INTRODUCTION
Dans toute science réelle, les conceptions relatives a la méthode proprement dite sont essentiellement inséparables de celles qui se rapportent i la doctrine elle-même.
AvousTR COMTE. Cours de philosophie poaitiç*, t. IV p. 22g.
Lorsqu'une science n'est encore que dans la période des tâtonnements et des essais, ce serait une entreprise bien téméraire de vouloir formuler une méthode. Car les procédés que suit l'esprit dans un ordre de recherches sont des réalités 'lont la nature se révèle par l'usage et dont la valeur s'apprécie par les résultats. Privé de cet appui; le logicien s'exposerait à bâtir dans le vide.
A l'extrême opposé — quand une science est en possession de vérités certaines et importantes — l'étude de la méthode ne satisfait guère qu'un intérêt de curiosité. Car, si les procédés qui ont servi à Télaboration de ces vérités ne sont pas énumérés dans un ordre systématique^ du moins ils sont connus et leur valeur s'est révélée par Tépreuve décisive de la pratique.
Le moment où les recherches sur les méthodes paraissent présenter le plus d'utilité est celui où les sciences sont en formation ; où les essais sont nombreux, les tentatives variées, les procédés laissés à la libre initiative des chercheurs. 11 se produit alors un tel enchevêtrement de routes que les esprits risquent
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de s'égarer, si les logiciens ne prennent pas le soin particulier de dégager la marche suivie par les savants, toutes les fois qu'ils sont arrivés à leur but.
Les sciences sociales paraissent précisément parvenues à ce stade favorable aux recherches sur la méthode. L'ignorance en matière sociale n'est pas assez complète pour décourager une tentative de ce genre et, d'un autre côté, la connaissance n est pas assez avancée pour la rendre superflue.
Avant d'aborder le problème spécial des méthodes propres à l'étude des faits sociaux, rappelons brièvement les préceptes communs à toute méthode.
La vraie méthode ne dirige pas seulement l'esprit mais elle intéresse aussi le cœur et la volonté. La première attitude à garder à l'égard d'une science cultivée depuis longtemps et sans succès, c'est une modestie sincère et profonde. Si tant de politiques, de législateurs et de savants se sont en vain appliqués à la connaissance de la vie sociale, il ne faut pas avoir la présomption de croire que les difficultés s'évanouiront aux premières recherches et que la science surgira tout armée — comme Minerve — de quelque cerveau Olympien. Les lenteurs des sciences aujourd'hui constituées doivent servir à rabattre les prétentions excessives. Partout les progrès ont été achetés par de longs efforts ; par quelle chance miraculeuse la plus complexe de toutes les sciences ferait-elle exception?
La patience est ici d'autant plus à recommander qu'elle court le risque d'être moins pratiquée. Le mal se présente dans les sociétés sous des formes si multiples et avec une succession si rapide qu'il réclame des remèdes immédiats. De là une hâte empirique qui s'oppose à des vues nettes et k une marche sûre.