‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 172 sur 219 · DU XVIII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XVIII' SIÈCLE

L'opinion publique, l'administration et les questions agricoles. — Instructions et mémoires adressés par le gouvernement à l'intendant. — Les Etals de Bretagne et l'agriculture. — La Société d'Agriculture de Bretagne. — Projets d'améliorations agricoles soumis aux pouvoirs publics. — Quelle a été la portée réelle de ces tentatives? Expériences entreprises par de grands propriétaires; mais les paysans continuent à suivre la routine. — Inefficacité de la hausse des prix. — Mais progrès des dessèchements et surtout des défrichements. — La Déclaration . de 1768 et ses conséquences. — Cependant, en 1789, subsistent encore beaucoup de terres incultes.

L'agriculture bietonne a éLé longtenips inerte. iMais est-elle restée à ce point languissante jusqu'à la Révolution? N'a-t-elle point fait des progrès plus rapides vers la fin du XVIIP siècle ?

Un fait incontestable, en tout cas, c'est que l'on a essayé de secouer la torpeur séculaire du cultivateur breton : il y a eu, de la part du gouvernement et des Etats, de sérieux efforts pour provoquer et encourager une exploitation plus rationnelle du sol, pour introduire de nouveaux procédés de culture.

La Bretagne, en effet, ne devait-elle pas subir tout au moins le contre-coup du mouvement si caractéristique et si intense, qui entraînait l'opinion publique à se passionner pour les questions agricoles et qui poussait le gouvernement lui-même à s'occuper plus activement de l'économie rurale ? On le sait, ce fut vers 1750 que Tengouement i)Our l'agriculture commença à se manifester en France. Affaire de mode et dilettantisme passager ? En aucune façon, puisque, pendant

l'opinion publique et l'agricultuee. 415

toute la seconde moitié du XVIIP siècle, la littérature agronomique ne cessa de se développer. On s'inspira d'abord des écrivains anglais, dont on traduisit les œuvres, puis parurent nombre de travaux originaux. Voici que l'on s'applique à appliquer la science à l'agriculture, et, de jour en jour avec plus de vigueur, les écrivains préconisent la nécessité d'une exploitation plus rationnelle, de procédés nouveaux, prêchent l'alternance des cultures et la création de prairies artificielles. Sans doute, tout ce mouvement est antérieur à la propaga-tion de la doctrine physiocratique; mais les écrits de Quesnay et de ses disciples ont eu pour effet d'en accroître l'intensité. Les physiocrates, en effet, combattent le mercantilisme, le colbertisme, qui n'avaient guère en vue que le développement de l'industrie; considérant que la terre est la seule source de richesse, ils ne s'intéressent vraiment qu'à la production agricole; c'est à accroître cette production que doivent tendre tous les efforts du gouvernement et de la nation.

Paut-il s'étonner que l'agriculture, vers la fm de l'Ancien Régime, soit devenue l'une des préoccupations dominantes (le l'administration ? Sans doute, Colbert s'était déjà appliqué à protéger l'agriculture, et un certain nombre de ses actes révèle sa sollicitude (i); mais il semble bien que l'intérêt qu'il porte aux paysans et à la production agricole ait été inspiré surtout par des préoccupations fiscales '"K Au XVIIP siècle,

(1) L'édit du 4 avril 1667 [Anciennes lois françaises, t. XVIII, p. 190), renouvelé le 25 janvier 1671, fait défense pendant quatre ans de saisir et vendre des bestiaux pour dettes des communautés ou des particuliers : « on donnera ainsi quelque loisir au plat pays de se rétablir en lui facilitant les moyens de s'amender ou de délricher les terres dans les lieux qui en ont besoin. » Colbert veut aussi qu'on diminue les contraintes auxquelles donne lieu le non-payement de la (aille, qu'on emprisonne le moins possible les collecteurs (P. Clément, Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, passim).

(2) Voy., par exemple, ibid., t. IV,, p. 281 : « Comme voicy le temps auquel l'on commence à juger si l'année sera abondante ou non, et qu'il est important d'en rendre compte au Roy, afin que Sa Majesté puisse régler ses impositions sur les peuples, il est nécessaire que vous me donniez avis tous les quinze jours de l'opinion que les peuples auront de la 'récolte de toutes sortes de fruits. » Cf. ibid., t. IV, p. 279 : « Entre les moyens que les peuples peuvent avoir d'attirer de l'argent pour leur subsistance et le payement de leurs impositions, celuy du rétablissement des haras est très considérable. »

416 TENTATIVES d' AMELIORATIONS AGRICOLES.

vers le milieu du siècle du moins, une conception nouvelle anime le g-ouvernement. Une nouvelle génération d'administrateurs, qui se groupe autour de Gournay, s'intéresse avec passion aux choses de l'agriculture, sans arrière-pensée aucune. Des hommes, comme Trudaine et comme Bertin, ont compris combien il importait de développer la force productive de la terre, et ils se sont efforcés, en toute conscience, d'appliquer les idées à l'excellence desquelles ils croyaient. Bertin, qui, de 1761 à 1783, fut un véritable ministre de l'agriculture, encouragea les Sociétés d'Agriculture, fit expérimenter des procédés nouveaux de culture, créa des écoles vétérinaires, expédia dans les provinces quantité d'instructions et de mémoires relatifs à des améliorations agricoles. On sait aussi que la plupart des réformes de Turgot ne tendaient qu'au développement de l'agriculture. Puis, dans les dernières années du règne de Louis XVI, c'est la création du Comité d'Agriculture, la reconstitution de la Société d'Agriculture de Paris, l'établissement de fermes-modèles d). Autant de témoignages de l'intérêt véritable que portait le gouvernement aux choses de l'agriculture ; mais toutes ces mesures eussent été bien plus efficaces encore, si un plan d'ensemble avait réglé toute cette activité (2).

