EXCÉDENT DE LA PEODTTCTION
surproduction s'explique surtout par Talimentation, vraiment insuffisante, du paj'san breton, qui ne consommait guère que de Torge et doi sarrasin.
Ce qui contribue à diminuer le produit des récoltes et à en altérer la qualité, c'est le peu de soin qu'on prend des grains. Très souvent, au lieu de battre immédiatement les récoltes, on les met en tas, on les couvre de terre et on attend le printemps. Beaucoup de métairies sont, en effet, dépourvues de granges <i). Aussi te grain est-il loin d'être pur; comme le dit un mémoire de 1767, il « est infecté de mauvaises graines, qui nuisent à la qualité des farines, il est rempli de terre et de petites pierres qui se séparent difficilement du grain W. » Puis on ne crible que rarement les blés à la main ; on les vanne souvent auprès des fumiers, ce qui fait que les mauvaises graines se reproduisent et que les mauvaises herbes abondent dans les champs ï3).
Pour se faire une idée précise de l'exploitation agricole, il importe encore de déterminer l'importance relative des différentes cultures.
Dans presque toute la France, au XVII* et au XVIII* siècle, — exception faite des terroirs les plus riches, — le froment est presque considéré comme une culture de luxe, et c*est le seigle qui prédomine W. Ce trait caractéristique de Tagricul-
fl) T/ettres du subdéléffur^ de Mnrlaix et du subd^lé^é de Bourgneuf (Arch. d'IlIe-et-Vilaine, C 1652).
(2) Observations sur la qualité du froment de Bretagne, 1767 (mémoire remis par l'intendant au Bureau du Commerce). Le mémoire ajoute : « Ce froment mis sous la meule sans être netoyé fait une farine dont le pain est très bis, croquant et d'un bon goust; quand il est purgé de tous les corps étrangers, il produit une farine plus blanche, mais bien moins que celle de Beauce » (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 3913).
(3) Ibid.
(4) « La quantité surabondante du seigle dans toutes les parties de la France, môme les plus riches, est peut-être l'une des plus grossières absurdités de l'agriculture européenne; presque partout le froment en est taché pour me servir du mot de nos fermiers. Cependant, c'est à peine s'il y a dans tout le royaume un sol assez mauvais pour n'en tirer que du seigle; tout en général est propre au blé » (Arthur Young, op. cit., t. n, pp. 135 et sqq.). Cependant la culture du froment est prédominante dans le Toulousain (Théron de Montaugé, op, cit., p. 12), en Angoumois et dan9 relation de Brives (Lafarge, op. cU., pp. 68 et sqq.).
ture française, nous le trouvons très fortement marqué en Bretagne. La culture du froment tient la première place dans une partie de la région côtière, surtout dans les pays de Sainf- Brieuc, de Tréguier, de Saint-PoWe-Léon : Nointel le remarque déjà <*) ; et il suffit de parcourir les rentiers de révêché de Saint-Brieuc pour constater que les rentes en froment remportent sensiblement sur les rentes en seigle ou en avoine (2). Mais, dans la plus grande partie de la province, on cultive surtout le seigle et le blé noir. Consultons les Etats des récoltes de Tannée 1776, par exemple, nous remarquons que. dans 14 subdélégations, la culture du froment est la plus importante; que. dans 29 subdélégations, on cultive plus de froment que de seigle ; que, dans 12 autres, on ne récolte, pour ainsi dire, pas de froment ^3). Le subdéJégué de Redon
(1) Mémoire de Nointel, fol. 148 et sqq. Cf. aussi Cambry, op. cit., pp. 158- 159, pp. 244 et sqq. Cambry marque encore la différence qui existe entre le pays de Pont-Aven, qui produit beaucoup de froment, et celui de Scaër, où on n'en cultive pas (pp. 303 et sqq.). A Pont-l'Abbé, il y a beaucoup de froment; au contraire, dans la région de Quimper, on ne le cultive que peu (pp. 341 et sqq.).
(2) Rentier du chapitre de Saint-Brieuc, 1736-1739 (Arch. des Côles-du- Nord).
(3) C'est ce que montre le tableau suivant, que M. Letaconnoux a dressé dans son mémoire encore inédit sur Les subsistances et le commerce des grains en Bretagne au XVIII* siècle.
Subdélégmtions
Sabdélégations
Subdélégations
où prédomine le froment
où Ton cultive plas de wigle qne de froment
où l'on ne cultive guère qne le §elg1e
Le Faou.
