‹ Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle a La RévolutionChapitre 11 sur 169 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans une précédente étude (i), j'ai tenté de décrire l'histoire des populations agricoles de la Bretagne pendant le Moyen- Age. J'ai cru pouvoir établir que l'évolution de cette classe sociale a présenté en ce pays un caractère particulier. En effet, le servage, qui, jusqu'au XIIP siècle, fut la condition générale des paysans de l'ancienne France, n'existait que fort peu en Bretagne, au moins dans toute sa plénitude. La condition légale des paysans y a donc été moins dure que dans d'autres régions. Mais l'exploitation seigneuriale y a affecté les mêmes caractères que partout ailleurs : ce sont les mômes coutumes très variées, les mômes devoirs domaniaux, les mômes corvées et banalités que l'on exige des sujets; ce sont les mômes dîmes qui viennent se superposer aux autres redevances.

Aussi, lorsque le servage eut disparu à peu près partout, les paysans bretons perdirent, en quelque sorte, leur situation privilégiée. On peut môme dire qu'ils furent plus désarmés que d'autres contre l'exploitation seigneuriale. C'est que précisément ils n'ont pas eu à lutter pour secouer le servage. Dans d'autres contrées, le mouvement d'affranchissement des classes rurales a stimulé l'énergie des paysans, a contribué, par la création des villes neuves, à l'extension de la classe urbaine. En Bretagne, rien de semblable. Les paysans ne se sont pas groupés pour résister à leurs seigneurs; dispersés le plus souvent dans des habitations isolées, ils ne sont parvenus qu'assez tard à former des communautés rurales, premier rudiment d'organisation, de vie politique. Il pourra donc arriver un temps où leur sujétion soit plus grande qu'ailleurs.

(1) Etude sur les classes rurales en Bretagne au Moyen-Age^ 1896.

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