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DEUXIEME CHAPITRE

Le Roi de la Bazoche. — Singuliers privilèges des Bazoches d'Orléans el de Chartres. — Les béjaunes. — Origine d'un proverbe. — La montre générale des Clercs. — La montre des officiers du Châtelet. — Caractère de ces cérémonies. — Les bazochiens soldats. — Expédition de la Guyenne. — Le Pré aux Clercs. — Les clercs et les moines de l'Abbaye de Saint-Germain. — Leurs querelles. — Armoiries de la Bazoche. — Les plantations du mai. — Curieuses fonctions des trésoriers de la Bazoche. — Singulier procès. — Monnaie de la Bazoche. — Le médaillon du musée d'Autun.

E chef suprême' de l'association des clercs s'appelait le Roi de la Bazoche , de même qu'on appelait Roi des Merciers celui qui avait autorité sur les merciers, Roi des Ribauds celui qui avait connaissance sur les ribauds et mauvais garçons, Roi des Arbalétriers, Barbiers, Arpenteurs, Armuriers, Archers, etc., Rex Arbalestrariorum, Rex Armariorum , Rex Arcariorum , etc.

Tous les clercs obéissaient à leur Roi , dit Félibien dans son Histoire de Paris ;

« Tous sont sous la puissance du Roi de la Bazoche, seul chef souverain de tous les suppôts de son Royaume , c'est-à-dire des clercs et praticiens de la Cour de Parlement et autres juridictions du ressort de cette Cour. »

Le Roi de la Bazoche portait la toque , à l'imitation de Sa Majesté; le chancelier portait seulement le bonnet et la robe.

Pour être bazochien il fallait être célibataire, et n'être pourvu d'aucun titre, soit d'avocat, soit de procureur. Cependant il y avait dans le royaume, des artisans attachés spécialement à la Bazoche. L'historien anonyme nous les désigne ; c'étaient : un barbier ordinaire , un chirurgien, un médecin, un peintre, un rôtisseur, un orfèvre, un pâtissier, un cuisinier, un huissier buvetier, un papetier, un gantier, et quantité d'autres, qui étaient obligés de mettre pour enseigne à leur maison les armes de la Bazoche.

Philippe le Bel aurait donné à la Bazoche le pouvoir d'établir des juridictions bazochiales inférieures dans les sièges royaux du Parlement de Paris, à condition que les prévôts de ces juridictions rendraient foi et hommage au Roi de la Bazoche, et obéiraient à ses mandements , et que l'appel de leurs jugements serait porté devant lui ou son chancelier.

Il existait des sociétés de la Bazoche à Lyon , à Grenoble, à Dijon, à Bordeaux, à Marseille , à Aix , à Avignon, à Poitiers, à Chaumont, à Loche, à Verneuil, à Moulins, à Orléans, à Chartres et à Toulouse; il y en avait dans presque toutes les principales villes de France, avec des prérogatives diverses. Ainsi la Bazoche d'Orléans avait la coutume de percevoir une somme de douze livres

seize sous, sur tous les officiers qui se mariaient dans l'étendue du bailliage d'Orléans. Ce droit s'appelait droit de ban. Lorsqu'il survenait quelques contestations à ce sujet, le présidial en était juge en dernier ressort.

La Bazoche de Chartres percevait trente sous pour chaque lettre de bec-jaune accordée par le présidial à tous les clercs nouvellement reçus et travaillant chez les procureurs en l'Élection. Elle obligeait chaque suppôt de la Bazoche , suivant l'ordre de sa réception , d'offrir un pain à bénir à la messe qui se disait au Palais le premier dimanche de chaque mois. La Bazoche de cette ville avait encore l'habitude de percevoir cinq livres quatorze sous à chaque mariage des personnes notables ou roturières dont les bans se publiaient dans l'une des paroisses de la ville , à l'exception , néanmoins , des personnes appartenant au corps des marchands. Elle avait sept places franches à tous les spectacles de la ville , pour le président et les autres officiers de la Bazoche. Enfin , elle avait coutume de faire la publication de tous les traités de paix , sous les drapeaux et à la tête des fourriers et gardes de la ville, avec les instruments ordinaires en pareille cérémonie. Elle portait les'drapeaux devant le corps de l'hôtelde-ville , lorsqu'il assistait au Te Deum chanté en action de grâces de quelque heureux événement.

On pourrait multiplier les citations des coutumes et prérogatives bizarres dont les sociétés de clercs étaient en possession dans les diverses villes de province ; mais il en est une qui paraît avoir été générale dans toutes les associations de ce genre : nous voulons parler du droit

de réception que les clercs payaient à leur entrée dans la

société.

A Paris , une des fonctions les plus importantes des trésoriers était de recevoir les bec-jaunes, et de leur faire payer la bienvenue accoutumée , qui était d'un teston du roi pour l'ordinaire, et du double pour les nobles, à cause de leur qualité plus relevée (i). C'est de là qu'est venu ce proverbe, qui est encore d'usage dans le langage familier : « Payer son bec-jaune ou sa bienvenue. » Les clercs de la Bazoche appelaient bec-jaune tout solliciteur ou récipiendaire qui demandait à entrer dans la communauté. Cette métaphore s'explique par ce fait , que les jeunes oiseaux, avant de prendre des plumes et de chanter, ont en général le bec jaune.

L'initiation aux usages et aux coutumes de la Bazoche était considérée comme une éducation hors de laquelle il n'y avait qu'ignorance et ténèbres. Un clerc, reçu bazochien, était digne de voler de ses propres ailes; c'était un personnage, un homme fait; l'écolier bec-jaune était bien au-dessous de lui, et ne méritait aucune considération.

Sommes-nous béjaunes

Ou cornarts(2)? Où cuidez-vous estre?

dit le juge dans la farce de Y Avocat Pathelin ; c'est-à-dire : Sommes-nous des niais, des imbéciles? Nous prenez-vous pour des enfants? Cette importance, qu'on trouvera puérile aujourd'hui , était très-sérieuse , à ce point que tous les fils de famille , quelques nobles mêmes , tenaient à

(i) Le teston du roi valait dix sols sous Louis XII , douze sols sous Charles IX, puis s'éleva plus tard jusqu'à trois livres. Vers le milieu du XVIIe siècle, ce droit fut supprimé.

(2) Cornart ou conart veut dire sot. Il y avait à Rouen une société de cornarts; elle était à peu près semblable à celle des Enfants Sans-Souci, de Paris, et à celle de la Mère-Folle ou Mère-Sotte, de Dijon.

faire partie de cette compagnie d'où sortirent les plus hauts dignitaires de la magistrature et les célébrités du barreau.

Le paiement d'un droit de bienvenue était une tradition universitaire. Crevier nous apprend que sur les registres de la nation d'Angleterre, maître Nicolas de Suède, nommé procureur ou chef de nation , paya au collège ou nation un écu qui fut bu de suite à une taverne rue St- Jacques (i). Ce droit était perçu de tous les écoliers qui se faisaient recevoir dans les collèges ou qui , par suite , y obtenaient une charge.

Pierre Lambecius , le bibliographe allemand , prétend que la définition de Béjaune , en latin Beanus , se trouve dans un acrostiche fait avec cemot"(2) et qui voudrait dire; le Béjaune est un être ignorant la vie des étudiants.

La Roche Flavin, dans son livre des parlements de France, parle de ce droit, au chapitre qu'il consacre à la Bazoche (3).

