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LE NOMBRE DBS PAUVRES

Dans la Haute-Bretagne, dans Tévêché de Rennes notamment, la proportion des pauvres semble moins forte (^), et les cahiers de la sénéchaussée de Rennes, qui évaluent à un tiers de la population rurale le nombre des indigents, ont, sans doute, quelque peu forcé la note W. Mais, en moyenne, c'est probablement le quart ou le cinquième des paysans qui, dans les mauvaises années, se trouve réduit à la mendicité W.

Et, de fait, aux époques de crise, le nombre des pauvres s'accroît énormément : en 1772, dans une paroisse voisine d'Antrain, qui a 1.700 habitants, le nombre des pauvres s'élève à 1.200; à Derval, sur 1.460 communiants, on compte 600 mendiants. A Saint-Philbert, au môme moment, « le nombre des pauvres est si grand qu'on peut dire cette paroisse ruinée...; la plupart des paysans ont vendu leur petit domaine W. »

C'est qu'en effet, si l'on veut apprécier sainement l'étendue de la misère et son degré d'acuité, il importe de distinguer soigneusement les périodes normales et les époques de crise, d'ailleurs singuhèrement fréquentes.

Ces crises, sous l'Ancien Régime, ont été provoquées, soit par des troubles politiques, par des guerres civiles ou étran-

pis que des hôpitaux, n'ayant que les murailles fort mal couvertes, et les pauvres gens ne couchent que sur la paille et sont presque tout nus, et cependant vivent à l'aide "des autres habitants de la campagne et de la ville » {ibid,, C 1289). Cf. le Cahier de Plouhinec (sén. de Quimper) : « Il est à observer que la paroisse de Plouinec, quoy que composée de 300 ménagers, le tiers des habilans ne peut se donner sa subsistance qu'à force de travailler beaucoup, un autre tiers ne peut suffire à sa subsistance que la moitié de Tannée, étant obligé de mandier les autres six mois de Tannée, l'autre tiers étant absolument réduit à la mandicité et ce par le peu de terrain qu'ils cultivent, ne peuvent s'entr'aider de manière qu'ils sont les importuns des paroisses voisines. »

(1) Ainsi, en 1783, à Feins, on compte 40 pauvres contre 216 contribuables, soit environ 1/5 de la population; à la Chapelle-Erbrée, 30 pauvres contre 165 contribuables, soit 1/6 des habitants (Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 4053): à Bazouges-sous-Hédé, 12 pauvres contre 219 contribuables, soit 1/18 [ibid., C4052).

(2) E. Dupont, op, cit., p. 46.

(3) Le subdélégué de La Guerche dit, en 1784 : « La simple élévation du prix du blé réduit le quart de la population & la misère. ■ Cf. Gaillard, op. cit.

(4) Arch. d'Ille-et-Vilaine, C 1293. — A Cesson, en 1785, on compte 300 pauvres; à Vern, 300; à Goven, 600; à Monjelles, 800; à Guichen, 2.000 iibid., C 1747),

gères, soit, — et c'est le cas qui se présente le plus souvent, — par des perturbations purement économiques, par de mauvaises récoltes surtout.

En Bretagne, il n'y a eu vraiment de guerre civile que dans les dernières années du XVP siècle, à l'époque de la Ligue. La lutte entre ligueurs et royalistes, qui s'est prolongée de longues années, a déterminé la crise économique la plus grave qui ait sévi sur la Bretagne. Gomme toujours, ce sont les paysans qui ont le plus durement souffert des troubles (i).

Les ravages des hommes d'armes se sont étendus à toute la Bretagne. Le sieur du Goust, pendant longtemps, terrorise tout le pays nantais ^2); à plusieurs reprises, les troupes du duc de Mercœur pillent les environs de Rennes î3). Partout les paysans sont accablés d'impositions par l'un et l'autre parti, partout les soldats les rançonnent, les volent, les massacrent (*). Mais c*est la Basse-Bretagne, ou du moins l'évêché de Gornouaille, qui a le plus souffert. Le chanoine Moreau, en termes saisissants, nous décrit toute l'étendue du fléau. C'est d'abord la Haute-GornouaiUe qui est dévastée. A Callac, par exemple, des gens d'armes se nichent dans un ancien château et de là désolent le plat pays « si bien qu'on eût dit qu'on n'en voulait qu'aux paysans seulement <^). » Mais les plus épouvantables ravages ont été l'œuvre de l'abominable brigand qui s'appelait Guy-Eder de la Fontenelle. En 1593, il s'empare du Granec, massacre 7 ou 800 paysans qui sont venus l'y assiéger et met tout le pays à feu et à sang <6) :

(1) Dans toute la France, les campagnes ont été ravagées par les guerres civiles du XVI* siècle; cf. G. Fagniez, U Economie sociale de la France sous Henri IV, Paris, 1897, pp. 3 et sqq.

(2) Voy. L. Grégoire, La Ligue en Bretagne, 1856, p. 131.

(3) Ibid., pp. 145 et sqq.

(4) Voy. A. du Chalellier, L'Agriculture et les classes agricoles de la Bretagne, pp. 143 et sqq.; Le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, p. 402; L, Meriet, Notice sur la paroisse de Cordemais, dans la Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anfou, an. 1893, t. X, pp. 255 et sqq. Cf. le Journal de François Grignart, publié par Alain Raison du Cleuziou dans les Mémoires dp la Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, an. 1893, t. XXXVH, pp. 85-86.

i;r>) Chanoine Moreau, Histoire de ce qui s'est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue, publiée par Le Bastard dç Mesmeur, chap. xvn, pp. 132-134.

(6) Ibid., chap. xx, pp. 140 et sqq.

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