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CHAPITRE TROISIÈME

Les clercs d'avocats. — Bazoche du Châtelet. — Son origine; — Ses débats avec la Bazoche du Parlement. — Ses luttes avec les procureurs au Châtelet. — Les clercs de notaires. — La Bazoche de Lyon. — Élection d'un Roi de la Bazoche à Lyon. — Cérémonies. — Idylle de Pierre Girinet. — Maurice Scève, bazochien lyonnais. — La Bazoche à Toulouse.

jj^jjy^ L résulte de nombreux documents que la Bazoche du Palais se composait spécialement de clercs de procureurs, de clercs d'avocats, de clercs de greffiers et de clercs de conseillers du Parlement. Les appels bazochiaux, nous l'avons vu, étaient jugés par un conseil, dans lequel siégeaient des procureurs et des avocats, anciens membres de la Bazoche. L'avocat Favier, dans le débat qui fut vidé par l'arrêt de i528, avait dit avec raison :

« Il y a en la Cour de céans infini nombre de nobles

personnages qui sont venus de la Bazoche et de ses supposts. »

Il ne faut pas perdre de vue que, jusqu'à r523, c'està-dire pendant deux siècles, le Parlement se recruta à l'élection parmi les membres du barreau, et que la vénalité des charges ne commença que vers cette époque, après plusieurs tentatives infructueuses et l'opposition sans cesse renouvelée du Parlement, qui ne céda que sur l'exprès commandement du Roi.

Les avocats , avant d'être admis aux plaidoiries du Parlement, faisaient, comme clercs, partie de la société de la Bazoche. Ce fait s'explique par la raison toute simple que les attributions de procureur et d'avocat n'étaient pas franchement délimitées, et qu'il y eut, à ce propos, de nombreuses discussions entre ces deux compagnies. Les avocats, à cette époque, signifiaient les écritures aux procès. Ces écritures, au quinzième siècle, prenaient le nom de griefs et moyens d'appel, contredits, réponses à causes et moyens d'appel, salvations , réponses à salvations, dupliques, répliques, avertissements, inventaires de production, etc. Le Parlement fit, en 1 345, un règlement, dans lequel il était enjoint aux procureurs de ne pas se charger de la direction des procès au préjudice de l'avocat de la cause. Le vague de cette disposition ne disparut que plus tard, en 1693. Un accord fut fait, cette année-là, et accepté, le 17 juillet, par les procureurs et les avocats. Il fixait la ligne de démarcation des deux compagnies, et attribuait à chacune les écritures qu'elle devait faire exclusivement, tout en désignant celles dans lesquelles il pouvait y avoir concurrence.

Il est facile de comprendre, dès lors, que les avocats,

comme les procureurs , avaient besoin d'auxiliaires,

Noël du Fail, dans ses Contes et Discours d Eutrapel , au chapitre Ier, intitulé De la Justice , nous raconte une visite à un avocat au XVIe siècle (i).

On lira ce récit où éclate à chaque ligne la bonne gaîté de nos pères ; c'est une satire mordante pleine de verve et d'un comique achevé. L'auteur écrivit certainement ce petit conte au sortir du cabinet d'un avocat consultant ; on voit la nature prise sur le fait. Ce que nous en avons retenu , c'est la présence de ce jeune clerc avec son pourpoint enflé de bourre , une plume à écrire pendante aux oreilles , et je ne sais quel parchemin en son poing signal d'un homme bien embesogné , lequel ayant fait une révérence à c. ouvert, demanda ce qu'on voulait.

Les études d'avocats ressemblaient, pour le personnel, à celles des procureurs, et, comme le nombre des premiers n'était pas limité, on comprend que leurs clercs devaient occuper une place considérable parmi les sujets du Roi de la Bazoche.

Mais à côté de la communauté des clercs du Palais, qui était la plus puissante, sans contredit, et la plus nombreuse, il en existait d'autres : il y avait la Bazoche du Châtelet, composée des clercs travaillant chez les notaires, les commissaires (i), les procureurs au Châtelet et les greniers.

(i) Du Fail , seigneur de la Herissaye, avait été conseiller du Roi au Parlement de Rennes. C'est un des excellents conteurs du XVIe siècle. Voir l'édition in-16 de Charles Gosselin, 1842, pages 1 3i et suiv.

(1) Les Commissaires du Châtelet étaient des officiers royaux subalternes. Ils faisaient les informations, apposaient les scellés , s'occupaient des ordres entre les créanciers, dressaient des comptes ; ils étaient aussi chargés de l'exécution des ordonnances de police.

Elle se qualifiait deBa{oche régnante en tiltre et triomphe d'honneur. C'est à peu de chose près la formule adoptée par les clercs du Palais. Les dignitaires de cette société se composaient d'un prévôt qui en était le chef et de quatre trésoriers, qui jugeaient les différends des suppôts de cette Bazoche.

Les clercs qui débutaient chez les notaires, commissaires ou procureurs au Châtelet, payaient pour leur bienvenue six sous parisis; s'ils s'y refusaient, ils étaient taxés àhuit, et, en cas de nouveau refus, ils étaient exposés avoir saisir leurs manteaux, chapeaux et autres objets.

