‹ Les clercs du palaisChapitre 13 sur 40 · SU1V · texte numérisé non relu

SU1V

Tout le monde s'attend à ce que vous jourreç ce joli mois de mai, dit la Bazoche à ses suppôts, grands et petits vous y convient.

Empoignez-moi ces tripiers à beaulx crins Des aujourd'hui contre eulx je me présente.

Cette qualification de tripiers donnée aux clercs du Châtelet, tient à ce que la grande boucherie de Paris était tout à fait proche du Grand-Châtelet ; c'est aussi pour cela que les jeunes clercs du Parlement appelaient infects , punais, puants, leurs rivaux du Châtelet , sans qu'ils fusssent plus parfumés et plus recherchés dans leur toilette les uns que les autres.

Nous trouvons encore cette dénomination de tripiers dans les Complaintes et épitaphes du roi de la Basoche, attribuées à André de la Vigne.

Après les strophes récitées par les Bazoches de Bordeaux, de Toulouse , de Grenoble et de Dijon ; après celle du Cardinal-Le-Moyne (il s'agit ici du collège de ce nom), le Tripier du Chastelet débite la sienne et l'auteur a bien soin de nous dire : La présente Epitaphe faite pour ledit tripier contre le Roy de la Basoche.

De leur côté les clercs du Châtelet ne restaient pas inactifs, ils se préparaient bravement en francs chas* telains.

Or, après ce Lendit (i) Jourrez vos jeux dehet à la friscade(2).

Ils relevaient le gant que mainte fois les clercs du

(i) On appelait ainsi la foire de Saint-Denis , à laquelle le recteur de l'Université se rendait en grande pompe. (2) D'une manière gaie, gaillarde.

Parlement leur avaient jeté, et le Prévôt leur rendait provocation pour provocation, injure pour injure : Leur bourse est malade , ce sont tous des retroux, qui ont eu la cassade, et auxquels on fera un brouet et salade, etc.

Nous le croyons , c'est dans le jeu des farces et sotties qu'il faut chercher la cause de cette animosité ; c'est une rivalité de comédiens , un amour excessif de popularité , c'est , outre la gloriole , un assaut de luxe et de dépenses pour les fêtes publiques données par les sociétés.

Cette rivalité, du reste, n'existait pas toujours, et il est certain que les pièces des Enfants-Sans-Soucis se jouaient aussi bien sur la Table de marbre qu'au Ghâtelet. Les brouilles quoique vives n'étaient pas éternelles ; il y avait de fréquentes réconciliations.

Il est assez difficile de fixer une date précise aux premières représentations théâtrales des bazochiens. C'est sûrement avant l'époque de la formation de la société des Enfants-Sans-Soucis. Ce qui est incontestable, c'est que, vers 1442, ils jouaient exclusivement des moralités qu'il ne faut pas confondre avec les mystères, ni avec les farces qui avaient le privilège d'attirer de nombreux spectateurs, grâce aux sujets burlesques qu'ils traitaient et qui étaient ordinairement, comme le dit Miraulmont, les fautes des supposts et sujets de la Basoche et plusieurs autres plaisantes et secrettes galantises des maisons particulières indifféremment , sans respect ni exception des personnes.

Nons ne citerons qu'à titre de mémoire le mystère joué par les clercs du Châtelet, en 1424, à l'entrée du duc de Bedford; ce fut seulement un spectacle mimé « et fust

fait sans parler ne sans signer, comme se ce feussent images eslevées contre ung mur. »

Il faut même admettre qu'ils jouaient déjà depuis longtemps, car c'est de 1442 que datent les premières défenses du Parlement. Les licences que se permirent les clercs de la Bazoche ne s'introduisirent que peu à peu. On ne peut admettre que, dès leurs débuts, ils se soient exposés aux rigueurs de la justice. On verra par la suite qu'il y a lieu de croire que leurs représentations commencèrent vers le milieu du quatorzième siècle.

L'abbé d'Aubignac , dans son Traité de la pratique du théâtre, exprime cette idée que la comédie a commencé par des histoires saintes jouées dans les temples, mais que l'honnêteté des mœurs fut maltraitée par les Ba- \ochiens qui furent comme les premiers comédiens en ce royaume.

Nous verrons par la suite ce qu'il faut penser de cette allégation. Quant aux farces et aux sotties, elles ne brillèrent jamais par le côté chaste et moral de leur facture ; si au début elles furent honnêtes , ce fut une honnêteté relative.

Plus tard, soit que les mœurs de ces comédiens se fussent relâchées, soit que l'époque de guerres civiles et de dissensions au milieu desquelles ils donnaient leurs représentations , leur eût fait prendre une direction moins réservée, ils jouèrent des pièces tellement immorales, que la lecture en est insoutenable. Leur satire dégénéra en invectives violentes et en insultes si grossières , que plusieurs fois le Parlement fut obligé d'interposer son autorité : Quorum ingeniis, dit Duluc, semper hœc libertas concessa fuit ut in communem hominun vitam salihus

impunè luderent. Sed licentia in rabiem exeunte et vetere comediâ redintegrari incipiente , necessarium fuit amplissimum ordinem parteis suas interponere.

