‹ Les classes sociales; analyse de la vie sociale. Ouvrage récompensé par l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques)Chapitre 16 sur 45 · F.\STS ÉCONOMIQUES · texte numérisé non relu

F.\STS ÉCONOMIQUES

Les faits économiques ont une telle importance que beaucoup de savants — à l'imitation de Karl Marx — en ont fait le centre autour duquel giavitent toutes les autres manilestations sociales. C'est là une exagération. Mais il ne faut pas non plus, en cédant aune réaction naturelle, méconnaître leur rôle et refuser la place,

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qui revient légitimement à rayriculturc. à fi/i</us/rir, aux iraitspnr/s et au comnierce.

8'^ Faits Agricoles. Us comprennent les manifeslalions propres à la classe sociale qui exerce son activité sur le sol, en vue lie la production des ciioses nécessaires à la vie pliysi([ue. Ces faits rentrent dans le domaine économique et peuvent se répartir dans les quatre divisions si justement distinguées par les économistes : production, répartition, consommation, échange.

A la production se rattache la technique agricole^ l'ensemble des procédés de culture ou d'élevage em- })loyés à une époque et dans un pays pour tirer du sol le parti le plus avantageux. I^es connaissances si; transmettent par la tradition et Texemple, ou par un enseignement appuyé sur des principes scientifiques et donné par des maîtres plus adonnés à la spéculation qu'à la pratique. Dans le l"^'" cas, on risque de verser dans la routine, mais les pro'jédés, passés au crible de l'expérience, sont pins sûrs. La science est plus aventureuse ; mais des essais multiples quelle tente se dégagent des vérités nouvelles qui fécondent la pratique et accélèrent le progrès. Les j)erfectionnements apportés à l'ontillage accroissent directement la production et en ontr ' diminuent le travail nécessaire pour recueillir la même quantité de produits. La charrue et la herse modernes l'endent la terre plus meuble et par suite plus fertile ; la moissonneuse-lieuse fait vingt fois le travail d'ouvriers armés de faucilles. Les avantages dus à Teniploi des muidiines doivent piuir la plus grande partie ètr.^ rapportés aux progrès industriels. Mais CCS avantages ne sont à la portée que des propriétaires qui disposent de capitaux importants, qui sont il la tètede domaines ('tendus et (jui, en abrégeant le travail, diminuent le nombre de leurs auxiliaires salariés. In des éléments les plus actifs de la pro-

.'Ul2 l.i;S CLASSKS SdCIALKS

(Juction est lardeur au travail, secondée par la force physique que rendent nécessaire des travaux pénibles. La durée du travail serait ici une mesure très insuffisante. Pour obtenir une appréciation plus exacte, il faut tenir compte du soin apporté à l'exécution des besognes diverses. Quelle diiférence sur ce point entre le mercenaire ou l'esclave et le propriétaire qui cultive son fonds et doit recueillir des fruits proportionnés à ses efforts ! De là la nécessité de pénétrer jusqu'aux moteurs, de la volonté, les idées et les désirs.

La répartition est un phénomène complexe, qui résulte de lactivilé des diverses classes sociales eng^ap:ées dans des rapports déterminés. C'est un phénomène complexe : il demande donc à être résolu en ses éléments. Or cette analyse se fera d'une façon méthodique et aura chance d'être complète, si on examine successivement les rapports que les cultivateurs soutiennent avec l'Etat, avec les capitalistes, avec les ouvriers salariés et avec les commerçants.

Les rapports avec l'Etat déterminent le régime de lo-propriété du sol. L'Etat, en tant qu'il personnifie la société et qu'il dispose de la force publique, est le maître du territoire qu'il protège contre les attaques ou les empiétements du dehors. C'est l'Etat qui donne aux travailleurs la sécurité et leur assure le produit de leur travail. En retour de ces bons offices, les possesseurs ont à supporter des charges sous forme soit de services militaires, soit de prières pour obtenir les faveurs divines, soit de corvées, soit d'impôts en nature ou en argent. C'est un contrat bilatéral à titre onéreux. L'Etat aliène son droit primordial et supérieur en faveur des hommes d'armes, des membres du clergé, des communes, des familles ou des particuliers. Mais il établit des règles pour l(*s ventes, les donations entre vifs et les successions. Ouant aux propriétaires ils doivent se

