MOBILIER ET HABILLEMENT
de leurs biens mobiliers, notée dans les inventaires, n'atteint pas 100 livres, parfois même dépasse à peine 20 livres ou même 10 livres d), tandis que les biens mobiliers de riches paysans s'élèvent à 1.000, 2.000 livres (2). — La classe la plus
iournalier bretons au XVI^ siècle, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, 2e série, t. I, pp. 50 et sqq.). — Voy. l'inventaire des biens mobiliers de Julienne Labarre, veuve de Malhieu Ollivier, du 28 juillet 1789, estimés à 55 livres 15 sous [Seigneurie de Bnlwn-Lantic, Arch. des Cùles-du-Nord, B 187) :
Une crémaillère de fer 10 s.
Un crepier 10 s.
Une grande armoire avec sa clavure 24 1.
Une poêle d'airin 12 1.
Une coette de plume avec Iraversier 10 1.
Une table et couchette 15 s.
Un charlit avec une armoire 4 1.
Une poêle a crêpe 10 s.
La veste grise 4 1.
Autre camisole noire 2 1.
Une mauvaise couverture 10 s.
Un tablier 20 s.
Un autre tablier 15 s.
Une jupe de drap gris 20 s.
Un capot de camelot gris 5 s.
Autre jupe de drap gris 1 1-
Une paire de bas bleus 15 s.
7 grosses coiffes 1 1.15 s.
Un pannier et deux mauvaises chemises 10 s.
Voy. encore l'inventaire de Pierre Huet, du 3 avril 1788 libid.l, qui s'élève à 30 1. 10 sous :
Un chapeau el paire de bas de laine 2 1.
5 chemises, tant bonnes que mauvaises 3 1.
Un habit de drap gris avec veste pareil et un pelit gilet de mignonnelte blanche 18 1.
Une veste de drap noir et une paire de culotte noire 2 1.
Une paire de souliers cloutés et une autre mauvaise paire... 2 1.
Un mauvais Justin de helinge et de toile, une paire de garnache et un gilet de toille, presque usés 1 1. 10 s.
Une mauvaise paire de culotte de peluche brune et une veste de drap gris 2 1.
(1) L'inventaire de François Le Cour, qui possède un lit, une armoire, un coffre, ne. s'élève qu'à 35 livres, celui de Jacques Colard k 22 livres, de François Dommalain à 23 livres, celui de Barthélémy Le Gac à 11 livres, celui de Jean Le Calvé à 9 livres 5 sous. Parmi les inventaires de la seigneurie de Buhen-Lantic, j'en ai compté environ 24, dont la valeur totale est inférieure à 100 livres (Arch. des Côtes-du-Nord, B 1S7).
(2) Les biens mobiliers de Toussaint Duchesne, métayer des Genetais, en 1783, sont estimés valoii' 1.133 livres; ceux de Jean PouUain, en 1777, 1.932 livres; de Jean Berredo, en 1775, 2.128 livres; la succession de Pierre Gleyo, fermier de la métairie noble de Buhen, en 1787, s'élève à 8.548 livres; c'est un cultivateur très aisé, qui semble jouir d'un véritable bien-être iibid.j.
pauvre des paysans est souvent couverte de haillons (D ; ils n'ont que des sabots ou vont pieds nus (2), et ce sont leurs enfanis que nous dépeint Arthur Young « terriblement dé- ^ guenilles, plus mal sous cette couverture que s'ils restaient tout nus (3). )) Ce sont ces pauvres journaliers que Gambry nous montre dormant dans leurs lits clos, étroits et malsains, « sur la balle d'avoine ou de seigle, sans matelas, sans lits de plumes, sans draps, » n'ayant le plus souvent pour se couvrir la nuit qu' (( une espèce de sac de balle W. »
L'alimentation du paysan breton n'est pas moins défectueuse. Même dans les parties les plus riches de la péninsule, il ne vit guère que de pain, de soupe, de laitage et de beurre (s). Il ne mange presque jamais de viande (6). n ne boit le plus souvent que de l'eau; c'est seulement dans les années d'abon-
(1) Le cahier de Maroué parle « des lambeaux qui servent de vêtements à la plupart des cultivateurs » (E. Dupont, oy. cit., p. 45).
(2) Bien des cahiers de la sénéchaussée de Rennes se plaignent de l'impôt sur les cuirs, qui a triplé souvent le prix des souliers; aussi la plupart des paysans ne peuvent-ils porter que des sabots; les habitants de Domloup sont obligés « de marcher en sabots, même aux jours de fêle, et quelquefois pieds nus, du moins en assez grand nombre » (ibid.j.
(3) « Quant aux bas et aux souliers, ajoute-t-il, c'est un luxe hors de propos » (A. Young, op. cit., t. I, p. 148).
