‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 110 sur 180 · FETE ANTIQUE DE CEDES · texte numérisé non relu

FETE ANTIQUE DE CEDES

Tibulle invite Gérés et Bacchus à ceindre leurs fronts d'épis dorés et de grappes roupies. Il veut que les champs reposent avec le laboureur.

Bacche, veni, dulcisque tuis è cornibus uva Pendeat, et spicis tempora cinge, Ceres.

Luee sacrâ requiescat humus, requiescat arator , etc.

Et pourquoi commande-t-il ce repos sacré ? Parce que tel est l’usage antique.

Ritus ut à pii sco traditus exslat ævo.

• Remarquez bien que les chantres aimables de l’amour, comme les plus sages législateurs, attestent aussi les pratiques du vieux temps.

Au reste, Tibulle est un casuiste très -sévère : il veut qu'on vienne avec un cœur chaste aux fêtes publiques ; il repousse d’un ton indigné tous ceux qui , la veille , n’ ont pas oublié V énus :

Vos quoque abesse procul jubeo , discedite ab aris,

Queis tulit hesternâ gaudia nocte Venus.

Il nous apprend ailleurs que, dans ces grandes solennités , Délie se condamnait à la retraite. Il la peint consultant tous les jours les prêtres d’Isis, les devins juifs, les, augures latins; il parle autant de la piété crédule que de l’amour de sa maîtresse, et c’est pour cela qu’il la chérissait peut-être. Dans tous les temps et dans tous les pays, le culte de l’amour est un peu superstitieux; quand il cesse de l’être, tous ses enchantements sont finis.

« Dieux de nos pères, s’écrie le poète, nous purifions nos champs » et nos pasteurs. Écartez tous les maux de nos foyers. »

Dî patrii, purgamus agros, purgamus agrestos :

Vos mata de nostris pellite limitibus.

Mais, pour mériter la faveur des dieux des champs, il a soin

reconnaître et île chanter les bienfaits dont ils ont déjà comblé les hommes :

« Ces dieux instruisirent nos ancêtres à calmer leur faim par des » aliments plus doux que le gland des forêts , à couvrir -une cabane » de chaume et de feuillage, à soumettre au joug les taureaux, et à » suspendre le chariot sur la roue. Alors les fruits sauvages furent dé- » daignés, on greffa le pommier, les jardins s’abreuvèrent d’une eau » fertile , » etc.

His vita magistris oesuevit quernâ pellere glande f'amem.

Illi etiam tauros primi docnisse feruntur

Servitium, et plaustro supposasse rotam.

Tune victus abieie feri , tune insita poinus.

Tune bibit irriguas fertilis hortus aquas.

Cette harmonie est pleine de grâce. Les vers de Tibulle retentissent doucement à l’oreille, comme les vents frais et les douces pluies de la saison qu’il décrit. Mais tant de gravité religieuse ne dure pas longtemps : le poète élégiaque reprend bientôt son caractère, il place le berceau de l’amour dans les champs, au milieu des troupeaux et des % cavales indomptées. De là., il lui fait blesser l’adolescent et le vieillard ; et, cédant de plus en plus au délire qui l’emporte, il peint la jeune fille qui trompe ses surveillants , et qui , ci une main' incertaine et cl’ un pied suspendu par la crainte , cherche la route qui doit la conduire au lit de son amant :

Hoc duce custodes furtim transgressa jacentes Ad juvenem tenebris sola puella venit ,

Et pedibus prætentat iter suspensa timoré,

Explorât cæcas cui manus ante vias.

Ce petit tableau est achevé, mais le culte de la chaste Cérès est déjà bien loin. Quand Tibulle écrivait ces vers,. Délie sortait vraisemblablement de sa retraite pieuse et revenait auprès de lui. Le poète au moins se hâte de faire descendre la troupe des Songes, et le Sommeil avec ses ailes rembrunies :

Postque venit tacitus fuscis circumdatns alis Somnus , et incerto Somma nigra peile.

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