Fougères.
Pontrieux.
Carhaix.
Tréguier.
Rennes.
Morlaix.
Callac.
Saint-Brieuc.
Ch&teaubriant.
Châteaulin.
Corlay.
Dinan.
Derval.
Quimper.
Guéméné.
Saint-Malo.
Blain.
Concarneau.
Quintin.
Belle-Ue-en-Mer.
Redon.
Guérande.
Josselin.
Rhuis.
Hédé.
Paimbœuf.
Ploërmel.
Le Croisic.
Montauban.
Bourgneuf.
Malétroit.
Machecoul.
Dol.
Ciisson.
Plélan.
Quiberon.
Lamballe.
Sl-AobiB-do-Coraier.
Vitré.
Dol. )
Moncontour.
Anlrain.
Lamballe.f Partie
Vannes.
La Guerche.
Lannion. (côtière.
Hennebont.
Ponlchâteau.
Brest. ;
Auray.
U locbe-Berurd.
Pontivy.
FBOMENT ET SEIGLE. 391
déclare en 1776 ^^) : « On sème de ces côtés-cy et dans la plus grande partie de la province autant de terres chaque année en seigJe seul qu'on en emploie en froment, sarrasins, millets et tous autres grains ensemble... » Par contre, la proportion du froment est souvent infime : dans la subdélégation de Guéméné, en 1709, la culture du froment est à celle du seigle comme 1 est à 100 ou à 200^«); dans celle d'Auray, en bien des paroisses, on récolte 10, 15 et même 20 fois moins de froment que de seigle ^3). Nointel lemarque que, dans Tévêché de Vannes, on exporte 9.000 tonneaux de seigle et seulement 6.000 de froment (*). Dans la région de Rennes, fertile cependant, c'est le seigle qui l'emporte de beaucoup <5).
Dans toute la Bretagne, mais surtout sur les terres pauvres de l'intérieur, le blé noir tient une grande place. Il constitue
(1) Arch. d'nie-et-Vilaine, C 1653.
(2) Etat des paroisses de la iuridiction de Guéméné {ibid., C 2580).
(3) Ibid,, C 1650. Cf. le mémoire de Letaconnoux.
(4) Mémoire de Nointel, fol. 119 et sqq. Ces grains sont exportés en Espagne et en Portugal.
(5) Voy. les Déclarations des Vingtièmes, passim. — Voy. aussi l'énumération des rentes d'un certain nombre de métairies de la seigneurie de Pire (Comptes du receveur Courteille de la Roussardière, en 1790, fonds Pire) :
Métairies de :
Avoine
Blé noir
Froment
Orge
Seigle et mesléard
Argent
Gaîté en Pire
La Closerie
boisseaux
boisseaux
boisseaux
boisseaux
boisseaux
livres
La Maudeaye en le Boistrudent
Le Grand Maupré en Marcillé
Le Conay en Pire.
Le Haut-Bois en Moulins
La Cour de Chaumeray
Ce tableau nous montre que les rentes en froment sont relativement très peu importantes; les fermiers opt surtout h donner des renies en ^voine et en blé noir.
la plus importante des cultures dans les subdélégations de Montfort, Montauban, Plélan, Morlaix, Blain, Gallac, Garhaix, Ponlivy, et surtout dans la subdélégation de Fougères, qui en produit la plus grande quantité W. Le blé noir, qui semble n'avoir été introduit en Bretagne que vers la fin du XV* siècle (»), joue un rôle très considérable dans l'économie rurale de la péninsule : il fournit aux habitants leur principale nourriture; aussi ne s'ex<porte-t-il pas comme le froment ou comme le seigle.
Très importante aussi, plus étendue même que de nos jours, nous apparaît la culture de Tavoine. On a renian]ué déjà combien étaient abondantes les redevances en avoine que devaient les tenanciers à leurs soigneure. Dans la subdélégation dWntrain, cette culture l'emporte sur toutes les autres (3); dans la subdélégation de Guéméné, elle est aussi considérable que celles du froment et du seigle réunies W.
Quant à l'orge, elle ne joue qu'un rôle tout à fait secondaire dans l'ensemble des cultures bretonnes. On la récolte surtout dans les subdélégations de Vannes, Quimper, Lannion, Saint- Malo, Morlaix, Brest, Rennes, Saint-Brieuc, Redon, Nantes, Tréguier (s).
