EXPLOITATION DES BOIS
coupes se font ordinairement par « pieds d'arbres, » dans les forêts royales, par « cantons, » mais, dans Tun et l'autre systèmes, elles sont souvent faites sans soin : il est « une grande quantité d'acpents où le bois ne revient pas U). » Un procèsverbal d'arpentage, daté de 1729(2), constate que les forêts royales, qui, en Bretagne, s'étendent sur 41.300 arpents, u se trouvent ruinées en plusieurs endroits ; » on ne saurait s'étonner trop vivement de la négligence des officiers forestiers, si Ton considère qu'ils ne reçoivent pas de gages (3). Dans nombre de forêts, les coupes ne repoussent pas, « sont sans renaissance, » comme l'on dit, car les bestiaux broutent les jeunes pousses et les riverains s'emparent des jeunes arbres (*). Une enquête, entreprise par l'intendant, en 1783, sur les bois de la Bretagne (s), nous montre que l'exploitation en est toujours singulièrement défectueuse : « Il reste peu de belles futaies, déclare l'intendant, la plupart sont détruites et converties en taillis ; chaque seigneur, chaque propriétaire
(1) Voy. une lettre de M. de Noinlel au Contrôleur général, du 8 mars 1706 {Correspondance des Contrôleurs généraux, t H, p. 236, n« 763). Les frères VaJentin, dit Tintendant, offrent de donner lOO.OÛÛ livres pendant 10 ans pour couper chaque année 10.000 pieds d'arbre par arpent et de substituer cette exploitation à l'exploitation par cantons, ce qui va « renverser l'usage établi jusqu'ici dans Texploitation générale des forêts de Sa Majesté. » Les frères Valentin « ajoutent en dernier lieu que les seigneurs de la province de Bretagne qui ont des forêts les exploitent tous par pieds d'arbres et que c'est le moyen dont ils se servent pour les conserver. »
(2) Procès Verbal d'arpentage des forêts de Bretagne, dressé par ordre du grand-maître des eaux et forêts, en exécution d'un arrêt du Conseil, du 31 mai 1729 (Arch. Nat., G^ 10).
(3) « Cette dégradation provient principalement de ce que, contre l'usage estably dans les autres départements..., les officiers et gardes n'ont aucuns gages, jouissent seulement de certaines portions de terre et produit des amendes » (ibid.).
(4) Ainsi, dans la forêt de Bodvarec, près de Carhaix, il y a 65 arpents « où les ventes ont passé et qui sont sans renaissance & cause des abroutissements des bestiaux »; dans la forêt de Bouchcoat, en Curnouaiile, « les renaissances du canton de Bouchcoat sont très ruinées par les abroutissements des bestiaux et pilieries des riverains, cette forest estant sans garde, ainsi que celles de Rochemarec et Mainguen », etc., etc. (ibid.j.
(5) Arch. d'Ille-el-Vilaine, C 1630. — Le gouvernement, inquiet de la disette des bois de chauffage qui se faisait sentir à Paris, à Rouen et dans d'autres villes, fait faire une enquête en Bretagne sur la quantité d'arpents de bois qui s'y trouvent, sur la qualité et le prix de ces bois.
attend à peine que ses bois ayenl acquis une certaine croissance, on s'empresse de les abattre, » pour jouir du revenu, sans songer à replanter. Les bois de haie même, ajoute l'inten- {kini, sont moins bien fournis qu'autrefois. En Basse-Bre- Lagne, les règles du domaine congéable sont un obstacle à de nouvelles plantations. Ces progrès du déboisement, remarque encore Hiitendant, ont pour principale cause Taccroissement de ia consommation du bois, infiniment plus considérable qu'il y a vingt ans (*). Le prix du bois a augmenté d'un tiers dans certaines régions, de moitié dans d'autres <2), et la disette est à redouter d'ici 20 ou 30 ans. — A ce môme moment, le gouvernement se préoccupe de chercher des remèdes au déboisement, comme en témoigne une circulaire qu'il envoie dans toutes les provinces, en 1783. Mais peu nombreux sont les propriétaires qui semblent disposés à seconder ses efforts. L'une lies questions les plus importantes de la circulaire est ainsi foi iiiulée : « rechercher et indiquer le meilleur moyen d'encourager les propriétaires à se livrer aux plantations et seniïs. n Le subdélégué de Guingamp communique la lettre niinisté[ ielle à tous les seigneurs; mais il pense qu'elle n'aura que peu d'effet : le seul seigneur de la subdélégation qui s'intéresse à la question, et qui vient de dépenser beaucoup d'argent en plantations, est le comte de Coëtlandon <3).
