‹ Les classes sociales; analyse de la vie sociale. Ouvrage récompensé par l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques)Chapitre 3 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans toute science réelle, les conceptions relatives a la méthode proprement dite sont essentiellement inséparables de celles <(iii gc rapportent a la doctrine elle-même.

Atji-.usTK COMTE. Cours de philosophie positive, t. IV p. 22().

Lorsquimo science n'est encore que dans la période des tâtonnements et des essais, ce serait une entreprise bien téméraire de vouloir formuler une méthode. Car les procédés que suit Tesprit dans un ordre de recherches sont dus réalités dont la nature se révèle par l'usage et dont la valeur s'apprécie par les résullats. Privé de cet appui, le logicien s'exposerait à biUir dans le vide.

A Textreme opposé — quand une science est en possession de vérités certaines et importantes — l'étude de la méthode ne satisfait guère qu'un intérêt de curiosité. Car, si les procédés qtii ont servi à l'élaboration di! ces vérités ne sont pas énuuK'rés dans un ordre systématitjue, du moins ils sont connus et leur valeur s'est révélée par l'épreuve décisive de la praii(jue.

Le moment où les recherches sur les méthodes paraissent présenter le plus d'utilité est celui oii les sciences sont en formation ; où les essais sont nombreux, les tentatives variées, les procédés laissés à hi lilire initiative des chercheurs. Il se ]>ro(luit alors un tel enchevêtrement de routes (\\\*^ les csprils lisqnciit

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(le s'égarer, si les logiciens ne prennent pas le soin particulier de dégager la marche suivie par les savants, toutes les fois qu'ils sont arrivés à leur but.

Les sciences sociales paraissent précisément parvenues à ce stade favorable aux recherches sur la méthode. L'ignorance en matière sociale n'est pas assez complète pour décourager une tentative de ce genre et, d'un autre côté, la connaissance n'est pas assez avancée pour la rendre superflue.

Avant d'aborder le problème spécial des méthodes propres à l'étude des faits sociaux, rappelons brièvement les préceptes communs à toute méthode.

La vraie méthode ne dirige pas seulement l'esprit mais elle intéresse aussi le cœur et la volonté. La première attitude à garder à l'égard d'une science cultivée depuis longtemps et sans succès, c'est une modestie sincère et profonde. Si tant de politiques, de législateurs et de savants se sont en vain appliqués à la connaissance de la vie sociale, il ne faut pas avoir la présomption de croire que les difficultés s'évanouiront aux premières recherches et que la science surgira tout armée — comme Minerve — de quelque cerveau Olympien. Les lenteurs des sciences aujourd'hui constituées doivent servir à rabattre les prétentions excessives. Partout les progrès ont été achetés par de longs efforts ; par quelle chance miraculeuse la plus complexe (le toutes les sciences ferait-elle exception?

La |;atienc(3 est ici d'autant plus à l'ccommander qu'elle court le ris(|ue d'être moins pratiquée. Le mal se présente dans bs sociétés sous des formes si multiples et avec une succession si rapide qu'il réclame des remèdes immédiats. De là une hâte empirique qui s'oppose à des vues nettes et à une marche sûre.

INTROIH'CTION

L'esprit, guidé par de fausses lueurs, court çà el lu au hasard des circonstances, semblable au voyageur de Descartes qui, égaré dans la forêt, tournoie en tous sens sans prendre le temps de choisir une direction et de s"y tenir. La direction sera fournie par une idée originale. Or, l'idée neuve est comme la perle, elle s'élabore lentement et en silence au fond des esprits. Comment Newton a-t-il découvert le principe de la gravitation universelle? En y pensant toujours.

Puisque l'idée neuve est le germe de vie de la science, il ne faut pas espérer la trouver toute formée dans les ouvrages des devanciers. Car si elle se trou vn il quelque part, comment n'aurait-elle point manifesté sa puissance par une véritable rénovation de la science ? Bacon s'insurgeait contre l'autorité qui dominait dans les Ecoles du Moyen-Age et Descartes voulait ignorer tous ses devanciers. Sans pousser aussi loin cette haine du passé, le chercheur de nouveau ne se confinera pas dans l'étude purement « livresque ». Il s'appliquera moins aux théories ambitieuses qu'aux remarques de détail, et s'efforcera de contrôler les assertions de ses devanciers par une observation directe des faits. Le livre ne doit servir qu'à attirer l'atten lion sur certains points, à provoquer la recherche, à stimuler la découverte. Les livres sont des choses mortes, et l'esprit ne peut s'en nourrir qu'à la condition de les transformer en sa substance par la mystérieuse chimie de la pensée.

Ces préliminaires seraient incomplets si on ne rappelait les règles cartésiennes applicables à toutes les sciences, mais plus essentielles encore aux sciences sociales.

1" Décomposer les difficultés.

2° Commencer par les objets les plus aisés àcoiuKiili-e.

3o Se repaître de vérités.

11 est inutile de prouver la valeur de ces préceptes dont l'excellence estreconnue de tous. Mais ils ressemblent trop souvent aux armes de prix qu'on suspend aux panoplies pour Tadmiration des badauds et dont on ne se sert point. Il faut s'en servir.

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