Bachelier, d'après Floquet, qui cite cet usage au XIV8 siècle, voulait dire imbécile ou béjaune (4).

Cette coutume de percevoir un droit de bienvenue s'est perpétuée fort longtemps. « Anciennement , dit Brillon , « dans son Dictionnaire des Arrêts du Parlement de « France, nul n'était reçu clerc , ni praticien , qu'il n'eût « pris lettre du Roi de la Bazoche. » La taxe était d'un écu. Ce droit devint plus tard, entre les mains des officiers de la Bazoche , une exigence telle, que le Parlement fut obligé d'intervenir. Ainsi, les bazochiens voulaient assu-

(1) Crevier, Histoire de l'Université, tome III, page io3.

(2) Beanus Est Animal Nesciens Vitam Studiosorum.

(3) Pages 170 et 171.

(4) Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, tome Ier, page 77,

jettir à ce droit les parties qui plaidaient , les solliciteurs et les clercs des conseillers. Un arrêt du 2 juin 1526 leur fit défense , sous peine d'être privés de l'entrée du Palais, d'exiger de l'argent des uns ni des autres. Ces défenses furent réitérées le 3 mars i533, sur les plaidoiries de la cause du procureur Ségalas, qui, à l'occasion de cette prétention , avait donné un soufflet à un dignitaire de la Bazoche.

Le droit d'entrée ou bienvenue varia suivant les époques. Nous devons à l'obligeance de M. Le Roux de Lincy la communication d'un document très-curieux , relatif à la perception de ce droit ; c'est l'original d'une quittance délivrée à un clerc par les trésoriers du Royaume de la Bazoche (1).

Malheureusement cette quittance n'indique pas la somme qui était perçue alors pour droit d'entrée.

Les ordonnances de Philippe le Bel, qui instituaient le Royaume de la Bazoche , obligèrent , s'il faut en croire les historiens, les grands fonctionnaires de cette société de faire faire , chaque année , à Paris, la montre de tous les clercs du Palais. Cette montre se faisait en forme de carrousel , sur les mandements du Roi de la Bazoche , envoyés à ses princes et sujets , avec ordre de se trouver à Paris, sous peine de grosses amendes.

Sur son invitation , les clercs et suppôts se rendaient

(1) Nous, trésoriers, recepveurs généraulx du Royaulme delà Bazoche, certifions avoir eu et reçu de Jehan Lemaistre, clerc de Me Michel de Sertes , procureur au Parlement, son droict d'antrée et bienvenue audit Royaulme , dont nous le quittons. Tesmoings nos sceings cy mis. A Paris, le cinquiesme jour de décembre mil six cent vingt-huit, et de notre règne le perpétuel. Signé Baudot, Bicard, Demallevaud, Lefébure.

à Paris , se divisaient par compagnies de cent hommes , choisissaient un colonel, un capitaine, des lieutenants, des porte-étendard , et parcouraient la ville à la suite de tous les officiers de la Bazoche , à cheval , revêtus de costumes magnifiques , précédés de tambours et de hautbois ; les fêtes se terminaient par des danses, des jeux (i), et, plus tard , par des moralités, farces ou sotties que jouaient les sociétaires. Il est à remarquer que chaque capitaine ou chef de bande adoptait un costume dont les membres de sa compagnie étaient tenus de se revêtir.

La montre des clercs du Palais attirait, de coutume, un si grand concours de peuple, que François Ier manda au Parlement qu'il se rendrait un certain jour dans la ville de Paris pour voir cette cérémonie. Les clercs du Palais en ayant eu avis firent demander au Parlement par son avocat général , qu'il voulût bien vaquer pendant les jours que devait durer la fête.

Dans sa requête adressée au Parlement, Antoine Ménard, son avocat général, exposa que les clercs ayant l'intention défaire leur montre et de jouer à la Saulsaie, fête à laquelle le roi de France devait assister, la Bazoche devait se montrer en triomphant équipage; mais qu'il lui fallait du temps pour se préparer, que d'un autre côté l'assemblée devant se faire au Palais, il se ferait grand bruit et tumulte en la grand" salle par les tambours et phifres qui sonneraient : c'est pourquoi il demanda que la cour voulût bien vaquer entièrement. Le Parlement

(i) Ce mot jeu entraînait toujours au moyen âge l'idée d'une représentation théâtrale. Les mystères , les moralités, les farces, les sotties, étaient des jeux; Li Jics de Saint-N 'icholaï , mystère de Saint-Nicolas,

fit droit à cette requête par arrêt du 25 juin 1540.

Par un autre arrêt du 3i décembre i562 , il permet à la Bazoche, de passer et repasser par la ville de Paris, de nuit et de jour, avec ses joueurs d'instruments ayant flambeaux et torches pour donner des aubades suivant sa coutume (1).

Il est à peu près certain, bien que cela paraisse singulier, que les rois de France obligèrent les clercs à faire, tous les ans, la montre générale des membres de leur société, et que le Parlement crut devoir rendre des arrêts pour les contraindre à remplir ce qu'il considérait comme une obligation. On pourrait penser que cette manifestation était plutôt une fantaisie des clercs, jaloux de faire parade de leur magnificence et de la puissance de leur association. A cet égard , le champ des suppositions est ouvert , mais il faut croire que c'était tout simplement pour servir de spectacle au peuple que ces montres étaient ordonnées. Du reste, elles devaient être tolérées chez ces jeunes gens, puisque, de temps immémorial , et jusqu'à la révolution de 89 , nous voyons les officiers du Châtelet eux-mêmes parcourir la ville en grande pompe.

Cette cérémonie du Châtelet s'accomplissait toujours le lundi après le dimanche de la Trinité. Ce jour-là , le cortège allait rendre visite au chancelier de France , au premier président du Parlement , au procureur général et au prévôt de Paris. La marche était ouverte par une musique guerrière, que suivaient des individus portant les attributs d'une justice militaire : casque, cuirasse, gantelet, bâton de commandement et la main de justice.

(1) Archives nationales, Section judiciaire, tome X, 1604, fol. 117.

— 4i — Venaient ensuite quatre-vingts huissiers à cheval, cent quatre-vingts sergents à verge , tous en habits courts , de diverses couleurs, puis cent vingt huissiers priseurs , vingt huissiers audienciers, couverts de leur robe de Palais, douze commissaires au Châtelet, en robe de soie noire, un des avocats du Roi, un des lieutenants particuliers et le lieutenant civil, tous en robe rouge. Le cortège était fermé par les greffiers et quelques huissiers.

Il ne faut voir dans cette pompe extérieure que des coutumes du moyen âge et des vestiges de la féodalité, sortes de manifestations publiques, par lesquelles les associations signalaient leur existence. Toutes les corporations, alors, tâchaient de cacher, sous des dehors éclatants , sous des titres pompeux, la faiblesse de l'organisation de la plupart d'entr'elles et le peu d'importance de leurs prérogatives. Cependant la Bazoche du Parlement avait, comme société, une importance réelle, tirée de sa force numérique, du caractère entreprenant de ses affiliés et de l'utilité de son organisation. Au fond, il y avait aussi , delà part des magistrats, un certain amour-propre et un peu de vanité dans ces sortes de processions. Le Parlement n'était pas fâché de produire au grand jour cette espèce d'armée, composée de jeunes gens hardis , entreprenants et belliqueux, qu'il tenait à sa disposition , et sur laquelle il aurait pu s'appuyer, au besoin, comme les rois de France s'appuyaient sur la magistrature.

