LES GTTERRES DE LA LIGUE
Quant au plat pays, dit Moreau, il y apporta telle ruine qu'il est impossible de Texprimer, n'y demeurant ni hommes, ni bêtes, ni maisons où il n'eût facile accès, le restant du peuple étant obligé de se cacher parmi les landes, genêts, broussailles, où par rigueur ei nécessité du temps ils mouroient et demeuroient en proie aux loups qui en faisoient leur curée vifs ou morts,
Les paysans n'ont pas subi passivement ces effrayantes violences; ils se sont armés pour la résistance ; mais La Pontenelle les défait à Saint-Germain-Plougastel, en tue 1.500, puis, en 1595, il dévaste les pays de Pontcroix, de Concarneau et rançonne toute la campagne jusqu'aux portes de Quimper^D. En 1594, toute la région de Châteaulîn a été envahie par les troupes du comte de la Magnanne, qui pillent les maisons des paysans, raflent leurs meubles et leurs vêlements, ravagent leurs champs («). Ecoutons encore les doléances d'un grand nombre de paroisse» de Tévêché de Cornouailie, qui, en 1599, supplient le roi de les exempter d'impôts pour un certain nom'bre d'années : les gens de guerre les ont accablés de taxes, imposant, par exemple, chaque feu à 12 ou 15 écus ; ils les ont pillés, ont incendié leurs maisons, ont commis des massacres sans nombre; les terres, pendant cinq ans, sont restées en friche; il n'y a plus ni moisson, ni bestiaux (s).
(1) Moreau, op. cit., chap. xxxv, pp. 267 et sqq., et xxxvi, pp. 278 et sqq.
(2) Ibid., chap. xxi, pp. 147 et sqq. Le comte de Magnanne, déclare Moreau, « fit un très grand bulin, car, après la longue paix qu'avait eue cette contrée, les paysans étaient riches en meubles. Il y avait peu de meubles où il n^ eût force hanaps d'argent : cela veut dire des tasses qui étaient grandes et larges, dont plusieurs étaient dorées; il y en avait de 3 à 4 marcs. » — Sur tout ce qui précède, cf. L. Grégoire, op. cit.. pp. 130 et sqq.
(3) Le roi, en son Conseil, remet aux habitants les arrérages des années précédentes, les exempte d'impôts jusqu^en 1604 et les décharge des deux tiers des dîmes pour les années 1604, 1605, 1606 (E. du Crest de Villeneuve, Doléances des paroisses de Cornouailie, 9S janvier 1599, dans le Bulletin de la Société archéoloqique du Finistère, an. 1900, t. XXVII, pp. 97 et sqq.). Cf. la Requête des paroissiens de Plérin au duc de Mercosur, de 1594 (Geslin de Bourgogne et An. de Barthélémy, Anciens évéchés de Bretagne, t. III, pp. 349-350, Pièces justificatives, n» XX) : « Cnmme puis les quatre ans derniers ils ont esté par plusieurs fois pillez et ravagez de touls leurs biens, leurs maisons brullées et partye d'eux massacrez et le reste prins prisonniers que Ton auroit contrainct payer excessives ranczons par les gens de guerre tenantz le parti contraire de Votre Excellence. Et à présent ilz espèrent soubs votre nulofité quelque peu (Je soulagement en leurs
Tous les documents de l'époque s'accordent à révéler la détresse des paysans et la ruine de la culture. Au début du XVIP siècle, le receveur de la seigneurie de Rusquec demande à être déchargé de tout compte de recettes, car, dit-il, « les métaiers, colons et serviteurs desdictes terres avoient pour la plus part quicté et abandonné lesdictes terres et convenantz, s'estant retirez du pais la plus grande partie, autre morte de famine, pestilance, férocité des loups, aultres devenantz insolvables et réduits en telle extrémité et pauvreté qu'ils n'avoient le pouvoir de payer auchune chose, le tout par le malheur des guerres civiles et maladies contagieuses » qui ont sévi sur toute la province; et dans tout l'évéché de Comouaille, ajoutet-il, les terres et convenants ont été « pour la plus grande partie entièrement délaissés en friche et sans aulchune culture (1). » En 1598, le^ receveurs de l'abbaye du Reliée constatent les ravages terribles qui ont désolé le pays ; la plupart des sujets du Reliée, réduits à demander l'aumône, ont abandonné leurs convenants ; les terres sont incultes maintenant et Tabbaye a perdu les deux tiers de ses revenus W. — Comme il n'y a plus de bétail, remarque Moreau, l'on ne peut plus que semer un peu de blé en s'attelant à la charrue; quand on cultive, ce n'est qu'à la dérobée, entre deux attaques des gens de guerre. Faut-il s'étonner qu'une terrible disette ait sévi sur la Bretagne, de 1595 à 1598 ? Beaucoup de paysans, dit encore Moreau, sont contraints de se nourrir d'oseille sauvage ou vinette^ de graine de lin: il en est qui meurent de faim. Et la
afflictions. Ils sont journellement couruz, pillez, ravagez, tant par les gens de guerre estantz à Saint-Brieuc que par des sergenlz et gens de leur suite qui sont de vostre ville de Lamballe, sous ombre de recepvoir et cuillir sur vos pauvres supplyans les taxes auxquelles ils sont imposez... »
(1) Fragments d'un compte de Busquée (commencement du XVn« sièclel, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, an. 1874-1875, t. II, p. 117.
(2) F.-M. Luzel, Pillage de Vabbaye du Belec {ibid., an. 1892, t. XIX, pp. 99 et sqq.). Cf. du même, Mémoire des excès commis à Kerauffret en MaSl'Pestivien par les gens de guerre pendant les guerres civiles fi59fi'1597j [ibid., t. XIX, pp. 136 et sqq.). Voy. encore A. Raison du Qeuziou, Guillaume de Bosmadec et la seigneurie de Buken-Lantic, dans les Mémoires d^ l(k Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, an. 1904, t. XLII, p. 257,