CHAPITRE HE
Les Glycines sont au nombre de nos plus beaux arbustes grimpants, joignant à une vigueur exceptionnelle une floraison remarquablement belle. L'une d'elles, la Glycine de la Chine, est aujourd'hui excessivement populaire et cultivée presque partout. La Glycine de la Chine est sans contredit une de nos plus belles lianes d'ornement. Sa vigueur est extrême et la surface que peuvent couvrir ses rameaux, qui s'allongent sans cesse, est presque incroyable. On en voit assez fréquemment enlacer d'un seul pied une maison tout entière, en formant des guirlandes fleuries autour des fenêtres, des balcons et jusque sur les toitures. Sa rusticité est parfaite sous notre climat et presque tous les sols et les expositionsluiconviennent. Son feuillage vert reste indemne du ravage des insectes et des champignons, et ses longues grappes de grandes et belles fleurs printanières, dont la floraison se prolonge souvent une par- Lie de l'été, sont d’une beauté incomparable. De plus, sa longévité est très grande, car on voit assez souvent des Glycines dont le tronc atteint plus de 25 centimètres de diamètre. Sa popularité se justifie donc parfaitement ; et quand on désire une plante susceptible de couvrir une très grande surface, c'est sou-
re +.
…) si AT RE
ge 1 pif {ET e,
vent elle qui est choisie et jamais on n'a à le
Ph
regretter,
La Glycine de la Chine laisse ses congénères loin derrière elle. Cependant on cultive plusieurs autres espèces qui, tout en n'ayant pas ses qualités, n’en sont pas moins recommandables par la longueur ou la beauté de leurs grappes de fleurs.
Description botanique du genre. — Les Glycines constituent le genre Wistaria, dédié par Nuttal à Caspar Wistar, de l’université de Pensylvanie, 1761- 4848 ; il appartient à la famille des Légumineuses. On en connait cinq espèces, toutes introduites dans les cultures, dont quatre sont originaires de la Chine et du Japon, tandis que la cinquième habite l'Amérique du Nord. Ce sont des arbustes à rameaux longuement sarmenteux, très grimpants, mais à peine volubiles, garnis de feuilles alternes, caduques, composées de plusieurs paires de folioles opposées, avec une impaire terminale, toutes pétiolulées, entières, glabres ou finement soyeuses quand elles sont jeunes et souvent accompagnées de stipelles. Les fleurs sont papilionacées, souvent bleues, parfois blanches ou lilas, grandes, pédicellées et éparses sur un long rachis formant une grappe pendante et terminant les jeunes pousses ; le calice est court, renflé avec les deux dents supérieures soudées tandis que les trois inférieures sont libres et
triangulaires ; l'étendard estample, redressé, arrondi,
avec deux callosités parallèles à la base; les ailes
sontoblongues, arquées, un peu plus longues que la
carène; celle-ci est rétuse, sans mucron et à deux onglets libres; l’androcée a dix étaminesdiadelphes. Le fruit est une longue gousse courtement:pédi-
cellée, coriace, uniloculairé, bosselée ne contenant qu'un petit nombre de graines.
W. chinensis, DC. Glycine dela Chine, G.commune. — Arbuste très grimpant, dontles longs rameaux sarmenteux peuvent atteindre 20 mètres et plus, garnis de feuilles alternes, caduques, à cinq-six paires de folioles, plus une impaire, toutes ovales-lancéolées, aiguës, pétiolulées, entières, glabres à l’état adulte, mais couvertes quand elles sont jeunes d’une fine pubescence apprimée bientôt caduque, et accompagnées de stipelles filiformes à stipules nulles. Fleurs grandes, d’un beau bleu violacé, odorantes, nombreuses, formant de longues grappes pendantes; corolle à étendard très ample, arrondi, dressé,munmi à la base de deux callosités et à ailes ne présentant qu'une petite oreillette. Le fruit devient une gousse allongée, velue-soyeuse. La floraison normale à lieu en mai-juin et souvent les plantes vigoureuses fleurissent une seconde fois en juillet-août, moins abondamment qu'au printemps.
Cette espèce habite la Chine et le Japon, d'oùelle a été introduite en France par Boursault, en 1825. Les qualités que nous avons énumérées précédemment l'ont fait répandre très rapidement et on la voit partout aujourd'hui. Malgré sa vigueur, sa rusticité et surtout l'abondance de sa floraison, elle fructifie rarement sous notre climat etses graines sont rares. Ce n'est point à regretter, car elle se propage facilement par le marcottage ou le bouturage et les sujets ainsi obtenus fleurissent bien plus tôt et plus abondamment que ceux provenant de semis. Sa vigueur extrême oblige à la tailler, et c’est généralement sous forme de cordons, courant au-dessus des grilles,
le long des corniches, autour des fenêtres et des bal-
cons des habitations qu'elle est dirigée. La taille se borne à supprimer les rameaux latéraux un peu au-dessus de leur base et c'est sur les coursonnes
Fig. 28. — WVisraRiA CHINENSIS (Glycine de la Chine).
que se développent les jeunes rameaux qui se cou-
ronnent bientôt d'une grande inflorescence pendante. La Glycine de Chine a donné naissance aux variélés suivantes :
Alba, Hort., à fleurs blanches, très odorantes, mais un peu plus petites el en grappes plus grèles que celles du type; les feuilles sont également plus fines.
