OBLIGATIONS DES TERRES NOBLES
Goret, sieur de la Jandourie, bourgeois de Saint-Malo; en 1745, elles ont pour propriétaire Baudouin, sieur de la Villanne, qui, en 1762, doit payer pour le droit de franc-fief 77 livres 10 sous (1). Sous la seigneurie de Châteauloger, en 1652, Luc Pasnaget, du Bas-Serrière en Orgères, possède un assez grand nombre de terres nobles (2); en 1615, Edouard le Limonnier, sieur de la Marche, avocat au Parlement, déclare tenir de la même seigneurie une maison noble et un domaine de 34 journaux qui lui sont échus par succession d'Yves de Baudron, conseiller au présidial de Rennes (3). En 1724, Jean Legay, receveur du tabac à Rennes, tient par acquêt la maison noble et la métairie de la Perrière en Orgères w.
Il est même des seigneuries considérables qui sont devenues la propriété de roturiers. La seigneurie de la Ballue, en Bazouges, avait longtemps appartenu à la famille Chesnel, puis, au XVP siècle, à la famille d'Acigné; au début du XVIP siècle, elle fut acquise par Gilles Ruellan, qui, après avoir débuté comme domestique d'un marchand de toiles à Antrain, était devenu trafiquant d'armes pendant la Ligue, puis fermier général des neuf évêchés. Parvenu à une très grande fortune, Gilles Ruellan put réunir à cette terre les seigneuries de Monthorin, du Rocher-Portal, du Tiercent(5). La seigneurie de Bréquigny fut vendue vers 1573 à Guy Meneust, fils d'un sénéchal de Rennes ; anobli en 1577, Guy Meneust devint la souche d'une grande famille parlementaire, et la seigneurie fut érigée en châtellenie en 1609 (^f. Dans les environs de Quimper, au XVIIP siècle, plusieurs seigneuries considérables sont acquises par des bourgeois ;
(1) Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 266 (tonds du Plessis-Bertrand).
(2) Terrier de Châteauloger (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 31).
(3) IMd.
(4) Ibid., pp. 458 et sqq. Cf. l'aveu de Guillaume Perrigault, sieur de la Villeblanche, du 6 octobre 1596 {{onds de Bois-Durand, Arch. d'Ille-el-Vilaine, E 14). Cf. l'Aveu de Bois-de-Miniac, de 1744, passim.
(5) Maupillé, Notices historiques et archéologiques siir les paroisses du canton d' Antrain (Mém. de la Soc. archéologique d'I Ile-et-Vilaine, an. 1868, t. VI, pp. 189 et sqq).
(6) Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Ilaute-Rretagne, 1" série, pp. 112 et sqq.
les Gazon, descendants d'un pâtissier de Rennes, achètent, en i761, la seigneurie du Plessix-Ergué W ; Pierre-Clément Gaussy, manufacturier de faïencerie, devient propriétaire, en 1775, de la seigneurie de Pratanroux (2). pius d'un gentilhomme, gêné dans ses affaires ou ruiné par des procès, a dû vendre ses terres (3), et, dès le X\T siècle, nombreux sont les roturiers qui, pour se soustraire au paiement des impôts, s'efforcent d'acquérir des fiefs nobles ^^l
D'autre part, bien des héritages roturiers sont tombés entre les mains des nobles; il suffit pour s'en convaincre de parcourir les aveux et les terriers (s). Fréquemment, la même personne, noble ou roturière, tient à la fois des terres nobles et des terres roturières (6).
(1) J. Trévédy, Roturiers seigneurs hauts-iusticiers, la famille Gazon (Bulletin de la Société archéologique du Finistère, an. 1809, t. XXVI, pp. 74 et sqq.).
(2) J. Trévédy, Promenade au manoir de Pratanroux et au manoir de Prantaros (ibid., an. 1887, t. XIV, pp. 196 et sqq.). Voy., du même, Promenade aux manoirs de Troheir, Kerpaën, les Salles et le Parc {commune de Kerleunteun) [ibid., t. XV).
l3) Charles Colbert déclare que dans le comté de Dol « il y a aussi des maisons et terres bien considérables, qui sont à présent possédées par des bourgeois de Sainl-Malo, qui les ont acheptées des gentilshommes que le mauvais estai de leurs affaires a obligé de vendre » {Mémoire, loc. cit., fol. 26). Il cite encore dans la paroisse de Saint-Léonard une maison de 3.000 livres de rente dont le seigneur, M. du Breuil, a été expulsé de sa terre par « les chicanneurs » {ibid., fol. 24).
(4) Voy. la Requête de la noblesse de Bretagne aux Etats (25 septembre 1517) tendant à empêcher les gens du Tiers Etat d'acquérir des fiefs nobles (Henri Sée, Les Etats de Bretagne au XVI' siècle, appendice II, pp. 104-105).
(5) Voy., par exemple, la Déclaration des « maisons, terres et héritages rotturiers que dame Léonore du Gleuz, dame douairière de la Tremblaye... possède et tient prochement du roi... à debvoir de foy, hommage, chambellenage, ventes, rachaplz et tous autres droicls et devoirs seigneuriaux... » (1679) (Arch. de la Loire-Inférieure, B 1660, fol. 352 et sqq.). Cf. le « Minu, déclaration et dénombrement des héritages roturiers tombés à rachapt par décès du sieur de Boisbriand, écuyer » {fonds Pire, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 148).
(6) Cf., par exemple, l'Aveu de Bois-de-Miniac, de 1744, p. 211 : « La veuve et les enfants de Jan EscoUan possèdent au terroir du Haul-Breil : la pièce du Clos-Devant (1 journal, 61 cordes), la pièce des Grands-Gardes (1 journal, 29 cordes), la pièce de la Petite-Garde (57 cordes), le Champ-Dumur (1 journal, 49 cordes), tous lesquels héritages sont tenus noblement et sans rachapts, cependant à charge de 7 s. mon. de rente au terme de Saint- Gilles, une pièce de terre roturière, la Cour-Patrie (1 journal, 12 cordes),