Les tendances nouvelles de l'administration se marquent en Bretagne comme dans les autres provinces. Déjà, dans la première moitié du XVIIP siècle, des enquêtes agricoles sont entreprises par l'inleiidant : telle, l'enquête de 1737 sur les terres incultes. Et le mémoire de Al. de la Tour, de 1733, nous montre que l'on s'efforce déjà de dresser de véritables

(1) Cf. H. Pigeonneau et A. de Foville, Procès-Verbaux de Vadministration générale de V agriculture au Contrôle général des finances, Paris, 1882, passim, et surlout pp. 400 et sqq. (Mémoire de Lavoisier, du 31 juillet 1787).

(2) Sur tout ce qui précède, cf. Mauguin, Etudes historiques sur l'administration de V agriculture, t. I, pp. 227-411; Fritz Wolters, Studien ûber Agrarzustdnde und Agrarprobleme in Frankreicli von 1700 bis 1790, 1905 {Staats-und sozialunssenschaftliclie Forschungen, t. XXII), pp. 146 et sqq., pp. 199 et sqq., pp. 275 et sqq.; Karéiew, Les paysans et la question paysanne, pp. 244 et sqq.; Aug. Oncl<en, Geschichte der Nationalœkonomie, 1902, pp. 247 et sqq.

l'administration et l'agriculture. 4l7

statistiques agricoles d). En 1741, rintendant a à s'occuper de la question de la laine, dont, il est vrai, la production importe à la prospérité de l'une des industries les plus considérables du royaume. Le Conseil a reçu des plaintes au sujet de la mauvaise qualité des laines; on pense que la faute en est à la tonte trop hâtive, que l'on entreprend dès mars ou avril; ne conviendrait-il pas de l'interdire avant le 25 juin ? Voilà la question sur laquelle porte l'enquête que l'intendant l'ait faii'e par ses subdélégués. D'ailleurs, en 1744, le Contrôleur général renonça à édicter un règlement général; il s'arrêta à l'idée d'un règlement particulier pour chaque région, et qui tiendrait compte des usages du paysetdes nécessités locales (2). — Notonsencore qu'un arrêt du Parlement, du 5 octobre 1731, ordonne de détruire partout les chenilles et les û3ufs qui adhèrent aux arbres (3).

Mais ce lut surtout à partir de 1750, et plus encore de 1760, que l'intendance de Bretagne eut à s'occuper activement des questions agricoles. A tout moment, l'intendant reçoit de l'administration centrale des instructions et des mémoires qu'il a mission de lépandre par toute la province. En 1753, c'est un mémoire sur Ja nKinière de se servir de la iiKirne coimne eiigiais qu'il prie ses subdélégués de faire connaître dans les campagnes. C'était là chose nouvelle, et qui devait produire une impression salutaire sur l'esprit des paysans, s'il faut en croire le recteur de Saint-Gilles-le-Vicomte, Armez : « Jusqu'ici, écrit-il à l'intendant, nos pauvres laboureuis avaient cru que leurs travaux étaient méprisés de ceux qui les gouvernaient. 11 ne leur venait pas dans l'esprit que quelqu'un de votre rang pût s'occuper du moyen de leur procurer quelque aisance. » Une seule chose embarrasse les cultivateurs, ajoute-t-il, c'est le moyen de u connaître certainement

(1) Voy. plus liaut, IJ* l'artie, chap. i.

(2) Arch. d'Ille-el-Vilaine, C 1600. — Un arrêt du Conseil du 29 avril 1779 défend aux propriétaires de troupeaux de marquer les moutons avec de la poix ou toute aulre matière grasse; le 31 janvier 1789, (jn envoie à l'intendant un mémoire donnant deux procédés pour marquer les moutons sans qu'il puisse en résulter le moindre inconvénient fibid.l.

(3) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1599.

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la marne; » l'ingénieur ne pourrait-il leur donner à cet égard quelques indications W ?

En 1764, l'intendant reçoit un mémoire sur un « semoir à bras, » qui doit réaliser une économie considérable sur les semences. — On sait que trop souvent les grains, dont on ne prend pas un soin suffisant, sont corrompus ou altérés par l'humidité. Dès 1760, le gouvernement se préoccupe des moyens de conserver les grains. En 1763, est envoyée une instruction relative à la conservation des grains, qui doit être distribuée dans toutes les subdélégations : elle recommande de (( faire étuver ou sécher les grains en passant au four. » A l'instruction est joint un mémoire sur (( les expériences faites en Angoumois. » Berlin, dans sa lettre à l'intendant Le Bret, marque combien il est important que la méthode indiquée par le mémoire puisse se répandre parmi les cultivateurs : M c'est le seul moyen propre à conser^•er les grains, à en faire former des approvisionnements moins dispendieux, plus multipliés et conséquemment à amener le moment où le royaume, assuré de sa provision et au delà, pourra sans aucune crainte exporter les grains à l'étranger. » Aussi l'intendant, dans sa circulaire du 31 août, ordonne-t-il à ses subdélégués d'en faire passer plusieurs exemplaires dans chaque paroisse. — Plus lard, en 1785, on enxoie à l'intendant un pi'écis des expériences faites à Trianon sur la cause de la corruption des blés et sur les moyens de la prévenir. — On considéi'ait ordinairement le blé moucheté comme inutilisable. Aussi le gouvernement juge-t-il bon d'envoyer, en 1785, deux instructions, l'une sur les moyens de rendre ce blé propre au commerce et à la fabrication du pain ; l'autre, sur les moyens de s'en servir pour la semence (2).

