SAVOIE, FRANCE, PIÉMONT, LOMBARDIE, TYROL
Après avoir longuement éouméré les divers lieux recherchés en Suisse par les malades, et ceux qui pourraient l'être dans le môme but, nous devrions, pour compléter le travail médical et topographique que nous avons entrepris, signaler les diverses stations qui ont été ou qui pourraient être choisies comme séjour de montagne dans les pays voisins.
Mais il me semble qu'après avoir posé les principes et après les avoir appliqués aux nombreux établissements que l'on trouve dans le plateau central des Alpes, il suffira de les rappeler en peu de mots et de désigner quelques localités particulièrement adaptées aux indications médicales que l'on désire.
Nous avons vu que les conditions nécessaires pour que les invahdes puissent séjourner avec avantage, étaient, en dehors de l'altitude et de l'exposition, un abord facile, de bons logements et une nourriture saine et abondante. Or, il est évident que, pour que l'on rencontre ces divers avantages, il faut que l'habitude des voyages et le nombre des touristes et des malades aient encouragé la construction de bons hôtels, et facihté les moyens de communication. Et c'est là le secret du grand nombre de stations que l'on rencontre en Suisse, partout où les circonstances topographiques ont été favorables. Il est évident que si l'on a construit d'élégants hôtels à Chamonix, à Zermatt, au Riefïelbeg, à Glion, à la Comballaz ou aux pieds des Diablerets, c'est parce que l'on avait la conviction que des voyageurs et des malades viendraient les occuper. Mais s'il ne manque pas de sites montueux et pittoresques dans les Alpes tyroUennes, piémontaises, savoyardes ou françaises, il a manqué jusqu'à présent, sauf
quelques rares exceptions , du seul encouragement qui puisse favoriser rétablissement de stations sanitaires, c'est-à-dire les malades pour y séjourner; aussi ne trouve-t-on dans les beaux pays que je viens de nommer qu'un bien petit nombre de localités pourvues des conditions que nous avons réclamées pour y envoyer les valétudinaires.
Les principales exceptions que nous pouvons signaler concernent des établissements thermaux ou hydrothérapiques, qui, étant situés au milieu des montagnes, réunissent le double avantage de l'altitude et des bains appropriés à diverses maladies.
Nous avons déjà nommé St. -Martin (1M5), dans la Valteline, et nous pourrions ajouter Courmayeur (1202), dans la vallée d'Aoste ; Salins (470), etBrides-la-Pierrière (487), dans la Tarentaise; Allevard (482) dans le département de l'Isère. Il existe aussi sur le versant lombard et piémontais des Alpes, plusieurs localités qui seraient d'autant plus utiles comme séjours d'été, que .la chaleur des plaines est plus intense et les émanations paludéennes plus dangereuses; mais il ne m'est pas possible d'entrer dans de plus grands détails sur ce sujet, aussi me contenterai-je de signaler les villes de Chiavenna (332) et Bormio (1255), dans la Valteline; les vallées vaudoises du Piémont, où Ton trouverait à La Tour (525) bon gîte et un pays intéressant à visiter ; les environs de Coni , où existe la Chartreuse de Pesio , un établissement hydrothérapique que l'on recherche non-seulement pour ses belles eaux, mais aussi comme séjour de montagne où l'on va se réfugier depuis Nice et Turin pendant les chaleurs accablantes de l'été.
Nous pourrions aussi parler des Alpes françaises, qui, soit dans le Dauphiné, soit dans ses versants méridionaux , pourraient fournir de précieuses ressources du
même genre, comme, par exemple, à Briançon (1306), à Gap (756), ou à Embrmi (914).
Mais, quoique j'aie hâte de terminer cette longue énumération, je ne puis le faire sans parler des Pyrénées et de l'Auvergne, où il existe des bains renommés dont l'altitude ajoute sans doute beaucoup à l'efficacité de la cure : Gauterets (960) , Baréges (1250) , Bagnères-de- Bigorre(550),Bagnères-de-Luchon (633), les Eaux-Bonnes (748) et St. -Sauveur (770), sont toutes des localités alpestres, et l'air vif qu^on y respire concourt au bien produit par les eaux thermales. Il en est de même des bains du Mont-Dore (1040) dans les montagnes de TAuvergne.
Et maintenant que nous avons accompli la tâche d'attirer FatteDlion sur un certain nombre de localités déjà choisies, ou qui pourraient l'être, dans un but sanitaire, nous chercherons à les classer d'après leurs qualités atmosphériques , pour aider le lecteur à se former une idée d'ensemble et à trouver un guide dans ce labyrinthe géographique. Laissant de côté les stations moins connues ou moins bien disposées , nous nous contenterons de signaler celles qui présentent les caractères les plus tranchés, soit quant aux avantages topographiques, soit quant aux conditions d'abord facile et de bons logements, qui peuvent les faire rechercher par les malades.