Au nombre de leurs meilleures pièces il faut ranger les moralités. Dans ces drames sans art il y avait un côté moral ; les auteurs personnifiaient les vertus et les vices, dépeignaient ces derniers dans toute leur horreur , et montraient au spectateur l'avantage que tout homme de bien retire en suivant la vertu. Mais il paraît que le genre de ces pièces se rapprochait trop du caractère des mystères , et contrastait trop vivement avec la licence et le relâchement des mœurs de l'époque. Aussi le succès des moralités ne fut pas de longue durée ; les farces les firent tomber dans un complet abandon. Ces pièces singulières n'étaient pas sans mérite ; elles ridiculisaient d'une façon vive et plaisante les vices de l'espèce humaine, tels que l'avarice, la fourberie et la débauche. Puis, abandonnant cet excellent fonds de comédie, les auteurs mirent en scène les tours de jeunesse de quelques clercs du Palais , ou les scandaleuses aventures de certains personnages mal famés. Enfin, ce fut un déchaînement intolérable contre les prêtres et la religion, contre la noblesse et l'autorité royale elle-même.

C'est surtout sous les règnes de Charles VI et de Charles VII que l'abus fut porté à son comble ; pendant les guerres civiles et les guerres étrangères qui désolèrent la France à cette époque, les lois n'étaient plus écoutées, et le Parlement avait autre chose à faire qu'à s'occuper des clercs et de leurs représentations.

Villaret ne fait pas remonter au-delà de Charles VI l'origine des moralités. D'après lui; sous le règne de ce

prince, les bazochiens firent éclore le drame appelé Moralité. Ces compositions, que la froideur de l'allégorie rendait insipides , avaient besoin d'être réchauffées par des scènes plus piquantes; delà serait né un accord entre les Clercs et les Enfants-Sans-Soucis qui jouèrent réciproquement les pièces de leur répertoire. Des jeunes gens qui n'étaient point praticiens de profession se mêlaient, comme auteurs et acteurs , aux clercs du Parlement et du Châtelet. « On trouve même, dit cet écrivain, dans le nombre des associés volontaires, des hommes célèbres, tels que Jean de Serre et le fameux Clément Marot, qui composa pour la Bazoche ainsi que pour les Enfants-Sans- Soucis » (i).

Villaret regarde Clément Marot et de Serre comme des associés volontaires aux représentations de la Bazoche. Nous verrons par la suite que cet historien ne commet pas une erreur, et que ces deux célébrités appartenaient tout à fait à la communauté des clercs. Quant à la date qu'il donne à l'origine des moralités , elle est acceptée en général; toutefois, nous avons de fortes raisons de croire qu'il faut la rechercher plus haut, même avant le roi Jean. Les moralités se lient à la représentation des mystères avec lesquels elles ont beaucoup de rapports ; elles sont comme le trait d'union, la transition, en quelque sorte, entre le drame hiératique et les pièces entièrement profanes. Notre conviction est que les farces commencèrent à être jouées par les bazochiens , plus d'un demi-siècle avant la charte octroyée aux Confrères de la Passion.

(i) Velly et Villaret, Histoire de France.

Nous aborderons plus loin cette importante question.

Au mois d'août ou de septembre 1442, le Parlement condamna à quelques jours de prison , au pain et à l'eau , des clercs qui avaient joué malgré sa défense , et il leur enjoignit de ne faire aucune satire ou comédie à l'avenir, sans son autorisation et sans tenir compte des choses défendues.

Cet arrêt que nous avons trouvé rapporté par plusieurs auteurs et notamment par Duluc , peut être considéré à bon droit comme une des plus anciennes manifestations de la censure dramatique.

L'année suivante et le 17 août 1443, il en rendit un second par lequel il ordonne :

« Que s'ils (les Clercs) veulent faire jeux ou esbatements, en demandent congé à ladite Cour, elle y pourvoira ainsi qu'elle avisera être expédient ou nécessaire (1) ».

Il paraît que déjà, dès le milieu du XVe siècle, le spectacle donné par les Clercs était fort répréhensible au point de vue des mœurs ou de la satire.

A partir de ce moment et pendant la seconde moitié du XVe siècle et tout le XVIe, le Parlement rendit un nombre très-considérable d'arrêts en matière de censure théâtrale , tantôt défendant les représentations, tantôt les autorisant , et allouant des subventions pour en payer les frais , tantôt les refusant ; ordonnant des poursuites , permettant à certains clercs de jouer, défendant à d'autres ; le tout aussi bien à l'encontre des clercs du Parlement que de ceux du Châtelet.

