‹ Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle a La RévolutionChapitre 88 sur 169 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les fermiers et les métayers sont nombreux en Bretagne. — Parties constitutives d'une ferme; les terres et les bâtiments d'exploitation. — L'entrée en jouissance du fermier. Les clauses du bail. Services auxquels s'astreint le fermier. — Durée des baux. — La rente fixe ou fermage; elle est acquittée en argent ou en nature. — La rente à moitié fruits ou métayage. Le bail à détroit. — Condition précaire et médiocrement prospère des fermiers et des métayers. — Hausse des fermages à la fin de l'Ancien Régime. Comment s'explique-t-elle T

Le régime seigneurial atteint les paysans en tant que tenanciers; mais il n'est qu'une des manifestations de Texploitation que les privilégiés font peser sur les classes rurales. Au point de vue économique, les populations agricoles dépendent non moins étroitement des grands propriétaires fonciers, des propriétaires nobles surtout. — L'on sait déjà que, si la plupart des paysans sont propriétaires, beaucoup d'entre eux n'ont pas une propriété suffisante pour les faire vivre. Nombreux par conséquent sont ceux qui se trouvent dans l'obligation de louer des terres ou de s'employer comme salariés, de s'engager comme fermiers, métayers ou journaliers <t). La

(1) Voy. plus haut, 2« Partie, chap. ni.

Bretagne connaît d'ailleurs des modes de location originaux, le domaine congéable et le complant. Les domaniers, si nombreux en Basse-Bretagne, peuvent être à bon droit considérés comme des fermiers, bien qu'ils soient propriétaires des « édillces » et des « superflces » de leur tenue.

On sait aussi que la plupart des terres ne sont, ni cultivées, ni môme tenues en main, exploitées directement par leurs propriétaires ; le domaine proche de toute seigneurie consiste essentiellement en métairies, et, le plus souvent, la retenue elle-même est donnée à ferme, en tout ou en partie. On comprend donc que les fermiers et les métayers constituent une portion notable de la population agricole, et que cette classe n'ait fait que s'accroître au coui*s des temps modernes t^). D'ailleurs, les paysans ne louent pas seulement des grosses fermes appartenant à des propriétaires nobles ou bourgeois, mais encore des petites fermes, des clnseries, qui souvent sont la propriété d'autres paysans ^2).

Aussi n'y a-t-il rien de variable comme les dimensions et l'importance des fermes; rien de variable comme la condition économique des fermiers : il en est qui jouissent d'une véritable aisance, et d'autres qui sont dans une situation voisine de la misère. Puis, la condition du fermier diffère encore, suivant que le bail est à prix d'argent ou à moitié grains. — Nous ne possédons guère de renseignements précis que sur les fermes dépendant de propriétaires privilégiés; ce sont aussi pour nous les plus intéressantes, car elles représentent des exploitations agricoles souvent considérables.

Les fermes diffèrent les unes des autres par la superficie. Beaucoup d'entre elles ont une cinquantaine ou une soixantaine de journaux ; mais il n'est pas rare d'en trouver qui

(1) Sur le développement du fermage à répoque moderne, voy. les remarques très intéressantes de d'Avenel, Histoire économique de la prçh ptiété, t. I, pp. 237 et sqq.

(2) Voy. plus haut, 2« Partie, chap. ni. — A Pospoder, la plupart des fermes ne produisent que des rentes de 12 à 13 livres ou de 15 à 18 livres {Procès-verbal de Vàssemblée des habitants de Pospoder, du 2 avril 1789, sônéclî. de Brest).

PABTIES CONSTITUTIVES DES FEEMES. 243

s'étendent sur plus de iOO journaux U). D'autre part, il y a beaucoup de petites closeries qui ne contiennent qu'une dizaine de journaux, et parfois moinfi encore W.

