L’ÉLÈVE D’ÉPICURE A TABLE
Air : Eh! gai , gai , gai , mon ojjicier.
Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Que la vie Est jolie ;
Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Qu’on nargue le souci.
Une onde fugitive ,
Voilà notre destin;
CHANSONS
Mais le ciel sur la rive Fait croître le raisin.
Chantons, buvons, etc., etc.
Laissons un dieu volage Amuser des enfants ;
On n’aime qu’au jeune âge ,
On boit dans tous les temps.
Chantons, buvons, etc., etc.
Combien d’heures chagrines Suivent les doux ébats :
La rose a des épines ,
Le pampre n’en a pas.
Chantons , buvons , etc. , etc.
Belles qu’amour condamne A de tendres langueurs ,
Imitez Ariane ;
Bacchus sécha ses pleurs.
Chantons, buvons, etc., etc.
Garde, fils de Latone ,
Tes neuf sœurs , ton ruisseau ;
J’ai pour muse Érigone ,
Pour Parnasse un caveau.
Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Que la vie Est jolie ;
Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Qu’on nargue le souci.
Ph. de la Madeleine.
C H AjN SOjN A BOIRE.
Aussitôt que la lumière A redoré nos coteaux ,
Je commence ma carrière Par visiter mes tonneaux.
CHANSONS
Ravi de revoir l’Aurore,
Le verre en main je lui dis :
Yois-tu sur la rive maure Plus qu’à mon nez de rubis ?
Le plus grand roi de la terre , Quand je suis dans un repas , S’il me déclarait la guerre Ne m’épouvanterait pas :
A table rien ne m’étonne ;
Et je pense quand je bois,
Si là-haut Jupiter tonne,
Que c’est qu’il a peur de moi.
Si quelque jour , étant ivre , La mort arrêtait mes pas ,
Je ne voudrais pas revivre Pour changer ce doux repas :
Je m’en irais dans l’Averne Faire enivrer Alecton Et bâtir une taverne Dans le manoir de Pluton.
Par ce nectar délectable Les démons étant vaincus ,
Je ferais chanter au diable Les louanges de Bacchus.
J’apaiserais de Tantale La grande altération ,
Et , passant l’onde infernale , Je ferais boire Ixion...
Au bout de ma quarantaine Cent ivrognes m’ont promis De venir la tasse pleine Au gîte où l’on m’aura mis :
Pour me faire une hécatombe Qui signale mon destin ,
Ils arroseront ma tombe De plus de cent brocs de vin.
De marbre ni de porphyre Qu’on ne fasse mon tombeau ,
CHANSONS
Pour cercueil je ne désire Que le contour d’un tonneau Et veux qu’on peigne ma trogne Avec ces vers alentour :
Ci-gît le plus grand ivrogne Qui jamais ait vu le jour.
Maître Adam, menuisier de Nevers.