Les cérémonies et coutumes des corporations de clercs, dans toute la France , sont donc aussi à ce point de vue très-intéressantes pour l'étude de cette époque. La bourgeoisie ou plutôt la troisième classe de la société, qui

n'était rien alors , saisissait toutes les occasions pour manifester son existence par des pompes et des cérémonies éclatantes. Outre les fêtes religieuses, auxquelles elle était toujours associée, telles que les fêtes d'Epiphanie, des Innocents, la fête de l'Ane, et même la fête des Fous, les cérémonies de la Fête-Dieu, à Aix, les processions du Dragon Bailla, à Reims , delà Gargouille , à Rouen, de la Tarasque, à Tarascon, outre les fêtes patronales Dukasses et Kermesses , il y avait encore les solennités des confréries militaires de l'Arquebuse , des Archers , des Arbalétriers. Les corporations avaient leurs cérémonies, qui prenaient le nom de Serments , Métiers, Devoirs, Confréries. Parmi les fêtes de corps et de communauté des écoliers et des universités , on peut citer le Lendit, la fête du Mai , la Saint-Charlemagne, la Saint-Nicolas, la Sainte-Catherine , et, pour le Parlement, la Baillée aux Roses. Mais les fêtes des clercs de la Bazoche tenaient une large place dans cette nomenclature des réjouissances publiques. A leur plantation de mai , montres et jeux, il faut rattacher la fête des Badins , Turlupins , Enfants Sans-Soucis , la fête des Conarts ou Cornarts , de Rouen , celle de la Mère-Sotte , de Dijon , celle de l'Abbé de Maugouverne, à Poitiers, de l'Empereur de la Jeunesse, à Lille, de l'Abbé de Liesse, à Arras , les sociétés du prince de Haute-Folie, du prince du Bon-Temps, du prince de la Lune, à Clermont (i).

Les associations de clercs à Paris avaient une espèce d'organisation militaire. Plusieurs fois , elles eurent

(i) Voir les Mémoires de Fléchier , sur les Grands-Jours d'Auvergne, édition Hachette, i856, pages 283 et suivantes.

occasion de prendre les armes pour la défense de la patrie

et de la royauté.

Ainsi , en 1548 , le peuple de la Guyenne se souleva , indigné qu'il était des exactions commises dans la perception des droits nouveaux que les gabeleurs et fermiers du sel leur avaient imposés. Henri II envoya dans cette province le connétable de Montmorency avec une puissante armée. Les clercs de la Bazoche prirent part à cette expédition.

D'après l'historien anonyme, ils s'offrirent au nombre de six mille et se conduisirent si vaillamment que le Roi leur donna de grandes récompenses, et entr'autres un lieu de promenade sur le bord de la Seine qui prit le nom de Pré aux Clercs , l'autorisation de couper des arbres dans les forêts royales, et une allocation annuelle en argent pour les frais de leurs montres, jeux et plantations de mai.

La prairie de cent arpents , appelée le Pré de la Seine , donnée par Henri II, n'est autre chose que le terrain sur lequel les bazoehiens avaient coutume de faire leurs jeux, et qui est désigné sous le nom de Saulsaye dans l'arrêt du Parlement du 2 5 juin 1540, déjà cité.

Quant aux secours en argent que le Royaume de la Bazoche recevait de la chancellerie , Miraulmont les reconnaît et les constate; il ajoute qu'elle donnait encore les gants et la livrée du Royaume delà Bazoche, qui sont de taffetas jaune et bleu.

On ne trouve nulle part la preuve de l'intervention de la Bazoche comme force militaire dans les troubles de la Guyenne; il faut donc laisser à l'historien anonyme toute la responsabilité de ses allégations relativement à cette

expédition et à la cession de terrain faite à la Bazoche par Henri II, après l'apaisement de l'insurrection.

Toutefois, Gastier semble croire que le Pré aux Clercs avait été donné par Henri II aux écoliers, à la suite de l'expédition du connétable de Montmorency (i).

Nous avons vainement cherché la preuve du concours militaire donné par les bazochiens à Henri II, et, nous devons le dire, les historiens ne sont point aussi affirmatifs que Gastier. Nous croyons même qu'il commet une erreur facile à rectifier.

L'année 1548 fut, en effet, signalée à la fois parla révolte de la Guyenne et par les séditions des écoliers , qui le 4 juillet, se portèrent en armes contre l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés , assiégèrent les moines, firent des brèches aux murailles du grand clos et des jardins, brisèrent les arbres fruitiers, arrachèrent les vignes et mirent le feu à plusieurs maisons. Les tentatives de répression faites par le prévôt ne firent qu'accroître l'exaspération des écoliers contre les religieux; les dévastations continuèrent; le Parlement fut obligé d'intervenir.

Les clercs de la Bazoche jouèrent un rôle important dans cette sédition, au dire d'Egasse du Boulay dans son histoire de l'Université de Paris.

A la suite d'un long exposé de l'affaire, cet historien donne in extenso l'arrêt rendu par le Parlement le 10 juillet de la même année. Nous demandons au lecteur la

(1) Belleforest, témoin oculaire de cette insurrection et de la manière dont elle fut réprimée, ne fait aucune mention de la présence des clercs dans l'armée royale, composée, dit-il, de bon nombre de noblesse et de lansquenets. (Annales de France^ liv. V, ch. 68.J

permission de l'analyser ; il y est question des clercs de la Bazoche.

Les moines de l'abbaye de Saint-Germain avoisinaient le Préaux Clercs ; ils s'y livraient à des empiétements qui donnaient lieu, de la part des écoliers, à des représailles qui se terminaient assez souvent par des meurtres et des incendies. Ainsi, en n63, une discussion de cette nature s'était élevée entre les moines de Saint-Germain et les écoliers ; elle fut déférée au concile de Tours , qui donna gain de cause aux moines. En 1192, les écoliers, qui regardaient toujours ce pré comme leur propriété , y commirent divers excès ; une lutte s'ensuivit avec les habitants du bourg Saint-Germain ; un écolier y fut tué ; les deux parties en référèrent au Pape , qui ne se prononça pas. En 121 5 , un règlement trancha la question de propriété en ces termes : « Quant au Pré de Saint-Germain, autrement dit le Pré aux Clercs, il restera aux écoliers dans l'état qu'il leur a été adjugé. »

On le voit, la querelle était ancienne, et, par cela même , passionnait davantage les écoliers. La sédition du 4 juillet 1548 avait été provoquée par les faits suivants : quelques écoliers jouaient au Pré aux Clercs, lorsque des charretiers et tomberelliers , conduisant sur les bords de la Seine les immondices de la ville de Paris , vinrent à traverser le Pré aux Clercs; les écoliers voulurent s'y opposer; les charretiers prétendirent que, les moines ayant intercepté les autres chemins , ils ne pouvaient pas accéder autrement au fleuve sur les bords duquel ils déposaient les immondices. Les clercs repoussèrent les charretiers, qui portèrent plainte aux moines de l'abbaye. Le lendemain, le lieutenant criminel ; avec ses sergents, et

le prévôt Genton, avec ses archers, vinrent surprendre les écoliers pendant qu'ils jouaient au Pré aux Clercs, s'emparèrent de leurs vêtements, les maltraitèrent, les poursuivirent les armes à la main et coupèrent même le poignet à l'un d'eux. Il n'en fallait pas davantage pour réveiller les rancunes des écoliers contre les moines de Saint-Germain. Ils s'assemblèrent en masse et commirent dans l'abbaye les dégâts que nous avons énumérés.