Le gouvernement se préoccupe aussi de l'introduction de cultures nouvelles. En août 1757, Trudaine envoie à l'intendant 8 exemplaires d'un traité de M. Duhamel, de l'Académie

(1) Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 1598.

(2) Ibid., C 1710. — En 1770, l'intendant reçoit un mémoire, émanant de la Société d'Agriculture du Mans, sur la façon de se préserver des effets du seigle ergoté, qui a causé de terribles épidémies.

INSTRUCTIONS ADRESSEES A l'iNTENDANT. 419

des Sciences, sur la culture de la garance, et lui rappelle qu'en 1756 un arrêt du Conseil a accordé des privilèges à toute personne qui cultiverait cette plante. Le 21 septembre 1757, l'intendant demande 100 exemplaires de cet ouvrage. En 1765, il reçoit d'autres exemplaires d'une nouvelle édition. En 1772, c'est un mémoire de M. Flachat sur cette même culture qui e&i communiqué à l'intendant (i). — L'cidministration s'efforce de répandre en Bretagne la culture de la pomme de terre, qui, déjà prospère à Belle-Ile en 1770 (2)^ est encore presque totalement inconnue dans la péninsule. En 177'j, l'intendant fait distribuer en Bretagne, pour y être semées, des pommes de terre, venues de Belle-Ile; nous savons que, dans la subdélégation de Bennes, on en a distribué ll'i boisseaux : chaque paroisse en a reçu de 2 à 6 boisseaux (3). — Dès 17'iO, le gouvernement avait créé des pépinières de mûriers à Bennes et à Nantes.

L'intendant doit aussi s'occuper de la question si intéressante des prairies artilicielles : l'administration centrale, en juin 1786, lui envoie sur ce sujet une instruction détaillée, qui tiaile de la culture de la luzerne, du sainfoin, du trèlle, de la vesce, et à U^iuelle on lui demande de donner la plus grande publicité possible (*).

La destruction d'animaux nuisibles donne lieu encore à de nombreuses instructions. Le 8 août 1701, Trudaine envoie à l'intendant quelques exemplaires d'un imprimé contenant un secret pour détruire les taupes dans les champs, praii'ies et jardins. En 1786, c'est un mémoire sur les moyens de détruire

(1) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C. 1598.

(2) Voy. une Requête adressée à la Coiuinissiun intermédiaire par plusieurs fermiers de moulins, le 29 mai 1770 [Commission intermédiaire des Domaines, Belle-Ile, Arch. d'Ille-et-Vilaine) : « Les colons, sujets à nos moulins, comme beaucoup d"aulres habilans de l'isle, ont été réduits à la nécessité de vivre de pommes de terre et divers comestibles qu"ils ont tirés à crédit du continent... »; la récolte de pommes de terre, ajoutent-ils, a été considérable cette année, et les habitants se sont déterminés « à diminuer leurs semences d'orge et d'avoine pour y suppléer par cette nouvelle nourriture dans l'isle. »

(3) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1598.

(4) Ibid., C 1597.

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les hannetons; en 1787, c'est une instruction ministérielle sur la façon de détruire les chenilles, qui parviennent à l'intendance (1). — Les loups, on le sait déjà, sont encore nombreux en Bretagne, et ils y causent des ravages considérables. Le gouvernement adresse à l'intendant un mémoire sur « l'utilité et la manière de détrun-e les loups » et accorde des récompenses à ceux qm iuent ces bctes sauvages ('■2'. — Notons encore que, pendant tout le XVIIP siècle, l'administration s'est occupée à combattre les épizooties O).

Les Etals de Bretagne s'intéressent aussi à l'agriculture et prétendent l'encourager. Ce sont eux qui fournissent les fonds nécessaires pour l'entietien des deux pépinièi'es que le gouvernement avait créées à Rennes et à Nantes (^), pépinières qui sont assez actives et rendent de réels services (&). Dès 1747, ils demandent à en avoir l'administration (6)^ et, pendant plusieurs années, ils renouvellent leui' requête c*). Enlhi. en 1757, ils obtiennent satisfaction <^). L'intendant a reconnu les efforts

(1) Arch. d"Ille-el-Vilaine, C 1598.

(2) Ibid., C ISyy. — En 1774, l'inlendant demande une récompense pour Thumas Bourbigand; il a tué une louve qui, en septembre dernier, « avait dévoré dans les environs de Rosporden deux enfants el plusieurs animaux »; Terray, le 14 mai 1774. lui fait donner les 100 livres de récompense qui avaient été promises.

(3) Ibid.. C 13U9. Voy. aussi le règlement du Parlement, du 13 août 1748, pour prévenir la contagion sur les bestiaux : comme une maladie contagieuse a éclaté dans le Maine et dans l'Anjou, les généraux des paroisses voisines des deux provinces devront désigner un rôle de tous les hommes de 2(J à 45 ans, qui garderont les chemins et passages et empêcheront le bétail de pénétrer dans la province 'Jnimidl du Parlement, t. IV, ch. xxni, pp. 72 et sqq.l.

(4j Ils donnent 1380 livres par an.

