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EXPÉRIENCES AGRICOLES

En 1760, le sieur Huard '^^\ et, en 1770, M. de Martel du Boistizon <») exposent le dommage que cause à ragriculture bretonne l'abus des haies et des talus plantés d'arbres, qui coupent la campagne, la morcellent à l'infini et nuisent à la récolte des grains; M. de Martel du Boistizon demande qu'il soit interdit d'enclore les champs de moins d'un journal.

En 1757, M. de Mercandier propose à la Société d'Ag/iculture un mémoire sur la culture du chanvre, dont on oixlonne l'impression; mais on craint que la méthode qu'il préconise ne produise beaucoup de déchets, et l'on prescrit de nouvelles expériences <3).

On commence à se préoccuper de la création de prairies artificielles et de la culture des graines fourragères (*). En 1757, M. de Pontual écrit un mémoire sur la culture du trèfle, qu'il voudrait voir se répandre en Bretagne, car elle supprimerait en grande partie les jachères <*). Deux des membres de la Société d'Agriculture, MM. de la Chalotais et de Montluc ont semé des turneps en 1757 : la graine a produit des navets de 2 pieds de tour et du poids de 5 à 6 livres <«). M. de Montaudouin, du bureau de Nantes, a fait venir et distribuer beaucoup de graines de trèfle; un grand nombre de personnes lui

à « pousser Tair par des voiles agitées de la mesine manière que l'air ou le vent pousse les voiles d'un vaisseau». Cassini lui a demandé s'il avait étudié les malhématiques. « J'oze assurer ces messieurs, déclare Kernllien, que je conçois la plupart des règles de la raéchanique aussi bien que ceux qui les ont inventées sans les avoir étudiées, et qu'assurément Dieu m'a domié un génie capable de grandes choses; je le feray voir dans la suite » fibid.j.

(1) Mémoire du sieur Huard aux Etals (Arch. d'Hle-et-Vilaine, C 3913). Huard parle aussi de l'utilité qu'il y aurait ù augmenter les vergers et les potagers, à faire écouler les eaux qui croupissent dans les chemins de traverse; il déclare encore que les baux de fermes sont trop courts et les fermages trop élevés.

(2) Arch. d'IUe-et-Vilaine, C 3913.

(3) Corps d'ohser^mtions, 1757-1758, pp. 28-30. L'intendant du Berry, qu'on a consulté, déclare que « les ouvriers trouvent cette méthode trop dispendieuse, non en argent, mais en matières. »

(A) Ibid.. pp. 19-20.

(5) Arch. d'Iile-el- Vilaine, C 3913. Son mémoire a été imprimé et distribué par la Société d'Agriculture à plus de 3.000 exemplaires {Corps d'observations, 1757-1758, pp. 64 et sqq.),

(6) ibid., pp. 26 et sqq.

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en ont demandé pour en semer (t). i^ Société exprime le vœu que la province en fasse délivrer gratuitement 8 livres dans chacune des paroisses où cette culture est inconnue (2) ; elle recommande aussi la culture de la luzerne, du ray-grass, du sainfoin, des turneps, des panais <3).

Nous savons combien les engrais étaient défectueux en Bretagne. On cherche donc à les améliorer. Déjà, en 1752, Descognets de Correc, qui a découvert de nombreuses carrières de marne en Bretagne, s'efforce de répandre Tusage de cet engrais, dont il a expérimenté les effets, qu'il déclare merveilleux (*> :

Les terres vagues, amendées avec de la marne, se trouveront, en peu de temps, aussi bonnes que les terres chaudes, et même de meilleur rapport, la marne se tmuvant aussi abondante qu'elle Test; cette marne sera d'un très grand avantage pour les pays de Hennebond, Lorient, Quimperlé, le Fuouet et autres, où le paysan est obligé d'écorcher une pièce de terre pour en avoir les mottes à pourrir pour fumer la pièce de terre voisine; il pourra mettre les deux pièces sous bled; il en aura tout le temps, son travail étant allégé de plus de moitié.

Grâce à la marne, déolare-t-il encore, on pourra défricher toutes les landes de Bretagne. Les Etats lui ayant accordé 15.000 livres, il se met à la besogne. A l'entendre, les landes qu'il défriclie se transforment en riches terres de culture ; on se convainc de l'excellence de son procédé <*) :

Au commencement de cet ouvrage, dit-il, les journaliers môme s'en moquaient^ et bien des gens de façon pensoient comme le reste

(1) Corps d'observations, 1757-1758, p. 71.

(2) Ihid., pp. 81-82.

(3) Ibid., pp. 74 et sqq.

(4) Arch. Nat.. H» 457. Cf. Arch. d'Ille-et-Vilaine. C 1629.

(5) Lettre de Descognets de Correc, du 10 juin 1754 (Arch. Nal., Hi 457). — L'intendant ne croit pas que Tusage de la marne se répande aussi facilement que le pense Descognels de Correc ; dans une lettre à Trudainc, de 1754, il remarque que le paysan n*a pas confiance dans la mame; celui-ci ne croit pas non plus que les terres défrichées puissent rester fertiles au bout de quelques années (Arch. d'Ille-el-Vilaine, C 1629).

