‹ Les Clercs a Dijon; note pour servir a l'histoire de la BazocheChapitre 1 sur 2 · A DIJON · texte numérisé non relu

A DIJON

De tous les livres parus récemment, un des plus curieux, sans contredit, est celui qu'a [)ublié sous le titre modeste d'Etudes historiques sur les Clercs de la Bazoche M. A. Fabre, pr(^sidenl de la Chambre des avoués de Vienne, adjoint au maire de cette ville et membre de la Société d'histoire de France. OEu~ vre consciencieuse, substantielle, et qui sera lue par bien d'autres que ses confrères, auxquels l'auteur l'a offerte comme un hommage professionnel, comme un souvenir de la grande famille, où il a su prendre un rang honorable , ce travail a de suite attiré l'attent on et justement excité l'intérêt de tous ceux qui s'occupent d'histoire politique ou littéraire. Il nous a inspiré, pour notre [ art, l'idée de quelques recher chcs sur nos Clercs de Dijon, et c'est le fruit de ces recherches que nous donnons aujourd'hui, avec le regret qu'elles n'aient pu aboutira un succès plus complet. Si nos Clercs, en effet , ont eu, eux aussi.

lour temps et leur importanco, il est trop tard (ir-jà pour en essayer l'histoire; les matériaux nécessaires manquent presque absolument, qu'ils soient égarés, épars, ou b en plutôt qu'ils n'existent plus; et. notre essai ne peut s'appuyer que sur quelques souvenirs qui ne méritaient guère peut-être de sortir do l'oubli où nous les aurions laissés si, par les détails que nous emprunterons en grande partie à M. Fabre pour leur servir d'introduction, nous n'avions espéré leur donnerquelque couleur et quelque intérêt , et si, d'un autre côté, nous no devions conclure, contrairement à ce qui a été admis jusqu'à présent, à l'existence d'une Bazoche à Dijon et à celle d'un roi de cette Bazoche.

§ I. — Ce qu'étaient les Clercs. — Leurs rlinéreiites sociétés, Clercs du Palais, Clercs du Chàtelet, Clercs de la Chambre des comptes ou Royaume de la Bazoche, Bazoche régnante en tiltre et triomphe d'honneur, Empire de Galilée. — Origuie du mot Bazoche et des Clercs du Palais, des Clercs du Chàtelet et du titre que prenait leur société, de la dénomination Empire de Galilée et des Clercs de la Chambre des comptes. — Organisation des dillérentes sociétés de Clercs. — Leurs privilèges. — Rapports des Procureurs et des Clercs entre eux et responsabilité des premiers.

Le titre de Clerc, synonyme de homme instruit, savant, réservé d'abord aux personnes consacrées au service divin , à quelque degré hiérarchique qu'elles appartinssent, s'étendit ensuite aux laïques

devenus capables de rem[,lir les fonctions qu'auparavant ^es ecclésiastioues seuls , par suite de l'ignorance générale, pouvaient occuper, et fut ainsi peu à peu donné à un grand nombre de personnes, membres do différentes corporations, chargées de difïér >nts offices. Nous n'avons pis à rappeler ici tous ceux auxquels fut successivement attribuée cette dénomination , ne devant nous occuper, surtout dans cette première partie, que des trois principales corporations, de celles dont M Fabre a fait l'histoire.

Les Clercs étaient autrefois, comoie ils le sont aujourd'hui, des auxiliaires pour les gens d'affaires eldejustice.il y avait les Clercs du Palais, c'étaient les Clercs de procureurs et d'avocats au Parlement; les Clercs du Châtelet, c'étaient ceux des notaires, des commissaires et procureurs au Châtelet et des greffiers ; enfin , les Clercs de la Chambre des comptes, appelés tantôt Clercs d'embas, tnntôt petits Clercs, tantôt Clercs d'aval. Tous attachés de près ou de loin à l'administration judiciaire, Us n'en formaient pas moins trois sociétés bien séparées et dont la distinction dut nécessairement amener des luttes et des rivalités. Ainsi, les Clercs du Palais, dont l'institution était la plus non.breuso et la plus importante, prirent le nom social de Royaume de la Bazoche; ceux du Châtelet donnèrent à leur société la dénomination presque Mentique, et je dirais jalouse, de Bazoche régnante en filtre et triomphe d'hoi^neur; les Clercs de la Chambre des comptes formèrent l'Empire do Galilée. Inutile de dire pourquoi ces titres de royaume et d'empire. Le titre de roi était alors celui de tous les chefs de corporation?, de communautés.

« 1.0. chfif siiprèrîTc do rassocialiondesCloi cs s'appolait le Rci de la Bazoche, de même qu'on appelait le Roi des merciers celui qui avail autorité sur les merciers. Roi des ribauds celui qui avait la connaissance sur les ribauds et mauvais garçons, Roi des arbalétriers, barbiers, arpenteurs, armuriers, archeis, etc., Rcx arbalestrariorum, Roxarmorwn, Re.r nrcnriorum, etc. w

Seulement il faut remarquer que la société des '^"ilorcs do la Chambre d( s comptes, on prenant le titre d'Emp're, laissa encore singulièrement percer sa jalousie à l'égard des Clercs du Palais, et qu'en donnant à son chef le nom d'Empereur, elle fit bien paraître qu'elle le considérait autant, sinon plus, que le Roi de la Bazoche, et comme une puissance souveraine, ne relevant d'aucune autre juridiction. Mais d'où faut-il faire dériver le mot Bazoche, adopld également par la Société des Clercs du Palais et des Clercs du Châtelel? A cet égard, il faut dire que, si jusqu'ici ce mot a éveillé la curiosité de bien des étymologistes , il n'a pas été encore parfaitement expliqué, et l'on ne sait trop vraiment quel sens originaire il faut lui attribuer. Cependant, pour notre part, nous n'hésitons pas à adopter celui qui est indiqué et appuyé de b'^nnes raisons par M. Fabre, et, malgré les décisions contraires de Gastier, Gébelin, Mirauimoat et autres, nialgré ro|)inion de l'Académie française, qui est l'opinion do Ménage trop légèrement admise peut-être, nous croyons fermement que le mot Bazoche, qui doit alors s'écrire avec un z comme autrefois ( voy. Dicl. de Trévoux), avant que l'Académie n'eût préféré un s, vient tout simplement des deux mots grecs, jSi^w, je parle, et oTxoj, maison, et signifie maison du parement. Nous insistons sur ce point parce que cette

étymologie si naturelle a été contestée, il y a peu de temps encore, par un critique compétent, il est vrai, mais qui ne donnait d'ailleurs aucune raison pour en préférer une autre.

