendant la seconde moitié du XV® siècle (^). Le seigneur laisse toujours à ses tenanciers la jouissance des terres communes,

(1) Cf., par exemple, Comptes de Saint-Brice de 1476-77 (fonds de Saint- Brice, E 356).

(2) Voy. Comptes de Sainl-Brice, passim [ilnd., E 355 et 356). Cf. Cartulaire des sires de Rays (1160-1449), publié par René Blanchard, dans les Archives historiques du Poitou, t. XXX, passim; Minu et dénombrement des renies et devoirs de la terre et seigneurie de Saint-Oiien, en 1453 (Arch. de la Loire-Inférieure, E 280). Voy. encore des aveux rendus à la seigneurie de Pire (fonds de Pire, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 242).

(3) Dans la seigneurie de Saint-Brice, la plupart des corvées sont transformées en redevances pécuniaires; chaque corvéable doit au plus 3 sous (Comptes, passim). En 1427, elles rapportent au total 36 livres, 6 sous tournois. Les corvées en nature ne représentent que quelques journées de travail au plus : « De la vaerie du Tremblay est deu de certain nombre de tenours une corvée par besoigne à fanner lerbe du Marais et du Granelier, tant que le fain en soit fet... » En 1468, comme l'herbe du pré du Marais a été vendue et que celle du pré du Granelier a été baillée au métayer de Lasneraye, ces corvées ont été transformées en redevance pécuniaire. — En 1404, M"" de la Suze, dont les tenanciers de Légé refusaient d'acquitter les corvées depuis trois ans, consent à en réduire énormément le taux (Cartulaire de Rays, n° 262, Arch. histor. du Poitou, t. XXX, pp. 368 et sqq.).

(4) Ainsi, en 1468, le revenu du moulin de la Motte de Saint-Brice a été de 17 livres; en 1477, il a été de 23 livres; en 1468, le moulin de la Chatière a rapporté 37 1. 10 s., en 1477, 52 1. 10 s.; en 1468, le moulin de Quinqucnpaest a produit 13 1. 10 s., en 1477, 22 livres (Comptes de Saint-Brice, Arch. d'Ille-

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