‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 71 sur 180 · CHANSON A MANGER · texte numérisé non relu

CHANSON A MANGER

On boit quand on est malade ,

On mange en bonne santé.

Quand mon délire uï’ entraîne ,

Je me peins la volupté Assise , la bouche pleine ,

Sur les débris d’un pâté.

A quatre heures, lorsque j’entre Chez le traiteur du quartier,

Je veux que toujours mon ventre Se présente le premier.

Un jour les mets qu’on m’apporte Sauront si bien l’arrondir,

Qu’à moins d’élargir la porte Je ne pourrai plus sortir.

Un cuisinier, quand je dîne ,

Me semble un être divin ,

Qui du fond de sa cuisine Gouverne le genre humain.

Qu’ici-bas on le contemple Comme un ministre du ciel ,

Car sa cuisine est un temple Dont les fourneaux sont l’autel.

Mais, sans plus de commentaires,

- Amis , ne savons-nous pas Que les noces de nos pères Finirent par un repas ;

Ou’on vit une nuit profonde Bientôt les envelopper,

Et que nous vînmes au monde A la suite d’un souper !

Je veux que la mort me frappe Au milieu d’un grand repas ;

Ou’on m’enterre sous la nappe Entre quatre larges plats ,

Et que sur ma tombe ou mette Cette courte inscription :

Ci-gît le premier poète Mort d’une indigestion.

Désaugiers.

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