LA PETITE NOBLESSE
diocèse de Cornouaille, il compte 28 familles dont le revenu
dépasse 10.000 livres; mais « il y a de plus environ trente ou v|jî
quarante gentilshommes de 3.000 livres de rente et au-des- ^p
sous t*). » Dans Tévêché de Saint-Malo, il trouve des nobles
très riches, et d'autres dont la situation est fort gênée W.
Il existe en Bretagne une petite noblesse très nombreuse -Ji
et souvent très misérable <3). Certaines paroisses contiennent *^':
une vingtaine de familles nobles dont les revenus sont des .|^
plus médiocres W. Au XVIP siècle, la réforme du terrier par ^^^
la couronne semble ajvoir contribué à la ruine de la petite •';
noblesse qui souvent ne pouvait produire ses titres. Il arrive \
aussi que les grandes seigneuries cherchent à déposséder de leurs droits les gentilshommes pauvres^*). Aux XVIP et XVIII* siècles, nombreux sont les nobles qui mendient des pensions * ;
aux Etats, dont ils ne reçoivent d'ailleurs que de maigres ^^
subsides W, ou qui. en sont réduits à devenir cultivateurs, ^i^
vendant eux-mêmes sur les marchés les produits de leur propriété, vivant comme des paysans.
(1) Mémoire de Charles Colbert, fol. 145 et sqq. (2) /ftW., fol. 4849.
(3) Nointel le remarque aussi (Bibl. de Rennes, msc. n' 317, fol. 187) : « La noblesse de Bretagne n'ayant pas esté trop accoutumée Jusques icy à suivre la guerre, les cadets aussi bien que les atnez des maisons nobles sont demeurez dans ladite province et s'y sont mariez ».
(4) ex. A. du Chaleliier, L'agriculture et les classes agricoles de la Bretagne, pp. 114 et sqq. Voy. A. de Bréhier, Fougeray depuis le /X« siècle jusqu'à nos jours {Revue historique de VOuest, an. 1894-95). — A Ploufragan et à Trégueux, on constate Texistence d'un grand nombre de familles nobles (deslin de Bourgogne et An. de Barthélémy, Anciens évêchés de Bretagne, t. II, pp. 258 et sqq.).
(5) A. du Chatellier, pp. 117 et sqq. — La manie des procès a contribué aussi à appauvrir bien des familles nobles. Tel paraît être le cas du vicomte d'Apigné qui, en 1647, doit plus de lOO.OUO livres et est obligé de vendre plusieurs de ses terres; voy. Paul Parfouru, Les dépenses de Pierre Botherel, vicomte d'Apigné, 1647-48, pp. 7 et sqq.
(6) A chaque session, les Etats votaient 6.000 livres de secours pour la noblesse pauvre. Le marquis de Sérent écrit, le 13 octobre 1776 : « Cette somme est si insuffisante que dans la répartition qu'on en fait, la plus forte gratification n'excède pas 30 livres, et le plus grand nombre est au-dessous de 12. Vous devez juger par cela de la souffrance où en est réduite une portion nombreuse de la noblesse en Bretagne » (M. Marion, Les Etats de Bretagne sous Louis XVI, dans la Revue historique, t. LXXXI, p. 270, note).
s: 30 LA PEOFEIÉTÉ SEIGNEUKIALE.
7 Parmi les gentilshommes, les conditions (Inexistence varient
c'j à rinflni. Les inventaires après décès en font foi. Un inven-
I taire de 1762 évalue les biens mobiliers du marquis de Châ-
r teaugiron à 112.828 livres, décrit Tinstallation luxueuse du
y-c marquis, tant à Rennes qu'à la campagne W. Les meubles
'{' du château du Gage sont estimés valoir 12.734 livres; il s'agit
^ d'un mobilier confortable, mais assez simple. Les châtelains
L d'Amilly mènent aussi une vie aisée et jouissent d'un véritable
bien-être; leur mobilier, en 1765, vaut 10.142 livres. M"* de la
■ Briffe d'Amilly, qui se marie en 1785, reçoit un très riche trous-
V seauW. L'inventaire de la maison de Camarec, en 1657, dénote
au contraire un mobilier très simple, peu confortable W. Voici
maintenant un écuyer, Guillaume le Croazer qui, au début du
! XVP siècle, habite la paroisse de Ploumagoar près Guingamp;
' il ne vit guère mieux qu'un simple paysan; son mobilier est
des plus modestes; il possède de la vaisselle d'étain de peu
de valeur, un assez grand nombre de paires de drap et de
« touailles, » mais seulement six serviettes (*).