(1) C'est cet arrêt qui a été cité par Adam de Cambray et que nous avons déjà rapporté page i3.

Ainsi , le 12 mai 1473, il aurait prescrit à la Bazoche la continuation de ses jeux et comédies. Cet arrêt que nous n'avons pu vérifier a été peut-être mal interprété. En avril 1474, le Parlement défend aux clercs de conseillers, procureurs et avocats de la Cour, et aux clercs de conseillers, avocats, procureurs et examinateurs du Châtelet, sous peine de prison et de bannissement « qu'ils ne jouent ne fassent farces ne moralité^ publiquement ne aultrement le premier mai sans le congé et licence de la Cour » (1).

Mêmes défenses, en 1475. En 1476, le Parlement va plus loin encore. Non-seulement il leur défend de représenter farces, sotties ou moralités au. Palais ou Châtelet , mais encore de demander la permission de les jouer à peine de bannissement et de confiscation de tous leurs biens (2). L'année suivante, le Parlement, toutes chambres assemblées, défend à Jehan Lesveillé, roi de la Bazoche, à Martin Houssey et Théodart de Coatnanpran et autres ayant personnages, de jouer farces, moralités ou sotties au Palais ni ailleurs sous peine d'être battus de verges par les carrefours de la ville et de bannissement du royaume. Mais il permet aux avocats procureurs et à leurs clercs de s'assembler et délibérer, touchant certains jeux publics que aucuns clercs particuliers s'efforcent jouer , contre les défenses à eux faites par la Cour (3).

L'arrêt du Parlement visait particulièrement Jehan

(1) Arch. nat.j sect. jud., tom. x, i486, fol. 162.

(2) Arch. nat., sect. jud., tom. x, 1427, fol. 5g.

(3) Arch. nat., sect. jud., t. x, 1487, fol. 198, V° arrêt du i5 mai 1476.

Lesveillé, lequel contre le gré des autres clercs persistait à vouloir donner une représentation qui n'était pas du goût de tous ses camarades. Comme il était roi et qu'en cette qualité il avait le droit, dans une certaine mesure, d'imposer sa volonté , le Parlement intervint pour faire prévaloir son autorité contre Jehan Lesveillé. C'est ce qu'explique la dernière disposition de l'arrêt.

Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes sous le règne de Louis XL La main de fer de cet ombrageux monarque explique les sévérités du Parlement; il ne s'agit plus de quelques jours de punition au pain et à l'eau : c'est la prison, le bannissement, la confiscation des biens et la peine du fouet dans les carrefours de la ville. Ces peines s'accentuent et deviennent plus graves d'années en années, à mesure que l'audace et la licence des acteurs grandissent et justifient les mesures énergiques prises contre eux.

Après la mort de Louis XI , les clercs recommencèrent leurs représentations, mais de nouvelles licences ne tardèrent pas à leur attirer de sévères punitions. En i486, ils dirigèrent dans une de leurs pièces quelques traits un peu trop vifs contre le gouvernement de Charles VIII. Le roi fit arrêter cinq des plus coupables qui furent emprisonnés au Châtelet puis à la Conciergerie. Le procès fait à ces bazochiens entre trop dans notre sujet pour que nous hésitions à en parler avec quelques développements. Les archives nationales nous ont conservé , avec les noms de ces clercs, une bonne partie de la procédure criminelle dirigée contre eux.

Parmi les coupables se trouvait le poëte Henri Baude, qui, bien que promu, en 1458, à l'office d'élu des aides

pour le Limousin (i), est cependant qualifié de clerc et une autre fois de bourgeois dans les actes d'instruction du procès suivi devant le Parlement (2).

Or donc, le premier mai i486, les clercs, avec la permission du Parlement, jouèrent une sottie et une moralité , probablement sur la Table de marbre. Ces jeux ne furent pas du goût de certains personnages, car Charles VIII, prenant l'initiative des poursuites, chargea par lettres patentes Jehan de la Porte, lieutenant criminel au Châtelet, d'instruire contre les auteurs et acteurs des moralité et farce.

« Pour ce que nous avons été informé que en notre ville de Paris, le premier jour de ce présent mois, aucuns, sous ombre de jouer ou faire jouer certaines moralités et farces ont publiquement dit ou fait dire plusieurs paroles séditieuses sonnant commotion, principalement touchant à nous et à nostre estât. »

En conséquence de ces lettres patentes, Jean dé la Porte, lieutenant criminel, fit arrêter et enfermer au Châtelet cinq des principaux coupables, et, conformément à l'ordre du roi, se disposait à les faire conduire sous bonne garde au château de Melun, lorsque le Parlement, sur requête à lui présentée par les détenus, fit défenses au lieutenant criminel de les conduire et transférer hors de Paris et ce

(1) Election, circonscription territoriale soumise à un tribunal jugeant les questions financières. Les élus connaissaient en première instance de l'assiette des tailles et des aides, ou impôts prélevés sur les personnes les propriétés et les denrées.