Il faut fixer l'origine des Clercs du Palais non pas aux dix premières années du XIV* siècle, comme l'a fait M. Fabre, mais à l'an 1305 (1302, vieux style ) ; on lit à cet égard, dans le Recueil des statuts de la Bazoche, la date approximative et les causes de leur création :

« Mais comme les procureurs estoient en trop petit nombre pour pouvoir subvenir à tant d'affaires , ils auroient demandé des aydes à nosseigneurs du Parlement, el sur ce fut délibéré de leur en donner, et de fait il fut arresté, environ Tan 1303, qu'ils prendroient des jeunes hommes de bonne famille pour servir à instruire les procez, pour les rendre capables d'estre procureurs, auxquels on donna le nom de Clercs. »

C'est là que s'est trompé M. Fabre : il ajoute, en effet, après avoir rappelé cette phrase de l'historien anonyme de la Bazoche :

« L'historien donne avec mie certaine réserve la date de 1303, et il a raison. L'édit de Philippe-le-Bel, qui rendit sédentaire le Parlement de Paris', est du lundi

après la mi-carème, 23 mars 1302 Evidemment, la

Bazoche ne peut pas prétendre à une origine plus ancienne que 1305 Nous ne chicanerons pas l'historien

anonyme sur la date qu'il assigne à celte origine, el nous dirons : c'est environ dans les dix premières années du XIV siècleque la Bazoche des Palais fut établie. »

C'est pour lui-même que M. Fabre a bien fait de ne pas vouloir chicaner sur la date; il est facile de prouver que l'historien n'avaitpas agi avec réserve.

mais avec cxactitudo en l,i îî^antà 1303, rattachant, comme il le faisait, l'origine de la Bazocbe à r<'«dit du 23 mars 1302, par lequel Philippe-le-Bel rendit le Parlement sédentaire. M. Fabre n'a pas remarqua que l'historien écrivait postérieurement à l'édit do Charles IX, de janvier 1565, qui fixa au 1*' janvier et non plus à Pâques le commencement do l'année :

« Art. 39. Voulons et ordonnons (ju'on tous actes, registres, instruments, contrats, ordonnances , édicts, lettres tant patentes que missives et tonte escripture piivée, l'année commence doresen^vant el soit comptée du premier jour de ce mois de janvier... »

Il s'ensuit que l'historien était dans le vrai en donnant la date de 1303, puisque cette année, Pâques se trouvant être le 7 avril, l'édit du 23 mars 1302 était conséquemment, dans le nouveau style, du 23 mars 1303. Il ne faisait que répéter ce qu'avait dit Pierre Miraulmont :

« Cette justice bazochienne est establie du temps mesme que le Parlement fut arresté et faicl sédentaire à Paris. »

L'accroissement du nombre des otTaires, oui surchargeait de travail les procureurs et les avocats, fut donc la principale cause de la création des Clercs, ot celte création eut lieu sous Philippe-le-Bel, alors que le Parlement de Paris, jusque-là ambulatoire, devint sédentaire. On conçoit effectivement l'augmentation que dut prendre alors le nombre des procès, par suite d'abord de cette permanence du Parlement qui allait attirer forcément à Paris les plaideurs jugés autrefois en province, puis du fractionnement de la propriété qui s'opérait depuis

rafTranchis?emenl des communes, de la décadence des juridictions ecclésiastiques et féodales, enfin de la suppression des ordalies, des combats judiciaires et de différentes épreuves. Toutes ces causes signalées par M. Fabre devaient être autant de sources de travaux pour le Parlf>merit et pour tous ceux que lui rattachaient leurs fonctions. On peut, au surplus, se faire une idée du progrès qui s'opéra, parce seul fait :

« Les Clercs, les suppôts et artisans de la Bazoche formaient une société qui s'est élevée jusqu'à dix mille hommes (1) . »

Et par ce passage des Mémoires de Mathieu Mole relatif à la mésintelligence qui existait en 1649 entre le Roi et le Parlement :

« Et ensuite le Premier Président a dit à la Cour . « Que, le jour d'hier, il vint en sa maison une quantité « de Clercs du palais, jusques à douze cents, qui s'offri- « rent au service de la Cour, tous prêts à prendre les « armes et demandant un chef. » Et a été la Cour avertie que les dits Clercs étoient en la grande salle, demandoient à parler à la Cour, et a été fait entrer environ une douzaine, qui ont fait leurs offres. Le Premier Président leur a dit qu'ils allassent à l'hôtel de ville, et que l'on leur donneroit un chef (2). »

L'origine des Clercs du Ghâtelet et des Clercs de la Chambre des comptes fut évidemment la même que celle des Clercs du Palais; créée par suite de l'exigence d'un service trop chargé , leur société

(1) Fabre, p. 57.

(2) Mémoires de Mathieu Mole, publiés pour la Société de l'histoire de France, par A. CharapoUion-Figeac ; 1856, t. III, p. 326.

devint une école, une pi^pinière de jeunes gens qui se préparaient, comme de nos jours, à succc'der à leurs patrons dont, pendant leur stage, ils étaient comme les auxiliaires reconnus et l-'gaux.

La société des Clercs de la Chambre des comptes avait pris (1), avons-nous dit, le nom d'Empire dv^ Galilée. L'étyraologie de celt ■ qualification est tout aussi contestée, et, disons-le, peut-être pks contestable que celle du mot Bazoche. Vient-elle de ce que h société se réunissait dans une rue appelée rue de Galilée, ou de ce que la salle même de la réunion avait porté ce nom, emprunté au mot (jalUea, qui dans la basse latinité signifiait galerie ? L'abbé Lebeuf était de ce dernier avis, qu'on est tenté d'adopter quand on le voit partagé par du Gange. M. Fabre, quant à lui, a d'autant moics hésité à le faire, que cela vint à ra()puî de sa définition de la Bazoche, qui dès lors n'était au palais que ce que l'Empire de Galilée était à la Chambre des comptes

L'époque de l'établissement des Clercs du Châtelet et de la Chambre dos comptes fut à peu près la même que l'époque de celui des Clercs du palais: disons cependant que les Clercs du Châtelet faisaient remonter à l'année 1278 leur réunion en confrérie.

(1) Nous regrettons de n'avoir pu consulter le recueil de Jean de Saint-Just, d'abord chanoine de Saint-Quentin, ensuite de Beauvais, maître des comptes, enfin évèque de Glialon; nous aurions sans doute trouvé dans ce recueil, que M. Fabre a probablement ignoré, et que Gourtépée, 1. 1, p. 163, indique comme l'un des plus beaux monuments de la Chambre des comptes de Paris, plus d'un renseignement. Citons toutefois celui-ci, rapporté par l'auteur de Y Histoire du duché de Bourgogne : « On y voit, fol. 126, que les gages des petits Clercs étaient, du temps de Philippe-Auguste, de 6 sols parisis par jour et 30 livres par an.»