Flore-pleno, à fleurs plus ou moins parfaitement doubles et d’un violet plus foncé.
Variegata, à feuilles élégamment panachées de blanc, mais la plante est peu vigoureuse.
Macrobotrys, à fleurs blanc teinté de lilas, réunies en très longues grappes.
W. multijuga, Van Houtte. Glycine à longues grappes. — Quoique considérée comme variété de la précédente par les botanistes, cette plante en est suffisamment distincte au pointde vue horticole. Son port et sa végétation sont ceux du W. chinensis, mais ses feuilles ont des folioles plus nombreuses, moins larges et ses inflorescences sont bien difiérentes, car elles atteignent de 80 centimètres à 1 mêtre et plus de long, mais elles sont beaucoup plus grêles. Les fleurs sont aussi plus petites, à carène mauve violacé, avec un peu de jaune, tandis que les ailes et la carène sont violet lilacé; elles n’ont presque pas d’odeur. Les fruits ne nouent que vers l'extrémité des grappes; ils atteignent 15 centimètres de long et sont renflés au sommet, où se trouve la graine unique. La floraison a lieu à la fin de mai. Cette plante n'a été introduite du Japon qu'en 1874.
W. m. alba, à fleurs blanc pur ou du moins ne présentant qu’une petite tache lilas sur l'onglet. Cette variéié est très odorante et mériterait d’être plus répandue.
W. frutescens, Poir. Syn. W.speciosa, Nutt. Glycine d'Amérique. — Arbrisseau courtement sarmenteux, n'atteignant guère que à mêtres, à rameaux soyeuxpubescents quand ils sont jeunes, portant des feuil-
les à neuf-treize folioles ovales-lancéolées ou oblongues, également soyeuses-pubescentes quand elles sont jeunes et dépourvues de stipelles. Les fleurs sont d'un bleu purpurin, odorantes et disposées en grappes compactes, courtes, dressées, insérées sur de courts rameaux et accompagnées de bractées caduques. Habite l'Amérique du Nord, d'où on l’a introduite en 1724. C’est donc la plus anciennement connue. On en possède plusieurs variétés; ce sont :
Magnifica, à fleurs très nombreuses, bleu violacé clair, avec une macule jaune sur l’étendard.
Alba, à fleurs blanches.
Purpurea, à fleurs violet purpurin.
Backhousiana, à fleurs violettes, en grappes longues et compactes.
Nous citerons simplement pour mémoire les Waslaria brachybotrys, Sieb. et Zuce et W. zaponica, Sieb. et Zucc. (dont on fait maintenant un #Wullettia japomicu, À. Gray). Bien qu'introduites depuis longtemps dans les cultures, ces deux plantes se sont très peu répandues.
Culture. — Les Glycines sont très rustiques et nullement délicates; elles supportent sans souffrir nos hivers les plus rigoureux, s'accommodent de presque tous les sols et toutes les expositions leur conviennent. Le nord peut leur être contraire, mais si le pied est planté dans de bonnes conditions et que les branches puissent s'étendre au soleil, elles y fleurissent très bien.
Les sols légers, profonds et frais leur sont plus particulièrement favorables; elles vivent dans les terres
fortes, mais végètent ou poussent plus ou moins vigoureusement. Lorsqu'elles se trouveront dans cette dernière condition, on devra mélanger de la terre de bruyère au sol naturel. Si l'emplacement le permet, il est préférable de planter la Glycine à une certaine distance de l'endroit qu’elle est appelée à garnir et de coucher sa tige dans une tranchée. Dans ces conditions, la plante émet des racines sur la partie enterrée de sa tige, ce qui contribue beaucoup à favoriser son développement.
La taille est nécessaire aux Glycines pour leur donner la direction voulue et les débarrasser de leurs ramifications superflues. On devra conserver du vieux bois, car c’est sur lui que se développent les ramilles florales; le mieux est de ménager sur les branches charpentières des sortes de coursonnes dont on supprime chaque année les rameaux d’un an, un peu au-dessus de leur empâtement.
