LE RENDEMENT
Ces quelques données nous inclinent à penser qu'au point de vue du rendement, il est des provinces encore moins favorisées que la Bretagne : en Roussillon, par exemple, les bonnes terres donnent 5 pour i, les médiocres, de 4 à 5 ou même de 3 à 4; en Angoumois, le rendement moyen est de 3 pour i; dans l'Election de Brives, de 4 pour 1; et l'on ne peut guère citer que la Flandre, dont le rendement s'élève à it pour 1 (1). — Arthur Young peut donc être taxé d'exagération lorsqu'il dénonce les « rendements pitoyables » de l'agriculture bretonne, lorsqu'il déclare que son « exploitation misérable n'a pas d'égale dans le royaume, » que « la triste Sologne, toute désolée qu'elle soit, est supérieure à la Bretagne (2). » Il semble d'ailleurs se contredire lui-môme quand, plus loin, comparant la pi'oduction à l'hectare des diverses provinces, il établit que cette production, pour la Bretagne, peut être évaluée à 107 francs, tandis qu'en Ijimousin, dans te Berry et dans la Marche, il l'estime à 96 francs, dans le Bourbonnais à 63, en Champagne à 103, en Auvergne et en Dauphiné à 88 (3).
Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'en Bretagne il y a, d'une façon générale, sauf dans les très mauvaises années ^^\
(1) Lafarge, L'agriculture en Limousin au Xl'Ill^ siècle, pp. 73 et sqq.
(2) Arthur Young, op. cit., t. II, p. 73.
(3) Ibid., t. II, pp. 274 et sqq. Voici d'ailleurs à quelles sommes il évalue la production à l'hectare de diverses régions de la Bretagne (pp. 281 et sqq.) :
Dol 138 livres.
Rennes 108 —
Hédé 61 —
Vannes 43 —
La Roche-Bernard 40 —
Montauban 138 —
Broons 123 —
Lamballe 98 —
Saint-Brieuc 123 —
Guingamp 92 —
Morlaix 108 —
Brest 92 livres.
Savenay 86 —
Nantes 46 —
Ancenis 231 —
Chcâteaulin 271 —
Quimper 40 —
Rosporden 61 —
Quiniperlé 58 —
Lorient 80 —
Hennebont 92 —
Auray 40 —
(4) La récolte, en effet, varie beaucoup suivant les années. C'est ainsi qu'en 1752, les pays de Saint-Pol de Léon et de Tréguier, qui cependant produisent du blé en abondance, durent s'approvisionner de grains à l'étranger (Lettre de l'intendant du 4 décembre 1753, Arch. d'Ille-et-Vilaine, G 1651). A Dol, une bonne année, les terres peuvent rendre 12 à 13 pour 1; une année commune, 7 à 8 pour 1; une mauvaise année, 4 pour 1 (Etat du produit des récoltes, Dol, 1776, ibid., G. 1653).
excédent notable de la production sur la consommation ; seules, les régions les plus stériles ne récoltent pas une quantité de grains suffisante pour la nourriture de leurs habitants, et il est des cantons qui peuvent exporter beaucoup de froment et de seigle. Le mémoire de M. de la Tour 'D, dont il a été question plus haut, nous fournit, à cet égard, des données précises, que j'ai condensées dans le tableau suivant :
Suhdélégations
dont la récolte est
en déficit
Ancenis.
Antrain.
Bazouges.
Blain.
Brest.
Callac.
Châteaugiron.
Dol.
Guérande.
Jugon.
Landerneau.
Landivisiau.
Le Croisic.
Montfort..
Nantes.
Saint-Brieuc.
Saint-Malo.
Uzel.
Subdélégations dont la récolte est suffisante
Auray,
Bain.
Carhaix.
Châteaubriant
Châteauneuf
près St-Malo Combourg.
Dlnan.
Hédé.
Josselin.
La Guerche.
Lannion.
Lanmeur.
La Rofhe- Bernard.
Le Faou.
Locminé.
Montauban.
Moncontour.
Morlaix.
Plélan.
Ploërmel.
Pontrieux.
Port-Louis.
Redon.
Rennes.
Rhuis.
Savenay.
Saint -Aubin du-Cormier.
Saint-Malo.
Saint-Nazaire Sainl-Pul-de-Li'on.
Subdélégations produisant un excédent notable
Broons.
Chûteaulin.
Châteauneuf-
du-Faou.
Chàtelaudren.
Concarneau.
Corlay, Dei-val.
Fougères.
Guéméné.
Giiingamp.
Gourin.
Hennebont.
Lamballe.
Lesneven.
Mal étroit.
Plouer.
Pontchâteau.
Pontcroix.
Pontivy.
Pont-l'Abbé.
Quimperlé.
Quintin.
Rostrenen.
Tréguier.
Vannes.
\'itré.
On le voit, si, dans 21 subdélégations, la l'écolte est en déficit, 30 ont une récolte suffisante, et 26 produisent plus qu'elles ne consomment. La Bretagne peut donc faire un important commerce de grains, surtout de froment et de seigle. Toutefois, comme le montre M. Letaconnoux (2), cette
(i; Bibl. Nat., msc, Irançais, 8153. Cf. les rapports des subdélégués sur la production des grains en 17.31 et 1738 lArch. d'Ille-el-\"ilaine, C 1651;.
(2) Dans son mémoire encore inédit. Les subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVlll^ siècle; voy. l'analyse qu'il en a donnée dans les Annales de Bretagne, 1905, t. XX, p. 128.