ENTRÉE EN JOUISSANCE
effet, de savoir s'ils ont des avances suffisantes W). Les négociations durent parfois fort longtemps W.
A rentrée en jouissance, on dresse un état des lieux de la ferme : on fait un inventaire des bâtiments, des fossés, des haies, des arbres, des diverses espèces de bois et de leur quantité <3). C'est que le fermier est responsable de tous les dégâts qui pourront être commis dans la ferme. Lorsqu'il quitte la ferme, il doit réparer tous les « fossés » qui se trouvent dégradés. Dans la seigneurie de Boisbaudry, en 1751, le fermier de l'Abbaye, Bigot, quitte la métairie que sa famille a occupée pendant un siècle. La propriétaire. M"* de Trans, ordonne que les dégâts qu'il a pu commettre soient réparés et fait dresser un état des lieux, en présence de deux experts; on vérifie l'état des fossés et des haies^; on constate que le fermier n'a aucune réparation à faire, ce dont s'étonne et s'indigne M"* de Trans W.
(1) Dans une lettre du 10 avril 1765, Berthelot, procureur fiscal de Boisbaudry, recommande à M"» de la Villetehart de prendre comme fermier de la grande métairie de Boisbaudry Charles Berthelot, fils de la fermière qui vient de mourir, car il est pl^js capable que tout autre de reprendre le bail; il aidait sa mère, faisait son travail avec ses harnais, « quoiqu'il estoit en Saint-Remy sur le bien de sa femme qui a toujours 60 livres de rente: il a quatre bonnes vaches, deux génisses, une bonne jumant et un poullain à y mener sur ladite ferme et a six enfants. Ainsi je croy qu'il est en estât de faire valloir ladite ferme autant que personne » (Arch. d'Ule-et-Vilaine, E 82).
(2) Dès le mois de juin 1746, le marquis de LescoSt est en quête d'un fermier pour la métairie de Follezon, dont il ne veut pas renouveler le bail au fermier actuel Thomas, qui y a fait de mauvaises affaires. Des pourparlers s'engagent avec les Corbel, qui demandent une diminution du précédent bail (lettre du 26 juin 1746). D'autres candidats se présentent encore. Le propriétaire ne se presse pas de conclure; une lettre du 26 juin 1747 nous montre que rien n'est encore décidé à ce moment Honds de Lescoet, Correspond€Uice, Arch. du Finistère).
0) Voy., par exemple, 1' « Etat des différentes espèces de bois qui se trouvent sur la métairie de la Grehaudière, conté par Gille Jubin, fermier actuel, aralté le 4 juin 1776 » Honds de Saint-Brice, Arch. d'Ille et-Vilaine, E 405).
(4) Voy. sa lettre à Hardy, du 14 novembre 1751 : elle lui reproche de prendre le parti de Bigot, de se laisser tromper par lui : « il est bien surprenant, ajoule-t-elle, que depuis cent ans qu'ils sont dans la melesrie de père en fils qu'il ne se trouve pas un fossé & refaire; il n'y a point de fermier qui ne soit obligé en sortant den fere » 'londs de Boisbaudry i. — Voy. aussi un procès-verbal de visite, de 1686, à la sortie du fermier qui occupait la métairie de la Porte du Gage (fonds du Gage. Arch. d'Ille-et- Vilaine, E 64), un procès-verbal de visite des métairies de Saini-Mahé, du Buat et de la Barre, en 1593 {{onds de la Chalopinaye, Arch. d'IUe-et-Vilaine, E 96).
Mais toutes les autres réparations sont à la charge du propriétaire. Dans la seigneurie de Boisbaudry, le 24 novembre 1751, M. de la Villetehart visite la métairie de la Sauldraye : il constate qu'il existe une porte de grange qu'il lui faudra refaire à neuf; à la métairie de la Fontaine, il y a trois poutres à réparer; à la métairie des Melliei-s, les réparations lui coûteront 420 livres <*). Cette question des réparations suscite parfois de longs procès entre propriétaires et fermiers ^^K
L'une des conditions essentielles du bail, c'est que le fermier conserve en bon état la terre qu'il a louée, et, comme nous le lisons dans un bail de 1732, « sans rien innover ni diminuer sur la terre, ni couper aucuns bois par pieds sous quelque prétexte que ce soit et ne decoler, coupeler ne toucher aux arbres de haute futaie ni de décoration ; » il disposera des bois piquants, qu'il coupera en deux saisons, mais « sans deshayer les fossés » ; quant aux autres arbres, il en aura r « émonde, » une fois tous les six ans (3). La dernière année du bail, le fermier doit se garder d'épuiser les terres de labour. Il consen^era les fumiers sans les vendre et ne pourra faire paître le bétail sur la métairie après la mi-février. A sa sortie, il laissera les foins, les pailles et les engrais, car il faut que le nouveau fermier trouve dans la métairie qu'il a louée les engrais et les fumiers, qui lui seront nécessaires t*).
Le bail détermine souvent la nature des cultures qui devront être entreprises, et c'est une clause qui est rarement omise lorsqu'il s'agit d'une ferme à moitié grains. C'est ainsi que les
(1) Il passe marché avec un maçon pour 80 livres; avec un charpentier, pour 70 livres; avec un couvreur, pour 260 livres (fonds de BoisbatuLry).
(2) Voy. un procès qui s'engage à ce sujet entre le seigneur du Plessis- Bolherel et l'un de ses fermiers, en 1759; une expertise est ord(mn(^e par le propriétaire sur les cultures, la coupe des arbres, les logements; d'autre part, le fermier se plaint de n'avoir pu jouir de la grange de la métairie ilonds du Plessis-Botherel, Arch. d'Ille-el-Vilaine, E 268).
(3) Bail de la métairie du Breil Ilarel à Jean Marquer, de 1732 Honds du Breil-llarel, Amh. d'Ille-et-Vilnine, E 10>. Cf. le bail de la métairie de la Cochonnaie à Thomas Noël, vers 1560 'londs de Saint-Brice. ibid., E 366), le bail de la métairie du Perquer, de 1704 {{onds du Gage, E 64).
(4) Bail de la métairie du Breil-IIarel, de 1732. Cf. le bail de la métairie de la porte du château du Gage, du 11 mai 1764 Honds du Gage, Arch. d'Ille-el-Vilaine, E 83).