CLASSiFii:.\rii»> DES FAirs S(j(,;iAi X .'{0.'"{

S(.)iimollre aux lois et observer les prescriptions iiihi'reules au droit tle propriélé,tel ({n'il c^t (Habli dans la législation. L'acceptation de la propriété est la reconnaissance implicite du contrat, dont les formes sont très diverses mais dont le fond persiste partout semblable

l^e contrat fondamental est celui qui institue la propriété. Mais il n'est pas le seul et d'autres donnent naissance à ces phénomèneî importants qu'on appidle la rente du sol, le taux des salaires et la valeur des produits.

La rente du so/ provient des rapports entr.' le propriétaire et le cultivateur du sol. Le premier ce le pour un temps son droit de propriété au secoad qui en retour donne, suivant les conditions du fermage, soit une partie des produits en nature, soit une somme d'argent déterminée. Cette rente est plus élevée {)our les terres fertiles et pour celles qui se trouvent dans le voisinage d'un marché important, parce que le travailleur trouve alors de plus grands bénélices dans l'exploitation du sol et que par suite les demandes provoqu(''es i)ar lappàt du gain sont plus nombreuses.

Le propriétuiri^ peut diriger lui-même son exploitalion en s!> fai'^ant aider j)ar des auxiliaires salaries. Ici iniervicnnriit des contrats de louage très variés, qui s'étendent depuis l'esclavage, jusqu'au travail libre. L'esclave, opprimé par la force, s'engage pour la vieil mettre toutes ses forces au service du maitre ([ui lui accorde en retour les choses indispensables à la vie. L'ouvrier de notre époque traite avec le propriétaire, souvent sur un pied d'égalité, et montre des exigences d'autant jdus éhivées que le noiubi'e {\{'> concui'nMils est moindre.

Le propriétaire ne consomme i)as tous ses produits,

.'iOi- i.i:s c;lassi;s sociales

mais il en éclumge une partie contre d'autres qui sont nécessaires à la satisfaction de s's besoins. Il déperul ainsi du commerce et, de ce fait, subit les lois de la concurrence, qui déterminent la valeur de ses produits. La facilité des transports et le libr>3 échang- ' étendent le cbamp de la concurrence, et soumettent la valeur des produits d'un pays a des lluctuations dont les causes sont souvent très éloignées.

La consommation comprend ["('nsemble des dépenses que les travailleurs consacrent à la préservation et à la réparation des forces pliysiques ; aux délassements et aux plaisirs ; à l'entretien des enfants et des autres membres de la famille que l'âge ou la maladie rend impropres au travail. Les dépenses portent sur le louement, rhabillement, la nourriture, la boisson, les jeux, les fêtes, les voyages et sur d'autres satisfactions répondant à des désirs plus rares. La consommation est dans un rapport nécessaire avec les ressources ou les produits habituels. D.» là, une certaine uniformité de mœurs dans les provinces et à des époques déterminées.

A laconsommation se rattachent le luxe et l'épargne. Le luxe est. essentiellement relatif. 11 consiste, pour chaque classe, à réserver une part plus grande que l'ordinaire aux dépenses consacrées à l'ameublement, au costume, à la table, à la boisson ou aux autres formes du plaisir. Par le luxe se trouve rompue la proportion qui était observée entre lesdépenses utiles et les dépen- . SCS superllucs, et qui se rencontre à d'autres époques et chez d'autres peuples.

Dans \'(''pnr(j)ie trois choses sont à considérer : 1» la classe qui (q)argne ; 2" la quantité de richesse qu'elle met en réserve ; '-)' l'emploi qu'elle fait des économies réalisées. Ainsi an moy(Mi-àge le clergé augmentait sans liesse ses domaines et ses richesses mobilières. En

CLASSIFICATION I)i:S FAITS SOCI AI X 30")

Irlande les tenanciers sont non seulement dans l'impossibililé d'épargner mais plient sons le faix des charges trop lourdes qui grèvent la tiîrre. Avant la crise agricole qui sévit en France depuis quelques années, les agriculteurs faisaient elTort pour agrandir leur patrimoine. Et par suite de cette concurrence le prix de la terre s'était élevé dans une forte proportion.