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du peuple. Aujourd^huy tout le monde est étonné de voir dans une terre couverte de bruyère, il n'y a que cinq mois, du blé noir qui promet beaucoup plus que partout ailleurs; les premiers navets semés sortent à merveille. L'on vient de tous côtés voir cet ouvrage et déjà on a commencé plusieurs petits d^richements à ma façon U).

Plus tard, des expériences non moins concluantes sont tentées dans le diocèse de Nantes; la Société d'Agriculture insiste sur la nécessité qu'il y a de se servir de la marne pour amender les terres W.

On se préoccupe aussi d'améliorer les instruments agricoles, encore si primitifs ; des membres de la Société font venir des modèles nouveaux, dont elle essaie de répandre l'usage. On doit à M. Blanchet un nouveau semoir et à M. de Bruc une herse, qui pourront rendre de grands services <3).

Mais c'est surtout pour la culture des céréales et la conservation des grains que l'on cherche des procédés nouveaux et qu'on se livre à des expériences parfois heureuses. M. Baudouin, associé de Dol, « fait tremper le blé dans une saumure de sel marin pendant 24 heures et le saupoudre de poussière de chaux vive le jour où il doit être semé ; » il obtient ainsi un rendement de 13 pour 1, son blé pèse 5 à 6 livres de plus par boisseau que celui de ses voisins, et il évite encore le blé

(1) n ajoute qu'il a fait semer 25 journaux de blé noir, ce qui « a fait un très bon effet dans ce pais, car le blé noir fait une grande partie de la nourriture du peuple. Je nie serviray de chaux pour l'engrais du seigle, qu'on sèmera en octobre prochain dans la place du blé noir, et au mois de mars prochain, dans la place des navets qui seront pourris sous ce temps, l'on sèmera du froment. »> — Plus tard, Descognets de Correc prélend que c'est « la vase de mer » qui constitue le meilleur engrais : voy. son mémoire de mai 1766 (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1598).

(2) Corps d'observations, 1757-1758, pp. 172 et sqq. Auprès de Pontpéan, remarque-l-on encore, on trouve de la pierre à chaux ou marne dure : « on conserve dans les archives de Mesneuf des fermes de 200 ans, qui assujettissoienl les fermiers à aller chercher une certaine quantité de terre de Pontpéan pour améliorer les leurs. On a totalement oublié dans le pays et dans les environs que cette matière était un excellent engrais » {ibid., p. 174).

(3) Ibid., pp. 181 et sqq. — « Plusieurs membres de la Société » s'efforcent d' « enrichir la province de machines et d'instruments qui y sont inconnus ou qui n'y sont pas assez connus » {ibid., p. 195).

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charbonné, qui parfois détruit la moitié des récoltes. La Société d'Agriculture envoie des copies de ces procédés dans plusieurs parties de la province (D. M. Blanchet parvient aussi h accroître le rendement du blé en employant la méthode anglaise de M. Tull; il en a fait l'expérience « dans son bien situé près de Messac; » il use de semoirs; il a prouvé qu'un journal cultivé de la sorte « produit au propriétaire 46 livres 10 sous de produit net, » tandis qu'un journal cultivé suivant la mode ordinaire ne rapporte que 8 livres 4 sous t»). Par de tels exemples, on essaie de prouver aux paysans qu'ils emploient beaucoup trop de semence (3). — On cherche aussi à obtenir une meilleure farine : la Société d'Agriculture estime qu'il faut encourager la création d'établissements semblables à ceux qui donnent les farines renommées de Nérac W.

Mais quelle a été la portée réelle, quelle a été Tefflcacité de toutes ces tentatives ? Sans doute, un certain nombre d'hommes éclairés et de grands propriétaires, gagnés aux idées de progrès, ont essayé d'améliorer les anciens procédés, ont introduit sur leurs terres des cultures nouvelles, ont tenté des expériences intéressantes <5). Leur exemple, dans certains cas, a été bienfaisant. La Ghalotais et quelques autres agronomes semblent avoir contribué à déterminer dans les environs de Rennes un réel progrès. La culture du trèfle et de la luzerne s'y répand; beaucoup de landes sont défrichées W. Il

(Ij Corps d'observations, 17574758, p. 71.

(2) /Wd., p. 120.

(3) M. Baudouin, qui retire de sa culture 13 pour 1, ne sème que 150 livres de froment par journal, tandis que presque tous les laboureurs de l'évêché de Rennes en sèment 200 {ibid., p. 127).

(4) Ibid., pp. 44 et sqq. — La Société d'Agriculture recommande de mettre les blés moissonnés en meule, de façon à les préserver de la pluie.

(5) Déjà au XVn« siècle, on pourrait citer quelques propriétaires qui se sont occupés d'agronomie : tel, Gabriel Calloet de Kerbrat, qui publia des livres d'agriculture, s'occupa lui-même de l'exploitation de ses domaines, inventa de nouveaux procédés de culture et de nouveaux instruments agricoles (Audren de Kerdrel, Gabriel Calloet de Kerbrat, agronome breton du XVII* siècle, dans le Bulletin archéologique de VAssociation bretonne, année 1884, pp. 11)1 et sqq.).

(6) Voy. L. de Villers, La Cfialotais agriculteur, dans les Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, an. 1894, t. XXIII, pp. 289 et sqq.

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