Sans doute, il n'y a rien là qui soit absolument particulier à la Bretagne. Dans d'autres régions de la France, on trouve des seigneuries de toutes dimensions; ailleurs aussi, la condition économique des propriétaires nobles est loin d'être uniforme; parmi les gentilshommes, il en est qui vivent fastueusement, tandis que la majorité ne connaît qu'une existence assez médiocre <5). Cependant, nulle part, la petite noblesse ne paraît avoir été aussi nombreuse qu'en Bretagne, ni aussi misérable.
(1) Fonds de Chàteaugiron (Arch. d'IUe-el-Vilaine, E 22). I (2j La note du linger Lacoste se monte à 9.217 livres; Langlois, marchand,
! nie Montmartre, a fourni pour 12.566 livres de dentelles {Fonds de Saint-
I Briee, Arch. dllle-el- Vilaine, E 353). — LMnventaire des meubles du château
; du Gage, en 1757, est estimé 12.734 L {Fonds du Gage, ibid., E 63).
j (3) Fonds Pire, ibid., E 212. Voy. aussi l'inventaire de Pierre Bescharl,
I seigneur de la Chaponnière, en 1637 (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 103).
(4) S. Ropartz, Mobilier d'un gentilhomme et d'un joumaUer bretons \ au XW siècle {Revue de Bretagne et de Vendée, 1862, 2» série, t. I, pp. 37
; et sqq.). — Les manoirs des gentilshommes pauvres ne sont guère plus
' confortables que les maisons de paysans; cf. H. Frotter de la Messelière,
! La noblesse en Bretagne avant 1789, Rennes, 1902, pp. 92 et sqq.
; (5) Cf., par exemple, abbé Bemier, Essai sur le Tiers Etat rural et les
paysans de Basse-Normandie au XV IW siècle, Paris, 1892, pp. 148 et sqq.
CONDITIONS d'existence DES NOBLES. 31
Essayons maintenant de déterminer le véritable caractère de la propriété seigneuriale ou noble. Il est certain que ce n'est pas un type de propriété vraiment indépendante, pleinement autonome. Elle est soumise à la hiérarchie féodale. Le vassal noble tient sa terre de son suzerain, soit « à foy et hommage », soit le plus souvenft a à foy, hommage, rachapt et chambelenage W). » Lorsqu'il ne doit que la foi et l'hommage, il est tout au moins astreint à rendre aveu au seigneur supérieur <»), et son aveu, comme celui d'un tenancier roturier, peut être frappé d'impunissement <«). Mais la plupart des tenanciers nobles sont obligés aussi, à chaque succession, d'acquitter le rachat, c'est-à-dire d'abandonner au seigneur supérieur le revenu d'une année. Ainsi, en 1698, la seigneurie de Carheil donne 2.066 livres de rachat au duc de Rohan(*); en 1721, la seigneurie du Gage doit, pour le rachat, 2.409 livres au seigneur de Châteauneuf (*). Quant à l'acquisition d'une seigneurie ou d'une terre noble, elle est grevée du droit de lods et ventes W.
Enfin, beaucoup de terres nobles doivent au suzerain des redevances en nature et surtout en argent. Mais ces redevances sont beaucoup plus faibles que celles qui pèsent sur les tenures roturières. En 1744, le seigneur de Bois-de-Miniac reconnaît devoir au seigneur de Bécherel t^) :
(1) Voy., par exemple, TAveu du seigneur de Bois-de-Miniac au roi, de 1744 (londs de Bois-de-Miniac, Arch. dllie-et-Vilaine, E 3). le Terrier de Chftteauloger Honds de CMUeauloger, ibid, E 31), passim.
(2) Tous les fonds seigneuriaux contiennent une grande quantité d'aveux de tenanciers nobles.