9'' Fait^ iiuhàirieh. En agriculture, l'activili' porte sur les êtres organiques, dont il s'agit d'anK'diiu'tM' les espèces, de multiplier le nombre, de perfectionner les produits. Dans l'industrie, le travail s'applique à des matériaux bruts qu'il faut transformer sans avoir à faire intervenir les lois vitales. Or, si la puissance de riiomme est très limitée pour tout ce qui touche à la vie, elle a réalisé et réalise tous les jours de nouveaux j)rogrès dans le domaine de la mécanique, de la physique et de la chimie. De là des différences notables qui légitiment la distinction faite de tout temps entre l'agi-iculliire et linduslrie.

Les questions industrielles ont toujours, tlepuis Adam Smith, sollicité vivement l'attention des économistes. Aussi, si toutes les diflicnllés qu'elles soulèvent sont loin d'être résolues, du moins les faits sont exactement connus. Il sulfit ici pour les besoins de la classification (h; les ('numérer en ordre et avec leurs caractères distinctil's.

Tout d'abord ces faits doivent être divisés (mi deux grandes catégories, suivant ({u'ils se i-appoi-tcnl h l;i grande ou à la petite industrie.

Dans la petite industrie, l'ouvrier possède le faible capital nécessaire à l'achat des matières premièi-es ainsi (jue des outils qu'il emploie dans son mc'lier. Il tiMvaille seul ou avec uii jtetil nombre d'auxiliaires, membres de sa famille, apprentis ou salai-i(''s (jui le i)lus S(juvent deviendront maîtres à leur tour. Il vend

lui-même les articles qu'il fabrique à une clientèle connue et recueille le produit intégral de son travail. 11 a un vif sentiment de si responsabilité, et, stimulé par une concurrence directe, s'efforce de déployer toute son habileté pour retenir ses clients ou en accroître le nombre. Il est aussi plus porté à l'épargne, parce qu'il aperçoit mieux l'emploi utile qu'il en peut faire. Ainsi la production est loyale, mais par contre exposée à la routine ; le problème de la répartition se résout de luimême ; la consommation est d'ordinaire réglée, et l'épargne fréquente.

Dans ce régime les seuls rapports importants;! signaler sont ceux qui sont (Uablis eiitrt^ les ouvriers et l'Etat. C'est de ces rapports que naissent les règlements sur les procédés industriels ; sur la qualité des produits ; sur les associations entre travailleurs, les corporations, jurandes ou syndicats-associations qui sont tantôt libres, tantôt prohibées ou du moins soumises à des conditions que le législateur a délerniinées.

La grande industrie se distingue par l'ensemble des caractères suivants : 1" le capital n'appartient pas aux travailleurs qui ne possèdent même pas les outils qu'ils ont chaque jour à manier. Le capital nécessaire au fonctionnement des entreprises modernes est souvent immense. Aussi pour se constituer a-t-il besoin d'ordinaire du concours de plusieurs personnes qui se réunissent dans des sociétés en commandite, et surtout dans les sociétés anonymes où les actionnaires accumulent p;ir(ois des centaines de millions. 2" La dircclwn du tra\'iiil îippiirtient à un chef d'entreprise qui doit posséder des connaissances techniques très étendues et très sûres, ou du moins avoir sous ses ordres des ingénieurs d'ime culture scientifique supérieure et capables (r;i|)[)oil('r (|U('l(|ues perfectionnements soit aux machines, soit aux procédés et nianijjulations. .3" ISovli/fage

