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CHAPITRE VII

Puisque c'est à l'influence de la fécondation artificielle que les Clématites doivent les perfectionnements dont elles ont été l'objet, on comprendra facilement que nous ne passions pas sous silence cette opération en quelque sorte initiale. Si importants que soient les résultats déjà acquis dans ce beau genre de plantes, nous sommes persuadés qu'il laisse encore un vaste champ ouvert à la sagacité et à la patience des hybrideurs et des semeurs; la preuve en est du reste fournie par les gains remarquables que l’on voit encore sortir fréquemment des établissements où l’on se livre à la culture des Clématites.

La pratique des fécondations artificielles est si générale aujourd'hui et si facile chez les Clématites en particulier, que nous pourrions peut-être nous dispenser d'entrer ici dans des détails que tous les praticiens connaissent et dont le fond reste le même pour tous les genres de plantes.

Cependant, cet ouvrage s'adressant surtout aux amateurs souvent peu au courant des multiples détails de la fécondation artificielle, nous avons cru devoir entrer dans ces détails, leur connaissance et: leur application bien entendue pouvant conduire au succès dans l'obtention de nouvelles variétés. La

pratique des hybridations, en somme un peu la même pour tous les végétaux, est d’ailleurs un des côtés les plus attrayants du jardinage.

Le but logique de toute hybridation artificielle est d'obtenir une plante nouvelle. Théoriquement, cette plante devra être plus belle que ses deux parents, en empruntant à chacun d'eux ses meilleurs éléments. Mais, dans la pratique, ce résultat est rarement atteint d'une manière immédiate, le nouvel hybride pouvant aussi bien partager les défauts des plantes qui ont servi à l'obtenir qu'hériter de leurs avantages. Dans la grande majorité des cas, une certaine somme des uns et des autres est amalgamée. Parfois des caractères nouveaux apparaissent, et souvent même l'hybride est rétrograde, c'est-à-dire qu'il retourne à ses ancêtres et ne vaut plus alors, au point de vue de l'esthétique florale, les plantes qui lui ont donné naissance.

Nous pouvons encore faire remarquer qu'ici, comme dans beaucoup de genres horticoles importants, où jies variétés sont cultivées presque à l'exclusion de leurs types primitifs, le produit d'un croisement entre deux variétés d'une même espèce n’est plus un hybride dans le sens propre du mot, mais simplement un métis. Les métissages ont bien plus de chances de succès que les hybridalions, par suite de la similitude organique des éléments employés à leur exécution. L'un et l'autre se pratiquent exactement de la même manière.

Les deux plantes à croiser étant choisies, il faut, par une culture appropriée, les amener à fleurir simultanément ou à peu près. L'une des deux est choisie pour recevoir le pollen, l'autre pour le fournir, La première doit être celle qui d'habitude

graine le plus facilement. Cependant, pour augmenter les chances de succès, il y a intérêt à choisir inversement les plantes en opérant sur d’autres fleurs ou sur d’autres exemplaires, de manière à pouvoir comparer les résultats de deux hybridations croisées différemment.

L'opération nécessite quelques instruments 1° des ciseaux à lames longues et effilées; 2° une pinee de laboratoire dite « brucelle »; 3° des pinceaux de blaireau fins et soyeux; 4° des enveloppes de gaze. De plus, elle doit être précédée de quelques précautions indispensables.

Comme il importe absolument que le pistil de la fleur choisie comme mère ne soit pas pollinisé par ses propres étamines, il est indispensable de supprimer celles-ci avec les doigts, les ciseaux ou la pince, avant leur déhiscence, c'est-à-dire dès l’ins-

tant où la fleur s'épanouit juste assez pour que cette

ablation soit praticable. On peut quelquefois supprimer, sans inconvénient, tout ou partie des enveloppes florales et, dans les Clématites, ces enveloppes ne sont autre chose qu'un calice coloré. Toutefois, comme une suppression par trop radicale des pièces de la corolle pourrait exposer le gynécée aux intempéries, on peut se borner à la fendre latéralement ou seulement à la replier suffisamment en dehors. C'est là d’ailleurs une simple question de jugement et d'adresse de la part de la personne qui opère l'hybridation.

Bien que nous recommandions de supprimer les étamines dès la première période de l’épanouissement des fleurs, il est toujours bon de s'assurer à la loupe que les anthères ne présentent aucune déhiscence prématurée. S'ilen était autrement, l’opéra-

tue Foi

lion serait à recommencer avec une autre fleur. Pour la même raison, il n'est pas superflu de s'assurer, toujours avec une bonne loupe, que les stigmates surmontant le pislil n'ont reçu, avant l'opération, aucun grain de pollen étranger, soit que ce pollen provienne d'anthères voisines, soit que, par inadvertance, les instruments employés en soient imprégnés. Cette préparation de la fleur porte-graine peut se faire pendant toute la durée du jour, après évaporation de la rosée. Il faut ensuite protéger cette fleur contre l’arrivée d’un pollen étranger, apporté par les vents, les insectes, etc., où qui pourrait tomber des fleurs voisines. Pour cela, on se sert d'enveloppes de gaze, avec lesquelles on entoure la fleur de manière à l’isoler complètement, tout en la laissant libre de s'épanouir à son aise et en lui évitant toute meurtrissure.