L'affaire vint au Parlement , sur la plainte des moines de Saint-Germain.

Les clercs articulèrent contre eux plusieurs griefs : ils se plaignaient d'abord de ce que les moines avaient fait construire des bâtiments sur le terrain dépendant du grand et du petit Pré aux Clercs , usurpation qui avait eu pour résultat le rétrécissement de l'espace consacré à leurs plaisirs ; ils demandaient que les anciennes voies et chemins qui conduisaient au Pré aux Clercs fussent rétablis; que les jours et fenêtres pratiqués dans les tourelles et créneaux de l'abbaye fussent estoupe^; que défenses fussent faites aux charretiers et tomberelliers de traverser dans le Pré aux Clercs pour le service de la voirie, permission que les moines n'avaient pas le droit d'accorder ; que défenses fussent encore faites aux maquignons de tenir dans le Pré aux Clercs leurs marchés aux chevaux, usurpation autorisée encore par les moines de l'abbaye; enfin, ils demandaient l'élargissement des clercs et écoliers et la restitution de leurs manteaux.

A cette époque, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés était le cardinal de Tournon. L'avocat Rochefort plaidait pour lui. Après avoir longuement exposé que son client ne voulait en aucune façon s'emparer des biens de l'Univer-

- 47 ~ site, qu'au contraire il avait donné des preuves nombreuses de son amour des lettres, il ajoutait avec naïveté qu'il avait fait construire deux collèges à Tournon desquels il sortait de jour en jour comme du cheval de Troie, tanquam ex equo Trojano, grand nombre de gens doctes et savants.

Il concluait à la nomination d'arbitres chargés de régler le différent et de délimiter le Pré aux Clercs.

L'avocat Ryant plaida pour les écoliers et exposa leurs griefs avec vigueur ; il démontra que depuis plusieurs siècles les religieuxde Saint-Germain tentaient de s'emparer du Pré aux Clercs par tous les moyens , ne reculant ni devant les querelles ni devant le meurtre.

Marlac, au nom de l'Université, déplora des torts réciproques; il engagea les principaux des collèges à renvoyer tous les faux écoliers, fainéants, rufians (i) et brigueurs (2) qui la déshonoraient et qui fomentaient les troubles , car sur dix-huit clercs prisonniers il ne se trouvait que trois ou quatre véritables étudiants.

Le Parlement rendit un long arrêt par lequel il prescrit diverses mesures, ordonne que l'Université jouira du grand et du petit Pré aux Clercs , fait défense an chancelier de la Basoche et à tous les Clercs du Palais , sous peine de la hart, défaire aucune assemblée illicite et port d'armes, enjoint audit chancelier de nommer les clercs qui ont fait excès pour ce fait, pour être procédé contre les délinquants.

L'arrêt du Parlement, on le voit, est on ne peut plus

(1) Souteneurs de filles publiques, libertins.

(2) Voleurs, escrocs.

clair. Au mois de juillet 1548, il reconnaissait que l'Université et les écoliers étaient propriétaires du grand et du petit Pré aux Clercs. L'expédition de la Guyenne se faisait à peu près à la même époque , et c'est au mois d'octobre que le connétable de Montmorency entrait à Bordeaux à la tête d'une puissante armée, et sévissait d'une manière si rigoureuse contre les habitants de cette malheureuse ville. Il faut donc croire que les historiens ont confondu le soulèvement de la Guyenne avec les révoltes des étudiants qui éclataient en même temps. L'autorité royale et le Parlement avaient assez à faire de contenir les écoliers de l'Université, au milieu desquels se mêlaient des gens sans aveu, soudoyés par l'étranger, qui fomentaient des discordes et des séditions interminables. Leur indiscipline ne dut pas permettre à Henri II de recourir à eux; s'il le fit, ce ne fut que pour faire tourner au profit de l'ordre et de la royauté leur humeur querelleuse. En 1549, en i55o, les dévastations continuèrent; les écoliers sortaient dans les campagnes, organisés militairement en bataillons, avec armes, enseignes déployées, au son du tambour et des trompettes. Les régents des nations et les professeurs prenaient part à ces excès (1); le 11 octobre i552, les rassemblements se formèrent de nouveau, et, vainement, le Parlement fit planter quatre potences dans le faubourg Saint-Marcel; rien ne put apaiser l'élan de cette jeunesse turbulente.

Ce fut inutilement que le Parlement , par son arrêt de mars i552, défendit à tous les habitants, valets de boutiques, clercs du Palais et du Châtelet, pages et laquais

(f) Crevier, Histoire de l'Université , tome V, page 44g,

et à tous gens de métiers, de porter basions, espées , pistolets, courtes dagues , poignards, à peine de punitions corporelles ; les désordres allèrent croissant.

La Cour rendit encore, le 7 mars 1554, contre les clercs de procureurs , palefreniers , laquais et autres serviteurs, un arrêt qui leur défendit de s'attrouper, de porter les armes , sous peine de la hart , et ordonna au bailli de faire planter deux potences dans la cour du Palais, où les contrevenants seraient pendus sans figure de procès.

Les attroupements et les séditions d'écoliers se manifestèrent encore en 1 555 ; les plaintes furent portées au Parlement; les moines de l'abbaye de Saint-Germain se plaignaient que les attroupements étaient tolérés par les juges. En i557, les prétentions des écoliers et les moyens qu'ils employèrent prirent un caractère plus sérieux. Le 12 mai, ils affichèrent des placards invitant aux attroupements; ils se rendirent en armes au Pré aux Clercs, mirent le feu à trois maisons voisines du pré et tuèrent un sergent qui se présentait pour les contenir. Enfin , le 26 mai , arriva au Parlement une lettre du Roi , datée de Villers-Cotterets , lettre menaçante , dans laquelle Henri II annonçait qu'il faisait avancer des troupes , dix enseignes de gens de pied et deux cents hommes d'armes pour soumettre les clercs et leurs complices ; il était enjoint au Parlement de faire publier, dans les carrefours de Paris, que défense était faite aux clercs, écoliers, régents et martinets (1), de quelque nation qu'ils fussent, de se rendre au Pré aux Clercs, « lequel pré, portent ces lettres,

(1) On nommait martinets des écoliers externes,

« de notre pleine puissance nous avons pris et mis, pre- « nons et mettons en notre main, pour après en faire « et disposer ainsi que bon nous semblera. »

Bientôt après , le Roi fit clore de murailles le Pré aux Clercs, et, les 3i mai et 12 juin, il fit mettre en liberté les écoliers prisonniers. Plus tard, Henri II rendit aux clercs de la Bazoche et à l'Université cette propriété qui avait été, pendant plusieurs siècles, une cause de discorde et de tumultes. Nous le répétons, nous n'avons trouvé nulle part des traces d'une donation faite par ce monarque à la suite de l'expédition de Guyenne. Le Pré aux Clercs a été l'occasion, delà part de cette jeunesse bruyante et indisciplinée, de mouvements séditieux si nombreux, qu'il serait presque impossible de les mentionner tous , car ils ne cessèrent que sous Louis XIV.