devient chaque jour plus coûteux, plus compliqué, mais aussi plus parfait. La machine tend non pas à supprimer les ouvriers mais à les éliminer des besognes intelligentes. C'est elle qui file, qui tisse, qui rabote, qui polit, qui ajuste, pendant que l'ouvrier rattache les fils, fournit les matériaux ou graisse les rouages. Il a suffi qu'une fois l'inventeur ait associé dans l'ordre voulu les dillerents organes du travailleur aux articulations d'acier, pour que la machine, avec un peu de charbon ou de pétrole, accomplisse docilement son œuvre sans fatigue, sans arrêt, sans faute. Une roue tourne, un mouvement automatique se répète avec une régularité inlo.ssable, el l'ouvi-ier, obligé de suivre ce mouvement, tombe de plus en plus dans l'inconscience, jusqu'à ce qu'il atteigae la perfection de l'aulomatisme machinal. 4° La division du /ravaii ast poussée de plus en plus loin. Elle produit dans le monde ouvrier ce que la nature a mis des siècles à réaliser dans les espèces animales. Mue par l'instinct, l'abeille ne saitconstruireque des cellules hexagonales ; façonné par l'habitude, l'ouvrier répète sans cesse le même mouvement et aura passé sa vie à fabriquer des tètes d épingle ou à découper à l'emporte-pièce des contreforts de bottines.

La répartition pose au point de vu;; pratique un problème économique des plus difficiles h résoudre. Pour aitril»uiM' une part équitable à chacune des classes qui concourent à la production, il faudrait trouver une commune ni'suro entre la valeur du capital, la valeur d»' ladin^clionet la valeur du Iravail niaïuud.Or ces trois choses sont de nature hét(!rogène. De plus elles ont une origine différente, puisque le capital provient de l'épargne,que la direction exige des qualités intellectuelles, et que le travail manuel est une dépense de force musculaire. Lnfinles trois conditions sont tellenn-nl unies dans

la production qu'il est impossible de les considérer à part pour déterminer avec précision le pouvoir producteur de chacune.

Mais la science, dans son objet spécial qui est la découverte de rapports constants entre des réalités, n'a pas à fixer d'idéal et à indiquer les réformes pratiques qui satisferaient à li? justice absolue — cette justice capable de s'imposer à tous malgré la divergence des intérêts. Ici, il s'agit seulement de déterminer les dilTérents faits qui sont engagés en réalité dans la répartition. Quand le directeur est en mûme temps le capitaliste qui a fourni les fonds nécessaires à l'entreprise, les produits sont partagés en deux parts : l'une fixe, qui se compose des salaires payés régulièrement aux ouvriers, l'autre variable, qui consiste dans les profits que se réserve intégralement le chef de l'entreprise. Si les capitaux ont été fournis par une société d'actionnaires, les profits sont distribués conformément aux statuts entre les actionnaires et les administrateurs. Dans les deux cas les profits sont un appât olfert aux capitalistes eu retour des risques qu'ils courent. Ils sont en rapport avec l'importance des capitaux, la perfection de l'outillage et l'habileté de la direction. Quant aux salaires, ils sont fixes quel que soit le résultat de l'entreprise. Cependant ils sont soumis à des fluctuations, dépendant elles-mêmes des profits à recueillir dans un genre d'industrie, et du nombre des ouvriers qui (jlfrentleur travail.

Quuut à la consommation et à l'épargne, il est inutile d'insister sur le contra-- te que présentent ces deux choses, quand on les considère chez les chefs d'industrie ou dans les classes ouvrières. Les k patrons » mènent une vie large, souvent luxueuse, et, malgré des dépenses considérables, arrivent facilement à accroître leurs capitaux et parfois à amasser des fortunes colossales. Les

ouvriers ont une vie pénible et — que ce soit leur faute ou non — ils ne réalisent aucune épargne et, quand ils sont devenus impropres au travail, ils tombentdans la misère.

10° Transports. Une société n'existe qu'autant que des communications peuvent s'établir entre ses dillerents membres, dispersés souvent sur une grande étendue de territoire. De là la nécessité et la variété des transports, qui vont depuis les confidences intimes enfermées dans l'enveloppe d'une lettre jusqu'aux blocs de pierre ou aux gueuses de fonte, qui surchargent les wagons de chemins de fer ou les péniches des canaux.