Ainsi donc, en ayant égard à l'altitude, à l'exposition et à la configuration du sol , nous pouvons étabUr trois classes de climats de montagne , dans lesquelles viendront se ranger les principaux lieux dont nous venons de parler.
Commençons par ceux dont l'altitude est modérée , l'exposition méridionale ou orientale, et par conséquent le climat doux, et cependant, jusqu'à un certain point, fortifiant. Cette première classe forme la transition entre
la plaine et la montagne, et ses qualités atmosphériques participent de l'une et de Fautre.
La seconde classe comprend les climats fortifiants et vraiment alpestres, mais qui ne présentent pas des qualités essentiellement excitantes. C'est dans cette division que viennent se ranger la plupart des établissements sanitaires de nos Alpes.
Enfin , la troisième classe comprend les stations voisines de la région alpine, celles qui se rapprochent des glaciers et des hautes sommités. Leur climat est particulièrement tonique et excitant, en sorte qu'il n'y a que peu de personnes qui puissent y séjourner, et encore ne doivent-elles le faire que pendant un très -petit nombre de sem^aines.
l'' Classe. Climats plus doux que toniques.
Nous rangeons dans cette première division les villages de Mornex (-497 à 566), sur le Salève; de Sixt (745) et Samoëns (710), dans la vallée du même nom ; de St.-Gervais (814), au-dessus de Sallenches ; de Charnex (626), au-dessus de Yevey; de Seeiisberg (733) sur le lac de Lucerne; de Geissbad(820), près deZoug; d'Heinrichsbad (767) et Weissbad (820), dans le canton d'Appenzell.
Comme on le voit, ces villages ou établissements de bains sont tous situés au-dessous de mille mètres, et ils doivent la douceur de leur climat à une faible altitude ainsi qu'à une bonne exposition. La plupart d'entre eux sont abrités des vents du nord. Il résulte de ces circonstances topographiques et météorologiques que ces diverses stations sont habitables de très-bonne heure , quelques-unes même dès le premier printemps , comme Mornex, Charnex, Seeiisberg et Geissbad, et que l'on peut y rester jusqu'en automne.
Les malades qu'il convient d'y envoyer sont : les phthisiques commençants ; les asthmatiques avec ou sans catarrhe chronique ; les convalescents frilleux et très-délicats ; les enfants scrofuleux , atteints d^ophthalmie et surtout de photophobie ; les hystériques , les hypocondriaques et les chlorotiques très-impressionnables. Ceux auxquels il vaut mieux conseiller un séjour plus élevé et plus tonique, sont les tempéraments mous, lymphatiques , et dont les digestions sont lentes et douloureuses ; et enfin ceux qui craignent la chaleur et qui ont besoin d'un air plus vif que celui qu'on respire dans les localités précédentes , qui sont presque toutes placées à des hauteurs modérées et dans des situations abritées.
II™« Classe. Climats toniques et vivifiants.
Les principales stations de ce genre sont : le village de Monnetier (712) et les chalets des Treize-Arbres (11 71), sur le Salève ; Chamonix (1052) ; St.-Cergues (1046), sur le Jura ; les bains de Lalliaz (1051), au-dessus de Yevey, et Glion(9U) au-dessus de Montreux; le Sepey(il29); Ormonds-dessus(1163) ; l'hôtel desDiablerets(1170), dans la vallée des Ormonds, au-dessus d'Aigle; Chesières (1220) et Villard (1275), au-dessus d'Ollon; Grion (1235) et les Plans-de-Frenières (1120), au-dessus de Bex; Champéry (1032), dans le val d'Illier, en Valais ; Chaumont (1099) ; la Chaux-de-Fonds (103 i) ; la Chaux-du-Miheu (1077) et le Locle(924), dans le canton de Neuchàtel ; Ste-Croix(l 108), prèsd'Yverdun ; Rougemont (1026); Château-d'Oex (99-4), et Rossinière (850), dans la Gruyère vaudoise; les bains de Weissenburg (896), dans le Simmenthal; les bains de Guriîigel (1 1 55), près de Thu n; l'Abendberg (1 1 05) et Grindelwald(10-46),dansrObeiiandbernois;Engelberg(1033), dans rUnterwald, et Gais (924) dans le canton d'Appenzell.
Cette longue énumération nous montre que la plupart des localités comprises dans cette classe sont au nombre des plus recherchées par les malades. Elles sont presque toutes situées aux environs de mille mètres; mais, ainsi que nous l'avons vu, les stations du Jura, celles qui sont exposées au nord et qui ne sont pas abritées, ont une température plus froide que Pon ne devrait s'y attendre, en ne tenant compte que de l'altitude; c'est le cas de St.-Cergues, Monnetier, Lalliaz, Ste-Croix, Chaumont, ou les Treize-Arbres; tandis que d'autres jouissent d'un climat plus doux que les stations situées à la même hauteur ; nous nommerons le Sepey, Rossinière, Grion , les Plans-de-Frenière et Champéry comme exemples de ce genre de climats, qui se rapprochent de notre première classe, mais avec des caractères alpestres bien plus prononcés.
