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L^HABITATION

meurtrières qui, encore au XVIIP siècle, dépeuplent les campagnes bretonnes ^i).

Le mobilier et le vêtement dénotent aussi chez les paysans des conditions d'existence bien médiocres. Mais ici il convient de distinguer nettement les paysans aisés, propriétaires vivant de leurs terres et gros fermiers, d'une part, et, de l'autre, les petits propriétaires et les journaliers, que menace à tout instant la misère. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir les nombreux inventaires après décès qui nous ont été conservés. Chez les paysans aisés, c'est un mobilier simple, primitif, mais convenable, de nombreux ustensiles, une vaisselle suffisante, beaucoup de linge, une garde-robe assez bien montée. Les paysans de la classe inférieure, au contraire, ont à peine de quoi satisfaire les besoins élémentaires d'une existence humaine.

Quelques exemples suffiront à mettre en lumière cette vérité. Des paysans aisés des environs de Quimper, les époux Lozac'h, dont la succession s'ouvre en 1678, possèdent plusieurs armoires et plusieurs coffres, trois lits, une vaisselle assez abondante, un chandelier de cuivre, cent aunes de toile de lin, vingt-trois « linceuls » ou draps de quatre aunes en moyenne, dix serviettes de lin, cinq serviettes de toile de ménage, trois de chanvre, une grande nappe de toile de lin et quatre autres de lin et chanvre mêlés; la femme Lozac'h possède en propre douze chemises de toile de lin, quatre de toile

(1) Bagot, Observations médecinales, pp. 310-311. Voici, pense-t-il, les causes de l'épidémie de 1774 : « la misère, ryvrognerie, la malpropreté, l'humidité des habitations, l'usage où sont les paysans d'avoir leurs bestiaux sous le même toit sans cloison qui sépare les hommes des animaux et des fumiers. »> — En 1772, quelques membres de l'Académie des Sciences avaient dressé un questionnaire sur les maladies des hommes et des bêtes, qui devait être communiqué aux médecins par l'intermédiaire des intendants; c'est pour répondre à ce questionnaire que Bagot rédigea ses Observations médeànales; en 1778, il fut nommé médecin des épidémies; plus tard il fut élu député à la Législative. — Dans la première moitié du XIX« siècle, l'habitation du paysan bas-breton ne s'est pas sensiblement améliorée; le plus souvent encore, il n'a qu'une seule pièce pour se loger; mais on commence à construire des maisons plus confortables : cf. Recherches statistiques sur le département du Finistère, 1835, 3« livraison, pp. 16 et sqq.

de chanvre, cinq corps de chemises de toile de lin, une chemisette de drap, une paire de bas, un bel assortiment de manches, une douzaine de jupes, une dizaine de tabliers, dont un garni de dentelle et un autre « de satin à fleue, » vingt coiffes ou courichiers, quelques bijoux, dont deux chapelets (un en corail), une vieille bague, une croix d'argent <*). — Voici un autre cultivateur bas-breton qui possède un important attirail de culture. Lorsqu'il meurt, en 1510, il laisse un mobilier assez considérable : une armoire à garder draps « de boayx de chesne, qui se ferme à quatre paneaulx, et deux armoires dessoubz fermés à cleffz, » d'une valeur de 7 livres, cinq « coffres bahuts à garder blé, » en chêne; une huche « à garder draps, » fermée de bonnes clés, deux auges à pâte, un coffre de chêne tout neuf, un cofl're et une huche plate de chêne, deux châlits, dont un neufs une table ronde, deux poêles d'airain, trois petites poêles d'airain, un pot d'étain, un plat, une tafise d'argent, des couvertures, trois couettes <*).

Le mobilier et les vêtements de Gillette Courtin, fermière de la métairie noble du Haut-Gouebouc, appartenant à la seigneurie du Bois-Geffroy, marquent une aisance véritable : c'est ce que prouve son inventaire, dressé en 1777 <3). Parmi les objets qui lui appartiennent, on remarque un bois de lit, avec deux rideaux verts, deux oreillers, une « couette » de plume d'oie, deux draps de lit, une berne; un autre lit sur pieux, « avec une mauvaise couette de plume d'oie, » un traversin avec sa taie, deux bernes; quatre armoires à deux battants fermant à clé, cinq coffres, deux grandes tables, trois autres tables, des chaises, un oratoire représentant la Sainte Vierge el une niche de bois. L'inventaire énumère aussi de nombreux

(1) Antoine Favé, Le mobilier et le vêlement de la classe rurale aux environs de Quimper au XVIh siècle, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, an. 1893, t. XX, pp. 329 et sqq.

(2) F.-M. Luzel, Inventaire du mobilier d'un cultivateur bas-breton au commencement du XV h siècle (ibid.}, an. 1888, t. XV, pp. 241 el sqq.). — Cf. rinventaire de Guillaume Kermen (S. Ropartz, Mobilier d'un paysan bas-breton au XV h siècle, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, an, 1858, 1«» série, t. IV, pp. 358 et sqq.).

(3) Fonds du Bois-GeUroy (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 17). Cf. l'Appendice IV.