(2) Voir la très-intéressante publication de M. Quicherat sur Henri Baude, avec une notice et des pièces justificatives à l'appui. Elle a pour titre : Les vers de Me Henri Baude, ■poète du XF* siècle. Paris, Aubry, i856.

nonobstant les lettres patentes du roi , autorisant toutefois le lieutenant à instruire la poursuite contre eux.

Les prisonniers, outre le poëte Henri Baude, étaient Genêt Duluc, Christofle Lefèvre, Regnault Sauvin, et Jehan de Pons.

A l'exemple du Parlement, le Prévôt des marchands forma opposition au transfert des prisonniers hors de Paris, en se fondant sur les privilèges accordés aux bourgeois, manants et habitants de la ville par les rois de France.

L'évêque lui-même ayant juridiction sur les écoliers prit les mêmes conclusions et s'opposa à ce que les gens du roi emmenassent à Melun les personnes arrêtées.

L'autorité du roi fléchit devant ces actes énergiques, et le Parlement ayant évoqué l'affaire , nomma , par son arrêt du 17 juin i486, maistres Jehan Avin, Martin Bellesaye, Jean Bochart, conseillers et Robert Thiboust, avocat du roi , pour faire l'instruction de cette affaire et interroger Henri Baude et ses complices (1). L'instruction suivit son cours, les clercs et Henri Baude furent mis en liberté sous caution, puis définitivement élargis.

Henri Baude n'était plus jeune à cette époque, il avait au moins cinquante ans; ancien clerc de procureur, poëte à ses heures, peut-être même un peu bohème, il suivait la même voie que Villon et Gringore , sacrifiant tout à la muse. Comme auteur de la pièce incriminée , il était le plus compromis. C'est lui-même qui nous l'apprend.

D'après l'accusation, il était poursuivi à raison de

(1) Arch. nat., sect. jud. Tomex, 1493 3 fol. 217. Cet arrêt paraît n'avoir pas été connu de M. Quicherat.

■paroles séditieuses sonnant commotion, ce qui, traduit en langage du XIXe siècle, veut dire qu'il s'était rendu coupable du crime d'excitation à la guerre civile , à la haine et au mépris du gouvernement.

Nous n'avons pas la moralité qu'il avait composée, mais dans une lettre au duc de Bourbon , connétable de France, il nous donne l'explication de la poursuite et cite les passages incriminés. Il paraît que dans la pièce il faisait l'éloge du roi qu'il comparait à une source féconde qui devait fertiliser le royaume ; mais il se plaignait de ce que le cours de la justice comme le cours d'un ruisseau était troublé par des bourbiers et des gravois qui l'encombraient , et par des herbes et racines qui obstruaient son lit et donnaient lieu à des pêches trop abondantes.

Et tout ainsi qu'herbes, racines,

Roche, pierre, boue et gravois

La course des fontaines vives

Empeschent bien souvantes fois.

Baude était l'ami du Parlement. L'année précédente, il avait fait jouer une moralité dans laquelle la cour de Charles VIII était fort maltraitée par les gens de justice ; il avait aussi les sympathies du peuple de Paris qui avait applaudi les hardiesses de son langage satirique ; c'est ce qui explique l'évocation faite par la Cour souveraine , la mise en liberté provisoire et en définitive l'abandon de la poursuite. Le Parlement, nous le répétons, avait autorisé la représentation; il y avait assisté, il avait ri, il ne pouvait qu'être indulgent.

Les hauts personnages auxquels Baude faisait allusion et qui s'étaient reconnus comme pêcheurs en eau trouble 9

comme étant les mauvaises herbes et racines, pierres, boue et gravois, avaient fait tous leurs efforts pour obtenir une condamnation et prolonger la détention préventive, mais il ne purent aboutir; le Palais fut le plus fort.

Palais , Palais tu te reposes

Et toujours contre moi proposes

Par grand despit quelque malice (1),

disait la Cour dans la petite pièce jouée, en 1485. C'était peut-être vrai et les gens de robe n'étaient pas fâchés de faire sentir aux courtisans que la justice était quelque chose et qu'il fallait compter avec elle.