(5) Voy. le mémoire de l'intendant, du 28 septembre 175G (.Arch. Nal., 111 .459) „ On en a tiré, dit-il, plus de 30.000 plants qui ont été distribués à ceux qui les ont demandés »; elles peuvent fournir 7 à 8.000 plants bons à transporter l'an prochain.

(6) Arch. Nat., Hi 317.

(7) Voy. plusieurs mémoires des Etals, de 1748 à 1756 (Arch. d'Ille-et- Vilaine, C 3914).

(8) Lettre du duc d'.A.iguill(jn au Contrôleur général, du 26 janvier 1757 : « Les présidens des Etats me deziiandèrent que la commission intermédiaire eût l'administration des pépinières. Je consentis à cette demande, ainsi que vous m'y avez autorisé, et je crois que le public y gagnera et sera mieux servi » (Arch. Nat., Hi 459).

LES ÉTATS ET l'aGRTCULTFIIE. 421

qu'ils ont faits pour développer la culture flu uiûrier. Pendaut 10 ans, en effet, de 1750 à 1760, les l^tats fournissent une sub- V(Milion de l.OOO livres par an à M. de la Gombergère, dont la pépinière de Vertou, en 1757, a déjà livré 34.570 pieds de mûriers. De 1744 à 1763, ils subventionnent le sieur Equert, de Rennes, qui, en 1700, a déjà distribué environ 17.000 pieds de mûriers à des particuliei's^). En 1786, ils prêtent 12.000 livres sans intérêt pendant 10 ans au sieur Le Quinio, maire de Iibuis, pour l'encourager à la culture du mûrier et à l'élevage des veis à soie. Il rembourse cette somme en l'an I, car les affaires publiques, déclare-t-il. absorbent tout son temps; mais, en 1790, il a livré plus de 14.000 mûriers, et il a de belles plantations à Kermurier et à Kerblay, en Rliuis; il a entrepris aussi d'auties cultures, créant des prairies artificielles, convertissant des landes u en vignes, en vergers, en champs de pommes de terre (2). »

Les Etats ont voulu aussi encourager la cultui'e du lin : ils font distribuer des graines étrangères, surtout dans les parties u]éridionales de la Bretagne, où l'on ne se servait que de graines indigènes, de qualité médiocre (3).

Ils se préoccupent encore de l'élevage. Dans diverses paroisses, ils envoient des taureaux pour régénérer la race (^'.

(1) Ai'ch. d'IIle-et-Vilîiiiie, C .3914, et Arch. Nat., Hi 457. — En 1754, Pierre- Marie Héraull, droguiste à Rennes, el sa femme, qui depuis 20 ans élèvent des vers à soie, demandent une subvention qui leur permettrait d'instruire les habitants dans cet art.

(2) Arch. d'IlIe-el-Vilaine, C 3014.

(3) Corps d'observations, 1757-17.58. pp. 41 et sqq. — T.'un des bureaux de la Société d'Agriculture, celui de Nantes, estime qu'il n'est plus nécessaire de faire distribuer de la graine au-dessous du prix coûtant ; « il pense que, pour achever d'accréditer celle de Riga et de Zélande, il suffirait que les Etals fissent un fonds pendant quelques années pour en faire distribuer au prix coûtant », et il ajoute que « ce seroit le moyen de faire cesser les gains excessifs de ceux qui se sont emparés de cette précieuse branche d'agriculture et de commerce. » — l.a Société d'Agriculture, de son côté, s'efforce d'améliorer et d'accroître la production des graines de lin indigènes; dans le pays rennais, on commence à utiliser le lin sauvage {ibid. pp. 129 et sqq.).

(4) C'est ainsi qu'en 17G0, 6 taureaux el 12 béliers furent « distribués », sur l'ordre des Etats, dans l'évèché de Nantes fArch. de la Loire-Inférieure, C 560),

422 TENTATIVES d'amÉLIORATIONS AGRICOLES.

En 1752, ils accordent 12.000 livres à un ingénieur de la province, nommé Loiseleur, qui met en pratique une nouvelle méthode de parquer les moutons et qui, par de meilleurs procédés d'élevage, se fait fort d'obtenir une race plus belle et de défricher des terres incultes (i).

En(hi. les Etats distribuent des secours aux paroisses victimes de la grêle. C'est ainsi qu'en 1767 ils accordent 48.308 livres aux paroisses vignobles du pays nantais : Orvault, par exemple, reçoit 2.400 livres ; Saint-Herblain, 110 livres ; Sautron, 360 livres (2).

Mais les Etais ne llrent jamais œuvre plus utile que lorsqu'ils créèrent, en 1757, la Société d'Agriculture de Bretagne, la première en date de toutes celles que l'on vit bientôt éclore dans toutes les parties de la France. L'idée première en appartient à l'économiste Montaudouin et sans doute aussi au célèbre Gournay. Mais les Etals eurent le mérite d'accueillir sans hésiter le projet de Montaudouin et de le réaliser aussitôt. La Société reçut de la Commission du commerce une organisation assez forte : dans chacun des diocèses bretons fut établi un bureau composé de 6 membres; avec les surnuméraires, la Société comprit au total 65 membres. Le bureau de Rennes devait se réunir une fois par semaine, et les autres bureaux, une fois par mois. On demandait des mémoires à tous les membres de la Société et à toutes les personnes de bonne volonté; on se proposait, en effet, d'entreprendre une vaste encpiète sur l'agriculture, l'industi'ie et le conuuerce de la Bretagne (3).

