‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 128 sur 180 · L’ÉLÈVE D’ÉPICURE A TABLE · texte numérisé non relu

L’ÉLÈVE D’ÉPICURE A TABLE

Air : Eh! gai , gai , gai , mon ojjicier.

Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Que la vie Est jolie ;

Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Qu’on nargue le souci.

Une onde fugitive ,

Voilà notre destin;

CHANSONS

Mais le ciel sur la rive Fait croître le raisin.

Chantons, buvons, etc., etc.

Laissons un dieu volage Amuser des enfants ;

On n’aime qu’au jeune âge ,

On boit dans tous les temps.

Chantons, buvons, etc., etc.

Combien d’heures chagrines Suivent les doux ébats :

La rose a des épines ,

Le pampre n’en a pas.

Chantons , buvons , etc. , etc.

Belles qu’amour condamne A de tendres langueurs ,

Imitez Ariane ;

Bacchus sécha ses pleurs.

Chantons, buvons, etc., etc.

Garde, fils de Latone ,

Tes neuf sœurs , ton ruisseau ;

J’ai pour muse Érigone ,

Pour Parnasse un caveau.

Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Que la vie Est jolie ;

Chantons, buvons, ce n’est qu’ici Qu’on nargue le souci.

Ph. de la Madeleine.

C H AjN SOjN A BOIRE.

Aussitôt que la lumière A redoré nos coteaux ,

Je commence ma carrière Par visiter mes tonneaux.

CHANSONS

Ravi de revoir l’Aurore,

Le verre en main je lui dis :

Yois-tu sur la rive maure Plus qu’à mon nez de rubis ?

Le plus grand roi de la terre , Quand je suis dans un repas , S’il me déclarait la guerre Ne m’épouvanterait pas :

A table rien ne m’étonne ;

Et je pense quand je bois,

Si là-haut Jupiter tonne,

Que c’est qu’il a peur de moi.

Si quelque jour , étant ivre , La mort arrêtait mes pas ,

Je ne voudrais pas revivre Pour changer ce doux repas :

Je m’en irais dans l’Averne Faire enivrer Alecton Et bâtir une taverne Dans le manoir de Pluton.

Par ce nectar délectable Les démons étant vaincus ,

Je ferais chanter au diable Les louanges de Bacchus.

J’apaiserais de Tantale La grande altération ,

Et , passant l’onde infernale , Je ferais boire Ixion...

Au bout de ma quarantaine Cent ivrognes m’ont promis De venir la tasse pleine Au gîte où l’on m’aura mis :

Pour me faire une hécatombe Qui signale mon destin ,

Ils arroseront ma tombe De plus de cent brocs de vin.

De marbre ni de porphyre Qu’on ne fasse mon tombeau ,

CHANSONS

Pour cercueil je ne désire Que le contour d’un tonneau Et veux qu’on peigne ma trogne Avec ces vers alentour :

Ci-gît le plus grand ivrogne Qui jamais ait vu le jour.

Maître Adam, menuisier de Nevers.

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