Les fermes forment presque toujours un domaine complet, comprenant toutes les catégories de terres : des pièces labourables, des prairies, des landes et des bois W. j^es terres labourables représentent en général les deux tiers de la superficie. C'est ainsi que, dans la seigneurie de Fouesnel <*), la métairie du Brachet se décompose de la sorte :

Pourpris 2 journaux, 60 cordes.

Terres labourables 38 — 33 — (( 58 journaux,

Vignes, bois 3 — 28 — i 16 cordes.

Prairies 13 — 55 — '

Dans la môme seigneurie, la métairie de la Gilberdière est ainsi constituée :

Pourpris 1 journal, 28 cordes.

Terres labourables 43 journaux, 14 — 1/S

Prairies 10 — 10

Bois 1 — 37 — ^

Paty et landes 7 — 3—1/2

63 journaux, 13 cordes.

On entend par pourpris les bâtiments de la ferme et leurs dépendances, qui ont souvent des dimensions assez considérables, et qui, en tout cas, sont singulièrement plus confor-

(1) La métairie de la Nouvelle ville, en 1479, contient 63 journaux {Grand de la métairie de la Nouvelle ville, fonds de Pire, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 142). — Dans la seigneurie de Fouesnel, au XVni« siècle, la ferme de la Gilberdière s'élend sur 63 journaux; celle du Brachetj sur 58; celle de Neuville, sur 122; une aulre contient 76 journaux: une autre encore, 105 {Sommier de Fouesnel, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 62).

(2) Déclarations des vingtièmes, passim.

(3; Les fermes se composent souvent d'un grand nombre de pièces distinctes : la métairie noble de la porte du château de Monlifaut contient 13 pièces; la métairie noble des BouUais, 13 {Aveu de Bois-de-Miniac, de 1744, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 3). La mélairie de la Gilberdière comprend 42 pièces en terres labourables, 10 en prairies, 7 en landes {Sommier de Fouesnel, loc. M.

(4) Sommier de Fouesnel,

tables que les autres habitations paysannes. Pour citer un exemple, au début du XVIP siècle, la métairie de la Hurelière, située en la paroisse de Pire, contient « ung corps de logis consistant en troys aistres à vissaige vers occidant du lieu de la Hurelière. » Le principal bâtiment, le « bouge » possède un plancher; la porte de devant est en pierre de taille; la fenêtre est protégée par une grille de fer; la couverture est en ardoise; la longueur est de 55 pieds, et la largeur, de 32. Au devant, se trouve une cour de 40 cordes, avec un puits et un four, puis un petit jardin de 9 cordes <i). Les devis de réparations nous révèlent aussi parfois l'importance du corps de ferme : en 1584, pour une métairie de la Chapelle-Chaussée, les réparations s'élèvent à la somme de 1.276 livres W ; dans le courant du XVIIP siècle, le propriétaire de la métairie de la Valette dépense 3.000 livres pour la remettre en état (3).

Lorsque le propriétaire se dispose à conclure un bail de ferme, il se préoccupe des mérites respectifs des candidats à la ferme, il se renseigne sur leur fortune; il lui importe, en

(1) Mesurage et prisage de la métairie de la Uurelière (londs de Pire, Arch. d'nie-et-Vilaine, E 141).

(2) Voici le détail de l'estimation faite par Pierre Lavallée, expert, pour la métairie de la Hingrais :

Maison principale 50 livres.

Ecurie 70 —

Escalier du dehors 66 —

Chambre de sur la salle 75 —

Chambre de sur la cuisine 115 —

Grenier dessus l'écurie 900 —

Dans la même seigneurie, la métairie de la Porte exigera 381 livres de réparations Honds de la Chapelle-Chaussée, Arch. d'Ille-et- Vilaine, E 97).

(3) En voici l'estimation :

Maçonnerie 1196 livres.

Charpent€rie 439 — 3 sous.

Planchers 85 — 16 —

Couverture 700 —

Ferrures , 59 —

Charrois, abats et four 205 —

Imprévu 315 —

{{onds de Pire, Arch. d'Ille-et-Vilaine, E 140).

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