Dans certaines parties de la Bretagne, il arrive assez souvent que l'on mélange le froment et le seigle, ou encore le froment ou le seigle et l'avoine. Gette sorte de culture, qu'on appelle méteil ou méléard, est surtout en usage dans les subdélégations de Lannion, Brest, Saint-Malo, Vitré et surtout dans celle de Rennes ; dans les pays de Tréguier et de Morlaix, elle a existé pendant longtemps, mais elle tend.
(1) Arch. d'IIle-el- Vilaine, C 1720, 1722, 1723, 1724. 1?25. Cf. le mémoire de Letaconnoux.
(2) Cf. Nnël du Fail, Contes d'Eutrapel, XXIX : « Car, à la vérité, sans ce grain qui nous est venu depuis 60 ons, les gens pauvres de ce pays au noient beaucoup à souffrir, combien qu'il amaigrisse fort la terre. »
(3) Leltre du général d'Antrain, du 7 septembre 1785 (Arch. d'Ille-€t- Vilaine, C 3912).
(4) hiat des paroisses de la juridiction de Guéméné, 8 novçrabrç 17(0 [ibid.. C 2580).
(5) Ibîd., C 1651. Cf. Letaconnoux, op. cit.
BLÉ NOra, AVOINE, LIN ET CHANVBE. 393
sembl6-t-il, à disparaître vers le milieu du XVIIP siècle (*).
La culture du chanvre et du lin est beaucoup plus répandue que de nos jours, car, au XVIP et au XVIIP siècle, on fabrique en Bretagne beaucoup de toiles de lin et de chanvre. C'est surtout dans les régions voisines de la côte septentrionale que Ton trouve en abondance le lin et le chanvre, et principalement dans les subdélégations de Morlaix, Lannion et Saint-Brieuc. Le chanvre et le lin sont, autant Tun que l'autre, cultivés dans les subdélégations de Morlaix et de Lannion. Le lin est surtout abondant dans les subdélégations de Brest, Pontivy et Quintin; le chanvre, dans celles de Tréguier, Saint-Brieuc, Hsnnebont, Vitré et Rennes <2). Dans la partie méridionale de la péninsule, la culture du lin est très négligée, « suffit à peine à la consommation (3). »
La culture du chanvre commence à décliner vers le milieu du XVIIP siècle : « I^es plantations de chanvre, déclare Pinczon du Sel des Monts, diminuent tous les jours depuis 1748 qu'elles commencèrent par diminuer d'un quart ; elles deviendront bientôt à rien, si le colon n'est soutenu et encouragé (*). » La Société d'Agriculture de Rennes constate le même fait et essaie de dégager les causes de cette décadence : c'est d'abord, dit-elle, la défense d'exporter les chanvres « qui n'a été levée que depuis peu d'années ; » puis, c'est le privilège des personnes « chargées d'acheter des chanvres pour le service de la marine du roi ; elles abusèrent avec tant d'inhumanité du privilège attaché à leur mission qu'un grand nombre de laboureurs abandonnèrent cette cul-
fl) Cf. Lelaconnoux, op. cit. Vny. aussi les Déclarations des Vingtièmes, passim : on y voit que, dans les évêch(^s de Rennes et de Sainl-Malo, bien des propriétaires ensemencent en méleil une partie de leurs terres.
(2) Arch. d'Hle-et-Vilaine, C 1656 fol. 1728. — Le canton de Bécherel était célèbre par son lin.
(3) La Société d'Agriculture se propose de développer « la culture du lin si florissante dans la partie septentrionale de la province, et fort négligée dans la partie du midi; elle y suffit à peine à la consommation » {Corps d'observations, 1757-1758, p. 26).
(4) Pinczon du Sel des Monts, Considérations sur le commerce de Bretagne, 1756, pp. 39-41. n déclare quMl faut encourager la culture du chanvre, créer a des magasins de filasse dans les lieux où elle s'emploie davantage », afin que le tisserand puisse s'en procurçr môme sans avoir de terre où il puisse en semer.
ture, » de plus en plus infructueuse <*). — Le lin<«) et le chanvre O), récoltés en Bretagne, semblent d'ailleurs avoir été de qualité médiocre.