(1) Arch. Nat., Ili 457. Dans son mémoire de 1748, il déclare que tout le progrès de l'agricullure dépend de l'abondance des engrais; aussi est-il indispensable d'avoir beaucoup de bestiaux et notamment de moutons. « Je scais, dit-il, la pratique et l'usage de parquer les moulons et de les faire coucher sur les terres dans la belle saison... » Il a fait des expériences, il a obtenu des laines plus belles que les autres et ses moutons ont doublé de prix. Il se propose d'utiliser pour l'élevage des moutons 700 journaux de terre inculte, qu'il po.ssède à Orgères, près de Rennes, et dont « il a expérimenté la bonté. » Mais il faudrait faire venir de belles espèces de l'étranger, se procurer dans le Berry des bergers et des chiens, faire construire des bergeries et défricher les terres. C'est pourquoi il sollicite un secours des Etats.

(2) Arch. de la Loii'e-Inférieure, C 560.

(3) Voy. L. de Villers, op. cit. Cf. A. du Chatellier, L'agriculture et les classes agricoles de la Bretagne, pp. 170 et sqq.

LA SOCIÉTÉ d'agriculture. 423

La Société, qui eut d'abord pour secrétaire général l'économiste Abeille, montra, pendant une dizaine d'années, une véritable activité. Elle reçut de nombreuses communications, qu'elle publia dans son Corps d'observations. Elle s'appliqua à encourager l'élevage, la culture du mûrier, des graines fourragères, l'apiculture; à introduire en Bretagne et à y propager de nouveaux procédés agricoles. Elle correspondait régulièrement avec d'autres Sociétés d'agriculture, .^ui lui soumettaient des mémoires (*), des sujets de concours (2). Dès 1757, elle demanda qu'on exemptât de dîmes pour 20 ans les terres nouvellement défrichées (3). En 1770, afm de porter remède à la disette, elle souscrivit 72.500 livres qui furent consacrées à importer en Bretagne du blé de l'étranger. Mais, à partir de 1772, l'activité de la Société se ralentit peu à peu, et elle ne fit plus que végéter W).

L'action du gouvernement, des Etats, de la Société d'Agriculture n'a pas été inutile (s). En Bretagne, comme ailleure, on commence à s'intéresser aux choses de l'agriculture. Des projets d'améliorations agricoles sont soumis aux pouvoirs publics et, surtout dans la seconde moitié du XMIP siècle, l'on tente quelques expériences intéressantes de cultures nouvelles ou de procédés nouveaux.

(1) Voy., par exemple, un mémoire adressé, en 1765. à la Société d'Agriculture de Bretagne par M. Treillard, secrélaire du bureau d'agriculture de Brives : en Limousin, déclare-t-il, on fait manger le bétail debout au râtelier; c'est un procédé meilleur que celui qui est usité en Bretagne, où le bétail mange couché fArch. d'Ille-et-Vilaine. C 1597).

(2) En 1765, Bertin communique à la Société de Bretagne les sujets de prix proposés en 1764 par la Société d'Agriculture de Paris; en 1766, la Société d'Agriculture de Limoges communique b. l'intendant de Bretagne les sujets de prix qu'elle a proposés (Ibid., C 1507).

(3) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 60 et sqq.

(4) L. de Villers, op. cit., p. 40. — En 1785, Georgelin, secrétaire perpétuel de la Société patriotique de Bretagne propose aux Etats de reconstituer l'ancienne Société d'Agriculture, de créer dans chaque diocèse un comité de 30 membres : voy. ses lettres du 6 et du 27 décembre 1785 (Arch. d'Illeet-Vilaine, C 39131. Mais il semble bien que ce projet n'ait pas eu de suite.

(5) On est persuadé, d'ailleurs, que l'appui des pouvoirs publics est indispensable pour les progrès de l'agriculture ; cf. Corps d'observations, 1757- 1758, p. 100 : « sans l'appui des Etats et .sans les grâces du gouvernement, l'agriculture ne se relèvera jamais de l'état languissant où diverses causes l'ont plongée. »

424 TENTATIVES d' AMELIORATIONS AGRICOLES.

Dès 1730, le sieur Kernilien Le Demour adresse aux Etats un mémoire sur l'aménagement des prairies (D :

La plupart des prés de Basse-Bretagne, déclare-t-il, sont dans des fonds marécageux, pleins de joncs et de mauvaises herbes; si Ton engraisse quelques bestiaux en Basse-Bretagne, c'est par retendue du terrain qu"on donne à paiti'e à ctiaque bête : dans ce pays mal cultivé, on abandonne 5 à 6 aipens de terre en pâture à un bœuf pour l'engiaisser pendant un an et enviion 5 milliers de foin, duquel il ne mange pas la moitié, parce qu'il rebute l'autre moitié, au lieu qu'un arpent de bonne pâture engraissera tous les trois mois un bœuf pendant l'été, et deux milliers de bon foin engraisseront en quatre mois un bœuf en hiver.

Le vrai remède, ce serait d'uliliser pour rirrigation les nombreux cours d'eau de la Bretagne; on aui'ait ainsi « les plus belles et meilleures prairies du monde. » Le projet de Kernilien Le Demour fut rejeté par les Etats. Il s'en plaint amèrement au Contrôleur général ^^\ et lui expose les expériences personnelles qu'il a tentées :

J'ai, dit-il, pratiqué dans mon terrain depuis cinq à six ans ce que j'enseigne par mon projet j'ai détourné un petit ruisseau sur 12 arpens de terre sèche, maigre, jonièr-e et enfiii presque de nulle valeur, dnnt j'ay fait prairie à donner par an environ 80 milliers de meilleur foin, avec lesquels et d'autres prairies de la maison, j'ay depuis donné le vert presque tous les ans à environ 1(X) chevaux de cavallerie qui sont d'oi'dinaire au quartiei' de Guingamp.

