‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 167 sur 219 · LA VIGNE · texte numérisé non relu

LA VIGNE

une barrique d'eaii-de-vie, et parfois il en faut 15 ou 16 d). Mais, au XVIIP siècle, les vins nantais sont déjà plus recherchés; ils sont l'objet d'un commerce assez considérable (2).

En Bretagne, comme dans le reste de la France, le gouvernement, loin d'encourager l'extension de la viticulture, s'est efforcé, au contraire, de la restreindre. On est, en effet, dominé par la préoccupation presque exclusive d'assurer les subsistances, et l'on craint que la vigne ne prenne la place des pâturages et surtout des terres à blé. Tel est le sens de l'arrêt du Conseil de 1731, qui interdit de faire aucune plantation nouvelle de vignes, et qui déclare que (( les vignes, qui auront été deux ans sans être cultivées, ne pourront être rétablies sans une permission expresse de Sa Majesté, à peine de 3.000 livres d'amendefs). » Un instant, l'administration parut vouloir se relâcher de sa rigueur : en 1756, le Contrôleur général, M. de Moras, fait faire une enquête par l'intendant Le Bref sur la question de savoir s'il conviendrait de révoquer l'arrêt de 1731 ou tout au moins de l'atténuer (*); l'intendant, s'appuyant sur le rapport du subdélégué de Nantes, déclare qu'il y aurait intérêt à révoquer l'édit, à encourager une culture lucrative (5). L'arrêt, cependant, ne fut pas abrogé, et même, en 1783, l'intendant dut le faire publier à nouveau (6). Mais il y eut de nombreuses contraventions qui en atténuèrent l'effet (^), et, en dépit des mesures gouvernementales, beau-

(1) Il ajoute qu'il sort de Nantes chaque année environ 7.000 pipes d'eaude-vie, dont chacune se vend 80 à 100 livres; que le vin est exporté à raison de 8.000 ionneau.x de 4 barriques et au prix de 40 à .50 livres par tonneau {Wid., fol. 111 et 112).

(2) Voy. une lettre du subdélégué de Nantes, du 9 septembre 1756, et un mémoire de l'intendant au Contrôleur général (.A.rch.d'Ille-et- Vilaine, C. 1601).

(3) Ibid.. C 1601.

(4) Lettre de M. de Moras à l'intendant, du 18 mai 17.56 libid.. C 1601). Une opmion se fait jour, dit-il, .qu'il vaut mieux pour l'ordre public de pouvoir faire usage de sa liberté à sa guise.

(5) Le nombre des vignes, dit-il, s'est notablement accru depuis 1731, mais sur des terres peu propres au blé; les experts ont toujours accordé les autorisations de planter des vignes; aussi le cultivateur ne voit-il dans l'obligation imposée par l'arrêt de 1731 qu'une « formalité gênante et coûteuse » {ibid., C 1601).

(6) Voy. une ordonnance de l'intendant du 6 juin 1783 libid.j.

(7) Le 8 juin 1740, l'intendant Pontcarré de Viarmes fait renouveler la publication de l'arrêt : ce renouvellement s'impose, dit-il, à cause des nombreuses contraventions que l'on a constatées libid-'i.

coup de vignes nouvelles furent créées dans le courant du XMIP siècle W.

On sait que les forêts et les bois occupent encore, en Bretagne, une portion considérable du sol. S'ils étaient bien exploités, ils constitueraient l'une des ressources notables de l'économie rurale. Sans doute, depuis le Moyen-Age, il y a eu à oet égard quelques sérieux progrès. Dès le XV^ siècle, au moins dans les grandes seigneuries, on veille plus activement à la conservation des forêts (2). Au XVP siècle, la royauté s'efforce d'améliorer l'administration de ses forêts ; elle crée, en 1534, toute une hiérarchie d'officiers sous la direction d'un grand-maître général; elle s'applique aussi, comme on l'a vu, à restreindre les droits d'usage des riverains. Mais les troubles de la fm du siècle ont en grande partie détruit les effets de toutes ces mesures (3). D'ailleurs, sur les terres des simples seigneurs, les bois sont souvent bien négligés. Lorsque Guillaume de Rosmadec, en 1584, prit possession de la seigneurie de Lantic, le bois de Buhen n'était plus guère qu'une lande ; les bois de Lanvollon avaient été aussi dépouillés de leurs arbres; les riverains avaient contribué fortement aux dégâts ; et ainsi disparut un assez vaste canton forestier, qui s'étendait autrefois entre les bourgs de Lanvollon, Pléguien, Pourhan, Lantic et Tréguidel ^^l

Au XVIIP siècle, l'exploitation des bois et des forêts laisse encore beaucoup à désirer. Dans les forêts seigneuriales, les

(1) Les cahiei^ de la région nantaise se plaignent des entraves mises à la culture de la vigne. Cf. Cahier de Samt-Philbert de Grandlieu (Arch. de la Loire-Inférieure, C 576) : « Le Tiers Etat, obligé de payer les impôts, se plaint avec raison des entraves et obstacles qu'il éprouve de la part du gouvernement sur la manière qu'il juge la meilleure pour cultiver et tirer le parti le plus avantageux de son domaine. Telle est, par exemple, en Bretagne, la défense qui lui est faite de planter des vignes dans un sol qu'il y juge convenable, sans qu'il y soit préalablement autorisé par l'intendant de la province, et cela sous peine d'amendes rigoureuses, et que les vignes soient arrachées pour augmenter les impôls: il ne faut pas ôter les moyens d'amélioration, ni les gêner. »

(21 Voy. Geslin de Bourgogne et An. de Barthélémy, Ancieiis évêchés de Bretagne, t. III, Prolégomènes, pp. cxxxv et sqq.

(3) Ibid.

(4) Alain Raison du Cleuziou, Guillaume de Rosmadec et la seigneurie de Buhcn-Lantic, dans les Mémoires de la Soc. d'Emulation des Côtes-du- Nord, 1904, t. XLII, pp. 214 et sqq.

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