De nos jours, les légumes constituent Tune des productions les plus importantes et les plus lucratives de la côte septentrionale. Vers la lin du XVIIP siècle, tout au moins, la culture maraîchère tend à se développer dans cette région : les légumes sont cultivés avec succès dans les environs de Saint- Pol-de-Léon (*), de Plougastel (s), de Pont-l'Abbé («). Plougastel est déjà célèbre par ses fraises et ses framboises.
Quant à la culture de la vigne, qui, au Moyen-Age, s'étendait sur une grande partie de la Bretagne î^), elle se restreint, dïtns les temps modernes, au pays nantais, à la presqu'île de Rhuis, à la vallée inférieure et moyenne de la Vilaine (»). Les vins de Rhuis <®) et môme les vins nantais paraissent avoir été longtemps de qualité médiocre. Ces derniers, déclare Nointel, « sont d'une très petite qualité, en sorte que Ton est souvent obligé de les convertir en eau-de-vie ; » dans les bonnes années, ajoute-t-il, il faut 8 barriques de vin pour produire
(1) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 137 et sqq.
(2) On fait venir des pays du nord la graine de lin; elle produit abondamment pendant deux ou trois ans, puis dégénère (Pinczon du Sel des Monts, op. cit., p. 41).
(3) Ihid., p. 39. Pinczon remarque aussi qu'on ne tire pas en Bretagne tout le parti possible du lin et du chanvre : il n'y a dans toute la province qu'un seul moulin à faire de l'huile de graine de lin ou de chanvre; les Hollandais chargent la graine dans les ports bretons et revendent l'huile en France {ibid., pp. 41-42).
(4) Cambry, op. cit., pp. 53 et sqq. Il y a, dit-il, à Roscoff « une quantité incroyable de légumes. »
(5) /Md., pp. 208-269. « Tous les lé^uiDcs y croissent avec abondance et devancent de six semaines l'époque qui les voit naître ailleurs. »
(6) Ibid., pp. 341 et sqq. « Les fruits et les légumes de ce canton devancent d'un mois la maturité de ceux du canton de Quimper. »
(7) Cf. A. de la Borderie, Notes sur la culture de la vigne en Bretagne avant le XVh siècle 'Bulletin archéologique de VAssociation bretonne, an. 1891, pp. 65 et sqq.)
(8) Les sujets de l'abbaye de Redon possèdent beaucoup de vignes; voy. plus haut, 3« Partie, chap. xn. — On trouve encore un assez grand nombre de vignes dans la paroisse de Bourg-des-Comptes et même dans celle de Bruz {Déclarations des Vingtièmes de Bourg-des-Comptes et de Bruz, Arch. dllle-et-Vilaine, C 4515 et 4516). Cf. Le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, pp. 9-10.
(9) Nointel déclare {Mémoire, fol. 113) quç le vin de la presqu'île de Rhuig ne se vend que 29 à 30 livres la pipe,
LA VIGKE. 395
une barrique d'eau-de-vie, et parfois il en faut 15 ou 16 (D. Mais, au XVIIP siècle, les vins nantais sont déjà plus recherchés; ils sont Tobjet d'un commerce assez considérable <2).
En Bretagne, comme dans le reste de la France, le gouvernement, loin d'encourager l'extension de la viticulture, s'est efforcé, au contraire, de la restreindre. On est, en effet, dominé par la préoccupation presque exclusive d'assurer les subsistances, et l'on craint que la vigne ne prenne la place des pâturages et surtout des terres à blé. Tel est le sens de l'arrêt du Conseil de 1731, qui interdit de faire aucune plantation nouvelle de vignes, et qui déclare que « les vignes, qui auront été deux ans sans être cultivées, ne pourront être rétablies sans une permission expresse de Sa Majesté, à peine de 3.000 livres d'amende(3). » Un instant, l'administration parut vouloir se relâcher de sa rigueur : en 1756, le Contrôleur général, M. de Moras, fait faire une enquête par l'intendant Le Bret sur la question de savoir s'il conviendrait de révoquer l'arrêt de 1731 ou tout au moins de l'atténuer (*); l'intendant, s'appuyant sur le rapport du subdélégué de Nantes, déclare qu'il y aurait intérêt à révoquer l'édit, à encourager une culture lucrative W. L'arrêt, cependant, ne fut pas abrogé, et même, en 1783, l'intendant dut le faire publier à nouveau W. Mais il y eut de nombreuses contraventions qui en atténuèrent l'effet t"^), et, en dépit des mesures gouvernementales, beau-
(1) n ajoute qu'il sort de Nantes chaque année environ 7.000 pipes d'eaude-vie, dont chacune se vend 80 à 100 livres; que le vin est exporté à raison de 8.000 tonneaux de 4 barriques et au prix de -iO à 50 livres par tonneau (tbid., fol. 111 et 112).