La dignité de roi de la Bazoche fut révoquée par Henri III, au dire des auteurs. Bien que cette opinion soit généralement accréditée, nous croyons que cette révocation eut lieu sous François ier, sans pouvoir préciser la date, car dans les nombreux arrêts du Parlement rendus sous le règne de ce prince, il n'est jamais question que du chancelier et des trésoriers de la Bazoche, pour les permissions de spectacles et les allocations de subvention pour leurs frais. Quoi qu'il en soit, le monarque bazochien prenait son rôle trop au sérieux, car il avait coutume de se faire suivre par ses gardes , comme un roi de France se promenant dans sa bonne ville de Paris. A l'occasion des obsèques d'un Roi de la Bazoche, le nombre des suppôts ou sujets, convoqués à ses funérailles, s'était élevé à près de dix mille hommes. On s'émut de cette puissance, et cette royauté tour à tour tolérée et proscrite,

disparut définitivement: elle avait duré plus de deux les. On conserva au chancelier les droits et prérogatives qui avaient été accordés au premier dignitaire de la communauté.

Nous avons dit que les artisans, suppôts de la Bazoche, étaient obligés de mettre les armoiries de la société sur leurs enseignes. Ces armoiries consistaient en trois écritoires d'or, au champ d'azur, et, au-dessus, comme signe de souveraineté , timbre, casque et morion, avec deux anges pour support.

D'après Félibien, les armes de la Bazoche étaient composées d'une écritoire sur un champ fleurdelisé, le tout surmonté de casque et de morion, en signe de royauté

Ces trois écritoires étaient un emblème pour cette aventureuse jeunesse. C'est ce que donne à penser un couplet de la Ronde de la Bazoche, qui fut composée, à ce qu'il paraît, sous F.rançois ier. vers l'époque de la bataille de Pavie. T .e couplet :

:-e de Paris, t. I, p. 5oi,

L'encrier, la plume et l'épée Étaient les armes de Pompée.

La Bazoche est son héritière;

Elle en est fière.

Soldat clerc, le bazochien Est bon vivant et bon chrétien.

Vive la Bazoche î

A son approche

Tout va bien.

La cérémonie de la plantation du mai a été de tout temps la fête par excellence des clercs du Palais. Miraulmont et l'auteur des Statuts la comptent au nombre des plus chères prérogatives de la communauté. Elle s'est perpétuée jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

Voici comment on procédait au seizième siècle.

Le chancelier, mais le plus souvent les quatre trésoriers, présentaient requête au Parlement pour être autorisés à faire la montre des suppôts de la société et à planter le mai. La Cour, après les conclusions du procureur général , accordait ou refusait (î); les refus étaient fort rares.

Cette coutume était tellement enracinée, qu'elle était en quelque sorte obligatoire, à tel point que pour se dispenser de faire cette cérémonie, la Bazoche était dans la nécessité de recourir à l'autorité du Parlement. Nous avons été assez heureux pour trouver un arrêt du 3o mai 1589, qui décharge le chancelier et les officiers de la

(1) Archives nationales, sect. jud. , tome X. Arrêt du 28 mai 1 578, fol. 3o2. Arrêt du i5 mai 1 588, fol. 277. Arrêt du 23 mai i685, fol.

communauté, de la plantation du mai et de la montre, vu les troubles et la calamité du temps (i).

Les requêtes à fin d'autorisation contiennent quelquefois des renseignements qui éclairent vivement l'époque au point de vue des coutumes; surtout si, comme en i583, la fête doit avoir une certaine pompe.

Cette année-là les coulounel , capitaines et chefs de bande du royaume de la Bazoche, exposèrent que, de toute ancienneté, suivant les statuts et ordonnances, ils avaient coutume de faire chaque année, le dernier samedi du mois de mai, montre générale par la ville, en armes et triomphe, et de planter le mai en la cour du Palais, et à cet effet de porter habits enrichis, armes dorées et gravées (armoiries) ; toutefois , eu égard à ledit sur la réformation des habits, ils demandaient qu'il leur fût permis de porter pour la montre et plant du mai toutes sortes d'habits et armes dorées et gravées. Le Parlement faisant droit à la requête, les autorisa , à la charge qu'ils se comporteraient en toute modestie et sans insolence (2).

Mais, plus tard, aux dix-septième et dix-huitième siècles, les arrêts du Parlement ne suffisaient pas. Les Bazochiens ayant commis des dégâts considérables dans les forêts royales , on les obligea de s'adresser à la maîtrise des Eaux et Forêts pour la désignation et l'enlèvement des arbres qui devaient servir de mai. Cette administration chercha souvent des difficultés aux Clercs

(1) Archives nationales, sect. jud.,tome X, 1715, fol. 322.

(2) Archives nationales, sect. jud., tome X, 1680, fol. i65.

et contesta même leur droit, qu'ils firent, à plusieurs reprises, reconnaître judiciairement.

L'historien anonyme nous a conservé deux arrêts de la Chambre des Eaux et Forêts, qui sont une reconnaissance formelle de ce droit. Le premier de ces arrêts est du 24 mai 1621; il donne acte aux trésorier et receveurs généraux de la Bazoche de ce qu'ils ont pris fait et cause pour un marchand chargé de faire couper et enlever dans les forêts de Livry et Bondy un arbre pour faire un mai pour la décoration du Palais ; il reçoit l'appel formé par eux contre le lieutenant des maîtres particuliers des Eaux et Forêts de la prévôté et vicomte de Paris, qui leur avait fait défense de couper, ni faire couper ledit arbre. Le même arrêt ordonne que, nonobstant les défenses faites par le lieutenant et substitut du procureur général du Roi en ladite maîtrise, ledit arbre serait marqué et coupé; il fait encore défense auxdits lieutenant et substitut du procureur général du Roi en la maîtrise particulière de Paris, et à tous autres, d'y apporter aucun empêchement, à peine de cinq cents livres d'amende et de tous dépens, dommages et intérêts. Le second est du i3 mai 1634; il autorise le trésorier du Royaume de la Bazoche à faire abattre et enlever deux arbres des forêts de Livry et Bondy pour être employés au plant du mai en la manière accoutumée.

Les détails de la cérémonie de la plantation du mai étaient confiés aux soins des trésoriers de la société. Ils étaient autorisés à faire, au mois de mai, des marchés avec les tiompettes, tambours et violons, sans oublier un gantier pour la fourniture des gants, et un mercier

pour celle des livrées, qui étaient tantôt de couleur bleue et blanche , tantôt jaune et bleue comme les émaux de leurs armoiries.

Ils présentaient requête à Messieurs des Eaux et Forêts pour obtenir la livraison de deux arbres destinés au plant du mai, sur des lettres d'attache (i) qui leur étaient délivrées en suite de la décision rendue par Messieurs des Eaux et Forêts. La Bazoche était prévenue du jour où l'on devait aller marquer le mai dans les forêts de Bondy ou de Livry. Ce jour était ordinairement le dimanche qui précédait le dernier samedi de mai. Avis en était donné à l'administration des Petites Eaux et Forêts (2).

Le jour venu, le chancelier de la Bazoche, avec ses suppôts, se trouvait en la cour du Palais. Sur les sept heures du matin , le cortège se rendait dans la forêt, où, de leur côté, Messieurs des Eaux et Forêts se trouvaient pour assister à la marque ou désignation des deux arbres destinés au plant. L'avocat général de la Bazoche prononçait, sur les lieux mêmes, une harangue; après quoi l'assemblée se retirait dans un lieu indiqué d'avance pour dîner aux frais et dépens des trésoriers, de quoi ils requéraient acte à l'issue. A leur retour, le chancelier, les officiers et trésoriers rendaient visite à Messieurs les présidents, procureur général et avocats généraux du Parlement. Pendant trois jours consécutifs , il était donné des aubades dans la salle du Palais. Le vendredi suivant,

(1) On appelait lettres d'attache des espèces d'expéditions ou commissions délivrées pour l'exécution d'un arrêt ou d'une ordonnance.