Trois sortes de choses font l'objet des transports: 1" les idées, 2" les personnes, 3o les choses matérielles et particulièrement les marchandises. Dans la première classe se trouvent les lois que l'Etat promulgue et les ordres qu'il transmet à ses représentants, chargés de leur exécution dans les différentes provinces. Par le livre et par le journal, les opinions politiques, littéraires, religieuses se répandent dans le public soit en pleine liberté, soit sous la surveillance de l'autorité. Enfin, à mesure que les nations progressent et se policent, les correspondances particulières prennent plus d'importance, et la poste transporte chaque jour des milliers de lettres qui n'ont d'auti'e objet qu'un échange de sentiments. Les personnes se déplacent aussi et, suivant les besoins sociaux ou les avantages particuliers, se rendent d'un endroit dans un autre Les agents exécutifs ont souvent des missions à remplir qui les obligent à de longs voyages à travers le pays. Les troupes militaires doivent se porter rapidement partout où l'on signale un danger. Des pèlerins, pour un motif religieux, allaient un bAton à la main le longdès routes poudreuses vers les sanctuaires renommés; ils s'entassent aujourd'hui dans des trains spéciaux

pour visiter Loiii"tlos ou Paray-le-Monial. Les voyageurs de commerce parcourent les villes de province pour étendre le cercle de leur clientèle et accroître le chiffre de leurs affaires. Les parents et les amis entretiennent leurs relations par des visites mutuelles. Toujours à la recherche de l'endroit oij ils espèrent trouver le plus de plaisir, les oisifs passent Fhiver à la ville et lété vont respirer l'air pur des montagnes, ou sentir les caresses de la brise marine sur les plages célèbres. Quant aux objets matériels, il est rare qu'ils puissent être employés sur place. Mais pour leur conférer toute leur utilité, il est nécessaire de les transporter ailleurs et parfois à de grandes distances, dans les endroits où les objets semblables manquent ou du moins se trouvent en trop faible quantité.

Les moyens et les modes de transports ont beaucoup varié avec les progrès de l'industrie et les degrés de civilisation. Dans les temps primitifs, les communications ne se font que dans un cercle restreint; il n'y a pas de routes, mais de simples sentiers à peine frayés que parcourent des piétons, des porteurs, des cavaliers ou des bêtes de somme. Plus tard, des routes se construisent et se multiplient; les rivières navigables, devenues selon le mot de Pascal « des chemins qui marchent », se couvrent de bateaux ; des canaux se creusent pour unir des cours d'eau appartenant à des bassins différents ; les mers sont sillonnées de navires. Puis, après la découverte des moteurs mécaniques, apparaissent les chemins de fer. les transatlantiques, les t dégraphes et les téléphones, les cables sousmarins.

La construction des routes, des lignes ferrées, des canaux et di's télégraphes ; la fabrication et l'entretien du matériel nécessaire à l'exploitation ; les salaires des employés ; les profits des actionnaires, toutes ces cho-

ses rentrent dans la sphère industrielle et ne donnent naissance à aucune remarque propre.

Il n'en est pas de même des conditions auxquelles sont soumis les transports et qui dépendent en partie de conventions passées avec TEtat, quand ce n'est pas l'Etal lui-même qui se charge directement de ce service. Pour la construction des routes, des canaux et des chemins de IVr, il faut porter atteinte au droit de propriété en obligeant les possesseurs de terres à céder, en retour d'un prix déterminé au besoin par contrainte, les terrains nécessaires à l'établissement des voies de communication. Au nom de l'utilité publique, l'Etat reprend ses droits primitifs sur le sol et procède à l'expropriation, sous la réserve d'accorder une indemnité basée sur les prix de vente ordinaires. S'il concède ce droit à des compagnies, il passe avec elles des conventions pour fixer les tarifs, qui devront être appliqués au transport des voyageurs, des correspondances ou des marchandises. Par la concession d'un privilège, l'Etat accorde un monopole, qui risquerait, par défaut de concurrence, de tomber dans de graves abus, s' il n'était contenu dans d'exactes limites.