Quelques mots maintenant sur l'organisation dos trois sociétés de Clercs, leurs privilèges et leurs obligations et devoirs vis-à-vis de leurs patrons. Ces communautés étaient, comme les autres corporations, exclusives, ayant leurs droits et leurs privilèges à part, et ne se distinguaient guère des corps de métiers qu'en ce que ceux-ci dépendaient de la municipalité, qui du reste avait aussi ses Clercs, comme nous leverronsà Dijon, tandis qu'ils ressortissaient de l'administration judiciaire. La Bazoche, par exemple, ne connaissait pas de futurs procureurs en dehors des Clercs; elle conquit par l'usage le droit exclusif de délivrer les certificats de cléricature, et il fallut toute la résistance des patrons, des procureurs, pour conserver la déclaration d'aptitude , Vadmittatur, qui c'était en réalité rien autre chose que la déclaration sur le chef-d'œuvre du compagnon aspirant à la maîtrise. Il faut remarquer cependant qu'un de leurs privilèges, la juridiction exceptionnelle que Philippe-le-Bel leur aurait octroyée, au dire des historiens, pour les encourager, n'était pas celle qu'exerçaient dans les différentes corporations les Rois, maîtres, doyens ou syndics; juridiction purement de police, qu'absorbèrent peu à peu les prévôts de Paris.

« La juridiction bazochiale surgit, au contraire, au moment où celle des corporations de métiers s'affaiblit et disparaît ; elle s'élablit d'une manièrj vigoureuse, et dans son organisation elle emprunte au Parlement' sa discipline, le nom de ses dignitaires, leurs attributions, leur aut3rité et presque leur costume (1). »

(1) Fabre, p. 10.

Passons à cette organisation. L'historien anonyme a laissé les statuts ctordonnancesdu royaume de la Bazoche, tels qu'ils furent n'-furmés en 1586, et c't'st certainement à ce sujet le docunncsnt le plus curieux et le plus vrai ; aussi regrettons-nous que son étendue nous interdise de le reproduire ; mais on le trouvera textuellement rapporté dans les Etudes histoyùjUfs deM. Fabre, auquel nous cous contenterons d'emprunter le résumé qu'il en a fait (1) :

« Les dignitaires duRoyaumeétaient le RoiJe la Bazoche; puis, après la suppression de ce titre (2), le chancelier, qui avait les mêmes pouvoirs que le Roi, ou à peu de chose près ; les maîtres de requêtes, !e référendaire, le grand audiencier, ces deux derniers maîtres des requêtes extraordinaires ; le procureur général et l'avocat du Roi, le procureur de la communauté, quatre trésoriers, le greffier, quatre notaires et secrétaires, le premiei huissier et huit autres huissiers, avec un aumônier. Ces dignitaires, jusqu'au trésorier inclusivement, étaient nommés à l'élection. »

Plusieurs arrêts du Parlement, notamment des 5 janvier, 11 septembre et 28 août 1636, du 12 mars 1637, réglèrent soit le mode d'élection, soit des difficultés survenues dans l'administration (ie la justice bazochiale. II sera t trop long de détailler les fonctions de chacun des officiers de la Bazoche ; pour cela encore nous renvoyons aux Etudes historiques.

(1) P. 23 et suiv.

(2) La dignité de Roi de la Bazoclie, vieille déjà de trois siècles, fut supprimée par Henri III (}ui, voyant le monarque bazocliien se faire suivre par ses i^ardes et agir un peu trop comme lui-même, avait déclaré qu'il ne devait y avoir qu'un roi de France.

Disons seulement que la juridiction bazochiale s'étendait à tous les différends survenus eiitre les Clercs et suppôts de la Bazoche, a comme aussi aux fautts, crimes et délicts par eux faits et commis au fait de leur charge (1) ; «elle prononçait des amendes, et même en matière criminelle l'incarcération; certaines contraventions au règlement de la société se punissaient par la saisie des chapeaux et manteaux. Le Roi de la Bazoche portait la toque, le chancelier la robe et le bonnet carré. Ajoutons qu'une des conditions pour être bazochien était d'être célibataire, et qu'à côté des officiers ci-dessus mention nés, à côté des membres proprement dits de la Bazoche,

« 11 y avait dans le Royaume de= artisans qui lui étaient spécialement atlachés; c'étaient : un barbier ordinaire, un chirurgien, un médecin, un peintre, un rô tisseur, un orfèvre, un pâtissier, un cuisinier, un huissier-buvotier, un papetier, un gantier, et quantité d'autres, qui étaient obligés de mettre pour enseigne à leur maison les armes de la Bazoche. »

Nous n'avons rien dit encore du droit d'entrée que payait, lors de sou admission dans la Bazoche, le bec-jaune (c'était le nom qu'on donnait au postulant, d'où le proverbe : Payer son bec-jaune ou sa bienvenue). M. Fabre a reproduit une quittance que lui a communiquée M. Leroux deLincy, donnée par les « trésoriers recepveurs généraulx du Royaulme de la Bazoche, » on 1628, à un Clerc pour son droit « d'antrée et bienvenue, » dont la somme n'est malheurensoment pas mentionnée, Cette somme, à ce

(Il Miraulmont.

qu'il semble, varia suivant les époques, mais fut toujours perçue. Notons même qu'elle motiva plusieurs fois l'intervention du Parlement lorsque les officiers de la Bazoche , un pe.u trop avides, voulurent en étendre la perception non-seulement à ceux qui aspiraient à entrer dans leur communauté, mais a aux parties qui plaidaient, aux solliciteurs et aux Clercs de conseillers. »

Les dignitaires delà Société du Ghâtolet se composaient d'un prévôt et de quatre trésoriers qui jugeaient les différends des suppôts de cette Bazoche. Quant au droit d'entrée que payaient les Clercs du Châtelet, ils servaient à leur début chez leurs patrons six sous parisis de bienvenue (1); s'ils s'y refusaient, ils étaient taxés à huit, et, en cas de nouveau refus, ils étaient exposés à voir saisir leurs manteaux, chapeaux et autres objets (2).

« Les Clercs des piocureurs de la Chambre des comptes, comme les Clercs de la Bazoche, tenaient des assemblées et conférences pour leur discipline. Ils Ont toujours été maintenus dans l'exercice d'une juridiction en dernier ressort sur les membres et suppôts de la communauté (3). »

« Le dernier monument historique relatif à l'Empire dé Galilée est le lèglement du mois de janvier 1705, donné par M. Mcolas Barthélémy, chevalier, seigneur

{Ij Précisément la même somme que recevaient comme gages par jorn-, au dire de Jean de Saint-Just, les petits Clercs de la Chambre des comptes. Peut-être pourrait-on en conclure, si, comme on peut le penser, les mêmes gages étaient donnés aux Clercs du Châtelet, que le droit de bienvenue était dans chaque société l'abandon d'un jour de salaire.