Multiplication. — Elle peut s'effectuer à l’aide de la plupart des procédés connus ; mais, comme nous l’avons dit plus haut, en parlant des Brignoma, les plantes provenant de semis sont beaucoup plus longtemps à se mettre à fleur et la floraison est moins abondante. Aussi n'est-il guère utilisé que dans la production des sujets pour la greffe.
La greffe est employée pour multiplier les variétés peu répandues. Elle se fait sur de jeunes sujets ayant été mis en pots. On pratique la greffe en fente sur le collet, en mars-avril. M. Charles Baltet, dans son Art de greffer, indique également la greffe en fente ou en incrustation sur fragment de racines. Les plants sont ensuite rentrés en serre à multiplication ou sous châssis et, la reprise étant facile, les
sujets sont bons à mettre à l’air libre six semaines après.
Un des procédés le plus employé pour la multiplication des Glycines est le marcottage. 1 se fait au printemps, avec les pousses de l’année précédente ou en juillet avec celles de l’année. Pour obtenir de suite des sujets forts, les couchages devront être faits en pots. S'ils sont assez enracinés, ils pourront être sevrés au printemps et ensuite livrés à la pleine terre. Si, au contraire, on veut les multiplier en grande quantité, les branches seront couchées plusieurs fois, c'est-à-dire de manière qu'il y ait un œil en terre et un hors terre. Il est toujours bon de pratiquer une incision au-dessous de l'œil qui est enterré, afin de faciliter l'émission des racines. Au printemps suivant, les plants seront sevrés el repiqués ou mis en pots.
Quoique assez difficiles à la reprise, les Glycines se multiplient également par le bouturage. Cette opération peut être faite en juillet, avec des pousses semi-aoûtées et en serre, ou au printemps, avec des pousses de l’année précédente, seclionnées par longueurs de 20 à 25 centimètres. Ces boutures seront mises en rayons et espacées de 5 à 6 centimètres les unes des autres, de manière qu'il n’y ait hors terre que quelques centimètres. Au bout de deux ans, les plantes seront bonnes à mettre en place ou à rempoter.
Il faut toujours avoir soin de tuteurer les plantes.
Forçage. — Les Glycines ne sont pas seulement des plantes grimpantes d'un haut mérite ornemental; elles constituent aussi une excellente ressource pour la culture forcée.
Il y à quinze ans environ, un habile praticien, M. Isidore Leroy, eut l'idée de soumettre la Glycine de la Chine au forçage et, après plusieurs essais d'observation, il vit ses efforts couronnés d’un plein succès.
En janvier-février, nous avons pu admirer dans les cultures qu'il dirige, au domaine d’Armainvilliers, des Glycines de 0"80 à 130 de hauteur, portant une quantité de jolies grappes dont l'emploi, pour la garniture des serres ou des grands appartements, forme un effet aussi gracieux qu'élégant.
Aussi, bien que cet ouvrage ne traite que des plantes grimpantes, ne pouvons-nous passer sous silence la culture avancée des Glycines.
Préparation des plantes. — Ce sont les Glycines provenant de boutures ou de greffe qui se portent le plus facilement à fleur. Les boutures se font comme nous l'avons indiqué précédemment. Les plantes rempotées soit en terre de bruyère, soit dans un mélange de terre de bruyère et de terre franche, sont ensuite placées en planches, les pots enterrés jusqu'au bord. Lorsque les tiges volubiles se développent, elles sont pincées à 10 centimètres environ de longueur; on répète l'opération au fur et à mesure du développement. Avoir soin de tourner de temps en temps les pots pour que les racines ne prennent pas en dessous, ce qui empêcherait les plantes de se mettre à fleur.
L'année suivante, les Glycines seront rempotées suivant leurs besoins, en continuant le traitement indiqué ci-dessus. La troisième année, beaucoup auront déjà des boutons et seront bonnes à être forcées.
FORÇAGE 151
Entre novembre et mars, selon l'époque à laquelle on désire les obtenir fleuries, les plantes seront ren- | __ trées dans une serre dont la température sera main-
tenue entre 10 et 12°, afin qu'elles entrent en végé-
tation lentement. On les tiendra dans cette serre
quinze jours à trois semaines, en ayant soin de les
| bassiner deux fois par jour. Ensuite, les plantes seront passées dans une serre plus chaude ou bien on élèvera la température de celle où elles se trouvent à 15-18°. On cessera les bassinages et les raméeaux volubiles qui se développeront seront pincés à 10 centimètres. Dans ces conditions, six semaines à deux mois suffisent pour obtenir la floraison. C'est donc sur cette durée du forçage qu'il convient de baser la mise en végétation.
Lorsque les plantes seront défleuries, il faudra les laisser se reposer, c'est-à-dire les arroser très peu pendant une période de deux mois; puis les rempoter, suivant qu'elles le nécessilent pour recommencer plus tard la même opération. Il est prudent de ne soumettre les plantes au forçage que tous les deux ans.