‹ Les classiques de la tableChapitre 63 sur 282 · LE TURBOT · texte numérisé non relu

LE TURBOT

Que ne ressentit-il pas au troisième changement , quand il vil arriver par douzaines des bécassines , blanches de graisse , dormant sur des rôties officielles; un faisan, oiseau très-rare alors et arrivé des bords de la Seine; un thon frais, et tout ce que la cuisine du temps et le petit four présentaient de plus élégant en entremets !

Il délibéra , et fut sur le point de rester, de continuer, et de mourir bravement sur le champ de bataille : ce fut le premier cri de l'honneur bien ou mal entendu. Mais bientôt l’égoïsme vint à son secours, et l’amena à des idées plus modérées.

il réfléchit qu’en pareil caS la prudence n’est pas lâcheté , qu’une mort par indigestion prête toujours au ridicule , et que l’avenir lui gardait sans doute bien des compensations pour ce désappointement; il prit donc son parti , et jetant sa serviette : « Monsieur, dit-il au fi- » nancier, on n’expose pas ainsi ses amis ; il y a perfidie de votre part, » et je ne vous verrai de ma vie. » Il dit et disparut.

Son départ ne fit pas une très-grande sensation; il annonçait le succès d’une conspiration qui avait pour but de le mettre en face d’un bon repas dont il ne pourrait pas profiter, et tout le monde était dans le secret.

Cependant le chevalier bouda plus long-temps qu’on n’aurait cru ; il fallut quelques prévenances pour l’apaiser ; enfin il revint avec les becligues, et il n’y pensait plus à l’apparition des truffes.

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