Interrompus fréquemment sous Charles VIII, les spectacles recommencèrent de plus belle sous un monarque plus indulgent. Louis XII, appelé le Père du peuple, rétablit les théâtres et rendit aux clercs du Palais toutes les libertés dont ils avaient joui antérieurement; il aurait même souffert des satires dirigées contre lui personnellement. D'après Jean Bouchet, il accorda l'entière liberté des théâtres et permit qu'on signalât dans les pièces les abus qui se commettaient tant à la cour que dans le royaume. « Je veux, répondit-il à un courtisan qui se plaignait des licences des clercs , que les jeunes gens déclarent les abus qu'on fait à ma cour , puisque les confesseurs et autres qui font les sages n'en veulent rien dire; pourvu qu'on ne parle pas de ma femme, car je veux que l'honneur des femmes soit gardé. »

Brantôme rapporte le même fait, et constate qu'un

(1) Pragmatique entre gens de Cour et la salle du Palais , page 67. Ext. des Vers de Henri Baude.

jour on lui rapporta que les clercs du Palais et les écoliers avaient joué des jeux où ils parlaient du roi , de sa cour et de tous les grands; il n'y prit pas garde, mais qu'il ne voulait pas qu'ils parlassent de sa femme en aucune façon , autrement qu'ils les ferait tous pendre (1).

Le langage de Louis XII a besoin d'être expliqué. Il paraît que la reine Anne de Bretagne , sa femme , fut accueillie avec assez de froideur dans l'entrée solennelle qu'elle fit à Paris plusieurs années après son mariage avec Louis XII. Les clercs du Palais osèrent même l'attaquer en face dans une pièce satirique qu'ils jouèrent devant elle sur la Table de marbre. Ils ne craignirent pas de faire des allusions hardies au procès du maréchal de Gié, qui lui avait déplu et avait été emprisonné. Le roi fut très-blessé de la licence des auteurs et acteurs; il en fit punir quelques-uns , et , pendant un certain temps , il interdit d'une manière absolue les représentations des Bazochiens.

Ces défenses ne furent que temporaires , car nous voyons sous son règne, le i3 février i5o8 et 14 mai i5io, le Parlement ordonnancer chaque fois trente livres parisis pour être remises aux trésoriers de la Bazoche pour leur aider à payer les frais de leurs spectacles (2).

Louis XII, comme ses prédécesseurs, ne s'opposa pas à ce que le Parlement autorisât les représentations des clercs dans l'intérieur du Palais, sur la Table de marbre. Sous Louis XI, ils jouissaient déjà de cette faveur, les arrêts de 1476 et de 1477 le constatent, et ce n'était

(1) Brantôme, Vie des Dames illustres: Anne de Bretagne,

(2) Arch. nat., sect. jud., tome X, i5i2, i5i3 , fol, 120,

déjà, à cette époque, que la continuation d'une tolérance qui se perpétuait depuis fort longtemps.

Cette Table de marbre avait été placée dans la grand* salle du Palais , et servait aux festins d'apparat que les rois de France donnaient aux souverains étrangers qui venaient leur rendre visite. Elle servait à deux usages bien contraires, raconte Sauvai; pendant deux ou trois cents ans les clercs de la Basoche n'ont point eu d'autre théâtre pour leurs farces et leurs momeries , et cependant c'était le lieu oit se faisaient les festins royaux (i).

Il faut donc tenir pour certain que les représentations des clercs se donnaient au Palais avec les clercs de procureurs du Parlement , au Châtelet avec les sociétaires de la Bazoche, dans certains lieux publics, aux halles notamment , et au Pré aux Clercs.

Le 5 janvier 1 5 1 5 , les clercs voulurent donner une représentation : le Parlement s'y opposa par le motif que Louis XII venait de mourir et que son deuil n'était pas expiré.

C'est sous le règne de François Iev que la société de la Bazoche jouit de la plus grande faveur. A son avènement au trône , ce monarque fit son entrée à Paris suivi de toute sa cour, et se rendit à l'Hôtel-de-Ville où il assista à un splendide festin qui lui avait été offert par le prévôt des marchands et les échevins. Les clercs représentèrent une farce et exécutèrent des danses dont le roi fut très-satisfait (2). Encouragés par ce succès, ils se préparaient à jouer de nouvelles pièces, mais le

(0 Sauvai, Histoire des Antiquités de Paris , tome II, livre VII, page 3, (2) Félibien, Hist, de la ville de Paris, tome IV, page 633,

Parlement s'y opposait par la raison que le deuil du roi durait encore. Cette opposition ne les découragea pas: ils s'adressèrent directement à François Ier et lui présentèrent une épître que Clément Marot avait composée pour eux (1).

Avec cette épître les clercs soumettaient au roi le manuscrit de leur pièce, pour qu'il s'assurât par luimême qu'elle ne contenait rien de blessant pour sa personne :

Et s'il y a rien qui pique ou mesdie, A votre gré l'aigreur adoucirons.

Ils le conjurent de leur permettre de jouer, comme firent les autres rois, en conservant leurs libertés et droits.

Si vous tiendra pour père la Bazoche, Qui ose bien vous dire sans reproche, Que de tant plus son règne fleurira , Votre Paris tant plus resplendira.