(3) Voy., par exemple, la transaction conclue, en 1753, entre le seigneur de Bois-de-Miniac et celui de Bécherel au sujet de l'impunissement de l'aveu de 1744. U y avait eu de longues contestations à propos de déclarations erronées du vassal {{ond^ de Bois-de-Miniac).
[i) Fonds de Carheil (Arch. de la Loire-Inférieure, E 315).
(5) Fonds de la seigneurie du Gage (Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 63).
(6) En 1701, Louis XIV fait remise au duc de Brissac, en considération de ses services, du droit de lods et ventes qu'il lui devait pour la vente de la terre de Ch&teaugiron {{onds de Chàteaugiron, ibid., E 22).
(7) Aveu du seigneur de Bois-de-Miniac, de 1744, pp. 251 et sqq. {{onds de BoU-de-Miniac, ibid., E 3).
32 LA PBOPKIÉTÉ SEIGNEXnUALS.
Pofur le grand bailliage de Bazouges, 14 sous, 6 deniers tournois;
Pour le bailliage du Plessix-Coudray, foy et hommage seulement;
Pour le bailliage de la Cheslaye, 18 s., 6 d. i;
Pour le bailliage de la Landonnaye, 6 s. mon.;
Pour le bailliage de Vaucouleurs, 2 s., 6 d. t;
Pour le bailliage de laFauvelaye, 11 s., 2 d. t.;
Pour la métairie de Saint-Malo, 3 s. mon. ;
Pour la métairie de Bois-de-Miniac, 11 s., 2 d. mon.;
Pour la métairie de la Fauvelaye, 9 s., 6 d. mon.
En 1578, Michel Liard, sieur de la Ooulevays, déclare être « homme estaigers » du seigneur de la Fontaine, et tenir de lui noblement la métairie de Fouilletais, d'une superficie d'environ 45 journaux; il doit une rente noble de 3 deniers monnaie (1). Au XVI* siècle, la vicomte de Loyat, pour la plupart de ses fiefs, n'acquitte que quelques sous de rente W.
Du reste, toutes les terres nobles n'appartiennent pas à des gentilshommes; il en est qui sont tombées entre les matins de non-nobles, de bourgeois surtout. Les terres de la Basse- Rue et du Tertre-Jamson sont occupées, dès 1646, par Jean
(1) Fonds de Saini-Brice {ibid. E 369).
(2) Dénombrement de 1578 Honds de LaiUé, Arch. d'Ille-el-Vilaine) : « Les . vassaulx, féaulx et hommes nobles tenants à foy dudit sieur en la vicomte de Loyat, à raison des choses quilz y possèdent et tiennent en iceiles, et les rentes quilz luy doibvent chacun an à cause desdites choses ou bailleage et bourg de Loyat :
« Jean Le Prêtre, seigneur de Lessonnet, sur et par cause des maisons, terres et rentes qu'il tient en ladite vicomte, 10 s., 6 d. »
«... Pierre de Tregaranteuc, sieur du Clos, par froment et rentes appelées cens, 2 boisseaux froment, 12 deniers rente. »
« Janne de Cahideuc, dame de Cambit, 6 deniers, et par froment ung boueceau. »
« Jean Lemarchant, seigneur de Kerbouet, sur et par cause des maisons, terres et héritaiges qu'il tient dudit sieur, 8 s. 6 den. »
Cf. Taveu de G'eorges Chauvel, sieur de Launay, en 1633 {Terrier de Châieauloger. Arch. d'IUe-el-Vilaine, E 31). L'aveu énumère 23 journaux et demi de terres et 4 hommées de prés « tenus de Chateauloger prochement et noblement & charge de 11 sous 8 den. monnaie, 1 provendier d'avoine, 1 poule, 1 corvée ». — En 1765, le marquis de Châteaugiron perçoit sur des terres et tenues nobles des rentes en nature et en argent pour une somme de 286 livres (Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 22). — Voy. aussi 1' « Etat et mémoire des terres que Uent le seigneur de la Bourbansais relevant prochement de la seigneurie du Gage, » XVir siècle Honds du Gage, ibid., E 64^ et un aveu de la fin du XVIIP siècle {ibid., E 68).