Il a recueilli par an 300 charretées de fumier, qui lui ont permis de défricher 35 à 40 arpents d'un mauvais bois taillis, qui ne donnait que de la fougère et du jonc, et ainsi il en a fait « les meilleures terres à froments et à lins de la paroisse (3). »

(1) Arch. Nat., Hi 262. Cf. Arch. d'Ille-et-VUaine. C 301,3.

(2) Lettre du 30 décembre 1730 (Arch. Nat., Hi 2621.

(3) Son projet fut examiné par l'inlendant qui y trouva de bonnes choses, mais déclara qu'il n'était pas possible de le mettre à e.xéoution libid.l. Kernilien le Demour nous apparaît, d'ailleurs, comme un personnage assez bizarre, atteint de mégalomanie. Il a présenté à Fontenelle et à Cassini un procédé pour faire avancer un vais.seau par le temps calme : il consistait

EXPÉRIENCES ACxRICOLES. 425

En 1760, le sieur Huard ;i), et, en 1770, M. de Marte] du Boistizon (2) exposent le dommage que cause à Fagricultuie bretonne l'abus des baies et des talus plantés d'arbres, qui coupent la campagne, la morcellent à l'infini et nuisent à la récolte des grains; M. de Martel du Boistizon demande qu'il soit interdit d'enclore les champs de moins d'un journal.

En 1757, M. de Mercandier propose à la Société d'Agriculture un mémoire sur la culture du chanvre, dont on ordonne l'impression; mais on craint que la méthode qu'il préconise ne produise beaucoup de déchets, et l'on prescrit de nouvelles expériences O).

On conunence à se préoccuper de la création de prairies artificielles et de la culture des graines fourragères (^). En 1757, M. de Pontual écrit un mémoire sur la cultuie du trèfie, qu'il voudrait voir se répandre en Bretagne, car elle supprimerait en grande partie les jachères (&). Deux des membres de la Société d'Agriculture, MM. de la Chalotais et de Montluc ont semé des tui'ueps en 1757 : la graine a produit des navels de 2 pieds de tour et du poids de 5 à 6 livres (s). M. de Montaudouin, du bureau de Nantes, a fait venir et distribuer beaucoup de graines de trèfie; un grand nombre de personnes lui

à « pousser l'air par des voiles agitées de la mesme manière que l'air ou le vent pousse les voiles d'un vaisseau». Cassini lui a demandé s'il avait, étudié les mathématiques. « J'oze assurer ces messieurs, déclare Kernilien. que je conçois la plupart des règles de la méchanique aussi bien que ceux qui les ont inventées sans les avoir étudiées, et qu'assurément Dieu m'a donné un génie capable de grandes choses; je le feray voir dans la suite » (ibid.j.

(1) Mémoire du sieur Huard aux Etats (Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 3913). Huard parle aussi de l'utilité qu'il y aurait à augmenter les vergers et les potagers, à faire écouler les eaux qui croupissent dans les chemins de traverse; il déclare encore que les baux de fermes sont trop courts et les fermages trop élevés.

(2) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 3913.

(3) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 28-30. L'intendant du Berry, qu'on a consulté, déclare que ■< les ouvriers trouvent cette méthode trop dispendieuse, non en argent, mais en matières. »

(4) Ibid.. pp. 19-20.

(5) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 3913. Son mémoire a été imprimé et distribué par la Société d'Agriculture à plus de 3-000 exemplaires {Corps d'observations, 1757-1758, pp. 64 et sqq.),

(6) Ibid., pp. 26 et sqq,

426 TENTATIVES d'aMÉLIORATIONS AGRICOLES.

en ont demandé pour en semer (i). La Société exprime le vœu que la province en fasse délivrer gratuitement 8 livres dans chacune des paroisses où cette culture est inconnue (2) ; elle recommande aussi la culture de la luzerne, du raij-cjrass, du sainfoin, des turneps, des panais O).

Nous savons combien les engrais étaient défectueux en Bretagne. On cherche donc à les améliorer. Déjà, en 1752, Descognets de Correc, qui a découvert de nombreuses carrières de marne en Bretagne, s'efforce de répandre Fusage de cet engrais, dont il a expérimenté les effets, qu'il déclare merveilleux (4) :

Les terres vagues, amendées avec de la marne, se trouveront, en peu de temps, aussi bonnes que les terres chaudes, et même de meilleur rapport, la marne se trouvant aussi al)ondante qu'elle l'est; cette marne sera d'un très giand avantage pour les pays de Hennebond, Lorient, Quimperlé, le Faouet et autres, où le paysan est obligé d'écorcher une pièce de terre pour en avoir les mottes à pourrir pour fumer la pièce de terre voisine; il pourra mettre les deux pièces sous bled; il en aura tout le temps, son travail étant allégé de plus de moitié.

Grâce à la marne, déclare-t-il encore, on pourra défricher toutes les landes de Bretagne. Les Etats lui ayant accordé 15.000 livres, il se met à la besogne. A l'entendre, les landes qu'il défriche se transforment en riches terres de culture ; on se convainc de l'excellence de son procédé '&) :

Au Cdinniencement de cet ouvrage, dit-il, les journaliers même s'en moquaient, et bien des gens de façon pcnsoient comme le reste

(1) Corps d'observalions, 1757-1758, p. 71.

(2) Ibid., pp. 81 -82.