(2) Fabre, p. 71

;3) Fabre, p. 107.

d'Eves, conseiller du Roi, maître ordinaire et doyen de la Chambre des comptes, qui remplissait les fonctions de protecteur deTEmpire depuis 1699 (1). »

D'après ce règlement, le corps de l'Empire était composé de quinze Clercs, savoir : le chancelier, le procureur général, si-i maîtres de requêtes, deux secrétaires des finances, un trésorier, un coutrôleur, un greffier et deux huissiers.

» Les fonctions de chancelier étaient soumises à l'élection de tous les officiers de l'Empire et de tous les Clercs travaillant chez les procureurs (2). «

Nous renvoyons aux Etudes historiques pour les cérémonies relatives à l'installation du chancelier, dont les fonctions étaient très-onéreuses et auquel sa réception seule revenait d'ordinaire à quatre ou cinq cents livres. Il est curieux de suivre ces cérémonies dans toutes leurs formalités et d'y remarquer surtout la part qu'y prena ent le doyen et le procureur général do la Cour des comptes, dont la présence officielle, eu les rendant plus solennelles, semblait reconnaître à l'Empire cette existence sérieuse que, d'un autre côté, le Parlement, par ses arrêts, paraissait consacrer pour la Ba/.ochc du Palais. Les Clercs de la Chambre des comptes, il faut le dire, tenaient singulièrement à l'exécution de leurrèglement, et des amendes plusou mo'Ls fortes, de cinq, trente, soixante sols, quinze livres, étaient

(1) L'Empire de Galilée eut toujours pour chef protecteur et conservateur-né le doyen des conseillers-maîtres des comptes. Le procureur général de la Chambre des comptes était chargé de l'observation des statuts. (Fabre, |i. 108.)

(2) Fabre, p. 112.

prononcées contre ceux qui les enfreignaient soit eu manquant à leur service, soit en refusant les charges auxquelles ils étaient nomnmés, soit en tenant des propos injurieux contre l'Empire, soil en dévoilant les secrets des délibérations, soit, enfin, en su permettant, ce qui était formellement interdit, d'entrer à la Chambre ou dans la salle des audiences sans le bonnet de Clerc et le manteau perce (1), ou de [)orter l'épée à la Chambre des comptes.

Comme les Clercs du Palais et du Châtelet, les Clercs de l'Empire de Gctlilée payaient, en faisant enregistrer leur entrée au greffe de leur société, un droit de réteption dont étaient seuls dispensés les fils de procureurs.

Arrivons aux privilèges dont jouissaient les Clercs des trois corporations Nous n'avons pas )a prétention de les rappeler tous ; voici du moins les principaux : en premier lieu, il faut mentionner la Juridiction exceptionnel'c dont nous avons parlé : « justice reluisante et aussi bien réglée qui se puisse dire (2), » puis la prérogative d'accorder eux-mômes les certificats de cléricature pour les fonctions de procureurs, exclusivement réservées dès lors aux Clerc»; ie droit de percevoir la bienvenue, des amendes, et quelquefois même certaiaessommes à chaque mariage de personnes notables, comme à Chartres, où la Bazoche avait encore sept places franches à tous les spectacles pour ses officiers; d'établir des juridictions inférieures ressortissant à leur souveraineté ; d'assister aux monstres, musique o:i tête; de

(1) Robe noire qui ne descendait qu'aux g-eiioiix.

(2) Historien anonyme.

porter un costume spécial, quasi-ofRciel ; de représenter, comme nous le dirons plus tard, des pièces de théâtre; de couper deux arbres dans les forets royales pour la plantation du mai, curieuse cérémonie dont les trésoriers et surtout le Parlement faisaient les frais, et dont les différentes phases se succédaient à la forêt, au Palais et au Pré-aux-CIercs, lieu dont le nom ne saurait être laissé en oubli dans cette notice ; enfin, de faire sceller gratis à la chancellerie leurs provisions lorsqu'ils se faisaient recevoir procureurs. Tous ces privilèges étaient à peu près communs aux trois sociétés; d'une part, les Clercs du Palais et ceux du Châtelct, tout on étant distincts et souvent en dissidence, n'en étaient pas moins liés les uns aux autres, comme on le voit notamment à l'occasion des monstres, où le Roi do la Bazoche les convoquait tous en souverain. Quant aux Clercs de la Chambre des comptes :

« Les privilèges accordés par Philippe-le-Bel à l'Empire de Galilée ne le cédaient en rien à ceux de la Bazoche. »

Une seule prérogative ne fut pas commune, et ce serait peut-être la plus extraordina re s'il fallait la prendre au sérieux. Voici comment en parle Miraulmont :

« L'on dict qu'autrefois le rtoy de la Bazoche avoit sa monoie paiiiculière, laquelle s'exposoit entre et parmi ses supposts, et non ailleurs, sinon volontairement et de gré à gré, qui estoit une marque vraymentroyalle et souveraine; it estoit icelle monoie appelée monoie do Bazoche, ainsi que Plante, In pœnulo, fait mention de auru vol argento comico , que les joueurs comédiens de ce temps-là exposoient, ou celuy qu'on leur hailloit pour leurs jeux et comédies. »

Mais qu'était-ce que cette monnaie? Disons-le de suite et sans discuter, tout simplement un jeton représentatif peut-être, jo vais jusque-là, d'une certaine valeur conventionnelle entre les Clercs et les supposts ; l'image, entre eux, de la monnaie, comme leur juridiction était l'image de celle du Parlement, quelque contrefaçon, en ua mot, ou plutôt quelque nouvelle parodie, mais sans valeur en dehors d'eux, comme le prouve le proverbe a monnaye de Bazoclie, » qui signifiait mauvais paiement, fait d'une chose vile au lieu d'argent (1 ), et sans ce caractère essentiel de la véritable monnaie, d'avoir cours forcé dans un pays sans aucune acception des personnes qui la donnent ou la reçoivent. Gela ressemble fort, au surplus, aux jetons qu'eurent bien d'autres corporations et même des commerçants isolés après la disparition de ces dernières.

Faut-il maintenant parler des rapports qui existaient entre les Procureurs et leurs Clercs? La question est curieuse sans douto , mais elle d été traitée par M. Fabre, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à lui. On lira surtout à cet égard avec intérêt le règlement du 2 aoiit 1757, qu'il rapporte aux pages 8J et suivantes , et plusieurs passages de sou chapitre IV, ceux notamment du salaire et de la vie commune. Ajoutons cependant un curieux document que nous trouvons dans les Mémoires de Mathieu Mole (2), pour montrer quelle responsabilité on voulut faire peser sur les Procureurs, à raison des actes de leurs Clercs :

(t; Dictionn. de Trévoux.

