‹ Les classiques de la table, à l'usage des praticiens et des gens du monde ... [etc.]Chapitre 73 sur 180 · L'ART DE D1NEK EN VILLE · texte numérisé non relu

L'ART DE D1NEK EN VILLE

» Sans crainte, à ses côtés, je vais, je vais m’asseoir » Et , dévorant ces mets dont l’odeur m’importune ,

» J’aiderai ce traitant à manger sa fortune. »

Il dit , et, revêtu d’un habit tout poudreux,

Que les vers acharnés se disputent entre eux ,

Aussi prompt que l’éclair, il traverse la rue ;

La porte de Mondor déjà s’offre à sa vue.

Cependant l’appétit lui servant d’Apollon ,

Il a , chemin faisant , de son amphitryon ,

Dans un sonnet pompeux improvisé l’éloge.

Il frappe... Le portier, qui ronfle dans sa loge,

Se réveille en sursaut et tire le cordon.

Le poète s’élance... — Arrêtez! votre nom?

— Olympis ;... un avis d’une importance extrême Exige qu’à Mondor je parle à l’instant même.

Il y va de ses jours. — Montez ; c’est au premier ; L’on vous introduira. Le vigilant portier A ces mots se rendort; mais sa femme indiscrète Par un coup de sifflet annonce le poète.

Malheureux Olympis ! lu pâlis de frayeur.

Ce fatal instrument a déchiré ton cœur;

O triste souvenir ! Tu crois que le parterre ,

Qui toujours à tes vœux s’est montré si contraire,

Au son de ses sifflets te poursuit en ces lieux !

Mais un nuage obscur déjà couvre ses yeux ! il chancelle; bientôt ses membres s’engourdissent, Sa force l’abandonne et ses genoux fléchissent ;

Au pied de l’escalier, sans chaleur et sans voix ,

Il tombe... Il tombe, hélas! pour la dernière fois.

Plaignons son sort ; mais vous que le ciel secourable Veut bien initier aux douceurs de la table,

Prolongez par vos soins un plaisir incertain ;

Je vous le dis encor; songez au lendemain.

De tous les animaux que l’appétit irrite ,

Les auteurs, on le sait, digèrent le plus vite.

Quoi ! dans leur estomac le ciel a-t-il donc mis Cette active chaleur qui manque à leurs écrits?

Ou d’un pylore étroit l’indulgente nature A-t-elle pour eux seuls élargi l’ouverture?

Je l’ignore. Buffon , qui n’était pas un sot,

Dans ses savants écrits n’en a pas dit un mot.

Qui pourrait à nos yeux dévoiler ce mystère ?

CHAiYl 111.

Lacépède lui seul... mais il a mieux à faire. Gardons-nous de traiter un si grave sujet , Nous connaissons le mal ; prévenons-en l’effet.

CHANT TROISIÈME

Ingénieux enfants des bords de la Garonne,

Venez, que sur vos fronts je tresse une couronne. Votre gloire, il est vrai, remplissant l’univers, N’attend pas, pour briller, le secours de mes vers. Dès long- temps vous savez , sur la scène comique , Faire rire aux éclats le plus mélancolique.

Vos mensonges fameux , vos combats, vos bons mots, Et surtout vos bons tours , impôt mis sur les sots , Remplissent vingt recueils, œuvres récréatives,

De la gaîté gasconne immortelles archives.

En quoi pourraient mes vers accroître un tel renom? Chers amis, je le sais; mais de votre beau nom Puis-je ne pas orner les pages d’un poème Où , pour nos écrivains , moderne Triptolème , J’enseigne le grand art de dîner chez autrui?

Jamais Gascon ne prit un verre d’eau chez lui. Parasites que Rome et la Grèce ont vus naître. Tombez à ses genoux , connaissez votre maître ;

Et toi, poète à jeun, dont le ventre affamé Attend pour bien dîner ce poème imprimé ,

Pour te mettre bientôt au nombre des adeptes,

Son exemple vaudra mieux que tous mes préceptes.

A de nobles festins veux-tu te maintenir ,

Le premier des talents est celui de mentir.

D’un rustre , d’un faquin encense les sottises ;

Comme des traits d’esprit vante ses balourdises ;

A ses fades bons mots, à ses grossiers lazzis.

Accorde, pour lui plaire, un aimable souris.

Dès qu’il ouvre la bouche, applaudis-le d’avance ,

Et, s’il ne parle pas, admire son silence.

De ce manège adroit le succès est certain ;

Mondor, se rengorgeant, t’invite pour demain.

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