(3) Ibid., pp. 74 et sqq.

(4) Arch. Nat., Hi 457. Cf. Arch. d'Ille-et-Vilaine. C 1620.

(5) Lettre de Descognels de Correc, du 10 juin 1754 (Arch. Nat., Hi 457). — L'intendant ne croil pas que l'usage de la marne se répande aussi facilement que le pense Descognets de Correc ; dans une lettre à Trudaine, de 1754, il l'emai'que que le paysan n'a pas confiance dans la marne; celui-ci ne croil pas non plus que les terres défrichées puissent rester fertiles au bout de quelques années (Arch. d'Ille-el-Vilaine, C 1629).

EXPÉRIENCES AGRICOLES. 'l27

du peuple. Aujourd'huy tout le monde est étonné de voir dans une terie couverte de bruyère, il n'y a que cinq mois, du blé noir qui promet beaucoup plus que partout ailleurs; les premiers navets semés sortent à merveille. L'on vient de tous côtés voir cet ouvrage et déjà on a commencé plusieurs petits défrichements à ma façon (D.

Plus tard, des expériences non moins concluantes sont tentées dans le diocèse de Nantes; la Société d'Agriculture insiste sur la nécessité qu'il y a de se servir de la marne pour amender les terres (2).

On se préoccupe aussi d'améliorer les instruments agricoles, encore si primitifs ; des membres de la Société font venir des modèles nouveaux, dont elle essaie de répandre l'usage. On doit à M. Blanchet un nouveau semoir et à M. de Bruc une herse, qui pourront rendre de grands services (3).

Mais c'est surtout pour la culture des céréales et la conservation des grains que l'on cherche des procédés nouveaux et qu'on se livre à des expériences parfois heureuses. M. Baudouin, associé de Dol, « fait tremper le blé dans une saumure de sel marin pendant 24 heures et le saupoudre de poussière de chaux vive le jour où il doit être semé ; » il obtient ainsi un rendement de 13 pour 1, son blé pèse 5 à 6 livres de plus par boisseau que celui de ses voisins, et il évite encore le blé

(1) Il ajoute qu'il a fait semer 25 journau.x de blé noir, ce qui « a fait un très bon effet dans ce pais, car le blé noir fait une grande partie de la nourriture du peuple. Je nie serviray de chaux pour l'engrais du seigle, qu'on sèmera en octobre prochain dans la place du blé noir, et au mois de mars prochain, dans la place des navets qui seront pourris sous ce temps, l'on sèmera du froment. » — Plus tard, Descognets de Correc prélend que c'est « la vase de mer » qui constitue le meilleur engi'ais : voy. son mémoire de mai 1766 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1598).

(2) Corps d'observaUons, 1757-1758, pp. 172 et sqq. Auprès de Pontpéan, remarque-t-on encore, on trouve de la pierre à chaux ou marne dure : « on conserve dans les archives de Mesneuf des fermes de 200 ans, qui assujettissoient les fermiers à aller chercher une certaine quantité de terre de Pontpéan pour améliorer les leurs. On a totalement oublié dans le pays et dans les environs (pie celle matière était un excellent engrais » [ibid., p. 174).

(3) Ibid., pp. 181 et sqq. — <> Plusieurs membres de la .Société » s'efforcent d' « enrichir la province de machines et d'insiruments qui y sont inconnus ou qui n'y sont pas assez connus » {ibid., p. 195},

428 TENTATIVES d'amÉLIORATIONS AGRICOLES.

ehar])onné, qui parfois détruit la moitié des récoltes. La Société dWgririilhiie envoie des copies de ces procédés dans plusieurs parties de la province ^D. M. Blanchet parvient aussi à accroître le rendement du blé en employant la métliode anglaise de M. Tull; il en a fait l'expérience « dans son bien situé près de Messac: » il use de semoirs: il a prouvé qu'un journal cultivé de la sorte '< produit au propriétaire 46 livres 10 sous de produit net, » tandis qu'un journal cultivé suivant la mode ordinaire ne rapporte que 8. livi'es 4 sous <'■'). Par de tels exemples, on essaie de prouver aux paysans qu'ils emploient beaucoup trop de semence (s). — On cherche aussi à obtenir une meilleure farine : la Société d'Agriculture estime qu'il faut encourager la création d'élal)lissements semblables à ceux qui donnent les farines renounnées de Nérac f^).

Mais quelle a été la portée réelle, quelle a élé l'efticacité de toutes ces tentatives ? Sans doute, un certain nombre d'hoinmes éclairés et de grands propriétaires, gagnés aux idées de progrès, ont essayé d'améliorer les anciens procédés, ont introduit sui' leurs terres des cultures nouvelles, ont tenté des expériences intéressantes (5). Leur exemple, dans certains cas, a été bienfaisant. La Chalotais et quelques autres agronomes semblent a\oir contribué à déterminer dans les environs de Rennes un réel progrès. La culture du tièllc et de la luzerne ^s'y répand; beaucoup de landes sont défrichées (6). n

(Ij Corps d'observations, 1757-1758, p. 71,

(2) Ibid., p. 120.

(3) M. Baudouin, qui relire de sa cullure 13 pour 1, ne sème que 150 livres de froment par joui'nal, tandis que presque tous les laboureurs de l'évêché de Rennes en sèment 200 libld., p. 127).

(4) Ibid.. pp. 44 et sqq. — La Société d'Agriculture recommande de mettre les blés moissonnés en meule, de façon à les préserver de la pluie.