Les clercs du Palais ne brillaient certes pas par la modestie quand ils affirmaient au roi que la splendeur de Paris dépendait de la prospérité du royaume de la Bazoche et de la conservation de ses libertés et droits. Quoi qu'il en soit, le roi parut les prendre au sérieux, et leur épître ayant produit le résultat qu'ils en attendaient, ils s'adressèrent de nouveau au Parlement, et demandèrent une gratification pour leur aider à supporter les frais qu'il leur avait convenu faire pour jouer et danser la veille des Rois , ce qui ne leur avait été permis faire par la Cour au moyen du décès du feu Roy.

(t) Elle porte pour titre: La Ba\oche auroy François /*r>

ÎO

Le Parlement se montra généreux ; au lieu de trente livres parisis, il doubla la somme et en accorda soixante pour faire face soit aux anciens frais, soit aux nouveaux, mais dans le cas oîi ils joueraient leur pièce.

« La Cour a ordonné et ordonne que, en jouant par ceux de la Bazoche, et dansant, ainsi qu'il est accoustumé, l'amende de soixante livres parisis leur sera baillée et délivrée pour leur aider à supporter lesdits frais (1). »

Nous l'avons déjà dit, le règne de François Ier fut certainement un de ceux sous lesquels ces représentations furent le plus fréquentes et le plus largement subventionnées par le Parlement. En mai i52i , il fit remettre aux clercs soixante livres parisis pour les montres et jeux , autant en juin 1S26 pour les jeux et sotties représentés par eux à l'époque du retour de François Ier. En juin i528 et en juillet 1 53 1 il leur accorde chaque fois cent vingt livres parisis pour les montres et jeux (2).

Constatons cependant que François Ier ne poussa pas jusqu'à la faiblesse sa tolérance à l'égard des auteurs et acteurs de comédie. Il ne voulait pas qu'on élevât la critique jusqu'à sa mère. Amoureux des plaisirs et du luxe, il supportait difficilement les plaisanteries des écrivains sur ce sujet, et, au mois de décembre i5i6, il fit arrêter et conduire devant lui, à Amboise, trois joueurs de farces, Jacques , clerc de la Bazoche, Jehan Sérac et maistre Jehan du Pont-Alais, qui, dans une de leurs sotties, avaient attaqué violemment les grands person-

(1) Arch. nat., sect. jud., tome X, 1 5 17 , fol. 58. Cet arrêt est du ief lévrier i 5 1 5 , au matin.

(2) Arch. nat., sect. jud, tomeX, i525, fol. 190. i53i, 1 534, fol. 288«

nages de la Cour et insulté sa mère en la représentant sous le nom de Mère Sotte, pillant l'État et le gouvernant à sa guise. Ces comédiens firent quelques mois de prison et furent relâchés; mais la surveillance, dès lors, s'exerça activement sur les représentations théâtrales , et le Parlement ne toléra que ce qui devait être toléré.

Les clercs du Palais n'étaient pas les seuls à donner des représentations théâtrales: les écoliers de l'Université, les collégiens , avaient cette habitude, et les historiens Crevier et du Boulay nous apprennent que fort souvent des défenses leur furent faites de jouer leurs pièces. Comme les clercs , ils allaient trop loin dans leurs attaques. En i5i5 et i525, ces défenses furent plus énergiques, et Félibien nous fournit à ce sujet des renseignements trèsprécis (i). Mais ces défenses étaient parfois inefficaces, elles ne pouvaient prévenir tous les abus. En i533, François Ier fut obligé de faire emprisonner des écoliers qui avaient outragé sa sœur, la reine Marguerite, dans une méchante pièce jouée au collège de Navarre, en la représentant sous le personnage d'une furie.

Les associations laïques de la province suivaient l'exemple des clercs du Palais et des écoliers de Paris. Fondées , pour la plupart , au XIVe siècle et même anté* rieurement, elles se transformaient en troupes dramatiques une fois ou deux par an. La troupe des Conarts de Rouen, de l'abbé de Maugouvert à Poitiers, de l'abbé de Liesse à Arras , étaient des associations qui jouaient la comédie et qui se composaient surtout des bazoehiens de la localité.

(i) Félibien, tome II, page 728.

Roger de Collerye, que nous avons déjà cité, nous fournit un document précieux sur cette matière. Ce poëte, qui était associé à plusieurs bandes joyeuses de Paris et de la province, pour lesquelles il composait sans aucun doute, nous a laissé un cry pour V Abbé de l'Eglise d'Ausserre et ses suppost^ (1). Il fut proclamé dans la ville d'Auxerre la veille d'une représentation, et rappelle beaucoup le cry du Prince des Sot\ , qui annonça la sottie que Gringore fit jouer en i5i 1. Ces cry\ étaient, en quelque sorte, une annonce du spectacle. Ils sont aujourd'hui remplacés parles affiches. Les cris des mystères se faisaient quelquefois à cheval, aux flambeaux, avec une nombreuse suite de comédiens en costume , au son du tambour et des trompettes, avec l'autorisation des prévôt et échevins.