La Bazoche du Châtelet soutint de nombreux procès contre celle du Palais. Quoique elle fût subordonnée à celle-ci, elle faisait tous ses efforts pour se soustraire à cette espèce de vassalité. Elle alléguait vainement que les clercs du Châtelet ne relevaient que de l'autorité de son prévôt ; la Bazoche du Palais prétendait qu'elle avait une supériorité sur l'autre, que son chef était un chancelier, que les officiers de cette société exerçaient leur charge sous le Parlement , qui était une justice souveraine , tandis que les clercs du Châtelet ne dépendaient que des baillis et prévôts, cours de justice inférieures au Parlement.

Il est vrai que, sous Philippe le Bel, lorsque le Châtelet eut cessé de faire partie des fortifications, il devint le siège des juridictions de la prévôté et vicomte de Paris ; mais on ne saurait préciser l'époque de cette installation. Les clercs de cette corporation prétendaient que la juridiction du Châtelet était reconnue longtemps avant la réorganisation opérée au commencement du XIVe siècle, et qu'ils étaient réunis en confrérie depuis 1278; que,

dès lors, ils ne devaient être soumis qu'à l'autorité qui régissait cette communauté.

Pendant deux siècles une rivalité ardente régna donc entre les deux sociétés; elles se prodiguaient les coups, les injures, et les épithètes les plus grossières. Les clercs du Parlement méprisaient fort ceux du Châtelet qu'ils appelaient les tripiers : quelques arrêts donneront une idée des débats qui existaient entre ces deux compagnies. Il en est un du 27 mars 1604, et voici dans quelles circonstances il fut rendu :

Un clerc fit appeler devant le prévôt des clercs du Châtelet un nommé Neson pour lui payer la somme de quatre écus. Neson déclina cette juridiction ; il dit qu'il était clerc de Lemée, procureur du Parlement, et demanda son renvoi par-devant le chancelier de la Bazoche. Le demandeur insista et prétendit que Neson ne s'était mis chez un procureur du Parlement que pour frauder la juridiction du Châtelet. Neson persista dans ses conclusions , qui tendaient à fin de non procéder. Le prévôt des clercs débouta Neson qui appela de ce jugement; mais, avant qu'il eût été statué sur cet appel, le prévôt, par un second jugement, le condamna à payer les quatre écus. Neson appela de ce jugement à la Bazoche, et, la cause se plaidant, le procureur général de la Bazoche se permit de dire que c'était une ânerie et une ineptie du prévôt des clercs du Châtelet d'avoir jugé définitivement avant qu'il eût été statué sur V appel. Le prévôt des clercs du Châtelet se prétendit injurié; il s'adressa au lieutenant civil, porta plainte et demanda permission d'informer. Le magistrat autorisa, et, après l'information, il décréta ajournement contre le chancelier et l'avocat général de la Bazoche.

Ces derniers en appelèrent de sa décision et décrétèrent, à leur tour, ajournement personnel contre le prévôt des clercs.

Cette cause présentait plusieurs questions à résoudre : d'abord , celle des injures, qui était de la connaissance de la Tournelle ; secondement, le conflit sur l'homologation des statuts et la suprématie prétendue de la Bazoche du Palais sur les clercs du Châtelet ; enfin, l'appel de la Bazoche du Palais sur le décret du prévôt de Paris ou de son lieutenant. Le Parlement rendit un arrêt qui cassait la décision du prévôt de Paris, condamnait les intimés aux dépens taxés à dix livres parisis ; et faisait défense au dit prévôt de prendre connaissance de ce qui serait ordonné par les officiers de la Bazoche.

Cependant , au commencement du XVIIIe siècle, la Bazoche du Châtelet paraît avoir secoué à peu près complètement le joug que lui imposait trop durement sa rivale. Un arrêt, du vendredi 4 mars 1701, donné in extenso par Brillon, révèle quelques détails qu'il faut rapporter.

Les bazochiens du Palais, offusqués de ce que l'avocat de la Bazoche du Châtelet prenait la qualité d'avocat général, avaient rendu un arrêt par lequel ils lui faisaient défense d'usurper ce titre. Ils le firent signifier le jour de la Saint-Nicolas, qui était la fête des clercs du Châtelet. L'huissier chargé de la signification arriva au moment où l'avocat de la Bazoche du Châtelet prononçait son discours : grande rumeur, et, pour l'injure faite au Tribunal , l'huissier fut mis en prison. Permission d'informer de la part des bazochiens du Palais ; prise de corps contre sept ou huit bazochiens du Châtelet ; empri-

— 77 ~ sonnement ; appel de ces derniers. Après des conclusions remarquables de M1* Portail, avocat général, le Parlement rendit un arrêt qui déclarait nulle la procédure faite par les bazochiens du Palais , sans dommages - intérêts , dépens compensés , et , quant à la supériorité de la Bazoche du Palais sur celle du Châtelet, il renvoya à la Grand'Chambre.

Un arrêt du Parlement, du 5 avril i63i, avait déjà porté un rude coup à l'autorité bazochiale du Palais. La Cour souveraine avait débouté de leurs prétentions les clercs de la Bazoche, qui demandaient que défenses fussent faites aux clercs de notaires de se distraire de la justice de la Bazoche.