(2) Voy. une lettre du subdélégué de Nantes, du 9 septembre 1756, et un mémoire de l'intendant au Contrôleur général (.\rch.d'Ille-et- Vilaine, C. 1601).
(3) Ibid., C 1601.
(4) Lettre de M. de Moras à Tintendant, du 18 mai 1756 (ibid., C 1601). Une opinion se fait jour, dit-il, qu'il vaut mieux pour Tordre public de pouvoir faire usage de sa liberté à sa guise.
(5) Le nombre des vignes, dit-il, s'est notablement accru depuis 1731, mais sur des terres peu propres au blé; les experts ont toujours accordé les autorisations de planter des vignes; aussi le cultivateur ne voit-il dans l'obligation imposée par l'arrêt de 1731 qu'une « formalité gênante et coûteuse » {ibid., C 1601).
(6) Voy. une ordonnance de l'intendant du 6 juin 1783 fibid.j.
(7) Le 8 juin 1740, l'intendant Pontcarré de Viarmes fait renouveler la publication de l'arrêt : ce renouvellement s'impose, dit-il, t cause dçs nombreuses contraventions que l'on a constatées libid.lf
396 LES PHOCÉDÉS DE CITLTTTEB.
coup de vignes nouvelles furent créées dans le courant du XVIIP siècle (*).
On sait que les forêts et les bois occupent encore, en Bretagne, une portion considérable du sol. S'ils étaient bien exploités, ils constitueraient Tune des ressources notables de réconomie rurale. Sans doute, depuis le Moyen-Age, il y a eu à cet égard quelques sérieux progrès. Dès le XV* siècle, au moins dans les grandes seigneuries, on veille plus activement à la conservation des forêts <2). Au XVP siècle, la royauté s'efforce d'améliorer l'administration de ses forêts ; elle crée, en 1534, toute une hiérarchie d'officiers sous la direction d'un grand-maître général; elle s'applique aussi, comme on l'a vu, à restreindre les droits d'usage des riverains. Mais les troubles de la fln du siècle ont en grande partie détruit les effets de toutes ces mesures (3). D'ailleurs, sur les terres des simples seigneurs, les bois sont souvent bien négligés. Lorsque Guillaume de Rosmadec, en 1584, prit possession de la seigneurie de Lantic, le bois de Buhen n'était plus guère qu'une lande ; les bois de Lanvollon avaient été aussi dépouillés de leurs arbres; les riverains avaient contribué fortement aux dégâts ; et ainsi disparut un assez vaste canton forestier, qui s'étendait autrefois entre les bourgs de Lanvollon, Pléguien, Pourhan, Lantic et Tréguidel (*).
Au XVIIP siècle, l'exploitation des bois et des forêts laisse encore beaucoup à désirer. Dans les forêts seigneuriales, les
(1) Les cahiers de la région nantaise se plaignent des entraves mises à la culture de la vigne. Cf. Cahier de Saint-Philbert de Grandlieu (Arch. de la Loire-Inférieure, C 576) : « Le Tiers Elat, obligé de payer les impôts, se plaint avec raison des entraves et obstacles qu'il éprouve de la part du gouvernement sur la manière qu'il juge la meilleure pour cultiver et tirer le parti le plus avantageux de son domaine. Telle est, par exemple, en Bretagne, la défense qui lui est faite de planter des vignes dans un sol qu'il y juge convenai}le, sans qu'il y soit préalablement autorisé par l'intendant de la province, et cela sous peine d'amendes rigoureuses, et que les vignes soient arrachées pour augmenter les impôts: ii ne faut pas ôter les moyens d'amélioration, ni les gêner. »
(2) Voy. Geslin de Bourgogne et An. de Barthélémy, Anciens évéchés de Bretagne, t. III, Prolégomènes, pp. cxxxv et sqq.
(3) Ibid.
(4) Alain Raison du Cleuziou, Guillaume de Rosmadec et la seigneurie de Buhen-Lantic, dans les Mémoires de la Soc, d'Emulation des Côtes-du- Nord, 1004, t. XLIÏ, pp. 214 et sqq.