(-2) Tome II, p. 377, édit. de la Soc. do lliist. de Fiance, en note.

a Le 7 avril (1637), Mole porta plainte au Parlement contre les assemblées illicites, les violences et voies de fait commises en la salle du Palais par les Clercs des Procureurs, et demanda que les Procureurs fussent obligés de répondre de leurs Clercs et que défense leur fût faite de s'assembler. Ce tumulte avait eu lieu à Toccasion des

créations des charges de tiers (1) , et il avait eu assez

de gravité pour que le Roi écrivît, le 13 avril, de poursuivre activement le procès de ceux qui étaient en état d'arrestation. »

Ne nous étonnons pas, d'ailleurs, de cette mesure proposée par l'illustre magistrat; elle était rigoureuse , maiselle se justifiait suffisamment parles liens qui unissaient les Clercs aux Procureurs , leurs patrons, comme leurs tuteurs, et surtout en cette circonstance, parce que les faits incriminés avaient été inspirés par le mécontentement des Procureurs euxmêmes, que le Premier Président du Parlement fut obligé de défendre do l'imputation qui leur était faite d'avoir au Palais « menacé do jeter les tiers à la rivière. »

§ II. — Intérêt politique de l'existence des Clercs en corporations et leur influence sociale. — Leur influence dramatique et littéraire. — Leur fin.

Sans parler de l'utilité générale que pouvait trouver le Roi dans toutes les corporations, c'est surtout

(1) « La pénurie de l'Etat était toujours l'occasion de création d'offices nouveaux, dout la vente servait à subvenir aux besoins du moment. » C'était ainsi comme ressource qu'avait été ordonnée la création de charges de Procureurs tiers par un édit que le Parlement ne vérifia qu'après de grandes difficultés et parce qu'il y fut contraint par le Roi.

dans les privilèges accordés aux sociétés des Clercs, dans leurs vrais motifs, qu'on découvre les avantages q'j'il était possible d'ini attendre et d'en espérer. Leurs privilèges furent doubles, leur influence devait l'être : privilèges sociaux, privilèges dramati()ues et littéraires , influence politique et sociale, influence dramatique et littéraire. Expliquons-nous : en éta- Missant les Clercs en un corps social , en faisant de ce corps une puissance qu'il favorisait, à laquelle il accordait des droits exceptionnels, le gouvernement se faisait de cette puissance une alliée jeune, brave, intelligente, assez importante en nombre, comme nous l'avons vu et comme nous le verrons encore par la part qu'ils devaient prendre à quelques événements politiques. Ainsi, qu'étaient ces montres des sujets du Roi de la Bazoche qu'on n'a peut-être pas assez distinguées de celles des autres corporations? Etaient-elles simplement des cérémonies créées pour les plaisirs des Clercs et de la population avide d'y assister? Etait-ce seulement des occasions ouvertes dans l'intérêt des Clercs eux-mêmes comme membres du tiers-état, de la trosième classe de la nation, de manifester leur existence parleurs pompes et leurs parades? Non ; il y avait évidemment un intérêt plus élevé , et cet intérêt explique à nos yeux pourquoi les ordonnances de Philippe le-Bel, qui instituaient le Royaume de la Bazoche ;, obligèrent les grands foi.ctionnaires, les officiers de cette société de faire faire chaque année à Paris ces montres, qui n'étaient que des moyens de dénombrement ; pourquoi Ton punissait de grosses amendes les Bazochiens qui manquaient à l'appel, pourquoi le Parlement rendait des arrêts pour contraindre les Clercs à remplir c<'tte obligation, pourquoi enfin, bien plus par

politique que par fantaisie, nos rois, et notamment François !«', voulant s'attacher cette multitude ardente, dévouée à la magistrature, leur plus noble soutien , faisaient vaquer le Parlement pendant le temps des montres et y assistaient eux-mêmes (25 jum 1540), Il suffît, pour le démontrer, de rappeler avec M. Fabre quo le Roi chevaleresque n'était pas toujours aussi bien disposé pour les Clercs; que le 22 décembre 1525, par exemple, il avait trèsnettement refusé à ceux de la Chambre des comptes, non-seulement les fonds qu'ils réclamaient pour le gâteau des Rois, mais l'autorisation même de le faire cette année, défendant en même temps leurs autres joyeizsetés accoutumées. Il est vrai que cette sévérité n'était pas sans motif; nous en trouvons la cause dans le passage suivant, d'autant i lus utile à reproduire que M. Fabre semble ne l'avoir pas connu, du Journal d'un Bourgeois de Paris sous François /"(l):

« Item, au dict an 1525, au dict mois d'octobre, fut faict à Paris une chose de merveilleuse folye. C'est qu'il y eust cinq ou six hommes estans montez sur des asnes, affublez de chapperons de drap verd, qui firent des cris par les carrefours de la ville, et parespëcial en la grand'cour du Palais, devant la pierre de marbre, tenans un roolle ou ilz disoient plusieurs choses joyeuses, faitans manière qu'ilz vouloientjoucrquelqi.e jeux, et loutesfois ilz ne le vouloient faire. Et entre autres paroles disnient: (V Le Roy est mort, les sages le cèlent, mais les folz le

(i) P. 268. — Ce journal, publié pour la Société île l'histoire de France, doit, grâce aux notes et à l'appendice du savant éditeur, M. Ludovic Lalanne, être considéré comme un de nos monuments historiques les plus précieux.

révèlent, » et turent ces choses par manière de mocquelie, parce que le bruit estoit fort grand que le Roy estant prisonnier en Espaigne estoit mort, et qu'on le céloil; mais depuis il fut trouvé le contraire et estoit la vérité que le Roy n'estoit mort. De tout ce, madame la Régente estant h Lyon eut nouvelles qui hiy furent rapportées. Parquoy elle manda à monsieur .Morin, lieutenant du baillif de Paris, qu'il en fist la justice pour les punir, dont ledict .Morin en fist prendre aucuns et emprisonner, mais de ce il n'en fut rien faict. On dit que c'estoient des Clerz de la Bazoche (1) du Palais, mais à la fin rien n'en fut plus; et demeura cela sans en faire autre chose, ne autre poursuite contre ceulx qui ce firent, dont bien leur en print ; car ilz se mirent en grand danger d'cstre appréhendez et puniz, veu la ruine de la prinse du Roy (2). «

Je ne crois donc pas, conome M. Fabro, que les fêtes des Clercs aient été envisagées par l'autorité supériei.irc comme desimpies spectacles à donner au peuple. Il y avait, je le répète, un intérêt plus élevé pour elle, et dont les faits suivants complètent la justification. Sous Henri II, en 1348, les Clercs prennent les armes contre la Guyenne révoltée et se joignent à l'armée du connétable de Montmorency. La môme année, ils jouent un rôle importaiit dans la

(1) Sic. En ce temps-là, en effet, on écrivait bien et toujours ce mot avec un Z, et on a conservé cette ortliograplie primitive durant toute l'existence de la Bazoche. Comment donc opposer à cette preuve historique incontestable d'une étymologie naturelle, un caprice de l'Académie française!