Cependant Dareau soutient la supériorité de la Bazoche du Palais sur celle du Châtelet. Il se livre à un sérieux examen de cette question et tout en reproduisant les arguments pour et contre, il constate avoir eu en main la copie d'un ancien jugement dans lequel la Bazoche du Châtelet prend le titre de Basoche souveraine et primitive de France, régnante en tiltre et triomphe d 'honneur au Châtelet de Paris. Malgré cette formule exécutoire si retentissante et si respectable, il croit que la Bazoche du Châtelet, lors de sa création, n'était qu'une communauté sans juridiction, et il conclut ainsi :

« S'il est permis de dire notre façon de penser à cet égard, il semble, effectivement, d'après les pièces qui nous ont passé sous les yeux, que l'indépendance qu'affecte aujourd'hui la Bazoche du Châtelet est tout-à-fait déplacée, et que, quelque longue que puisse être sa possession de juger souverainement, cette possession n'a pas pu détruire l'espèce de hiérarchie fondamentale que

- 7§ l'on découvre dans l'institution de la Bazoche du Palais. »

L'opinion de Dareau, qu'il faut adopter, s'appuie d'un assez grand nombre de décisions judiciaires, qu'il n'a pas cru devoir invoquer ou qu'il ne connaissait pas (i). Aux XVIe et XVIIe siècles, la prétention du Châtelet ne s'était pas encore manifestée judiciairement , et les appels des décisions du prévôt se jugeaient par la Bazoche du Palais.

En 1757, les procureurs au Châtelet cherchèrent à anéantir la Bazoche, dont leurs clercs faisaient partie, mais leurs efforts amenèrent une vigoureuse résistance de la part de ces derniers. Ils fouillèrent dans leurs archives, et trouvèrent un grand nombre de pièces qui constataient l'existence de cette communauté.

« Me Ribert, avocat au Parlement, ditDareau, nous a

(1) On peut invoquer, entre autres, les décisions suivantes des magistrats du Châtelet, impliquant la reconnaissance de l'autorité de la Bazoche du Palais :

Une sentence du Châtelet, du 7 août i63i, qui renvoie par-devant les chancelier et officiers de la Bazoche une cause entre un clerc d'avocat et un clerc de procureur ;

Une autre sentence du Châtelet, du 18 juin 1642, renvoyant devant le chancelier de la Bazoche une cause entre un clerc du Palais et un clerc du Châtelet ;

Un arrêt de la Bazoche, du 19 avril i5o,5, statuant sur un appel formé par un clerc du Châtelet, d'une décision d'un prévôt des clercs du Châtelet, dans un débat soutenu contre un autre clerc du Châtelet ;

Un arrêt de la Bazoche, du 3i mars 1661, sur un appel des clercs du Châtelet, contre d'autres clercs du Châtelet, d'une décision de leur prévôt ;

Un arrêt de la Bazoche, du 5 juillet i6o3, statuant sur un appel formé par un clerc de la Bazoche du Palais, appelant de la décision rendue par le prévôt de la Bazoche du Châtelet en faveur d'un clerc du Châtelet.

" 79 — communiqué un mémoire in-folio, à la fin duquel sont imprimées tout au long les pièces justificatives de l'existence de cette Bazoche ».

Ils trouvèrent même une preuve irrécusable de son existence dans les statuts de la communauté des procureurs, qui disposent formellement que nul ne sera reçu procureur, qu'il n'ait été clerc dix ans, s'il na été prévôt ou trésorier de la Basoche.

Il paraît qu'il en était à la Bazoche du Châtelet comme à celle du Palais, où les fonctions de chancelier dispensaient de la justification des dix années de cléricature, lorsque ces dignitaires se présentaient pour remplir les fonctions de procureur.

Les clercs s'adressèrent aux magistrats du Châtelet et leur soumirent la contestation que leur faisaient les procureurs. Après avoir pris connaissance des pièces produites de part et d'autre, le Châtelet arrêta un règlement à peu près semblable à celui qui était intervenu entre les procureurs du Parlement et les clercs de la Bazoche du Palais. Ce règlement est à la date du 2 août i757.

Voici ses principales dispositions :

Il exigeait , pour être nommé procureur , dix ans de cléricature, constatés sur un registre tenu par les officiers de la Bazoche et enfermé au Châtelet dans une armoire.

Les clercs étaient tenus de renouveler leurs inscriptions tous les ans.

Les procureurs devaient avoir un registre sur lequel le nom de leurs clercs serait inscrit, et ils ne pourraient donner leur admittatur qu'en visant le certificat de cléricature délivré par la Bazoche.

Les fils de procureurs étaient soumis à la nécessité de l'inscription et de la vérification pendant cinq ans.

Enfin, les difficultés entre les clercs et les procureurs au sujet de ce règlement devaient être jugées par les magistrats du Châtelet.

Les procureurs n'en furent pas satisfaits ; ils se pourvurent par appel devant le Parlement, sous prétexte que le Châtelet n'avait pas le droit de faire des règlements ; mais leurs prétentions ne furent pas accueillies. Il fut établi qu'avant que le Parlement eût été réorganisé , le Châtelet réglait, de son autorité, tout ce qui pouvait concerner la police de son tribunal; qu'on pouvait d'autant moins disputer ce droit au Châtelet, qu'il l'avait toujours exercé sans que le Parlement le lui eût jamais contesté ; que le règlement qu'on attaquait ne devait pas l'offenser; que les magistrats du Châtelet s'étaient conformés aux arrêts et règlements que le Parlement avait rendus entre les procureurs et les clercs du Parlement ; que, dès lors, il n'y avait rien que de très-sage et de trèsconforme aux mesures prises par la Cour suprême.

