‹ Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle a La RévolutionChapitre 127 sur 169 · PO&TÉE D£ CES TENTATIVES · texte numérisé non relu

PO&TÉE D£ CES TENTATIVES

est môme des petits propriétaires qui ont créé des prairies artificielles. La veuve Goujeon, fermière de la métairie de Blosne, à trois quarts de lieue de Rennes, a pu ainsi mettre en valeur des terres jusqu'alors incultes et entretenir 36 pièces de gros bétail^i). On note aussi dans la même région le progrès de la culture du lin et du chanvre w ; celle de la pomme de terre même s'y développe.

Il convient de noter aussi que, vers la fin de T Ancien Régime, certains propriétaires, dans les baux de fermes qu'ils concluent, insèrent des clauses relatives à des améliorations agricoles. Ainsi, en 1787, Pierre du Cambout afferme pour 9 ans à Jean Guitton la métairie du Valleron. Le fermier s'engage à planter sur les fossés des arbres et notamment des chênes et des hêtres, à « clore » ou à « fouir » à son choix le petit « landier, » qu'ensuite il cultivera; dans la partie de la prairie nouvellement défrichée, il sèmera un journal ou un journal et demi de trèfle, dont le seigneur fournira la graine; si le trèfle n'y prospère pas, il en sèmera dans un autre champ; comme le trèlle ne vient bien que pendant trois ans, il en sèmera un autre champ de môme étendue et labourera le premier (3). Dans ce cas, le propriétaire impose à son fermier rétablissement de prairies artificielles, un assolement plus rationnel.

On voit aussi apparaître en Bretagne quelques entrepreneurs de culture, qui se servent d'un outillage perfectionné et mettent en pratique les procédés les plus nouveaux. Tel, ce Le Dosseur, d'origine champenoise, qui est devenu régisseur des terres de la seigneurie du Guémadeuc, et qui, en 1769, propose aux Etats de Bretagne de former des élèves <*>. Il s'est

(1) Corps d'observations, 1759-1760, pp. 9 et sqq.

(2) Comme, à Vern, la culture du chanvre menaçait de dégénérer, La Chalotais ûl distribuer 200 boisseaux de graine aux paysans les moins aisés.

(3) Voy. aussi le bail de la métairie de Ghé du Bos, du 19 août 1787 {Fonds du Cambout, Arch. des Cô!es-du-Nord).

(4) Il demande qu'on lui confie un élève par évêché, et que ces 9 élèves soient exempts de milice et de corvée, pendant le temps qu'ils suivront ses leçons (Arch. d'Ille-et- Vilaine, C 3913).

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procuré du bétail de Hollande et de Flandre, et, pour le soigner, il a engagé un berger flamand avec toute sa famille. « La mouture étant en Bretagne au dernier degré de dépérissement, » il a fait venir des meules de Gorbeil et de Saint- Dizier ; il s'est fait envoyer des charrues de la Brie ; « il a fait faire des herses à dents de fer pour ameublir les terres nouvellement défrichées, des herses à dents de bois pour ameublir les terres en culture et pour enterrer les semences, des rouleaux de bois pour écraser les mottes et pour asseoir les terres trop soulevées au pied des racines du bled; » il a essayé encore de fabriquer des fromages façon de Brie (D.

iMais l'immense majorité des cultivateurs continue à employer les procédés traditionnels, à suivre la routine. Le Contrôleur général ayant recommandé à l'intendant, en 1756, un certain llobineau qui a trouvé un nouvel engrais, l'intendant répond : « Il n'est pas facile d'engager les cultivateurs de cette province à changer l'ancienne façon d'ensemencer les terres (2). m La Société d'Agriculture remarque elle-même que les nouvelles méthodes de culture exigent un soin et une précision dont les paysans ne sont pas capables ^3). L'intendant Bertrand de Molleville, en 1785, déclare que la Société d'Agriculture n'a jamais été d'une grande utilité, car « peu de gens cultivent leurs terres en Bretagne ; les propriétés y sont divisées en beaucoup de petites métairies qui sont presque toutes affermées à un prix exc-essif, de sorte qu'en général les fermiers y sont aussi pauvres que peu industrieux (*). » Tout le monde s'accorde à reconnaître que les baux de fermes sont de trop courte durée pour permettre aux fermiers de faire des

(1) En 1770, Charles Garnier, qui a fait des études à l'Ecole d'Agriculture de Paris, et qui a, dit-il, des connaissances pratiques très étendues, se propose pour diriger une grande exploitation {ibid., C 3913).

(2) Ibid., C 1598.

(3) Parlant de la méthode nouvelle, employée par M. Blanchet, la Société d'Agriculture estime qu'il sera difficile de rendre générale une culture « qui exige beaucoup de soins et une précision dont les paysans sont rarement capables >» {Corps d'observations^ 1757-1758, p. 126).

(4) Arch. d'nie-et-Vilaine, C 1597.

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