‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 165 sur 219 · FROMENT ET SEIGLE · texte numérisé non relu

FROMENT ET SEIGLE

déclare en 1776 d) : « On sème de ces côtés-cy et dans la plus grande partie de la province autant de terres chaque année en seigile seul qu'on en emploie en froment, sarrasins, millets et tous autres grains ensemble... » Par contre, la proportion du froment est souvent infime : dans la subdélégalion de Guéméné, en 1709, la culture du froment est à celle du seigle comme 1 est à 100 ou à 200(2); dans celle d'Auray, en bien des paroisses, on récolte 10, 15 et même 20 fois moins de froment que de seigle (3). Nointel lemarque que, dans l'évêché de Vannes, on exporte 9.000 tonneaux de seigle et seulement 6.000 de froment f-^). Dans la région de Rennes, fertile cependant, c'est le seigle qui l'emporte de beaucoup (s).

Dans toute la Bretagne, mais surtout sur les terres pauvres de l'intérieur, le blé noir tient une grande place. Il constitue

(1) Arch. d'Ille-et-ViJaine, C 1653.

(2) Etat des paroisses de la iiiridiction de Guéméné [ibid., C 2580).

(3) Ibid., C 1(550. Cf. le mémoire de Letaconnoux.

(4) Mémoire de Noinlel, fol. 119 el sqq. Ces grains sonl exportés en Espagne et en Portugal.

(5) Voy. les Déclai^ations des Vingtièmes, passim. — Voy. aussi l'énumération des rentes d'un certain nombre de métairies de la seigneurie de Pire (Comptes du receveur Courteille de la Roussardière, en 1790, fonds Pire] :

Métairies de :

Avoine

Blé noir

Froment

Orge

Seigle et mesléard

Argent

boisseaux

boisseaux

boisseaux

boisseaux

boisseaux

livres

Gaîté en Pire

La Closerie

La Maudeaye en le

Bois'trudent

Le Grand Maupré

en Marcillé

Le Conay en Pire.

Le Haut-Bois en

Moulins

La Cour de Chau-

meray

Ce tableau nous montre que les rentes en froment sont relativement très peu importantes; les fermiers oril surtout à donner des rentes en avoine el en blé noir,

la plus importante des cultures dans les subdélégations de Montfort, Montauban, Plélan, Moiiaix, Blain, Gallac, Carhaix, Pontivy, et surtout dans la subdélégation de Fougères, qui en produit la plus grande quantité (D. Le blé noir, qui semble n'avoir été introduit en Bretagne que vers la fin du XV^ siècle (2), joue un rôle très considérable dans l'économie rurale de la péninsule : il fournit aux habitants leur principale nourriture; aussi ne s'expo) te-t-il pas comme le froment ou comme le seigle.

Très importante aussi, plus étendue même que de nos jours, nous apparaît la culture de l'avoine. On a remarqué déjà combien étaient abondantes les redevances en avoine que devaient les tenanciers à leurs seigneurs. Dans la subdélégafion d'Antrain, cette culture l'emporte sur toutes les autres (3); dans la subdélégation de Guéméné, elle est aussi considérable que celles du froment et du seigle réunies t'^'.

Quant à l'orge, elle ne joue qu'un rôle tout à fait secondaire dans l'ensemble des cultures bretonnes. On la récolte surtout dans les subdélégations de Vannes, Quimper, Lannion, Saint- Malo, Morlaix, Brest, Rennes, Sainl-Brieuc, Redon, Nantes, Tréguier f^).

Dans certaines parties de la Bretagne, il arrive assez souvent que l'on mélange le froment et le seigle, ou encore le froment ou le seigle et l'avoine. Cette sorte de culture, qu'on appelle méteil ou méléord, est surtout en usage dans les subdélégations de Lannion, Brest, Saint-Malo, Vitré et surtout dans celle de Rennes : dans les pays de Tréguier et de Morlaix, elle a existé pendant longtemps, mais elle tend.

(Ij Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1720, 1722, 1723, 1724, 1725. Cf. le niéiiioire de Letaconnoux.

(2) Cf. Noël du Fail, Contes d'Eutrapel, XXIX : « Car, à la vérité, sans ce grain qui nous est venu depuis 60 ans, les gens pauvres de ce pays auroient beaucoup à souffrir, combien qu'il amaigrisse fort la terre. »

(3) Lettre du général d'Antrain, du 7 septembre 1785 (Arch. d'Ille-et- Vilaine, C 3912).

(4) htat des paroisses de la jundiclion de Guéméné, 8 novembre 1709 {ibid.. C 2580).

(5) IMd.. C ]()51. Cf. Letaconnoux, op. cit.

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