A partir de ce moment, la Bazoche du Châtelet prit une nouvelle consistance ; elle tint régulièrement ses audiences, observa ses statuts et veilla à la conservation de ses droits. Comme les clercs du Palais, elle soutint des débats pour la délivrance des certificats de cléricature. Ainsi, en 1762, un clerc, qui avait travaillé longtemps chez un procureur au Parlement, se présenta pour obtenir l'office d'un procureur au Châtelet. Les officiers de la Bazoche du Châtelet soutenaient que ce clerc n'ayant pas fait tout son temps chez les procureurs au Châtelet, devait être refusé. Les magistrats du Châtelet furent de

— 8r — cet avis ; mais, sur l'appel au Parlement, la Cour, par arrêt du 17 février 1762, déclara que le temps de demeure et de travail chez le procureur au Parlement serait compté à ce clerc pour compléter les dix années prescrites par les règlements.

Dans les sièges où il n'y avait pas de Bazoche, les procureurs eux-mêmes délivraient les certificats de cléricature. Le temps de cette cléricature pour les présidiaux et les bailliages était ordinairement de cinq ans.

Les clercs de notaires, nous l'avons vu, faisaient partie de la Bazoche du Châtelet. Dans les provinces où des Bazoches existaient, elles se composaient, en général, de tous les clercs, sans distinction. Ainsi, à Marseille, le Roi de la Bazoche était un clerc de notaire , tandis que les clercs de notaires de Paris s'étaient soustraits à l'autorité de la Bazoche du Palais. Nous avons déjà cité un arrêt du Parlement , du 5 avril i63i , qui la débouta de sa demande tendant à ce que défenses fussent faites aux clercs de notaires de se soustraire à sa justice.

Cependant , il résulte d'un arrêt de la Bazoche, en date du 24 mars 1599, que les clercs de notaires ne pouvaient aspirer à aucune des dignités bazochiales. Cet arrêt intervint sur la requête à elle présentée par Jean Barnabe, ancien suppôt et lieutenant delà Bazoche de Loches, qui voulait faire redresser les abus et cesser les injures auxquelles les dignitaires de cette Bazoche avaient été en butte.

Dulaure , dans son Histoire de Paris, dit que la communauté des clercs de notaires du Châtelet, en 1483, à l'entrée de la reine, joua un mystère, dont les frais s'élevèrent à 16 livres. Il ne faut pas perdre de vue qu'à cette époque le mot notaire n'avait pas la même signifia

cation qu'aujourd'hui. Les notaires près les tribunaux étaient des garde-notes , sortes de commis greffiers tenant les audiences et recevant les minutes des jugements, les actes , traités et conventions des parties ; ils réunissaient, par conséquent , deux sortes de fonctions qui n'étaient pas incompatibles.

Mais le notaire (notarius) qui avait reçu ces rotes ou minutes n'était pas autorisé à les conserver ; il les portait à un officier public , connu sous le nom de tabellion , ou gardien de l'acte (tabularius) , qui rédigeait une table chronologique, ou alphabétique, à l'aide de laquelle il classait les minutes qui lui étaient remises par le notaire. C'était cet officier public qui délivrait des expéditions ou grosses de la minute. On disait d'un acte expédié par le tabellion , qu'il était tabellionné. Le tabellion avait foi en justice pour la sincérité de son expédition, comme le notaire l'avait sur la véracité de la minute.

L'office de notaire, tel qu'il existe aujourd'hui, se partageait donc en deux, primitivement. Peu à peu les notaires devinrent eux-mêmes tabellions ; les deux noms comme les deux fonctions, se confondirent : plerumque pro eodem accipiuntur.

La juridiction la plus importante pour l'office de notaire était celle de la prévôté de Paris, dont nous avons parlé sous le nom de juridiction du Châtelet. Saint Louis avait attaché à ce tribunal soixante notaires, qui s'appelaient notaires au Châtelet. Ce nombre avait été considérablement augmenté. Plus tard, Philippe le Bel maintint le chiffre fixé par saint Louis et fit rayer tous ceux qui lui avaient été dénoncés comme convaincus d'ignorance et de mauvaise vie. Les notaires à Paris jouissaient d'une

assez grande considération, mais dans les justices subalternes le tabellionnat était dans un complet discrédit. C'était ordinairement le barbier ou le boucher du village qui en remplissait les fonctions. Philippe le Bel réprima cet abus par son ordonnance de juillet i3o4 ; il fit défense de cumuler l'état de notaire avec celui de barbier ou de boucher, sous peine de destitution de l'office de notaire (i).

Nous n'en dirons pas davantage sur les notaires au moyen âge ; ce n'est pas ici le cas de faire l'historique de cette corporation. Notre but a été de faire connaître, en quelques mots, l'importance qu'avaient acquise ces fonctionnaires, pour déterminer, par comparaison, celle que leurs clercs pouvaient avoir dans la communauté des clercs du Châtelet.

Miraulmont a dit par erreur « qu'il n'y a Bazochequ'à Paris. » Il y en avait dans beaucoup de villes de province; nous en avons cité plusieurs au chapitre II , nous pourrions y ajouter celles de Tours et de Marseille. Ainsi, en 1596, lorsque le siège de la sénéchaussée fut établi à Marseille, il se créa tout de suite une société de la Bazoche. Le Roi était ordinairement un clerc de notaire ; il nommait lui-même son successeur et se qualifiait par la grâce du bonheur , Roi de la Basoche. Il prêtait serment entre les mains de son chancelier. Les armoiries de la Bazoche de Marseille étaient trois écritoires surmontées d'une couronne fleurdelisée.