La nature semble avoir prédestiné la Bretagne à être un pays d*élevage florissant. En fait, sous l'Ancien Régime, dans toute la jirovince, le bétail était abondant, mais trop souvent de qualilé médiocre. Le mémoire de M. de la Tour nous indique clairement quels étaient les principaux centres d'éle-
fl) " On cherche aujourd'hui, dit Vinlendant, beaucoup plus qu'autrefois l'oLsance cl les commodités de la vie...; lel qui ne bnllait du bois que dans une cheniir^ôe en brûle dans tous les appartements... U seroit très difficile d'asiiujetlîr les entreprises d'usines à user de charbon de terre, d'ailleurs 1res rare en Bretagne » (ibid.j.
(SS " La Dirde de bois vaut à Rennes 15 livres; à Nantes, de 30 à 33 livres; a Lorient, de 18 à 22 livres; à Sainl-Malo, de 18 à 20 livres; à Brest, de 24 6 30 livres; à Saint-Brieuc, de 15 à 18 livres; à Vannes, de 20 à 21 livres; ù Auray, de 17 à 18 livres » (ibid.).
(31 Lettre de M. Lemar, subdélégué de Guingamp (Arch. Nat., H* 619).
l'élevage, espèce bovine. 399
vage<*). Ce sont, au premier rang, les subdélégiations. — presque toutes situées en Basse-Bretagne, — de Saint-Polde-Léon, Lannion, Alorlaix, Lesneven, Guingamp, Landivisiau, Brest, Vannes, Pontivy, Hennebont, Vitré. En ces pays, les bœufs et les chevaux atteignent souvent des prix élevés (2), les foires sont nombreuses et bien achaJandées. Viennent ensuite les subdélégations de Plélan (3), Rennes, Flouer, Châteaulin, Lamballe, Auray, Pontrieux, Châteauneuf-du-Faou, Gorlay, Montauban, Broôns, Jugon, Quintin, Châtelaudren, Lanmeur, qui font encore un conmierce de bétail important, mais dont les produits sont moins estimés W.
L'édevage de Tespèce bovine, conmie pi>esque partout en France ts), est trop souvent laisîyé au hasard. Dans la plupart des subdélégations, on vend le bétail trop jeune, avant qu'il ait eu le temps de s'engraisser f»). La Société d'Agriculture renmrque aussi combien la préoccupation d'utiliser le lait est nuisible à l'élevage ^^^ Les marchands normands fréquentent cependant eft grand nombre les foires bretonnes W ; mais il est, au XVIIP siècle, des subdélégations, comme celles de Carhaix W et môme de Lesneven <io)^ où le commerce du bétail semble en décadence.
(1) Bibl. Nat., msc. fr., 8153, passim.
(2) A Guingamp, par exemple, la paire de bœufs se vend ordinairement 200 livres, les chevaux, de 60 à 200 livres fibid,}.
(3) Les bœufs de Plélan sont renommés et se vendent ordinairement de 80 & 240 livres la paire fibid.).
(4) Dans presque toule la llaute-Brelagne, le prix des chevaux est inférieur h 60 livres, le prix de la paire de bœufs, inférieur à 60 livres (ibid.j.