(2) On pourrait m'objecter qu'il s'agit là des Clercs du Palais, cl que ce fut contre ceux de la Chambre des comptes que sévit I-Vançois l". Mais n'était-ce pas à ses yeux la même jeunesse '? Souvent ils eurent à payer les uns pour les autres.

sédition survenue au Pr(^-aux-Glercs, et racontée {)ar l'historien de l'université de Paris , Egasse du Boulay , sous le titre de : Tumultus scholasticus m Prato Clericorum. N'était-il donc pas important de s'assurer leur alliance, ne fût-ce, si l'on veut, que pour donner aux entreprises auxquelles ils prendraient part, ce caractère de chevaleresque et enthousiaste nationalité qui toujours a honoré la Franco entre toutes les nations ? N'étail-il pas aussi important de les contenir? Ausurplus, si j'ai cité ces deux circonstances rapportées par M. Fabre, c'est parce que je ne suis pas d'accord avec lui e;i ce qui les concerne ; je ne les donne à l'appui de mon opi nion que parce que je croisa toutes les deux. Il pense que l'historien anonyme et Gastier les ont confondues, et que probablement les Clercs n'ont paru qu'à une seule; tandis que, pour moi, je ne trouve rien qui puisse conduire à cette présomption. Je remarque seulement que les deux auteurs qui les ont mentionnées ont fait erreur en un point, sur la donation qu'aurait faite Henri II du Pré-aux-Glercs àlaBazoche pour la récompenser de son secours contre la Guyenne ; et, en elïet, l'arrêt du Parlement en date du 10 juillet 1548, rendu à l'occasion de la reddition du Pré-aux-Glercs, avait reconnu l'université et les écoliers, c'est-à-dire les Glercs, propriétaires du grand et du petit Pré-aux-Glercs, et ce n'est qu'en octobre de la même année qu'eut lieu l'expédition de Guyenne (1). Henri II n'aurait donc donné à la

(1) On peut consulter sur le Pré-aux -Clercs, outre le Tumultus précité, le Mémoire touchant la seigneurie tlu Préaux-Clercs, appartenant à l'Université de Paris, pour servir d'instruction à ceux qui doivent entrer dans les charges de l'Université, par

Bazoche qu'une chose lui appartenant dt^jà. Mais il y a ntiieux : en admettant même qu'à cette époque le Pré-aux-Clercs eût appartenu au domaine de la Couronne, soit d'ancienne date , soit par main-mise du Roi, comment ce dernier s'en serai!-il dessaisi ? L'inalit'nabilité des biens de cette nature n'était-elle donc pas déjà proclamée par l'ordonnance du 14 février 1402, et n'était on pas à la veille de celle de février 1566 qui devait faire entrer définitivement cette règle dans le droit public? Le Pré-aux-Clercs était depuis longtemps la propriété des Clercs, et le seul acte du Parlement a été de reconnaître cette propriété ; quant à Henri II, croyons qu'il a utilisé les Clercs contre la Guyenne, mais qu'il n'a nullement récompensé leur zèle par un don qui n'en eût pas été an, et, qu'en tous cas, il ne pouvait faire; et ainsi nous ne serons pas étonné, comme M. Fabre, qu'il n'ait pas trouvé (1) de traces de cotte donation ; en songeant à ce que nous venons de dire, il n'eût pas pris la peine d'en chercher.

L'histoire de ce fameux Pré-aux-Clercs, « l'occa-

Pourcliot, professeur de philosophie au collège des Grassins, et à plusieurs reprises recteur de l'Université de Paris. Ce mémoire, dont les principaux éléments ont été puisés dans celui qu'avait publié neuf ans auparavant Egasse du Boulay sous ce titre : Fondation de l'Université de Paris par l'empereur Charlemayne ; de la propriété et seigneurie du Pré-aux-Clercs; 1675, in-io, est inséré dans le quatrième volume des Variétés historiques et littéraires , publiées par M. Edouard Fournier; Paris, Jannet, 1856, p. 87-217. (Bibliothèque Elzévirienne.)

(1) lien aurait trouvé jiourtant, mais sans être appuyées d'aucune preuve, daus quelques auteurs d'histoire littéraire, trop faciles à accepter sans contrôle les opinions toutes faites, par exemple, dans le Résumé de l'histoire de la littérature française de M. Loève Weimars.

siou, de la part de cette jeunesse brutale et indisciplinée, de mouvements sf^d'tieux, si nombreux qu'il serait impossible de les mentionner, car ils ne cessèrent que sous Lcuis XIV (1), «témoigne encore à chaque page do la nécessité qu'il y avait de maintenir par tous b? moyens possibles, et par conséquent par la flatterie comme par la contrainte, afln de l'empêcher d'f^tre nuisible, toute cetto bouillante association. 0" la contenait par des arrêts, on la contenait par des honneurs. Laissée de côté et négligée, c'eût été comme une société secrète, dangereuse ; reconnue, semi-ofïîcielle, elle pouvait être bruyante, tumultueuse, mais elle n'en était pas moins forcément docile. Ce n'est pas à dire, au surplus, que le gouvernement ait toujours sagement dirigé cette ressource qu'il avait à sa disposition. Bien loin de là : ne fût-ce que par certaines de leurs représentations théâtrales, on peut voir combien on laissa dégénérer en licence une liberté qui ne leur avait d'abord été accordée que comme moyen de les maintenir euxmêmes. L'amour du bon Louis XII pour la vérité, de ce vo qui aimait mieux faire rire par son avarice que faire pleurer par ses dépenses, était sans doute bien louable, mais l'expérience l'a trop prouvé : en France, la plaisanterie porte quelquefois de trop mauvais fruits poui' qu'on en tolère l'abus. On l'avait bien senti avant lui, quand on interdisait ces spectacles ; quand, le i-iaoût 1442 (9 septembre 1442 [2] ), un arrêt du Parlement, prerr.ière manifestation de la censure dramatique, dit M. Fabre, condamnait

(1) Fabre, Etudes historiques, p. 56.