(1) L'article 25 de l'ordonnance de Philippe le Bel s'exprime ainsi : Item. Tabelliones seu notarii publici , auctoritate nostrâ , nullo vili officio , vel ministerio sese immisceant vel utantur, nec carnifices vel barbitonsores existant. Quod si fecerint, ipsos post monitionem légitimam privari volumus officio suprà dicto.

La Bazoche de Lyon était célèbre. Elle fut tour à tour autorisée, supprimée, rétablie. Brillon cite un édit portant rétablissement de la Bazoche en faveur des clercs et praticiens de la sénéchaussée de la ville de Lyon. Cet édit est de février i652. Rétablie au mois de septembre de la même année, elle fut supprimée par un nouvel édit du mois d'août i653.

L'historien anonyme parle souvent, dans son ouvrage, de la Bazoche de Lyon qui relevait de la Bazoche du Parlement de Paris. Il cite, entre autres, un arrêt de la Cour bazochiale sur l'appel porté devant elle par Me Isaac Charvière, appelant de l'élection faite de sa personne pour être prince de la Bazoche, le 5 avril 1 588 (i). M. Péricaud aîné, ex-bibliothécaire, dans ses notes et

(i) Voici cet arrêt :

« Veu par la Cour le congé deffaut obtenu par les officiers de la Bazoche « de la ville de Lyon , et le procureur de la principauté d'icelle , « anticipans et demandeurs, et requérant le profit et adjudication dudit « congé défaut, à rencontre de Me Isaac Charvière appellant de l'eslec- « tion faite de sa personne pour estre prince de la dite Bazoche, le « cinquiesme jour d'avril dernier, et de ce qu'en conséquence d'icelle, il « a esté ordonné qu'il fera le serment , anticipé et adjourné pour voir « adjuger le profit du dit congé défaut. La demande sur le profit du dit « congé défaut, lettres d'anticipation et exploict fait en vertu d'icelles. « Le dit congé défaut à faute de comparoir. Exploicts faits en vertu « d'icelle. Sentence dont est appel, et tout ce qui a esté mis et produit « par devers la dite Cour ; et , tout considéré , il est dit que le dit « congé défaut a esté bien et deuement obtenu, et pour le proffit d'ice- « luy. La dite Cour a déclaré et déclare le dit appellant descheu de ses «< dites appellations , et ordonné que ce dont a esté appelle sortira son « plein et entier effect , et les condamne en l'amende et es despens des « dites causes d'appel du dit congé défaut et de tout ce qui s'en est « ensuivy. Prononcé le trentiesme septembre mil cinq cens quatre- « vingts-huit. Signé Vincent. »

Les dignités bazochiales étaient excessivement onéreuses. Les élus cherchaient souvent à les éviter ; nous avons eu déjà plusieurs fois occasion de signaler ce fait.

documents pour servir à l'histoire de Lyon sous le règne de Henri III, reproduit à la date du 1 1 mai 1578 une note relative à la Bazochede cette ville ; elle fournit des détails curieux sur cette société.

Il paraît en effet que les Bazochiens lyonnais n'imitaient en rien leurs confrères de Paris ; au lieu de faire du tapage, des montres , et déjouer des comédies, ils organisaient des cérémonies religieuses, des processions, faisaient dire des messes auxquelles leur prince et toute la confrérie assistaient dévotement.

Philibert Girinet, chevalier de l'Église de Lyon, nous a laissé, dans un poème latin, des détails fort intéressants sur cette Bazoche. Ce poème a pour titre : Philiberti Girineti de Pétri Gauteri in pragmaticorum Lugdunensium principem electum Idyllion (1).

L'idylle de Girinet a été traduite par M. Breghot du Lut, conseiller à la Cour d'appel de Lyon, qui la publia avec des notes précieuses (2). M. Breghot du Lut, ainsi que Colonia, l'auteur de V Histoire littéraire de Lyon , croyait cette idylle inédite; mais elle se trouve imprimée dans une curieuse compilation de poèmes latins, due à Gilbert Cousin, de Nozeroy en Franche-Comté, connu sous le nom latin de Cognatus (3).

(1) Le titre, que nous reproduisons textuellement , est incorrect ; il faut lire electione au lieu de electum, et la phrase se fait ainsi : Idyllion Philiberti Girineti de electione Pétri Gauteri in principem pragmaticorum Lugdunensium.

(2) Petite brochure de 27 pages, tirée à 100 exemplaires. Lyon, impr. d'Ant. Périsse, i838.

(3) Ce volume rare porte le titre de Bucolicorum auctores xxxvm, Basilece, 1546, in-8. En comparant la version de M. Breghot du Lut avec celle de l'édition de Gilbert Cousin , on trouve de notables différences. Cette dernière est beaucoup plus exacte.

Le poème de Girinet roule en entier sur l'élection d'un Roi de la Bazoche qui s'appelait Pierre Gauthier, et sur les fêtes de la plantation du mai qui l'accompagnèrent.

C'était au moi de mai , dit le poëte ; les clercs se réunirent, suivant l'usage, pour se choisir un Roi. Nos suffrages unanimes se portèrent sur Pierre Gauthier, qui appartenait par sa naissance à une race noble et illustre.

Sitôt l'élection faite , deux de ses principaux sujets relevèrent sur leurs épaules et le portèrent en triomphe, escortés d'une foule nombreuse , puis l'assirent sur un trône superbe, et mirent dans sa main droite un sceptre doré.