(5) Voy., par exemple, ce que Théron de Monlaugé {op. cit., pp. 41 et sqq.) dit du Toulousain. Cf. A. de Galonné, op, cit., pp. 119 et sqq.
(6) Mémoire de M. de la Tour, passim.
(7) Corps d'observations 1759-1760, p. 237 : «c Un des plus grands obstacles à l'amélioration du bétail parmi les petits fermiers ou les petits propriétaires, c'est le sacrifice total du lait de vaches qu'il faudrait faire aux jeunes veaux. »
(8) Mémoire de Nointel et Mémoire de M. de la Tour, passim.
(9) Mémoire de M. de la Tour, fol. 124-125 : « Autrefois il se vendoit considérablement de bestes ix cornes aux marchands de Normandie, mais ce conmierce est presque tombé par la cessation des armemens de Brest, Port-Louis et Saint-Malo. »
(10) Ibid., fol. 157 •. « Le commerce du bétail diminue à cause des droits de sortie que les marchands de Normandie sont obligés de payer, ce qui les empêche de fréquenter les foires et les marchés. »
'lOO LES PHOCÉDÉS DE CULTUBJE.
Toutefois, le beurre de Bretagne était déjà justement renommé. A Savenay et à Hédé, les marchands normands en achètent de grandes quantités (D; de Lannion, on en exporte beaucoup à Paris, à Rouen, à La Rochelle, à Bordeaux W ; révêché de Rennes produit aussi d'excellent beurre que, remarque Nointel, « Ton débite en Anjou et dans le comté nantais ; Ton en envoyé même à Paris pendant le carême dans des petits pots (3). »
Les landes arides de la Bretagne se pièteraient fort bien à rélevage du mouton. Cependant, comiiie dans le reste de la France (*), il n'est que très médiocre. L'abbé de Pontual, qui a parcouiii toutes les paroisses de Tévêché de Vannes, « s'est assuré qu'il y a très peu de moutons dans tout Tévôché et que, dans la plupart des paroisses, il n'y en a pas du tout; » les fabriques de drap de Malétroit et de Josselin ne trouvent dans le pays qu'un sixième des laines dont elles ont besoin (*). Il semble qu'on n'ait rien fait pour améliorer l'espèce ; les laines sont ordinairement grossières f«).
C'est l'élevage du cheval qui a été longtemps le plus Uorissant, du moins dans la Basse-Bretagne. Au premier rang, figurent Tévèché de Léon, qui produit la plus grande quantité de chevaux, et Tévôché de Tréguier, où la race est la plus
(1) Mémoire de M. de la Tour, fol. 72 v«-73 et 25.
(2) Mémoire de Noinlel, fol. 155. Nointel signale cependant la concurrence que fait aux beurres bretons le beurre d'Isigny.
(3) Ibid., fol. 79. — Le beurre de l'évêché de Vannes est expédié & Bordeaux et à La Rochelle {iiid., fol. 119 et sqq.).
(4) a. Arthur Young, op. cit., t. U, pp. 224 et sqq., et 244 et sqq. « En hiver, les pauvres animaux meurent de faim (selon nos idées) en mangeant de la paille, car des racines cultivées exprès pour eux, il n'en est pas question d'un bout du territoire & l'autre »; les bergeries sont mal aménagées, très sales; de là, l'obligïition d'importer beaucoup de laine, « et un tel manque de moutons sur les 18/20*«»«» du sol que toute branche d'agriculture en souffre, et que, la viande surpassant de beaucoup le prix du pain, n'est pas & la portée des pauvres gens. »
(5) Corps d'obsertmlicms, 1759-1760, p. 234. « L'évêché de Vannes exigeroit seul la quantité de béliers de belle race que les Etats ont fait répandre dans la province. » Cf. A. Young, op. cU,, t. II, p. 126 : « Rien pour soutenir le bétail pendant l'hiver que de la paille. Avec les meilleures conditions pour l'élevage des moutons, le nombre en est insignifiant. »
(6) Pinczon du Sel des Monts, op. cit., pp. 35-36.