(4) Cambry, op. cit., p. 33. Il ajoute (p. 34) : « Imaginez la malpropreté, l'odeur, l'humidité, la boue qui régnent dans ces demeures souterraines, l'eau de fumier, qui souvent en défend l'entrée, qui presque toujours y pénètre; ajoutez y la malpropreté, la gale originelle héréditaire, et des pères et des enfans, la malpropreté d'individus qui ne se baignent, qui ne se lavent jamais, qui sortent des fossés, des mares, des cloaques (jù l'ivresse les avait précipités; peignez-vous ces cheveux plats et longs, cette barbe épaisse, ces figures chargées de raies crasseuses, les courts gilets, les culottes énormes, les petits boutons, les guêtres, les sabots qui forment leur habillement et vous aurez l'idée d'un paysan breton. »
(5) Voici quel est le menu de l'hôpital de Saint- Pol, en 17G4 : « du pain de méteil, de la soupe et de la viande trois fois par semaine, et les autres jours du pain et du beurre et de la soupe seulement, suivant l'usage du pays. » Mais, observent les directeurs, « il ne conviendrait pas de leur donner ny vin ny cidre, sinon aux malades, autrement les artisans du pays négligeraient de travailler et les laboureurs abandonneraient aussy leurs ménages pour être mieux nourris à l'hôpital » (Arch. d'Ille-et- Vilaine, C 1292). Cf. A. Dupuy, Les Epidémies en Bretagne (Annales de Bretagne, L I, pp. 307-308).
(G) Cependant, les propriétaires de vignes ont l'habitude de tuer et de saler de nombreuses bêtes à cornes pour nourrir leurs vendangeurs; voy. une lettre de l'intendant Ferrand au Contrôleur général, du 18 août 1714 (Arch. Nat., C 1931.
L'AI.IMElSrTATIOÎif. 467
dance qu'il se gorge de cidre et aussi d'eau-de-vie. Presque partout, le pain de froment est un luxe qu'il ne saurait s'offrir, et il ne commence à consommer un peu de froment, vers 4a fm de l'Ancien Régime, que dans la l'égion de Saint-Malo W. On n'use donc que de pain de seigle, de mauvaise qualité, et souvent même, on ne peut en manger : il faut se contenter de galette ou de bouillie de blé noir (2). Dans la région de Morlaix, pendant des mois, on n'a pour toute nourriture que des fèves et de la bouillie d'orge ou d'avoine (3); dans le midi de la Bi'etagne, on consomme beaucoup de mil et d'orge ; dans les envii'ons de Rennes, Vitré, Redon et Fougères, beaucoup de châtaignes W.
Pourquoi les paysans sont-ils obligés de se contenter de cette nourriture, lorsqu'ils cultivent presque partout du seigle ou du froment ? C'est que le froment et le seigle leur servent presque uniquement à acquitter les redevances seigneuriales, les fermages et les impôts. Les grains, dit le subdélégué de Redon, sont considérés par les paysans « comme un secouis que la nature leur fournit pour payer leurs fermes, leurs fouages, leur capitation et leurs autres subsides; » si la disette les oblige à consonmier leur froment, « ils sont forcés de mettre deliors leurs domestiques, de vendre à vil piix leurs bestiaux pour subvenir à leurs charges et impositions (5). »
(1) Etat des récoltes, 1775 (Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 1653). Cf. la lettre de l'intendant Bertrand de Molleville à Lambert, du 29 avril 1788 (ibid., C 1714) : <c En quelques cantons, les gens de la campagne consununenl nuiins de seigle qu'auparavant,..; ils prennent l'habitude de faire du pain de froment mêlé avec de l'orge et de la paumelle. »
(2) Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 1652. A Redon, on consomme 20 demés de blé noir contre 1 de seigle {ihid., C 1651). Voy. aussi la lettre de Bertrand, citée plus haut : « lis ont de petits moulins à bras pour moudre le blé noir dont ils font de la galette qu'ils mangent avec un peu de beurre et avec du lait, au moyen de quoi ils se passent très souvent de soupe. » — Dans bien des cahiers de la sénéchaussée de Rennes, les paysans se plaignent souvent de manquer de pain; les paroissiens de Bourg-des-Comptes déclarent : « N'ayant pas le moyen de manger du pain, nous mangeons de la galette de blé noir » (E. Dupont, op. cit., p. 44).
(3) Etat des récoltes. 1776 (Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 1653).
(4) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1651, 1652, 1653.
(5' Lettre du subdélégué de Redon, du 11 janvier 1739 {ibid., C 1651;. Cf. les Observations générales sur le produit d'une année commune, 1750 {ibid., C 1652). — Sur tout ce qui précède, cf. Letaconnoux, Les subsistances et le commerce des grains en Bretagne.
'i(58 LA VIE MATÉRIELLE.
Sans doule, il est des régions où les conditions d'existence sont meilleures. Bagot remarque (D, en ce qui concerne le diocèse de Saint-Brieuc, que dans les paroisses de la côte, plus riches, mieux cultivées, les habitants jouissent d'un bienêtre qu'ignorent absolument les paysans de l'intérieur : « L'aisance de l'habitant, dit-il, s'y manifeste par la propreté des habitations et la nourriture dont il fait usage habituellement. » Les honnnes, mieux nourris, sont robustes. Dans l'intérieur, au contraire, où la nourriture est mauvaise, où la population vit dans des <( maisons maussades, mal bâties, mal percées, » « la race est petite, maigre, abâtardie et d'un jaune olivâtre, » prédisposée à toutes les épidémies.
Il n'en est pas moins vrai que la vie matérielle des paysans bretons laisse inllniment à désirer; il en est peu qui jouissent d'une véritable aisance; et, à ce point de vue, leur condition ne semble pas s'être sensiblement améliorée depuis le Moyen- Age.
(1) Observations médecinales, p. 305. — A Landivisiau, Arthur Young remarque [op. cit., t. I, p. 151) que « les femmes, même jeunes, sont tellement ridées par la fatigue qu'elles perdent l'air de douceur naturel à leur sexe. »