C'est ordinairement un jour ou deux après ces préparatifs que le gynécée de la fleur choisie est apte à la fécondation artificielle, ce qui se reconnait à l'exsudation visqueuse que sécrètent les stigmates. La chaleur favorise la réussite de l'opération, le froid et lhumidité la paralysent. C’est donc de préférence dans la matinée, lorsque le soleil a séché la rosée et fait gonfler les étamines, qu'il faut en recueillir le pollen. On peut aussi le faire dans l'après-midi, mais il ne reste plus assez de temps pour que les grains de pollen aient le temps de produire leur effet avant la nuit.

On simplifie souvent l'hybridation en se bornant à employer une fleur entière de la plante porte-pollen. On peut aussi détacher les étamines une à une. Enfin c'est une méthode pratique que derecueillir le pollen avec un pinceau. Dans les premiers cas, on

promène directement les anthères sur les stigmates de la plante porte-graine ; dans le dernier, on dépose simplement sur ses stigmates le pollen recueilli. L'essentiel est de mettre, par n'importe lequel de ces procédés, le pollen suffisamment mûr en contact avec les stigmates, au moment propice. D'ailleurs, pour mieux assurer le succès de l'opération, il est bon de la renouveler sur les mêmes fleurs, à une journée d'intervalle. Il faut naturellement se servir du même pinceau avec lequel on a opéré la veille. Nous ajouterons que l'expérience nécessaire pour bien discerner l’état de maturation du pollen d'une part et des stigmates d'autre part, ne s’acquiert souvent qu'à la longue.

Le pollen est parfois doué d’une plus ou moins grande faculté de conservation. On peut le recueillir aisément au moment de la déhiscence des anthères, le faire ressuyer un peu à l'air, puis le renfermer dans de petits tubes de verre, voire même dans des petitssachets de papierconfectionnés à cet effet. Grâce à cette faculté de conservation, il devient possible de le transporter à de grandes distances, ou simplement d'attendre que les stigmates de la fleur porte-graine soient aptes à le recevoir, Par contre, l'aptitude des stigmates à recevoir utilement le pollen ne saurait se prolonger plus d’un jour ou deux.

La fécondation terminée, il faut marquer la fleur opérée d'une étiquette indiquant les noms et rôle des parents et la date d'opération, puis la surveiller et la mettre le plus possible à l’abri des chances de destruction. Nous ne sommes pas certains qu'une fleur ayant reçu un pollen étranger ne puisse être ensuite entièrement réfractaire à l’action d'un pollen plus favorable qui viendrait à se répandre acei-

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dentellement sur son style peu de temps après; aussi, estimons-nous, dans cette incertitude, quil est plus prudent de tenir la fleur encore coiffée de son sachet de gaze pendant les quelques jours qui suivent. Plus tard, l'enveloppe isolante protège encore le fruit, mais il gène parfois son développement, et, dans ce cas, il faut l'enlever complètement,

Nous avons dit que les pluies les temps sombres et humides étaient les plus grands ennemis des fécondations. Aussi et surtout pour les plantes à floraison printanière, époque pendant laquelle règne souvent du mauvais temps, est-il préférable d'opérer sur des plantes mises en pots et rentrées en serre à cette intention, avant le départ de leur végétation, afin que celle-ci ne subisse aucune perturbation pendant la floraison et surtout durant la fécondation.

Le succès de l'opération commence à se dessiner lorsque le fruit persiste et commence à grossir; mais la réussite n'est pas toujours certaine, même lors de la maturité des graines. Il arrive quelquefois que la graine, tout en paraissant extérieurement bien constituée, ne contient aucun embryon.

Chez les Clématites, la maturité des fruits n'arrive qu'au bout de cinq à six mois et, comme ceuxci persistent généralement sur la plante, pendant fort longtemps même, il ne faut les récolter que lorsqu'on est cerlain qu'ils sont parfaitement mûrs.

Le semis doit être fait de la façon indiquée au, chapitre Semis et aussitôt après la récolte. En laissant les graines se sécher ou en ne les semant qu'après l'hiver, la germination devient plus lente, irrégulière, douteuse et moins bonne. Semées dès la récolte, les graines germent presque toutes au printemps suivant, tandis que semées au printemps,

la germination n’a lieu que l’année suivante et en moins forte proportion. Il y a cependant quelques exceptions à cette règle, notamment pour le C. orientalis, dont les graines semées de suite après la maturité germent très rapidement. Dès que les plantes ont quelques feuilles et ultérieurement, du reste, on les traite comme les plants provenant de graines fécondées naturellement. Il faut simplement avoir soin, lors du premier repiquage, de planter tous les plants, car ce sont souvent les plus chétifs et les moins vigoureux qui produisent par la suite les plus belles variétés et parfois des nouvelles.

Comme la plupart des végétaux, les Clématites sont sujettes à des maladies causées, les unes par les ravages des insectes, les autres par des cryptogames microscopiques. Nous classerons donc ces maladies en deux groupes distincts qui, d’ailleurs, au point de vue pratique, correspondent à des traitements de nature différente.

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