Cette marche triomphale rappelle celle qui se faisait dans Paris pour le Pape des Fous après son élection ; il parcourait la ville aux flambeaux, suivi de tous ses sujets. Il est probable que la Bazoche de Lyon avait emprunté cette cérémonie à cette ancienne coutume. Du reste, nous n'avons rien trouvé dans l'histoire des Bazoches de Paris qui permette de supposer que les clercs du Parlement et du Châtelet eussent adopté le même cérémonial.

Le Roi nouvellement élu , après avoir désigné les fonctionnaires de son Royaume (i), donna des ordres pour la cérémonie au mai. Trois sapins furent apportés dans la ville. L'un fut planté devant la demeure de Jean du Peyrat, qui était alors lieutenant-général de la sénéchaussée, et au Gouvernement de Lyon, en l'absence du

(i) Nouvelle différence avec les Bazoches de Paris, où les fonctions étaient soumises à l'élection.

maréchal de Saint-André ; le second devant celle de Jean Tignat, juge ordinaire de Lyon, et le troisième, devant le palais du Roi de la Bazoche (i).

Nous ne suivrons pas le poëte dans la description animée qu'il fait de la visite du jeune monarque à toutes les églises de la ville, où il fut reçu en grande pompe par le clergé, et des fêtes auxquelles il assista à Saint- Just et à File-Barbe. S'il faut en croire l'historien, le voyage de l' Ile-Barbe se serait fait dans de petites barques, au bruit du canon. Le Roi de la Bazoche aurait été accompagné d'un brillant cortège de soldats, commandés par leurs officiers, en tête desquels figurait le lieutenant du Peyrat. Un festin splendide aurait été offert par le monarque à ses nombreux suppôts et à une foule d'invités, dans une maison de campagne située au milieu de l'espace qui sépare l'île de la ville. Enfin, son entrée dans la ville, au retour de son excursion, fut, dit Girinet, accueillie par les applaudissements d'une foule empressée.

Il faut faire la part de l'exagération poétique, et admettre que Philibert Girinet a coloré un peu chaudement son récit. Cependant son idylle, par les détails précis qu'elle donne, soit sur les hommes, soit sur les événements qui se passèrent à cette occasion, ne laisse pas de présenter une valeur historique qu'on ne peut lui contester. Il est hors de doute que ce Pierre Gauthier appartenait à une famille honorable de l'époque. La fête splendide qu'il offre à ses amis n'est pas de celles que

(i) La plantation du mai dans la Bazoche de Paris et l'élection du Roi ne se faisaient jamais simultanément. La première avait lieu au mois de mai , et l'élection du Roi ou du chancelier au mois de novembre.

peut donner un Roi de la Bazoche ordinaire, réduit aux simples ressources d'un étudiant.

La société des clercs de Lyon était , sans doute , à l'époque où cette idylle fut composée, dans sa plus grande splendeur. Ce devait être sous François Ier, du vivant d'un poëte célèbre de Lyon, Maurice Scève, qui avait fait partie lui-même de la société de la Bazoche , en sa qualité d'avocat (i). Clément Marot, à son passage à Lyon, s'était lié d'amitié avec Scève, et lui avait même adressé une épigramme à propos de la musique, que celui-ci l'engageait à apprendre.

Les oreilles de tous, dit Girinet, furent charmées par les discours de l'éloquent Maurice Scève, ce poëte divin, que couronne à juste titre le laurier d'Apollon.

Ce qui frappe à la lecture de cette idylle, c'est le détail caractéristique que nous avons déjà signalé. Les clercs lyonnais donnaient à leurs manifestations tout l'éclat possible, mais leurs cérémonies s'alliaient à un sentiment religieux qu'on chercherait vainement dans les élections , montres et plantations de mai des clercs parisiens. Le Roi de la Bazoche de Lyon , après son élection, visitait toutes les églises de la ville, et il y était reçu en grande pompe par le clergé.

Une autre remarque importante, c'est la présence de

(i) Maurice Scève a laissé plusieurs poésies, entre autres deux églogues , dont l'une a pour titre Avion , et l'autre la Saulsaye, èglogue de la vie solitaire; puis d'autres productions, et un poème du Microcosme, ou Petit monde. On doit encore à ce poëte un recueil de dixains sur l'amour, intitulé Délie object de plus haulte vertu.

Une réimpression de la Délie a été faite à Lyon, par N. Scheuring, chez Louis Perrin, en 1862, sur papier teinté et d'après l'édition de 1544. La notice biographique qui la précède est de notre ami Alfred de Terrebasse, qui a voulu garder l'anonyme.

Maurice Scève et de Philibert Girinet dans la Société des clercs lyonnais. Maurice Scève lut une pièce de vers et Girinet se fit l'historiographe poétique de l'élection de Pierre Gauthier , à laquelle l'un et l'autre prirent part.... Illo dignamur honore. « Nous le jugeâmes digne de cet honneur. » — La version de M. Breghot du Lut est celle-ci: Illo dignantur honore: « Ils le jugèrent digne de cet honneur. » Ce qui est bien différent.

Les détails que donne Girinet sont ceux d'un témoin oculaire; Gauterum acclamant, « ils nomment Gauthier par acclamation; » una fuit sententia, « il n'y eut qu'une seule voix ; » et dans sa latinité on retrouve l'écolier , le jeune homme tout plein de souvenirs classiques, de réminiscences virgiliennes, que les années n'ont point encore fait oublier. L'auteur était alors un jeune bazochien de 18 à 2 5 ans, ce qui fixerait sa naissance dans les quinze premières années du XVIe siècle.

