‹ Les classiques de la tableChapitre 29 sur 282 · MEDITATION I. DES SENS · texte numérisé non relu

MEDITATION I. DES SENS

confusément, flairé sans choix, mangé sans savourer, et joui avec brutalité.

Mais toutes ces sensations ayant pour centre commun l’âme, attribut spécial de l’espèce humaine et cause toujours active de perfectibilité, elles y ont été réfléchies, comparées, jugées; et bientôt tous les sens ont été amenés au secours les uns des autres , pour l’utilité et le bien-être du moi sensitif \ ou , ce qui est la même chose , de 1 ’individu.

Ainsi , le toucher a rectifié les erreurs de la vue ; le son, au moyen de la parole articulée , est devenu l’interprète de tous les sentiments ; le goût s’est aidé de la vue et de l’odorat ; l’ouïe a comparé les sons , apprécié les distances ; et le génésique a envahi les organes de tous les autres sens.

Le torrent des siècles, en roulant sur l’espèce humaine, a sans cesse amené de nouveaux perfectionnements , dont la cause , toujours active, quoique presque inaperçue, se trouve dans les réclamations de nos sens, qui, toujours et tour à tour, demandent à être agréablement occupés.

Ainsi, la vue a donné naissance à la peinture, à la sculpture et aux spectacles de toute espèce i ;

Le son , à la mélodie , à l’harmonie , à la danse et à la musique , avec toutes ses branches et ses moyens d’exécution ;

L’odorat, à la recherche, à la culture et à l’emploi des parfums ;

Le goût, à la production , au choix et à la préparation de tout ce qui peut servir d’aliment ;

Le toucher, à tous les arts , à toutes les adresses , à toutes les industries;

Le génésique , à tout ce qui peut préparer ou embellir la réunion des sexes, et, depuis François Ier, à l’amour romanesque, à la coquetterie et à la mode ; à la coquetterie surtout, qui est née en France, qui n’a de nom qu’en français, et dont l’élite des nations vient chaque jour prendre des leçons dans la capitale de l’univers.

Nous avons dit plus haut que le génésique avait envahi les organes de tous les autres sens ; il n’a pas influé avec moins de puissance sur toutes les sciences ; et, en y regardant d’un peu plus près, on verra que

1 Cette opinion du professeur sur l’importance de la vue a besoin d’être expliquée et même rectifiée : un homme n’est pas peintre, sculpteur, etc., parce qu’il est doué de la vision ; mais bien parce que , ce sens étant donné , il a des facultés intérieures, des facultés cérébrales qui le portent à imiter, à représenter, à colorier, etc., les objets qu’il a vus. La même rectification doit être faite pour ce que dit le professeur à l’occasion de chacun des autres sens. Les sens sont aux facultés primitives, cérébrales, ce qu’est l’instrument à celui qui le met en action. {Note de l'Éditeur.)

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