(2) Nous avons sous les yeux toutes les formalités laites à ce sujet au mois de juin 1720. Archives nationales, maîtrise des Eaux et Forets.

depuis sept heures du soir jusqu'à quatre heures du matin, des sérénades et réveils étaient joués en l'honneur des dignitaires du Parlement, ainsi que de toutes les personnes désignées par le chancelier. Enfin , le samedi, sur les dix heures du matin, les fanfares recommençaient, les arbres étaient plantés , ornés des couleurs de la Bazoche, de deux grandes armoiries et de vingt-quatre petites avec des écussons portant les noms des dignitaires de la société.

Ces cérémonies étaient fort coûteuses et les frais en étaient supportés principalement par les quatre trésoriers de la société, que l'on choisissait autant que possible parmi les fils de famille les plus riches, et aussi par le Parlement, qui, sur requête à lui présentée, allouait toujours un subside considérable pour l'époque.

Ainsi, en 1 538, il accorde aux receveurs et trésoriers de la Bazoche soixante livres parisis pour frais de ^lanternent de mai et autres actes; en 1542, même somme (1); en i55i, quatre-vingts livres parisis, et en 1640, cent cinquante livres.

Les plantations de mai, comme la perception du droit de bienvenue, étaient une tradition universitaire que les recteurs, à plusieurs reprises, tentèrent de détruire, car elles étaient souvent l'occasion de rixes sanglantes entre les écoliers des diverses nations (2).

Quelques confréries de Paris , et notamment celle des orfèvres, avaient l'habitude de planter le mai devant le portail de Notre-Dame, et, s'il faut en croire Du Breuil,

(1) Archives nationales, sect. jud., tome X, 1541, fol. 411, et 1549, fol. i36.

(2) Crevier, Histoire de l'Université, tome 5, p. 343.

cette fête avait un certain éclat (i). A cette époque, c'était par des manifestations religieuses ou d'un caractère inoffensif que les corps de métiers affirmaient leur existence.... Hélas! depuis lors les temps sont bien changés!...

Mais déjà au milieu du dix-huitième siècle, les plantations de mai étaient beaucoup plus calmes; depuis longtemps le Parlement avait limité le nombre des Clercs qui devaient y prendre part. Après les aubades, ils se promenaient dans Paris, à cheval, en costumes magnifiques, au nombre de trente, en armes, avec un étendard , puis ils partaient pour Bondy en cet équipage (2).

Nous avons vu que la dignité souveraine du Roi de la Bazoche avait été abolie dans le cours du XVIe siècle, sous François Ier probablement. Les prérogatives et la puissance de cette monarchie éphémère et tolérée avaient été dévolues au Chancelier, lequel était tout à la fois garde des sceaux et premier président de la communauté.

Après les fonctions de chancelier, il n'en était pas de plus importantes que celles des trésoriers; elles étaient multiples.

Ils devaient convoquer le Conseil, les mercredis et samedis , pour donner les audiences qu'ils faisaient crier dans les lieux accoutumés par l'huissier buvetier de la Bazoche , à qui ils payaient des gages.

Ils percevaient les revenus du Royaume, tels que

(1) Du Breuil (Jacques), Le Théâtre des Antiquité^ de Paris, édition de 1612, p. 26, 27.

(2) Boucher d'Afgis, Variétés historiques, tome 3, p. 27.

droits de bienvenue et entrée des clercs au Palais, ainsi que les amendes accordées par le Parlement , la Cour des Aides et autres. Après la Saint-Martin d'hiver, ils donnaient le sujet de la cause solennelle qui se plaidait à la rentrée ou au carnaval, et faisaient les frais de sa première répétition.

Ils assistaient à toutes les audiences en habit décent, sous peine d'amende; ils soldaient les gages des employés à l'époque du carnaval.

Les fonctions de trésorier étaient fort délicates; elles se donnaient aux plus riches et aux plus dignes, et elles supposaient chez ceux qui en étaient investis la probité et l'ordre; elles étaient en même temps extrêmement onéreuses, et, à ce titre, elles étaient plutôt imposées que recherchées. Les trésoriers devaient offrir, comme le chancelier, un festin aux officiers de la Bazoche, ce que les clercs appelaient entr'eux droits et devoirs (i). Ils avaient encore à fournir les gants et les livrées aux chancelier et officiers avec les armoiries, et quand les fonds de la communauté étaient insuffisants , ils étaient obligés de payer ces frais de leurs propres deniers.

Aussi, il arrivait souvent que les dignitaires élus refusaient, ce qui les exposait aux poursuites , aux condamnations et exécutions les plus rigoureuses. Qu'on en juge :

En iSji , le Parlement avait dû déjà intervenir, lorsqu'il fut saisi de nouveau six ans plus tard, en janvier 1577, d'une plainte qui lui était portée par les sieurs Germain Mesnaige, Nicolas Gaultier, Loys Gray,

(1) Anecdotes de Jurisprudence, de Brcsson, Paris, 181 1.

— on —

Claude Voille, tous clercs de procureurs au Parlement.

Ces clercs se plaignaient qu'ayant été élus trésoriers , les chancelier et autres officiers de la Bazoche voulaient les obliger à payer leurs droits de bienvenue qui devaient être employés à des banquets; que, sur leur refus, ils avaient été poursuivis et condamnés par la cour Bazochiale, et que la décision avait été exécutée par la saisie de leurs manteaux. Ils concluaient, en conséquence, qu'il plût à la Cour faire défense aux chancelier et suppôts de poursuivre les suppliants à faire banquets , ni de procéder par exécution et saisie de leurs manteaux , sous peine de mille livres parisis d'amende (i).

Le Parlement fit droit à cette demande, ordonna que les parties feraient des communications au parquet du procureur général , et qu'il serait sursis à toutes poursuites, à peine de cent livres parisis d'amende.

Gastier rend compte assez longuement de ces faits de violence contre les trésoriers , et des abus qui étaient la suite de ces nominations imposées ; les dépenses, dit-il, étaient telles, que les trésoriers n'en étaient pas quittes , l'année de leur exercice , pour six cents livres chacun.

Au dix-septième siècle, les clercs ne se bornaient plus à la saisie des manteaux; ils allaient jusqu'à l'emprisonnement. Le Parlement fut encore obligé d'intervenir, et, par son arrêt du 26 février i656, il constate que l'élection des trésoriers était l'occasion de telles vio~ lences , voies défait et emprisonnements , que chacun

(1) Arrêt du 22 janv. 1577. Archives nationales, sect. jud., tome X, 1654, fol. 222.

refusait à cause des dépenses excessives par multiplicité de festins qni ne servent qu'à fomenter leurs débauches. En conséquence, la Cour ordonne qu'au festin donné pour la répétition de la cause solennelle, n'assisteront que le chancelier, le vice-chancelier, le doyen des maîtres de requêtes , les officiers du parquet et les quatre avocats chargés de la cause ; que la cotisation ne pourra excéder quarante livres tournois ; que les frais de la plantation du mai, voyage à Bondy, frais de marque, coupe, transport, plant, trompettes, tambours, aubades, gants, livrées et festins seront réduits à cinq cents livres tournois; que les frais de collation de la reddition des comptes , à laquelle n'assisteront que les officiers , seront modérés à soixante livres, outre les sommes allouées par le Parlement et la Cour des Aides, outre les droits de bienvenue et bec-jaune.

