‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 182 sur 219 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La vie du paysan d'après Noël du FaiL — L'habitation. — Le mobilier et le vêtement, chez les paysans aisés et chez les pauvres. — L'alimentation.

Il convient maintenant de se représenter le mode d'existence des paysans. Quel esl leur degré d'aisance ? Comment sont-ils logés ? En quoi consiste leur mobilier ? Comment sont-ils velus ? Connr.ent se nourrissent-ils ? Telles sont les premières questions qui se posent.

On ne peut se dissimuler combien une pareille étude est délicate. Nous ne dispo^sons, en effet, que de renseignements fragmentaires, qui ne permettent pas de dresser une statistique complète. Et, suivant les documents dont on se sert, comme il est facile d'embellir ou de noircir le tableau !

Puis les paysans, nous le savons, ne constituent pas une classe unique et uniforme. Puisque, parmi eux, l'on trouve des propriétaires, qui peuvent vivre de leur patrimoine, et des tenanciers d'inflmes parcelles, de gros et de petits fermiers, des cultivateurs indépendants et des journaliers, dont la con-

dition économique diffère profondément, n'est-il pas naturel que la vie matérielle ne soit pas pour tous identique ? Il faut donc distinguer soigneusement les diverses classes de paysans. — Qui ne connaîtiait pour tout document que les Propos rustiques de Noël du Fait, ou encore ses Baliverneries^ ses Contes d'Eutrapel, ses Discours cVEutrapel se ferait de l'existence du paysan breton une image vraiment agréable. Dans les Baliverneries, Eutrapel mène Polygame (( chez un preudhomme paisant, bon vilain et qui jamais ne reculloit quand au faict et train de bien boyre. Escoutez donc comme le vilain estoit logé. EoLj'é qu'estiez en la cour close de beaux esglantiers et espines blanches, voyez en une orée un beau fumier amassé, des tectz çà et là bastitz, faictz de forme quarrée, haults environ de troys pieds. Je laisse un petit appentiz, joignant l'entrée sous lequel estoient force charrues, charrettes, aixeuls, timons et limons : et viens au principal estage qui en sa circonférence avoit 17 pieds en quarré et 28 en large et non plus... » La paroi est « de belle terre détrempée avec beau foing que le paillard avait desrobbé de belle nuict; » un beau pignon au soleil couchant: la couverture est faite <( de joncz et paille entremeslez. » Dans la chambre, se dresse une belle table solide « sur le bout de laquelle la touaille ou nappe, ce m'est tout un. cstoil encore du reste du dîner. » Vers le foyer, un coffre « auquel estoit en élégante disposition les bardes du villageois comuie chappeau, gibbessière. sa ceincture bigarrée et demy ceinct de sa femme, entremeslée l'odorante marjolaine. » Près du foyer aussi, le lit du bon Iiomme, clos et fermé; çà et là, « des selles et chaises de bois tortu et les pièces toutes bien rai)portées. » Le paysan possède aussi d'assez nombreux ustensiles, des écuelles. un pot. un tianchoir d). — Et, dans les Propos rustiques. Noël du Fail nous montre aussi des paysans, se divertissant joyeusement (2). heureux de vivre,

(1) Noël du Fait, Les baiwerneries et les contes d'Eutrapel, éd. E. Courbet, r'ari.s, 1894, t. I, pp. 44 et sqq.

(2) Voy., par exemple, la description d'une fêle campagnarde dans les Propos rustiques (éd. A. de la Borderie, pp. 13-14), le récit du banquet, de la danse libid., pp. 20 et sqq.), les contes de la veillée [ibid., pp. 36 et sqq.).

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