(2) Duluc.

les bazochiens à plusieurs jours do prison, au pain et à l'eau, pour avoir jou^; malgré la défense; et quand, après une jurisprudence fort différente (arrêt du 1^ o:\ai 1473), d'autres décisions prohibaient de jouer toute comédie nou\elle sans permission de la Cour (6 mai 1475), et même (1476) de demander cette permission (1), le tout sous des peines sévères; quand encore, et l'on n'était plus sous le défiant et P"U tolérant Louis XI, quand, en 1486, sous Charles VIII, Baude, Regnaux, Savin, Duhic et Dupuis, choisis parmi les Clercs comme les plus coupables, mais heureusement protégés par l'évêque de Paris, exp aient certaines pièces par trop satiriques dans les prisons du Ghâtelet ou de la Conciergerie. Voici, au surplus, quelques-unes des lignes que M. Philarète Chasie a consacrées au livre de M. Fabre; tout en rapportant chez nous aux gens du Palais le théâtre qu'elles rapportent chez les Espagnols au clergé et chez les Anglais au peuple, elles viennent singulièrement à l'appui de ce que j'avance :

« La France n'était ni toute aristocratique ni toute cléricale. L'autorité des nobles et du clergé y fut balancée de très-bonne heure par celle du corps judiciaire. Depuis Philippe-Ie-Bel , nos rois jugèrent que c'était chosecoramode, utile, politique, d'appelerà leur secours la puissante armée des légistes, suivie des troupes légères des jeunes Clercs, les procureurs, avocats, notaires, avoués et greffiers : la bourgeoisie ne s'en trouvait pas

(1) Et la sanction de cette défense n'était pas cette fois une amende : ce n'était ni plus ni moins qu'un bannissement du royaume et la conliscation de tvus les biens (15 mars 1476); on y ajouta même (19 juillet 1477J le supplice préalable d'être battu de verges par les carrefours de Paris.

mal. Idée ingénieuse que celle d'organiser et de satisfaire à peu de frais une jeunesse remuante et railleuse, maligne et facilement apaisée; instruite de bonne heure du dessous des cartes, accoutumée à rire dans sa manche du fort et du faible des choses humaines, masse dangereuse, incandescente, aimant le tapage, et qui devint un amusement au lieu d'être un embarras (1). »

Ce que nous avons dit des Clercs de la Bazoche s'applique aussi, bien entendu, à ceux du Ghâtelet et de la Chambre des comptes. Parmi les privilèges de l'Empire do Galilée, on trouve que ses officiers avaient droit de prendre tous les ans deux cents livres sur le Domaine : comment croire à pareille récompense, sans croire aussi à une obligation correspondante ?

Passons à l'importaace, à l'influence littéraire et dramatique des Clercs ; ici encore même source principale : leurs privilèges. On sait que ces privilèges furent aussi grands qu'ils étaieDt nécessaires pour faire concurrence aux auteurs et comédiens qu'allaient détrôner les moralités et sotties. On sait avecquel'e adresse ils furent obtenus. Dans leurs premières pièces, les moralités, les nouveaux dramaturges personnifiaient les vertus et les vices, s'attachantà inspirer autant d'amour pour les unes que d'horreur pour les autres, c'était habilement se frayer la voie ; ils réussirent, et un [ areil début leur assura l'appui de '.'autorité, sinon du public; puis, quand ils furent devenus maîtres de la position dans les sotties, les farces, ils s'enhardirent singulièrement pou à peu, et, après s'être contenté de se jouer entre eux, ils

(1) Débats, 28 décembre iS^Q.

finirent par s'attaquer à tout; et c'est là que leurs pièces dégénérèrent en diffamations, en satires dangereuses pour l'Etat, fatales [)our eux, et qu'elles forcèrent à plusieurs ro[)rises le Parlement à intervanir sérieusement, comme dans les circonstances rappelées plus haut, comme en 1356, quand ils poussèrent l'impudeur jusqu'à imaginer de jouer avec des masques représentant au naturel les personnes qu'ils désigùaientouavec des écriteaux qui les indiquaient.

On trouve dans tous les écrivains qui se sont occupés de l'histoire du théâtre en France, celle des pièces bazocliienues et de leur influence dramatique. Nous n'en dirons donc qu'un mot : d'après M. Baron, pour le jugement duquel nous avouons une irrésistible sympathie, les moralités peuvent se diviser en irois classes : celles tiréivs de l'Ancien et du Nouveau-Testament, vrais mystères abrégés, tols que : l'Assomption, par Jean Parmentier, les Trois- Rois, par Jean d'Abundance, laVesditionde Joseph, etc.; les moralités allégoriques, tirées soit des idées religieuses, soit des idées politiques, telles que : le Rond et le Carré, les Vigiles des morts, par Jean Molinet, Mundus caro dœmonia, etc., etc., et les paraboles de l'Enfant prodigue, \^) Mauvais Riche, le Ladre, etc., conipositions bizarres qui « torturent l'esprit sans jamais parler au cœur; » enfln, les moralités qui développent quelque conte populaire ou quelque tradition locale.

La moralité avait heureusement servi les Clercs sollicila:ît leur piivilége dran'.atique; elle avait plu à l'autorité; l'autorité s'en empara à sou tour comme d'un moyen, et ce fut la première conséquence [)olit;que de l'art dramatique mis aux mains de*; iîazochiens :

« Dans certaines occasions, dit .M. Baron (i), l'autorité les mettait à profit comme moyen de gouvernement. Vojliit-elle faire approuver par la multitude une ordonnance qu'elle croyait utile, une moralité lui venait en aide. Les Blasphémateurs du nom de Dieu était une pièce populaire destinée à faire revivre les ordonnances de Philippe-Auguste et de saint Louis contre les jurements. Henri 11 appuyait un règlement de police par une moralité intitulée : La Réformation des tavernes et cabarets. »

Les moralités étaient conservatrices; les farces et sotties, plus gauloises, plus caustiques, formèrent une presse on toute liberté ; la censure qui s'y attacha, les peines qui l'accompagnèrent et au nombre desquelles le Père des lettres crut devoir mettre celle do la hart, montrent à elles seules quelle influence put en résulter. Au point de vue politique, en mettant à nu des vérités qui devaient attirer l'attention du pouvoir, ces pièces furent souvent utiles, souvent aussi scandaleuses; elles réunirent les avantages et les inconvénients de toute presse libre. Au point de vue littéraire, le caractère national, le vrai comique qui los animaient, cet esprit malin bien plutôt que méchant qui les inspirait, en firent des œuvres de tradition. Les moralités, peu françaises, vécurent peu ; les sotties et les farces résistèrent atout; elles purent plier, se cacherquelque temps, mai* pour reparaître toujours, malgré toutes les entraves, et chaque siècle apporte de dignes héritiers ù l'auteur de la Part de Pathtlin, chef-d'œuvre du genre, dans les Rabelais, les Molière, les Beaumarchais, les Voltaire.

Il est inutile d'ajouter que l'Empire de Galilée

^l) Histoire abréyée de la littérature française.

avait, comme le Royaume delà Bazoche, ses fêtes et ses reprt^sentations th(5âtrale?. Ce que nous avons dit s'applique aux trois sociét.5s; l'Empire paraît avoir eu de plus seulement des danses morisqes ( mauresques), qu'ils mollit à ses mascirades et autres triomphes. On le voit dans l'ordonnance de François P'"dat(^e de 1552.