Les malades qui doivent rechercher quelqu'un des villages ou établissements que nous venons de passer en revue, sont les convalescents très-débilités, mais non pas très-impressionnables au froid , les hystériques, les hypocondriaques, les anémiques par suite d'hémorragies prolongées, les gastralgiques, les dyspeptiques et les hémorroïdaires ; ainsi que les personnes épuisées par des fatigues de tête ou par des travaux de cabinet. Tandis qu'on doit éviter d'envoyer dans ces diverses stations : les phthisiques confirmés et fébricitants , surtout ceux qui sont disposés aux hémoptysies, les malades atteints d'affections organiques du cœur, les personnes pléthoriques et prédisposées aux congestions, les rhumatisans et tous ceux qui redoutent l'abaissement de la température qui survient si fréquemment, après la pluie, sur les hauteurs.
L'été est la saison la plus favorable pour séjourner dans ces différentes localités; il en est qui jouissent d'une
bonne exposition et peuvent être habitées dès le mois de mai, mais cette circonstance est tout à fait exceptionnelle et il est préférable de n'aborder ce genre de hauteurs que pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, et de les quitter avant les pluies et les brouillards de l'automne.
lïl'»^ Classe, Climats toniques et très-excitants.
Nous commencerons par quelques hospices et auberges, situés à de grandes hauteurs et où Ton ne peut séjourner que d'une manière exceptionnelle et peu durable. C'est le cas des hospices du grand Saint-Bernard (2478), du Saint-Gothard (2075), du Simplon (2005) et du Grimsel (1910), ainsi que des hôtels du Righikulm (1810) et duStossberg(2i37), dans le canton de Schwytz ; du Faulhorn(2640), de la Jungfrau (1896), dans FOberland bernois ; du Rieffelberg (2807) , près du Mont-Rose , et de FiEggishorn (2500) dans le haut Valais ; et enfin , de la Tête-de-Rang (1432), dans le canton de Neuchâtel.
Mais ces établissements étant plutôt destinés aux voyageurs et aux touristes, ne peuvent être choisis comme station sanitaire : il n'en est pas de même des bains du Saint-Bernardin (1754-) et de Saint-Moritz (1786), dans les Grisons; de Sainl-Martin (1445), dans la Yalteline; du Kaltbad(1430), sur le Righi; de Rosenlauï (1351), dans FOberland bernois; du Weissenstein(1282), dans le canton de Soleure; de Louesche (1359) et Morgins (1411) , dans le Valais; et de Courmayeur (1202), dans la vallée d'Aosfce. Tous ces établissements thermaux combinent le double avantage d'une altitude considérable et, par conséquent, du climat des hautes Alpes^ avec celui d'une cure d'eau minérale , alcaline ou ferrugineuse , et nous avons remarqué combien cette der-
iiière combinaison était favorable pour les malades qui ont besoin d'être à la fois fortifiés et stimulés. . Quant aux hôtels ou établissements qui sont surtout destinés à des séjours un peu prolongés, soit pour les malades . soit pour les touristes , ils sont en plus petit nombre que les précédents; ce sont : la Comballaz (1349) et la Lécherette (1260), dans la vallée des Ormondsdessus; de Zermatt (1623) et Saas(14;77), dans les environs du Mont-Rose.
Les qualités éminemment toniques et excitantes de l'atmosphère de ces hautes localités les rend particulièrement propres à relever les forces alanguies ; à faciliter l'hématose et , par conséquent , à combattre la chlorose et l'anémie ; à fortifier les constitutions nerveuses ou affaiblies par une vie trop sédentaire et par des études trop prolongées. Les hypocondriaques et les dyspeptiques, qui ne sont ni trop excitables ni trop frileux, se trouveront bien d'un séjour sur quelqu'une de ces sommités de nos Alpes ; tandis que les asthmatiques, les phthisiques et ceux qui sont pléthoriques ou menacés de congestions et d'hémorragies devront rechercher une atmosphère moins excitante et une station moins élevée.
Et quant à l'époque la plus favorable pour y séjourner, il ne faut pas oublier que les trois mois de juillet, août et septembre sont les seuls où l'on puisse demeurer à de grandes hauteurs, et cela pendant le court intervalle qui sépare la fonte des neiges de leur réapparition au commencement de l'automne.
Enfin, nous ajouterons que les qualités excitantes de l'atmosphère des hautes Alpes ne permet d'y demeurer que pendant quelques semaines, un plus long séjour pouvant faire perdre une partie, sinon la totalité, de Faméhoration obtenue par ce moyen.