Défense faite aux officiers de la Bazoche d'user de contrainte, voies de fait et emprisonnement, comme aussi de choisir aucun sujet de la cause solennelle qui puisse causer scandale.

Cet arrêt contenant règlement fut publié à l'audience de la Bazoche et exécuté assez exactement par les membres de la société.

Pour en finir avec les scènes de violence que nous ne rapportons que comme traits de mœurs, et qui , à ce titre, méritent l'attention, citons-en une des plus étranges qui remonte au milieu du seizième siècle.

Chaque année, avons-nous dit, la Bazoche faisait faire à ses suppôts une montre générale. Les clercs , ceux du Châtelet compris, se divisaient en compagnies de cent

hommes, et chaque clerc était obligé d'adopter le costume qui lui était imposé par le capitaine de bande.

Or, il arriva qu'en mai i528, les sieurs Rolland Chauvreux et Jacques Daluys, clercs du Palais, furent nommés, le premier, capitaine, et le second, lieutenant de bande. Rolland Chauvreux se conforma à l'usage; il fit peindre sur parchemin un portrait, ou image, indiquant de quelle manière sa compagnie devait être accoutrée et habillée. Il avait adopté un costume de femme. Sa bande s'appelait la bande des femmes. Un sieur Colas Ami, clerc de la Bazoche, s'enrôla sous la bannière de Rolland Chauvreux, et apposa sa signature d'adhésion au bas du portrait que Chauvreux avait fait exécuter. Cette adhésion entraînait pour lui l'obligation de se trouver à la montre dans l'accoutrement prescrit, à peine d'une amende de dix écus au soleil. Colas Ami ne se rendit pas à la montre; et , ajourné par-devant le Roi de la Bazoche, il fut condamné au paiement de l'amende de dix écus. L'arrêt , levé en forme , fut signifié avec commandement de payer le montant des condamnations. Colas Ami refusa, et, comme les arrêts du Roi de la Bazoche étaient exécutoires nonobstant oppositions ou appellations quelconques, un huissier saisit le manteau de Colas Ami et le donna en garde à un nommé Jean Boisson, lequel promit rendre et représenter le manteau toutes et quantes fois il serait ordonné par le Roi de la Bazoche. Le malheureux clerc fit citer par-devant l'Official de Paris le capitaine et le lieutenant, mais ces derniers , gardiens jaloux des prérogatives de leur compagnie, en appelèrent au Parlement comme d'abus. L'avocat

de Thou (i) plaidait pour les appelants; Poyet (2) plaidait pour le Roi de la Bazoche, qui intervenait; Berryer représentait la communauté de la Bazoche; enfin Favier plaida pour Colas Ami. Après avoir demandé grâce pour son client, petitâ delicti veniâ , il commença par protester qu'il ne dirait aucune chose dérogeant à la Majesté royale de très-illustre Roi de la Bazoche, attendu sa qualité, quia Mi debetur honor , et aussi, dit-il, parce qu'il y a en la Cour de céans infini nombre de nobles personnages qui sont venus de la Basoche et de ses supposts. Arrivant aux faits de la cause, l'avocat explique pour son client que, tout dernièrement, il avait été appelé pour aller à la montre et faire partie de la bande des femmes qui marchait à pied ; qu'étant malade il n'avait pu remplir ses obligations; que, néanmoins, il avait été condamné par le Roi de la Bazoche et son chancelier à exécuter son engagement; que, sur cette condamnation, il avait présenté requête afin d'être tenu pour excusé ; que la Cour avait ordonné que deux chirurgiens se présenteraient auprès du malade et feraient leur rapport. Deux maîtres des requêtes s'étant présentés, ils trouvèrent l'intimé en la maison de sa mère , en une chambre haute , la tête coiffée d'un bonnet de nuit , un bâton à la main , et

(1) C'est sans doute Augustin de Thou dont il est ici question. 11 parut avec éclat au barreau, fut nommé conseiller, puis président, mourut en 1544; il était l'ai'eul de Jacques-Auguste de Thou, le célèbre historien.

(2) Poyet Guillaume, un des plus grands avocats du barreau de Paris, nommé successivement avocat général, président à mortier et chancelier de France. \ccusé de concussion et d'abus de pouvoir, il fut emprisonné, condamné à 100,000 livres d amende. 11 mourut en 1548.

enveloppé d'une robe de nuit fourrée. Nonobstant leur rapport , le Roi de la Bazoche avait ordonné que l'intimé irait à la montre malgré ses excuses; que, sur son refus, on lui avait ôté sa robe de dessus ses épaules, et que, devant de pareils excès, il avait cru devoir se retirer par-devant l'Official de Paris (i).

Morin, promoteur , dit qu'il désavoue la citation faite à sa requête à l'invitation de l'intimé. La Cour, après la réplique des avocats , reçoit le désistement de Colas Ami, dit qu'il a été mal octroyé par l'Official et promoteur, renvoie la cause par-devant la Cour de la Bazoche, enjoint à cette dernière de traiter amiablement ses suppôts, et pour la restitution de sa robe, dit que Colas Ami présentera requête à ladite Bazoche, etc.... Arrêt du 14 juillet 1528.

Un des privilèges des plus extraordinaires concédé par Philippe le Bel au Roi de la Bazoche aurait été celui de battre une monnaie qui avait cours entre les clercs et les marchands, de gré à gré. Miraulmont mentionne ce fait, mais il le donne sous la forme dubitative.

« L'on dict qu'autrefois le Roy de la Bazoche avait sa monoie particulière, laquelle s'exposoit entre et parmi ses supposts, et non ailleurs, sinon volontairement, et de gré à gré, qui estoit une marque vrayment royalle et souveraine; et estoit icelle monoie appelée

(1) L'Official était le chef d'une Cour ou justice ecclésiastique. Il devait être Français, gradué et constitué en ordre de prêtrise; c'était une sorte de vicaire diocésain. Son lieutenant s'appelait le vice-gérant.

Le promoteur était un magistrat attaché à une Cour ecclésiastique; il requérait d'office, comme le procureur du Roi dans les Cours laïques. Il était aussi ordinairement dans les ordres.

monoie de Bazoche, ainsi que Plaute , In pœnulo , faict mention de auro vel argento comico , que les joueurs comédiens de ce temps-là exposoient, ou celuy qu'on leur bailloit pour leurs jeux et comédies. »

On peut admettre l'opinion de Miraulmont sur l'assimilation qu'il fait de la monnaie bazochiale avec celle dont se servaient les comédiens de Rome; l'histoire du moyen âge l'autorise jusqu'à un certain point. Les papes des Fous et les archevêques des Innocents, élus par les gens d'église et par le peuple, rendaient des ordonnances et des arrêts qu'ils scellaient de leur scel épiscopal ; ils frappaient une monnaie à leur avènement. Cette monnaie, en plomb ou en cuivre, portait leur nom et leur devise. Elle servait aux suppôts, dans les processions ou manifestations publiques , comme jeton de présence ou comme signe distinctif. C'était, en quelque sorte, des sigillaires semblables à celles que les Romains s'envoyaient en présent aux Saturnales.

Ces monnaies, qui datent, pour la plupart, des quinzième et seizième siècles, n'ont point échappé à l'attention des numismates et des savants les plus graves. Ils ont noté jusqu'à la variété de leurs types et de leurs légendes.

On a supposé aussi que ces monnaies servaient aux jeux de hasard auxquels les suppôts se livraient dans les églises , jusque sur l'autel , pendant les jours de fête.