11" Le commerce. D'après le principe direcli'ur de notre classification, le commerce est l'ensemble des faits qui résultent de l'activité propre à cette catégorie de personnes, dont la profession est d'acheter et de vendre en vue d'un profit à réaliser. Le fait commercial consiste donc essentiellement dans une double oj)ération d'achat et de vente, opération qui souvent rcnouvelé(; se fait suivant (l(;s règles uniformes, susceptibles d'être connues et formulées en lois.

Par suite de cette définition, les producteurs industriels et agricoles, ainsi que les consommateurs, participent à des actes de commerce mais a proprement pju'ler n'en accomplissent pas. Voih'i |)()ur({Uoi ils mon-

trent souvent une inexpérience dont les commerçants abusent ; inexpérience qui se met souvent en opposition avec les lois économiques, tandis que ces lois s'appliquent exactement au monde commercial.

Le commerce est dominé par la loi bien connue de Toffre et de la demande. Toute Thabileté consiste à découvrir des marchés , où l'on puisse demander ce qui est commun en otïVant en retour ce qui est rare mais se trouve ailleurs en plus grande abondance. Ces conditions se réalisent le plus souvent quand les échanges se font entre des pays éloignés. Voilà pourquoi les commerçants favorisent le développement des colonies et, partisans du libre échange, réclament la suppression des tarifs douaniers. Sur ce dernier point, ils se trouvent en opposition avec les producteurs nationaux qui repoussent la concurrence étrangère, ruineuse pour leur propre industrie.

Quand le commerce se développe, les échanges ne se font plus directement entre les produits offerts et demandés, mais par l'intermédiaire d'objets d'utilité commune, objets bien connus et qui puissent ainsi servir de mesure à la valeur. De là l'usage des monnaies de fer, de cuivre, d'argent ou d'or.

Un nouveau progrès est réalisé par l'établissement du crédit (jui consiste essentiellement dans la confiance accordée à la promesse de payer. C'est ici qu'intervionnent ces commerçants qu'on appelle des banquiers. Ils prêtent une somme ; mais, en vertu du proverbe anglais « le temps c'est de l'argent », l'emprunteur s'engage à restituer cette somme, augmentée d'un intérêt proportionnel à la durée du prêt et à la grandeur des risques courus. L<>s plus grandes opérations de banque se font en apparence avec du papier. Mais ce papier ne peut avoir d'usage que s'il représente des valeurs réelles, contre lesquelles il soit toujours possible de l'échanger.

C'est en s'écartant de cette voie qu'on tombe dans l'abus des marchés àterme, marchés légitimes en euxmêmes quand ils sont réels, mais condamnables, quand sous l'opération commerciale se dissimule un véritable jeu. Dans les bourses modernes, l'achat et la vente à terme ne sont le plus souvent rien autre chose qu'un contrat aléatoire d'une courte durée, où sur des prévisions incertaines, on espère soit la hausse soit la baisse d'une valeur. Puis, l'acheteur qui compte sur une hausse est obligé — si une baisse est survenue — de payer au vendeur la difTérence entre le prix d'achat et la cote du jour où l'opération se règle. De scandaleuses fortunes se sont édifiées sur ces jeux où le hasard n'est pas seul à intervenir, mais où les habiles usent de promesses trompeuses et recourent aux fausses nouvelles.

Le commerce présente d'autant plus d'activité et peut-être d'avantages que la concurrence est plus ardente. Luttant entre eux les négociants sollicitent les acheteurs par des offres plus avantageuses et livrent au public leurs marchandises à des prix plus modérés. Les producteurs d'un côté et les consommateurs de l'autre profitent donc de cette concurrence. Dans cette lutte, les commerçants, qui s'ol)siinant dans des pratiques surannées prélèv(;nt sur la vente des bénéfices exagérés, finissent par être abandonnés tandis que le bon marché des autres attire une clientèle chaque jour grandissante. Cette fièvre de concurrence a cependant son mauvais côté en poussant aux falsifications, aux tromperies ou du moins aux articles dits de camelotte.

Inutile d'insister plus longuement sur les laits économiques étudiés avec tant de détails dans les traités spéciaux.

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