L'idylle de Girinet, qu'on nous pardonne d'insister sur ce sujet, fut composée suivant nous de i53oà 1 5 3 5 : dans tous les cas ce poème est antérieur à l'année 1546, qui est celle de l'édition de Bâle. Sa date se rapproche de i535, car il y est question de Hugues du Puy, qui était conseiller échevin à Lyon vers 1537.

On pourra s'en convaincre par la suite ; l'histoire de la Bazoche dans toutes les provinces amènerait quelques détails nouveaux au point de vue local, quelques différences dans les coutumes et les cérémonies , mais le fond de l'institution, comme société, son but et son utilité sont partout les mêmes.

Nous avons dit précédemment que la Bazoche du Palais avait le pouvoir d'accorder des lettres d'érection aux

juridictions bazochiales delà province (i); elleles octroyait volontiers, mais elle était très-jalouse de cette prérogative, et résistait énergiquement à toutes les entreprises qu'elle pouvait considérer comme une usurpation. On en trouve la preuve dans un arrêt rendu par elle dans un débat entre la Bazoche de Verneuil, celle de Moulins et quelques clercs, sur l'appel d'un jugement rendu par ces deux juridictions. Un doute s'éleva sur la question de savoir s'il y avait Bazoche, et si le président et le trésorier, mis en cause, n'avaient pas usurpé leurs fonctions. La Cour prit une décision, par laquelle il était ordonné que, dans le mois de sa signification, Jamin, se disant président de la Bazoche de Verneuil, déposerait au greffe de la Cour les lettres et titres de l'érection de cette juridiction ; à défaut de quoi , l'exercice en demeurerait interdit. Cet arrêt est à la date du 24 novembre 1601.

Le Parlement de Toulouse était, sans contredit, après celui de Paris, la Cour souveraine la plus importante. Sa juridiction s'étendait sur un territoire immense, jusqu'à quelques lieues de la ville de Lyon, sur les bords du Rhône, à Annonay.

(1) Voici en quels termes se faisait cette érection:

La Bazoche régnant de triomphe et tiltre d'honneur, salut, sur la requeste judiciairement faite par le procureur de communauté, tendant à ce qu'il pleust à lettres d'érection, création et establissement d'un siège, cour et jurisdiction bazochialles, donnée et concédée aux clercs du dit siège de Chaumont en Bassigny, suivant et conformément aux statuts attachez ausdites lettres, sous le contre-scel de notre chancellerie. La Cour, en entérinant ladite requeste, ouysurcele procureur général , a ordonné et ordonne que sur le reply des dites lettres sera mis, leuës, publiées et enregistrées, pour en jouyr par les impétrans, aux charges y contenues, et que les appellations qui seront interjettées ressortiront au dit Royaume, conformément ausdits statuts. Fait au dit Royaume, le vingt-uniesme jour de février mil cinq cens quatre-vingt-six. Signé Bernard.

— gi —

La Bazoche de Toulouse était aussi , après celle de Paris, une des plus célèbres. Elle se recrutait parmi les étudiants en droit qui affluaient dans cette capitale du midi.

Nous n'avons pu recueillir sur cette association que des documents épars, mais suffisants si l'on considère le cadre étroit dans lequel nous nous sommes placé , et en dehors duquel reste l'historique complet des associations bazochiennes de la province.

La Bazoche de Toulouse était organisée comme celle de Paris; elle était aussi une des plus anciennes avec celles de Grenoble, Dijon et Bordeaux, ainsi que le constate la poésie d'André de la Vigne , Complaintes et épitaphes du Roy de la Basoche, dont nous avons parlé au chapitre premier et sur laquelle nous aurons à revenir. La Roche Flavin lui a consacré un chapitre dans son histoire des treize Parlements de France.

Un écrivain contemporain , M. Amédée - Thomas Latour, mort il y a quelques années, juge au tribunal de Toulouse, a consacré quelques pages à l'histoire de la Bazoche de cette ville (i) toujours prête à appuyer la résistance du Parlement dans ses luttes avec l'autorité royale. Nous rapportons d'après lui le fait suivant :

M. Baour, père de M. Baour- Lormian, membre de l'Académie Française, avait imprimé une notice détaillée sur la Bazoche, sur son origine, ses statuts, ses droits. Cette publication excita l'humeur des bazochiens II est à regretter que M. Thomas Latour ne nous ait pas dit la cause de cette colère. La Cour bazochiale rendit , le

(!) Sa brochure est cataloguée dans notre chapitre bibliographique.

22 avril 1776, un arrêt qui défendait au sieur Jean- Florent Baour, écuyer, imprimeur -libraire, scelleur de la grande chancellerie de France, de rien imprimer dans la Galette dite de Toulouse, ni dans tout autre ouvrage, qui fût relatif à la Bazoche et à ses privilèges , sous peine d'amende, de prison et de dommages-intérêts. Les bazochiens ne s'en tinrent pas là : ils persécutèrent le malheureux imprimeur, qui eut recours au Parlement et demanda la cassation de l'arrêt de la Bazoche. La Cour rendit, en assemblée générale, le 28 août de la même année, un arrêt qui cassa le prétendu arrêt de la Bazoche, comme abusif, attentatoire aux droits du Parlement , et contraire en sa forme et teneur aux privilèges et concessions octroyés à ladite Basoche par l'édit de son institution, rendu par le roi Philippe le Bel, en i3o3, et par celui du 2 janvier 1548, du roi Henri II.

