‹ Les classes rurales en Bretagne du 16e siècle à la RévolutionChapitre 37 sur 219 · SUPERFICIE DES PROPRIÉTÉS PAYSANNES · texte numérisé non relu

SUPERFICIE DES PROPRIÉTÉS PAYSANNES

vingtièmes qui nous ont été conservées pour un certain nombre de paroisses des évêchés de Saint-Brieuc et de Tréguier, et l'on se convaincra que les propriétés paysannes supérieures à 10 journaux sont tout à fait exceptionnelles (D. A Coadoret (2), par exemple, sur 29 propriétés paysannes, on en compte 19 qui ont moins de 5 journaux, 7 qui ont de 5 à 10 journaux, 3 seulement dont la superficie dépasse 10 journaux. A Gurunhuel (3), 55 propriétés paysannes se décomposent ainsi :

De plus de 20 journaux 3

De 10 à 20 journaux 8

De 5 à 10 journaux 17

Inférieures à 5 journaux 27

La plupart des paysans qui ont des revenus à déclarer le font à titre de domaniers ^^h

L'on ne saurait donc nier le morcellement très grand de la propriété paysanne en Bretagne. Ce phénomène s'est-il accentué dans la seconde moitié du XVIIP siècle, ou bien, au contraire, y a-t-il eu concentration de la propriété paysanne? Voilà une question d'un intérêt capital, mais que les documents dont j'ai pu me servir ne me permettent pas de résoudre d'une façon certaine. D'une part, les afféagements de terres vagues et de landes se sont multipliés, surtout aux approches de la Révolution, et ont, en certains cas, étendu la superficie des tenures paysannes (s). Mais, d'autre part, le jeu des successions a eu pour effet d'ac-

(1) Arch. des Côtes-du-Nord, C 51 à C 78.

(2) Ibid.. C 56.

(3) Ibîd., C 58. Voy. aussi les Déclarations de Bourhriac (C 53 et 54), de Botlezan (C 51 et 52), de Langoat (C 59), de Loguivy-Plougras (C 61).

(4) Cependant le Terrier de Bretagne nous montre que, dans le pays de Lannion, un assez grand nombre de paysans tiennent des pièces de terre sous le domaine royal (Arch. de la Loire-Inférieure, B 1660, passim). L'un d'eux, Yves Pasquiou, ménager, possède trois convenants dans la paroisse de Tonquedec {ibid., B 1660, fol. 103 et sqq.).

(5) Voy., par exemple, deux registres rentiers d'afféagements de la seigneurie de Saint-Brice, de 1743 à 1789 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 405 et 406), un rôle d'afféagements de la seigneurie de Sens, au XVIII' siècle (ibid.. E 411). La seigneurie de Parigné afféage, à la même époque, une grande partie de la lande de Parigné {ibid., E 407); le seigneur de la Bédoyère {ibid., E 90), le seigneur de Châtel-Pipriac {ibid., E 33). l'abbaye de Bedon concluent aussi de nombreux contrats d'afféagement. Les nouvelles tenure's

70 LA PROPEIÉTÉ PAYSANNE.

centuer le morcellement, puisque tout patrimoine roturier est partagé également entre les héritiers. Nous voyons de la sorte des propriétés paysannes se morceler en parcelles véritablement infimes. C'est ainsi que, dans la seigneurie de Châteauloger, au XMIP siècle, deux sœurs Anne et Julienne Peltier jouissent d'une tenure, qui consiste en un pré de 76 cordes : eldes la possèdent « par succession de Georges Peltier et Anne Jouon, père et mère desdites Peltier, indivise et non partagée W. » Jean et Olive Marion, d'Ercé, en Saint- Erblon, ont hérité de la cinquième partie de « deux aîtres de maisons » qu'ils détiennent par indivis, et de la cinquième partie de deux quantités de terre, qui contiennent 55 cordes(2). — Beaucoup d'héritages roturiers restent de la sorte dans l'indivision, et voilà pourquoi très souvent une même tenure est occupée par plusieurs consorts, qui s'en partagent également les revenus et acquittent en commun les redevances seigneuriales auxquelles elle est soumise. Pour citer un exemple entre mille, la réformation de la seigneurie de Vay, de 1558, nous montre chaque village tenu d'une façon indivise par plusieurs cotenanciers ou parsonuiers; ainsi, le village de la Carduchère, duquel dépendent 15 journaux de terre, se trouve aux mains de six tenanciers, qui doivent au seigneur 25 sous en deux termes et « une trullée d'avoine '3). »

Que conclure de tout ce qui précède? L'on voit clairement que si, dans la Haute-Bretagne du moins, la plupart des

ainsi créées comprennent souvent à peine quelques journaux de terre et, en bien des cas, sont constituées au profit de laboureurs. — Sur la question si intéressante des afféagements, voy. plus bas le chapitre XV de la 3' partie.

J) Terrier de Châleauloger, pp. 126-127.

(2) Ibid.. pp. 70 et sqq. — En 1709, Erblonne Texier possède la pièce des Erableaux, qui a une superficie de 240 cordes; en 1724. la pièce est partagée par moitié entre ses deux fils. Jean et Julien Texier (ibid., pp. 270-271).

(3) Fonds de Laillé (Arch. d'Ille-et-Vilaine). — Voy. encore l'aveu que rendent, en 1539, à la seigneurie de Sainl-Brice, Guillaume Le Gouverneur l'aîné, Guillaume Le Gouverneur le jeune. Jeanne Le Gouverneur et François Ruelle, tous paroissiens de la Celle-en-Coglès; ils déclarent tenir en commun au village de la Basse-Toseraye, en la paroisse de la Celle : une chambre maçonnée, deux maisons, un courtil, un jardin, une quinzaine de pièces de terre, « le tout desdites choses et héritages en un mesme circuit et pourprins sentretouchantes et joignantes ensemble;» ils donnent en commun au seigneur une rente de 18 boisseaux de froment rouge {{onds de Saint- Brice. Arch. d'Ille-el-\ilaine. E 357).

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