(5) Déjà au XVIle siècle, on pourrait citer quelques propriétaires qui se sont occupés d'agronomie : tel, Gabriel Calloet de Kerbiat, qui publia des livres d'agriculture, s'occupa lui-même de l'exploitation de ses domaines, inventa de nouveaux procédés de culture et de nouveaux instruments agricoles (Audren de Kerdrel, Gabriel Calloet de k'erbrat, agronome breton du XVIh siècle, dans le Bulletin arctiéologuiue de l'Association bretonne, année 1884, pp. 191 et sqq.).

(6) Voy. L. de Villers, La Clmlotais agriculteur, dans les Mémoires de la Société arcliéologique d'Ille-elA' Haine, an. 18U4, t. XXIII, pp. 289 et sqq.

PORTÉE DE CES TENTATIVES. 'l29

est même des petits propriétaires qui ont créé des pi'airies artificielles. La veuve Goujoon, fermière de la métairie de Blosne, ù trois quarts de lieue de Rennes, a pu ainsi mettre en valeur des terres jusqu'alors incultes et entretenir 36 pièces de gros bétail^). On note aussi dans la même région le progrès de la culture du. lin et du chanvre C-^) ; celle de la ponnne de terre même s'y développe.

Il convient de noter aussi que, vers la fin de l'Ancien Régiiiie, certains propriétaires, dans les baux de fermes qu'ils concluent, insèrent des clauses relatives à des améliorations agricoles. Ainsi, en 1787, Pierre du Gambout afferme pour 9 ans à Jean Guilton la métairie du Valleron. Le fermier s'engage à planter sur les fossés des arbres et notamment des chênes et des hêtres, à « clore » ou à « fouir » à son choix le petit « landier, » qu'ensuite il cultivera; dans la partie de la prairie nouvellement défrichée, il sèmera un journal ou un journal et demi de trèfle, dont le seigneur fournira la graine; si le trèfle n'y prospère pas, il en sèmera dans un autre champ; comme le trèile ne vient bien que pendant trois ans, il en sèmera un autre champ de même étendue et labourera le premier (3). Dans ce cas, le propriétaire impose à son fermier rétablissement de prairies artihcielles, un assolement plus rationnel.

On voit aussi apparaître en Bretagne quelques entrepreneurs de culture, qui se servent d'un outillage perfectionné et mettent en pratique les procédés les plus nouveaux. Tel, ce Le Dosseur, d'origine champenoise, ciui est devenu régisseur des terres de la seigneurie du Guémadeuc, et qui, en 1769, propose aux Ktats de Bretagne do former des élèves (-i). Il s'est

(1) Corps cVobseri'atkms^ 175D-171Î0, pp. 9 et sqq.

(2) Comme, à Vern, la culture du chanvre menaçait de dégénérer, La Chalotais fit distribuer 200 boisseaux de graine aux paysans les moins aisés.

(3) Voy. aussi le bail de la mélaii'ie de Ché du Bos, du 19 août 1787 [Fonds du Cainbout, Arch. des Côtes-du-Nord).

(4) Il demande ciu"(jn lui confie un élève par évêché, et que ces 9 élèves soient exempts de milice et de corvée, pendant le lemps qu'ils suivront ses leçons (Arch. d'IUe-el-Vilaine, C 3913).

430 TENTATIVES d' AMÉLIORATIONS AGRICOLES.

procuré du bétail de Hollande et de Flandre, et, pour le soigner, il a engagé un berger flamand avec toute sa famille. « La mouture étant en Bretagne au dernier degré de dépérissement, » il a fait venir des meules de Gorbeil et de Saint- Dizier ; il s'est fait envoyer des cliarrues de la Brie ; <( il a fait faire des herses à dents de fer pour ameublir les terres nouvellement défricliées, des herses à dents de bois pour ameublir les terres en culture et pour enterrer les semences, des rouleaux de bois pour écraser les mottes et pour asseoir les terres trop soulevées au pied des racines du bled; » il a essayé encore de fabriquer des fromages façon de Brie d).

Mais rinnnense majorité des cultivateurs continue à employer les procédés traditionnels, à suivre la routine. Le Contrôleur général ayant recommandé à l'intendant, en 1756, un certain llobineau qui a trouvé un nouvel engrais, l'intendant répond : « 11 n'est pas facile d'engager les cultivateurs de cette province à changer l'ancienne façon d'ensemencer les terres (2). » La Société d'Agriculture remainiue elle-même que les nouvelles métliodes de culture exigent un soin et une précision dont les paysans ne sont pas capables O). L'intendant Bertrand de Molleville, en 1785, déclare que la Société d'Agriculture n'a jamais été d'une grande utilité, car « peu de gens cultivent leurs terres en Bretagne ; les propriétés y sont divisées en beaucoup de petites métairies qui sont presque toutes affermées à un prix excessif, de sorte qu'en général les fermiers y sont aussi pauvres que peu industrieux (^). » Tout le monde s'accorde à reconnaître que les baux de fermes sont de trop courte durée pour permettre aux fermiers de faire des

(1) En 1770, Charles Garnier, qui a fait des études à l'Ecole d'Agriculture de Paris, et qui a, dit-il, des connaissances pratiques très étendues, se propose pour diriger une grande exploitation {ibid., C 3013).

(2) Ibid., C 1598.

(3) Parlant de la méthode nouvelle, employée par M. Blanchet, la Société d'Agriculture estime qu'il sera difficile de rendre générale une culture « qui exige beaucoup de soins et une précision dont les paysans sont rarement capables » {Corps d'observations, 1757-1758, p. 126).

(4) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1597.

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