MOBILIER ET HABILLEMENT
ustensiles de ménage, des poêles d'airain, des marmites de terre et d'airain, des cliaudrons, dos poèJiers, des bassins, des burettes, des écuelles de bois et de terre, une assiette et un plat d'airain, des ustensiles pour faire la lessive. Gillette Gourtin possède cinquante-sept coiffes, dix chemises, trois nappes, douze draps de lit, une chemisette de laine blanche, des cotillons de laine et de flanelle, des tabliers de laine et de toile. — Le total des biens mobiliers, qui comprennent aussi les instruments de culture et l'attirail agricole, s'élève à la somme de i.876 livres 18 sous. Tout à fait comparable est l'inventaire de Pierre Bouget, un laboureur aisé, dont les biens mobiliers, en 1750, sont estimés à 1.864 livres W.
Voici maintenant un paysan de condition moins élevée, mais qui cependant jouit de quelques ressources et a pu faire quelques économies, puisqu'il a acheté une petite maison et quelques pièces de terre : c'est Julien Guérin. Son mobilier, que nous décrit l'inventaire de 1647 (2), semble peu confortable : il se compose d'une grande vieille table de bois de chêne, d'un grand vieux banc à coffre en bois de chêne, de deux coffres en bois de cerisier, d'une vieille huche en chêne, d'une vieille armoire sans clé, en chêne, d'une autre armoire de peu de valeur, d'un « châlit » en bois de châtaignier, d'un vieux coffre rompu. Il possède peu d'ustensiles de ménage : une petite marmite en fer, avec une cuiller à galette, une poêle à frire et une autre « percée et rompue, » une vieille baratte, une « braioche avec son braion pour pétrir le pain, » un chaudron, un vieux bassin rapiécé, une passoire, le tout en airain; un pichet à bec de corbin, un flacon, six plats,
(1) Fonds de la seigneurie de Cacé, ihid., E 20.— Voy. encore un mémoire rédigé par un paysan aisé de Saint-Senoux, près de Guichen, sous le titre « Mémoire des liardes de noce de ma femme »; elle a apporté un assez riche trousseau, estimé à 160 1.; le trousseau du mari a coûté 63 livres 10 sous (A. Guillot, Des (rais de noce en Bretagne vers le milieu du XVIIl^ siècle, dans les Mémoires de la Société archéologique d'ille-et- Vilaine, an. 18'J-4, t. XXIII, pp. 361 et sqq.).
(2) Fonds de la seigneurie de Chanclin (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 21). Cf. Finvenlaire de Pierre Lombard, laboureur, en 1756 ((unds de Cacé. ibid., E 20). Cf. aussi plusieurs inventaires dressés dans la seigneurie de Largouet, en 1702 {^onds de Largouet, Arch. du Morbihan).
quatre assiettes et sept petites cuillers, le tout en étain. L'in- ^■entaire note encore deux nappes et deux serviettes de toile, une couette de plume d'oie, deux « linceux » de toile, une couverture appelée berne, un demi-tour de ciel de toile de crin, garni de sa frange, avec un petit oreiller de plume d'oie; une autre couette de plume d'oie, deux vieux u linceux de toile de crin » et une u berne; » un manteau noir de serge, à moitié usé, un vieux pourpoint de serge et un manteau de bure également usés, quatre chemises de toile. La garde-robe de la veuve comprend un cotillon de camelot, enrichi de.« lattes » de velours, une paire de biassières de lalïetas, un mantelet de serge, un collet de velours, quatre couvre-chefs de toile, quatre collets très usés, deux chemises. La valeur des biens meubles est estimée à 249 livres tournois.
Ce Julien Guérin ne jouit que d'une médiocre aisance. Nombreux sont les paysans dont les conditions d'existence nous apparaissent comme à peu près semblables. Consultons, par exemple, les inventaires dressés au XVIIP siècle dans la seigneurie de Buhen-Lantic. Nous voyons que la plupart des paysans, dont les biens mobiliers sont évalués à quelques centaines de livres, possèdent un ou deux lits, une ou deux armoires, deux ou trois coffres ou huches, les ustensiles de ménage nécessaires, du linge en quantité suffisante, deux ou trois vêtements d'homme et de femme U).
Mais il est beaucoup de paysans qui vivent plus misérablement encore : ce sont les pauvres journaliers, qui ne possèdent qu'un lit, une armoire, une huche, quelques pauvres ustensiles de ménage, quelques pauvres hardes (2). La valeur
(1) Arch. des Côtes-du-Nord, B 187. — Voy., par exemple, l'inventaire de Hervé Huet, du 13 février 1787, qui estime la valeur de ses biens mobiliers à 650 livres. Il possède quelques coffres, 3 charlits, 2 armoires, dont une mauvaise, 3 couettes, 4 pots de terre, 3 assiettes de terre et 3 de bois, 5 cuillers en bois, un plat et 2 assiettes, une passoire de bois et une jatte. Cf. l'inventaire de Henri Queyré, du 17 avril 1789; de Jean Dauludet, du 19 septembre 1770; de Rolland Saint-Illon, d'avril 1762. Les inventaires de la plupart des métayers évaluent leurs biens mobiliers à 5, 6 ou 700 livres.
(2) En 1534, le journalier Jehan Rouxel, de la paroisse de Plaintel, possède une couette de plume, un balin. 2 linceuls, une fiuche avec clé et clavure, un bassin d'airain à demi usé (S. Ropartz, Mobilier d'un gentilhomme et d'un