La monnaie de la Bazoche n'était peut-être pas autre chose qu'une espèce de jeton, ou jetoir , qui se portait comme marque distinctive dans les montres et jeux et représentations théâtrales auxquels cette société se livrait fréquemment. Les corporations de métiers avaient elles-

mêmes des méreaux, ou jetons de présence, qui se distribuaient dans leurs réunions.

Faut-il adopter dans son entier l'opinion de Miraulmont? La monnaie de la Bazoche était-elle véritablement une monnaie dans toute l'acception du mot, ou n'étaitelle qu'une marque distinctive, une sorte de médaille commune aux affiliés d'une même société ? En quoi consistait cette monnaie? Quelle était son effigie? S'il faut en croire le proverbe, elle n'avait pas une grande valeur intrinsèque. On disait autrefois : payer en monnaie de Basoche ; ce qui , dans le peuple, revenait à ceci: payer en paroles, donner en paiement une chose sans valeur. On le comprend, du reste, les finances de ce royaume n'étaient pas probablement le côté brillant de l'institution; les clercs et les écoliers n'ont jamais été capitalistes. Acceptons pour très-plausible l'opinion des savants sur ce point délicat ; elle concorde d'une manière remarquable avec celle de Miraulmont.

Il faut cependant ne pas omettre ce point important, c'est qu'aux XIIIe et XIVe siècles, on ba\oquait souvent les monnaies. Ba\oquer les monnaies voulait dire les altérer, les falsifier, les fondre pour enlever à leur poids une bonne partie de leurs matières précieuses, pour ne laisser en quelque sorte que l'alliage. Une charte de Philippe le Bel, de i3oc), donne cette locution avec le sens que nous rapportons (i). On sait que ce prince rendit plusieurs édits sur les monnaies pendant son règne.

La monnaie bazoquée était donc une sorte de fausse monnaie, une monnaie appauvrie , une monnaie de

(t) Voir le glossaire de Ducange au mot Ba\ocj> .-

billon. A coup sûr, si elle avait cours, c'était surtout parmi les clercs dont l'escarcelle contenait beaucoup moins de pièces d'or ou d'argent que de mailles ou de deniers. Probablement c'est dans cette altération qu'il faut chercher l'origine du proverbe payer en monnaie de Basoche. On a dû dire primitivement payer en monnaie de bazo-» que, en monnaie bazoquée, puis, peu à peu, payer en monnaie de Bazoche , ce qui a fait croire que les clercs du Palais avaient une monnaie particulière.

Mais s'ils ne battaient pas monnaie, on ne peut leur contester qu'ils frappaient des médailles dont ils se servaient comme de signe de ralliement ou pour perpétuer le souvenir d'un événement important.

Le musée d'Autun en possède une fort bien conservée, qui porte la date de 1545.

Elle n'a d'empreinte que sur une de ses faces. Dans le champ est un personnage tenant un sceptre de la main droite. Il est assis sur un trône, revêtu d'un costume de l'époque de François Ier, avec une fleur de lis de chaque côté de son siège.

Ce médaillon est en plomb et d'un grand module; il porte en légende ces mots en gros caractères romains :

ANTHONIVS PRIMVS BVRGVNDIE JWENTV- TIS ET BAZOGHIE REX OPTÏMVS (iS^5).

Cet Antoine Ier était donc à la fois roi de la Jeunesse bourguignonne et roi de la Bazoche.

Cette pièce remarquable n'était point une monnaie, c'est évident; elle est en plomb, c'est-à-dire sans valeur intrinsèque; elle ne ported'empreinte que d'un côté, et, de plus, elle est d'une dimension inusitée pour les monnaies.

-G7- On a pensé qu'eu égard à son style et à son grand diamètre, elle pouvait être l'empreinte d'un sceau.

M. de Fontenay, à l'ouvrage duquel nous empruntons ce précieux document, pense que c'était une médaille (i).

Nous sommes tenté d'adopter l'avis de M. de Fontenay.

Cette médaille était pour la société de la Jeunesse et

(î) Fragments d'Histoire nlHallique.^M J, de Fontenay. Autun, 1847, pages Q9, 2 56.

pour la Bazoche bourguignonne un signe de ralliement , c'est fort probable. On trouve dans les ouvrages de numismatique de fréquentes descriptions de méreaux d'étain et de plomb, sortes de médailles estampées seulement sur une face, et munies au revers d'une agrafe ou attache qui servait à les fixer sur les chaperons ou sur d'autres parties du vêtement. Les Bourguignons et les Armagnacs en portaient de semblables comme signes distinctifs de ralliement (i).

Les sceaux des Bazoches de Paris et de Marseille portaient dans le champ les trois écritoires d'or , avec le casque ou la couronne, mais non pas l'effigie du Roi de la Bazoche, qu'il aurait été nécessaire de changer à chaque élection.

Le sceau de la Bazoche de Reims représentait une longue écritoire flanquée de deux canifs entr'ouverts en forme de faulx, entourés de deux plumes, avec ces mots en légende : Basoche de Reims.

On a cru que la médaille ou le sceau du musée d^Autun

(i) Monnaie* inconnues des Evéques des Innocents, des Fous, etc., par Rigollot et Leber: pages 129, 186; préface, 26.

était une pièce unique; c'était une erreur. On avait trouvé en 1808, et on conservait à Besançon, un sceau en cuivre jaune portant la même effigie, et la même légende rappelant la royauté d'Antoine Ier.

Etait-ce là un sceau , une matrice ou un coin destinés à frapper les médailles ? Nous ne voulons pas nous prononcer. Nous avons décrit, en 1859, un coin semblable servant à la fabrication des médailles de Notre-Damed' Embrun, en matières de plomb ou d'étain (1). La médaille d'Autun est probablement l'empreinte du coin de Besançon, ce qui viendrait à l'appui de l'opinion de M. de Fontenay, empreinte qui pouvait, au surplus, se fixer sur la cire comme sur le plomb.

Que ce soit donc l'empreinte d'un sceau, que ce soit une médaille commémorative ou un signe de ralliement, ce méreau n'en est pas moins digne d'attention par son extrême rareté; il est une preuve de plus de l'affinité qui existait entre les Bazoches et les sociétés joyeuses qui étaient répandues dans toutes les villes un peu importantes de France. Lille et Tournay avaient un Empereur et un Prince de la Jeunesse. En Bourgogne, le Roi de la Jeunesse était en même temps le chef des Clercs du Palais. Il présidait à leurs travaux et à leurs plaisirs, et comme cette double royauté lui assurait un nombre considérable de sujets, le coin dont il s'agit dut frapper un grand nombre de médailles.

On doit en quelque sorte affirmer sans crainte d'être démenti , qu'il existait des sociétés de clercs dans toutes

(1) Pèlerinage des Rois de France à Noir e-Dame-d' Embrun, Grenoble, Maisonville, 18G0.

les villes ayant un parlement , un tribunal un peu important, prévôté, sénéchaussée, présidial ou bailliage, parce que là se trouvaient des avocats , des procureurs, des notaires et des clercs en assez grand nombre pour former une société.

Toutes avaient un sceau , et la plupart avaient frappé des médailles comme la Bazoche bourguignonne. Malheureusement jetons, méreaux et médailles , tout a disparu, comme choses de peu d'importance, et pour tout souvenir nous n'avons que la médaille de plomb du musée d'Autun, médaille plus précieuse à nos yeux que bon nombre de monnaies romaines,

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