Clément Marot nous a laissé également le cry du jeu de V Empire d'Orléans, ou annonce d'une représentation théâtrale qui devait être donnée dans cette ville (2).

L'Empire d'Orléans était-il une société joyeuse qui rivalisait avec les clercs de la Bazoche? ou bien une société de clercs d'une administration financière, ou d'une chambre des comptes? Nous inclinerions pour cette dernière hypothèse. La Cour des comptes de Paris avait sa société de clercs qui avait pris le nom d'Empire de Galilée; l'Empire d'Orléans devait être une de ses émanations ou une société semblable. La ville d'Orléans était

(1) Voir les Œuvres de Roger de Collerye, édition Jannet, page 275.

(2) Voir les Œuvres de Clément Marot, Ballade II } à la suite de celle

des Enfavts-Sans-Soucy .

— i49 — un centre fort important, et le chef-lieu d'un vaste gouvernement provincial; à côté d'un bailliage, d'un présidial, on trouvait une trésorerie de France et une chambre des monnaies ; en voilà assez pour expliquer l'existence d'une de ces associations qui prenaient le nom pompeux d'Empire, comme la société des clercs de la Cour des comptes de Paris.

Le cry de Clément Marot, comme celui de Roger de Collerye , est une poésie assez médiocre , qui n'a d'intérêt qu'au point de vue où nous nous plaçons, et qui nous donne un de ces nombreux témoignages de la rivalité existant entre les sociétés de clercs.

Prince, le temps et le terme s'approche Qu'Empiriens par-dessus la Basoche Triompheront,

dit Clément Marot en adressant sa ballade au chef des Empiriens , nous apprenant par là que cette société, depuis longtemps, donnait des spectacles, et que près d'elle, dans la ville d'Orléans, il y avait aussi une société de clercs du Palais.

Comme on peut s'en convaincre, souvent le Parlement était obligé d'interposer son autorité pour faire respecter la morale , outrageusement attaquée dans les farces et sotties. Les mesures qu'il prenait gênaient beaucoup les auteurs et acteurs. Ils cherchaient par tous les moyens possibles à éluder les difficultés sans braver ostensiblement les défenses qui leur étaient faites. Ils avaient imaginé de prendre des masques représentant les traits de la personne qu'ils voulaient mettre en scène , et ils ajoutaient des écriteaux qui donnaient le véritable sens aux phrases équivoques glissées dans leurs pièces.

Ces écriteaux avaient pour objet principal l'explication de certaines situations qu'ils n'osaient pas cependant exposer aux yeux des spectateurs. Cette tentative fut réprimée par un arrêt du Parlement , du 20 mai 1 536 ^ qui punissait les contrevenants du bannissement et de la prison (1). Dès le mois de janvier de la même année, il leur avait été permis de jouer à la manière accoutumée , avec la condition , toutefois , qu'ils remettraient au Parlement leurs manuscrits quinze jours avant la représentation. Cet arrêt accorde aux bazochiens la permission de faire jouer leurs pièces à la Table de marbre, ainsi qu'il est accoutumé, en observant d'en retrancher les choses rayées (2).

La censure se continua par la suite, et le Parlement maintint sa prohibition, sous peine de la kart, à l'égard des bazochiens, par un arrêt du 7 mai 1540. « Toutefois , y est-il dit, n'entend leur défendre qu'ils « se réjouissent honnestement et sans scandale. »

Il serait injuste, cependant, de mettre sur le compte de la licence et de l'immoralité toutes les mesures sévères du Parlement, et il faut aussi admettre que, quand il menaçait de la hart ces jeunes étourdis, c'était quelquefois pour les rendre plus circonspects à l'égard des hauts personnages de l'État. Le Parlement avait peu à se plaindre des clercs ; il n'en était pas de même de l'entourage du Roi.

(1) L'arrêt de la Cour défend de jouer ou faire jouer à la montre de la Bazoche aucun jeu , ni faire monstrations et spectacles, ni écritaux taxants ou notants quelque personne que ce soit.

Arch. nat., sect. jud., tome X, 1 53g, fol. 282.

(2) Arrêt du 23 janvier 1 536. Arch. nat.: sect. jud., tomeX; 1540, fol. 121.

La Cour avait, sur le chapitre de la satire, Fépiderme d'une grande sensibilité, et les clercs le chatouillaient trop vivement; sans respect pour leurs seigneuries, ils les chansonnaient et les traduisaient sur la scène d'une façon si peu équivoque et sous des dehors si transparents , qu'ils étaient immédiatement reconnus.