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ustensiles de ménage, des poêles d'airain, des marmites de terre et d'airain, des chaudrons, des poôliers, des bassins, des burettes, des écuelies de bois et de terre, une assiette et un plaA d'airain, des ustensiles pour faire la lessive. Gillette Courtin possède cinquante-sept coiffes, dix chemises, trois nappes, douze draps de lit, une chemisette de laine blanche, des cotillons de laine et de flanelle, des tabliers de laine et de toile. — Le total des biens mobiliers, qui comprennent aussi les instruments de culture et l'attirail agricole, s'élève à la somme de 1.876 livres 18 sous. Tout à fait comparable est l'inventaire de Pierre Bouget, un laboureur aisé, dont les biens mobiliers, en 1756, sont estinjés à 1.864 livres <i).

Voici maintenant un paysan de condition moins élevée, mais qui cependant jouit de quelques ressources et a pu faire quelques économies, puisqu'il a acheté une petite maison et quelques pièces de terre : c'est Julien Guérin. Son mobilier, que nous décrit l'inventaire de 1647^2)^ semble peu confortable : il se compose d'une grande vieille table de bois de chêne, d'un grand vieux banc à coffre en bois de chêne, de deux coffres en bois de cerisier, d'une vieille huche en chêne, d'une vieille armoire sans clé, en chêne, d'une autre armoire de peu de valeur, d'un « châlit » en bois de châtaignier, d'un vieux coffre rompu. Il possède peu d'ustensiles de ménage : une petite marmite en fer, avec une cuiller à galette, une poêle à frire et une autre « percée et rompue, » une vieille baratte, une « braioche avec son braion pour pétrir le pain, » un chaudron, un vieux bassin rapiécé, une passoire, le tout en airain; un pichet à bec de corbin, un flacon, six plats,

(1) Fonds de la seigneurie de Cacé, ibid., E 20. — Voy. encore un mémoire rédigé par un paysan aisé de Saint-Senoux, près de Guichen, sous le titre « Mémoire des hardes de noce de ma femme »; elle a apporté un assez riche trousseau, estimé à 160 L; le trousseau du mari a coûté 63 livres 10 sous (A. Guillot, Des frais de noce en Bretagne vers le milieu du XVIIi^ siècle, dans les Mémoires de la Société archéologique dllle-et- Vilaine, an. 1804, t. XXHI, pp. 361 et sqq.).

(2J Fonds de la seigneurie de Chanclin (Arch. d'Ille-el-Vilaine, E 21). Cf. l'inventaire de Pierre Lombard, laboureur, en 1756 {Jonds de Cacé, ibid., E 20). Cf. aussi plusieurs inventaires dressés dans la seigneurie de Largouet, en 1702 {tonds de Largouet, Arch. du Morbihan).

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quatre assiettes et sept petites cuillers, le tout en étain. L'inventaire note encore deux nappes et deux serviettes de toile, une couette de plume d'oie, deux « linoeux » de toile, une couverture appelée berne, un demi-tour de ciel de toile de crin, garni de sa frange, avec un petit oreiller de plume d'oie; une autre couette de plume d'oie, deux vieux « linceux de toile de crin » et une a berne; » un manteau noir de serge, à moitié usé, un vieux pourpoint de serge et un manteau de bure également usés, quatre chemises de toile. La garde-robe de la veuve comprend un cotillon de camelot, enrichi de a lattes » de velours, une paire de brassières de talTetas, un mantelet de serge, un collet de velours, quatre couvre-chefs de toile, quatre collets très usés, deux chemises. La valeur des biens meubles est estimée à 249 livres tournois.

Ce Julien Guérin ne jouit que d'une médiocre aisance. Nombreux sont les paysans dont les conditions d'existence nous apparaissent comme à peu près semblables. Consultons, par exemple, les inventaires dressés au XVIIP siècle dans la seigneurie de Buhen-Lantic. Nous voyons que la plupart des paysans, dont les biens mobiliers sont évalués à quelques centaines de livres, possèdent un ou deux lits, une ou deux armoires, deux ou trois coffres ou huches, les ustensiles de ménage nécessaires, du linge en quantité suffisante, deux ou trois vêtements d'homme et de femme U).

Mais il est beaucoup de paysans qui vivent plus misérablement encore : ce sont les pauvres journaliers, qui ne possèdent qu'un lit, une armoire, une huche, quelques pauvres ustensiles de ménage, quelques pauvres bardes W. La valeur

(1) Arch. des Côtes-du-Nord, B 187. — Voy., par exemple, rinvenlaiw de Hervé Huel, du 13 février 1787, qui estime la valeur de ses biens mobiliers à 650 livres. Il possède quelques coffres, 3 charlits, 2 armoires, dont une mauvaise. 3 couettes, 4 pots de terre, 3 assiettes de terre et 3 de bois, 5 cuillers en bois, un plat et 2 assiettes, une passoire de bois et une jatte. Cf. l'inventaire de Henri Queyré, du 17 avril 1789; de Jean Dauludet, du 19 septembre 1770; de Rolland Sainl-Hlon, d'avril 1762. Les inventaires de la plupart des métayers évaluent leurs biens mobiliers & 5, 6 ou 700 livres.

(2) En 1534, le journalier Jehan Rouxel, de la paroisse de Plaintel, possède une couette de plume, un balin, 2 linceuls, une huche avec clé et clavure, un bassin d'airain à demi usé (S. Ropartz, Mobilier d'un gentilhomme et d'un

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