INTRODUCTION
E toutes les corporations ou communautés laïques qui se formèrent au moyen âge , il n'en est pas de plus intéressantes à étudier que celles qui, sous les deux dénominations de Royaume de la Bazoche et d'Empire de Galilée , se composaient des clercs de procureurs au Parlement et des clercs de procureurs à la Cour des comptes.
Elles sont remarquables par leur origine, leur but , leur juridiction exceptionnelle , leurs prérogatives, leur cérémonies, leurs coutumes et , surtout , par l'influence que leurs sociétaires ont exercée, pendant plusieurs siècles, sur les lettres, la satire et les spectacles.
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Par leurs statuts et règlements, elles touchent aux corporations des métiers; par leur origine, elles se lient à l'institution des procureurs ; par leur juridiction , elles se rattachent à la réorganisation du Parlement de Paris.
Les poésies et les satires des clercs du Palais nous font remonter aux XVe et XVIe siècles, aux époques de transformation de la langue française, à ses nouveaux interprètes : Martial d'Auvergne , Villon , Clément Marot , alors que la poésie commençait à se dégager des langes dans lesquels la tenaient resserrée les chants monotones des troubadours et des trouvères , les subtilités galantes des cours d'amour et la prolixité diffuse des romans de chevalerie.
Le théâtre de la Bazoche ; rival heureux de celui des Confrères de la Passion , est le berceau grossier dans lequel la comédie, dont l'enfance devait durer encore plusieurs siècles , commence à pousser ses premiers vagissements.
Enfin, les montres et les cérémonies publiques auxquelles ces communautés se livraient , traditions des époques les plus obscures et les plus reculées du moyen âge, souvenirs éloignés , mais évidents , de la fête des Fous , dont elles sont la dernière expression, conservent, jusqu'au XVIIIe siècle, le caractère à la fois
sérieux et grotesque de cette joyeuse et païenne coutume.
Ce fut en i3o2 que Philippe le Bel organisa sur de nouvelles bases plusieurs Parlements et , notamment, celui de Paris. Alors, s'il faut en croire les historiens, le nombre des procès s'était accru dans des proportions imprévues ; les procureurs ne pouvant suffire à l'instruction des causes , demandèrent qu'il leur fût permis de s'adjoindre de jeunes apprentis , étudiant le droit , des clercs , clerici , dénomination qui s'appliquait alors à tous les étudiants fréquentant les écoles laïques ou religieuses.
Cette augmentation d'affaires litigieuses provenait de plusieurs causes. C'était d'abord l'importance qu'acquérait , de jour en jour, la Cour souveraine depuis les établissements de saint Louis et la pragmatique sanction, qui portèrent de si rudes coups à la justice féodale et à la juridiction ecclésiastique. C'était., d'autre part , le fractionnement de la propriété , qui allait toujours croissant depuis l'affranchissement des communes ; de ce fractionnement naissaient le conflit et le choc des intérêts privés. C'était, enfin, la suppression des ordalies, des combats judiciaires, des épreuves du feu, du fer chaud, de l'eau bouillante, etc.
Toutes ces causes réunies apportèrent un surcroît d'occupations aux procureurs ou praticiens qui instruisaient les procédures, et justifièrent l'opportunité de la demande qu'ils avaient adressée au Parlement.
L'Université de Paris avait déjà pris, de son côté , avant le XIIIe siècle , une telle importance, qu'elle était le centre intellectuel de la France. Les étudiants y affluaient de toutes parts , même des pays étrangers : de l'Angleterre , de l'Allemagne , de l'Italie. Elle possédait quatre chaires célèbres : de théologie , de jurisprudence civile et canonique , de médecine et des arts. Le manuscrit des Pandectes , vers le milieu du XIIe siècle, s'était répandu à un nombre infini d'exemplaires dans toutes les écoles de l'Europe. Peu de temps après, le droit romain faisait partie intégrante de l'enseignement de l'Université ; toutes les classes de la société : bourgeois, prêtres et nobles, se livrèrent à cette étude avec une sorte d'avide curiosité. On eût dit que le genre humain venait de retrouver le plus précieux de ses titres.
On conçoit donc que Paris, avec de semblables éléments d'instruction , attira vers lui toutes les forces vives et toutes les intelligences du pays. Aussi la communauté des clercs prit-
x) elle un accroissement si rapide , que le nombre de ses membres s'élevait encore , dans le XVIe siècle , au chiffre de dix mille sociétaires , chiffre énorme, eu égard à la population que renfermait alors la capitale de la France.
Il est facile d'apprécier les motifs qui portèrent les clercs à se grouper et à se former en société ; ils ne faisaient qu'obéir prudemment à l'usage et aux nécessités de l'époque. L'homme, l'individu, comme être isolé, était incapable de se protéger contre les empiétements de toute espèce , contre les vexations sans nombre auxquelles il était en butte de la part d'une infinité de petits pouvoirs , jaloux les uns des autres , et qui croyaient faire acte de puissance en se faisant sentir d'une manière despotique. Pour l'artisan et le bourgeois la loi était inefficace quand elle n'était pas arbitraire ; ils ne trouvaient un peu de protection et de sûreté qu'au milieu de ces grands êtres collectifs qui prirent le nom de corporations. Leurs privilèges étaient comme un rempart, un palladium, derrière lequel chaque sociétaire abritait ses biens et sa famille ; associations utiles au point de vue de la sûreté individuelle et des intérêts privés , mais nuisibles au point de vue général , en ce qu'elles organisaient le monopole, suppri-