Devons -nous maintenant citer les œuvres des Clercs do la Bazoche ou do l'Empire de Galilée et les noms do leurs auteurs? Nous l'avouons, nous craindrions de nous tromper. La dernière des cr tiques que nous ferons volontiers à M. Fabre est d'avoir admis peut-être trop légèrement comme bazochiennes des productions fort suspectes de ne pas l'être : nous ne voulons pas encourir le même reproche, chose presque inévitable. Comment, en effet, être certain de ne pas confondre avec les Clercs bazochiens ceux des autres corporations ? car, il y eut des Clercs partout, et partout des Clercs poètes (1). Contentons-nous donc de terminer cet aperçu par la date du dernier document imprimé sur la Bazocho dj vivant de cette société. Ce document est VAlinanarh de la Bazoche du Palais pour l'année 1786. La révolution, dans sa tempête, emporta bientôt l'institution comme tant d'autres, et dès 1790 l'oraison funèbre s'en publia sons le titre de la Bazochéïde, poème burlesco-patriotico-héroïque.

(1) On peut en voir une preuve dans le recueil des anciennes poésies françaises publiées par M. A. de Montaiglon, Paris, Jannet, 1S57 (Bibliothèque Elzcvirienne). Le Varlet à louera tout faire et la Chambrière également à louer à tout faire, qui y sont insérés (t. I, p. 73 et t09) , sont dus à un Clerc de la Tannerie. Ghristofle de Bordeaux, parisien.

— sa-

Les Clercs à Dijon. — Cleres de procureurs. — Clercs du greffe. — Clercs des conseillers. — Clercs de la mairie. — Clercs des autres juridictions ressortissant au Parlement et à la Chambre des Comptes. — Praticiens. — Ils composent une société distincte des autres corporations. — Enseigne de cette société. — Evénements auxquels elle prend part. — Elle prenait le titre de Bazoche. — Sceau d'un Roi de In Bazoche de Bourgogne.

Avant la réunion de la Bourgogne à la France (1476-7), les ducs avaient pour chpfde leur justice leur chancelier, qui présidait aux conseils et levait les voix, expédiait les déclarations et les grâces(l) et remplissait, en un mot, toutes les hautes fonctions de grand maître de justice. Il nommait un officier qr.i avait le titre do gouverneur do la Chancellerie ; ce gouverneur avait des lieutenants dans les bailliages de la Bourgogne et dans quelques villes du duché; et, à côté de ces lieutenants dans chaque bailliage, il y avait des Clercs ou secrétaires, un ch£u{ïe-cire et deux sergents. Courtépéc nous a conservé les noms des Clercs de la maison de Gharlesle-Guerrier; c'étaient Liénard Ducrost, Odo Luréaui et Jean Regnault. Louis XI, maître de la Bourgogne par la mort deCharles-le-Témérairo, s'empressa d'y faire acte d'autorité , et dès le mois de mars 1476-7

(I) Courtépée, t. t, p. 200.

( 1 8 mars), par Icltros-patontos données à Arras, il rendit sédenlairo , sur la demande des Etals do la province, lo Parlement que les ducs do la seconde race, souvorainsdcsdeux Bourgognes, avaionlétahli ambulatoire pour tenir ses séances à Beauno pour les affaires du duché, à Saint-Laurent-les-Chalon pour le comté d'Auxonno et les terres d'outre-Saôno, et à Dole pour le comté. C'est doue à la mémo date qu'il faut reporter l'institution en Bourgogne des Clercs attachés au Parlement, etqui, selon nous, formèrent une Bazoche, com.me il arriva à Paris en 1505, à Rouen on 1499, quand dans chacune do ces villes les Par lements devinrent sédentaires. EfTectivemont , au mois do décembre 149i, le 23, nous voyons un document où les Clercs sont enjeu, l'opposition de la mairie au départ du Parlement [»our Beauno ; ce sont les « lettres royaux obtenus à la chancellerie du Parlement par les maire et échevins de Dijon à rencontre de plusieurs officiers qui ont refusé de recevoir l'appel qu'ils faisoient des actes auxquels ils so livroient, savoir : lo lieutenant-général du bailliage, qui se parforçoit do faire publier lo Parlement se tenir à Beaune ; son clerc, qui vouloit plaquer contre la fenêtre do l'écritoiro du greffe un brevet qui annonçoit ce départ; le clerc du greffe du Parlement, qui vouloit enlever les procès et tapisseries du Parlement pour les porter à Beaune ; et le concierge, qui aidoit à co transport, le tout au préjudice des prérogatives, honneurs et droits de la ville (1). » Par ces lettres on ordonne que les parties soront assisrnécs devant la cour du Parlement, et

(1) Arcliivcs municipales de Dijon.

c'est ce qui eut lieu : l'assignation fut donnée par exploit en dato du 14 janvier suivant; le lieutenant général était Etienne Berbisey ; son clerc, Jacques Gasteraul ; et le clerc du greffe du Parlement, Jehan Roblot. Les Clercs dont il est question là étaient, à la vérité, de véritables officiers publics autres que les Clercs libres dont nous parlerons ; mais nous n'avons pas moins cru devoir mentionner cette pièce.

Les autres documents les plus anciens que nous ayons pu trouver sur les Clercs du Parlement sont aussi assez curieux pour que nous les donnions au moins en partie. Nous les avons puisi^s, comme lo précédent, aux archives municipales, sur l'indication que nous en a donnée avec son empressement habituel le zélé et savant conservateur, M. Joseph Garliier. Ce sont cinq mandements quittancés de certaines sommes octroyées par le maire aux Clercs du greffe pour leur charbon do chauffage en 1531, 1532, 1535, 1556 et 1540.

Celui de 1556 surtout offre ceci de particulier, que la requête, l'ordonnance de paiement et la quittance sont en ver^, circonstance qui le rapproche de celui que M. Floquet a publié dans la bibliothèque de l'Ecole des chartes , et dans lequel les supposis do la Bazoche de Normandie, instituée sous Louis XH par une charte en vers français, puis tombée en désuétude, demandent poétiquement à leur tour, lo 21 février 1570, au Parlement de Rouen , qui reçut favorablement leur requête, l'autorisation de son rétablissement (1). Le nôtre est seulement plus com-

(1) Ce curieux article de M. Floquet [Biblioth. de l'Ecoie

plot; la proso en est entièrement bannie. Nous no reproduisons pas la reqnôto donnc-c par M. Floquct, mais voici les huit vers do la charte qu'il a rappel(js, les seuls qu'il ait pu retrouver, cités textuellement dans un arrêt du Parlement de Normandie en data du 17décembre 1711. Ils pourront servir à une comparaison :

De plus faisons commamlcmcnt A tous faisant esbatcnicnts Oue conihien qu'ils se tiennent cliiers, Comme conards (I), coquclucliiers (2) Et autres, qu'ils facent hommage Au (lict Régent (3) en tout passage, Et sans user de voyc de faict, Car ainsi doiht-il estre faict.

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