LEURS ABUS
piers seigneuriaux eux-mêmes (i'. qui nous révèlent les mêmes abus et les mêmes exactions.
Parfois les seigneurs s'efforcent de réprimer les excès commis par leurs agents. C'est ainsi qu'en 1769, le seigneur de Pontcallec révoque son procureur fiscal, Louis Kerlero, un homme violent et brutal « qui maltraite ses vassaux impunément et, après les avoir battus, les met prisonniers de son autorité sans en avoir demandé permission en justice (2). » En 1690, le seigneur de Landal poursuit son procureur fiscal, Bodin, qui, en réformant les rôles de la seigneurie et en en percevant les rentes, s'est rendu coupable de nombreuses exactions (3).
Mais, trop souvent, le propriétaire noble ferme les yeux sur les abus de ses agents, même lorsqu'ils lui portent préjudice; ou bien, ce qui est le cas le plus fréquent, il les ignore, se désintéressant complètement du gouvernement de sa seigneurie. Lorsqu'il livre sa terre à un fermier, il s'interdit par avance tout contrôle efficace. Or, les fermiers généraux, semble-t-il, traitent les paysans avec moins de ménagement encore que les intendants : les domaniers du Treff, pendant longtemps ont été en butte aux exactions du fermier JarnierW; dans la seigneurie du Rible, M"* du Prétay poursuit sans pitié les sujets qui ont commis quelque délit, et h tel point que le seigneur, M. de Camarec, doit l'inviter à l'indulgence (s).
(1) Cf., par exemple, Terrier de la Feuillée, de 1729, fol. 132 v : « Les mêmes raisons qui ont déterminé pour faire réunir les juridictions de Pontmelvé et de Pallacret, afin d'éviter la ruine des vassaux que les offlciei-s champêtres pillaient sans miséricorde, ont servy pour obtenir la même, réunion pour celles du Croisty et du Faouet, par arrêt du 18 may 1729».
(2) Arch. du Parlement de Rennes, G .518.
(3) Ibid., B 669.
(4) Voy. H. Sée, L'adininistration de deux seigneuries de Basse-Bretagne.
(5) Voy. sa lettre du 30 mai 1755 Honds Pire, seigneurie du Bible, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 206) : « ... Je conviens qu'il est de conséquence de pincer un peu fort les paysants qui font des sottises. Mais d'autre part, il ne faut pas les écraser et, en bons chrétiens, il faut de l'indulgence. C'est ce que je viens de mettre en pra'.ique icy dans un cas beaucoup plus fort que celuy dont il est question au lieu où vous estes... Cela élant, Mademoiselle, contentons-nous des 84 1. que cet homme offre de payer, parce qu'aussi il payera tous les frais faits de part et d'autre ». — Ce n'est pas seulement en Bretagne qu'on signale les exactions des fermiers; cf. Renauldon, Traité des baux, chap. 1", et Boutaric, Traité des droits seigneuriaux, pp. 615-616.