Le i5 octobre de la même année 1540, les défenses se renouvelèrent, et il fut signifié au chancelier et aux trésoriers de soumettre d'avance à la Cour lzjeu de leurs sotties :

« Et quanta la farce et sermon, attendu la grande difficulté par eux alléguée, de les monstrerà ladite Cour, ayant égard à leurs remontrances pour cette fois , et sans tirer à conséquence, la dite Cour leur a permis et permet de jouer ladite farce et sermon (1), sans les monstrer à ladite Cour; cependant avec défense de taxer ou scandaliser particulièrement aucune personne, soit par noms ou surnoms, ou circonstances à' estoc (2) , ou lieu particulier de demourance et autres notables circonstances par lesquelles on peut désigner ou connaître les personnes. »

Duluc rapporte sur ce point spécial un arrêt du 14 mai i55o, qui contient plusieurs dispositions intéressantes.

Il ordonne, en premier lieu , la restitution d'un manteau pris à un clerc qui refusait de s'inscrire pour faire la montre, et défend aux officiers de la Bazoche d'user, à cet égard, de contrainte envers les clercs. Il défend,

(1) Sermon joyeux, sorte de monologue facétieux en forme de sermon, bourré de citations latines.

(2) Estoc, famille, souche, origine.

en outre, de désigner les personnes dans les comédies , soit parleur nom, soit par des emblèmes, et interdit aux clercs de faire battre le tambour pour se réunir avant le 9 mai et l'heure de six après midi.

En 1 545 , une maladie épidémique qui s'était répandue dans Paris obligea le Parlement de refuser d'une manière absolue aux bazochiens la permission de représenter leurs jeux.

Cette interdiction nous rapproche de l'époque où les Confrères de la Passion achetèrent, le 3o août 1548, de Jean Rouvet, une partie de l'hôtel de Bourgogne, dans laquelle ils firent construire une salle de spectacle , d'un commun accord avec la société des Enfants-Sans-Souci.

L'apparition sur la scène des pièces de Jodelle, vers i552, donna un autre cours à la littérature dramatique» Cet écrivain fécond , nourri de la lecture des anciens , substitua aux farces la comédie et la tragédie dans le goût des Grecs et des Romains. Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne commença à tomber en discrédit, les acteurs, y compris les Enfants-Sans-Souci , n'étaient plus qu'un ramassis de libertins, de gens mal famés; leurs pièces n'attiraient plus la foule.

A partir du milieu du XVI° siècle, les clercs du Palais n'avaient plus, comme acteurs et comédiens, qu'une trentaine d'années à vivre. On trouve encore de nombreux arrêts du Parlement, mais ils contiennent toujours les mêmes dispositions ; ce sont des permissions de jouer sur la Table de marbre ou en la salle des procureurs) ce sont des indemnités pour leurs frais; c'est l'interdiction de donner un spectacle en janvier i55c), à cause de la mort de Henri II. En i56i, la Cour

permet le spectacle en la salle du Palais, à la charge de ne rien ajouter, et sera , à cette fin, le dit jeu, paraphé et biffé au bout de chaque article, et la copie laissée au greffe pour y avoir recours, s il y échet (i).

Les difficultés semblent s'accroître depuis lors ; la censure, les retranchements, le dépôt au greffe du manuscrit , les autorisations plus difficilement accordées , la lassitude, peut-être, de leur genre de spectacle , tout concourait à les détourner de cette espèce d'amusements : enfin, au mois de juin i582, le Parlement permet encore aux clercs de représenter Eglogues , tragédies et comédies sur la Table de marbre (2).

Depuis cette époque on ne trouve plus aucune trace des représentations scéniques des clercs de la Bazoche. Elles avaient duré près de deux siècles. Vers 1 586, date de la réformation des statuts de la société , on les voit en possession d'une loge au théâtre de Bourgogne. S'ils eussent continué leurs représentations , l'historien anonyme n'eût pas oublié de le rappeler.

Dans les attributions et charges des trésoriers entrait l'entretien delà loge destinée aux dignitaires delà société. Les Confrères de la Passion, après avoir cédé aux Enfants-Sans-Souci le droit de jouer des pièces sur leurs

(1) Arch. nat., sect. jud. , t. X. 1599, fol. 348.

(2) Les archives nationales contiennent deux arrêts du mois de juin i582, l'un du 12, l'autre du 20. Ils sont rapportés au t. X, 1675 , folios 309 et 36y. 11 est probable que le même spectacle fut donné deux fois. On sent l'influence du théâtre latin et de Jodelle. Ce ne sont plus farces, moralités et sotties, mais bien églogue, tragédie, comédie. A la charge qu'il n'y aura en icelles, choses quelconques contre la religion , le Roi et l'état du royaume , et de n'y nommer et scandaliser aucuns , sous peine d'en repondre en leurs noms privés,

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