Nous le répétons : nous avons vainement cherché cette ordonnance de i3o3 ; elle a été introuvable pour nous. Il est à présumer que le Parlement de Toulouse, en 1776, adopta de confiance un édit qui n'a probablement jamais existé.

Il est remarquable, au surplus , que Duluc, Gastier , Miraulmont , n'en disent pas un mot. Quant à l'édit de Henri II, du 2 janvier 1548, son anthenticité est encore plus problématique : c'est la première fois que nous le trouvons cité. Les historiens que nous avons consultés à ce sujet se taisent unanimement. L'aurait-on confondu avec la prétendue donation faite par ce# prince aux bazochiens du Pré aux Clercs à la suite de l'expédition de la Guyenne ? Nous savons déjà à quoi nous en tenir sur la valeur de cet autre document.

Nous ne suivrons pas M. Amédée-Thomas La tour dans les détails qu'il nous donne sur la Bazoche de la ville de Toulouse ; nous aimons mieux renvoyer le lecteur à sa brochure, qui est remarquable sous plus d'un rapport. Qu'il nous soit permis d'émettre le vœu qu'un écrivain toulousain consacre quelques-uns de ses loisirs à des recherches sur les bazochiens de la province; il serait peut-être curieux de remettre au jour la publication de M. Baour ; il serait possible aussi de trouver dans les archives du Parlement de Toulouse des documents relatifs à l'association des clercs dans le midi de la France. Toulouse fut une ville de poésie et de troubadours : les clercs de la Bazoche y ont donné sans doute des représentations théâtrales, mystères, moralités, farces et sotties. Puisse l'étude à laquelle nous nous livrons inspirer à quelque chercheur des antiquités nationales le désir de compléter notre œuvre.

Dans ses complaintes et épitaphes du roi de la Bazoche, André de la Vigne cite les Bazoches de Dijon, de Grenoble et de Bordeaux comme étant le plus en renom de son temps avec celle de Toulouse. Malgré nos efforts nous n'avons rien trouvé sur celle de Grenoble , et c'est avec peine que nous le constatons, en qualité de Dauphinois qui ne voit rien au-dessus de sa belle et intelligente province. Le Parlement de Grenoble étant un des plus anciens, il est certain que la société des clercs devait y être prospère. Elle existait à Vienne et son chef prenait le nom d'abbé de la Bazoche et jouait un certain rôle , car nous le trouvons à cheval se rendant avec les autorités au devant des grands personnages faisant leur entrée dans cette ville.

Depuis que notre travail sur les Bazoches s'est répandu, nous avons constaté avec une vive satisfaction la publication d'un certain nombre de monographies sur les sociétés de clercs de province.

La plus importante est celle de M. Charles Muteau sur les clercs de Dijon , travail excellent et d'une certaine étendue (i). Nous ne signalerons de cette étude que le passage dans lequel il constate que, parmi les sociétaires de la Mère-Folle de Dijon, on trouvait, à côté des ouvriers et des marchands, des bourgeois, des avocats, des procureurs, des officiers du Parlement et de la Chambre des comptes, et nous pouvons ajouter des clercs du Palais. On aura beau le contester, la Bazoche dijonnaise existait depuis longtemps et André de la Vigne n'eut garde de l'oublier dans ses complaintes et épitaphes. Nous aurons plus tard à tirer un argument de la présence des clercs du Palais parmi les membres des sociétés joyeuses comme la Mère- Folle et les Enfants sans souci.

La Bazoche de Dijon prend deux fois la parole sur la tombe du roi Pierre.

Puisque la mort a si tôt endormi

Le chef royal et le seigneur haultain

Qui mon espoir tenait sur et certain ;

Je prie à Dieu qu'en vray repos soit l'ame.

Ce n'est pas très-brillant comme poésie, mais ces vers , tout mauvais qu'il sont, démontrent que la société des clercs de Dijon existait sur la fin du XVe siècle; c'est

(i) Muteau Charles. Les Clercs à Dijon, note pour servir à l'histoire de la Bazoche, Dijon ? Jules Picard . 18.^7, in-8°; 70 pp.

important à retenir pour ceux qui voudraient nier de nouveau son existence.

La Bazoche de Bordeaux a eu également son historiographe en M. Brive-Cases, magistrat comme M. Muteau : son travail ayant pour titre Notice historique sur la Basoche de Bordeaux du XVe au XVIIIe siècle, se trouve dans les archives de l'Académie de législation de Toulouse, qui en a publié de nombreux passages dans son recueil (i).

Nous regrettons beaucoup que la notice tout entière n'ait pas été imprimée. L'histoire des sociétés de clercs touche à celle des Parlements; elle en est en quelque sorte le complément et la partie familière , la seule qui nous fasse bien connaître les mœurs et les usages des corps judiciaires du temps passé. A ce titre nous désirons trèsvivement que cette étude nous soit donnée dans tous ses développements.

M. Augustin Fabre a publié une étude sur la Bazoche de Marseille. Il en existe une sur celle d'Avignon qui date de 1869. Celle d'Aix est bien connue par son intervention dans les processions de cette ville , sous le roi René, et par la notice de M. A. Joly, sur Benoet du Lac et le théâtre de la Bazoche (2). On peut encore consulter les recherches auxquelles des écrivains de la province se sont livrés sur celles de Chartres et de Reims .

(1) Tome vu du Recueil , année i858, pages 447 et suiv.

(2) Scheuring, libraire ; Lyon, impr, de L. Perrin , i862; in-8°.

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