XIV
ainsi que sur la meilleure méthode pour apprécier le degré d'humidité d'un climat , nous ont aidé à résoudre cette difficile question.
Les belles recherches de Tschudi, dans son livre sur le Monde des Alpes; celles des frères Schlagintweit, sur leur Géographie physique, nous ont rendu de grands ser^dces pom^ la connaissance de l'atmosphère des régions montueuses; enfin, nous avons été aidé dans cette partie de notre travail par le professeur Plantamour, qui a bien voulu nous communiquer une note manuscrite sur la comparaison du climat de Genève, considéré comme pays de plaines, et celui du Saint-Bernard, pris comme type des hautes Alpes.
En ce qui regarde la géographie botanique, nous l'avons mise à contribution pour apprécier les caractères météorologiques de l'atmosphère des hauteurs, d'après ses effets sur la végétation, et nous nous sommes appuyé, dans ces recherches, sur les travaux déjà cités de Ksemtz et Martins, de Tschudi et des frères Schlagintweit, ainsi que sur ceux du professem' Alphonse de Candolle ; et en outre , de quelques communications manuscrites dues à l'obligeance de mon ami le D^ Fauconnet.
Les effets produits sur le corps humain par le séjour des hauteurs ont été étudiés dans le Traité de statistique et de géographie médicale, publié l'amiée dernière par le D^ Boudm, ainsi que dans le mémoiï^e du B^ Ma}' er-Ahrens sur le 7nal de monlagne , où le savant zuricois a résumé les impressions éprouvées par les voyageurs qui se sont élevés sur les principales sommités de notre globe.
L'étude des maladies les plus répandues chez les montagnards a présenté plus de diiiicultés que les précédentes et a nécessité de nombreuses recherches bibliographiques et personnelles.
En l'absence d'un travail spécial sur ce sujet, j'ai dû mettre à contribution quelques traités de géographie médicale, tels que ceux des Dï'^Isensée, Muhri, Fuchs et Boudin, ainsi que diverses monographies sur les maladies propres à certaines régions montueuses.
Les observations du D^' de Tschudi sur les hauts plateaux du Pérou et de la Bolivie ; celles du D^* Flechner, sur la Styrie; du D^* Fuchs, sur leHarz et la Thuringe; duDi'Koch, sur les montagnes de la Forèt-Noire, nous ont aidé dans cette recherche pathologique que nous avons cherché h compléter
par les travaux statistiques des gouvernements sardes et français, ainsi que par les monographies des D^'s Ferrus, Niepce et Mayer-Ahrens, sur le goitre et le crétinisme ; du D^^ Guggenbûlil , sur VJlpenstich', du D^^De la Harpe, de Lausanne, sur les causes des varices ; et du D^' de Pury, sur les motifs d'exemption dans le canton deNeucîiâtel.
Et cependant comme , malgré l'abondance de ces matériaux, je trouvais encore bien des lacunes regrettables dans l'étude médicale des climats alpestres ; j'ai fait une enquête auprès de mes collègues les docteurs qui pratiquent dans les montagnes : plusieurs d'entre eux ont répondu à mes questions avec un empressement dont je leur témoigne ici toute ma reconnaissance.
Désirant connaître quelle est la prédominance ou la rareté de certaines maladies dans les diverses régions montueuses qui constituent nos Alpes, j'ai dressé un formulaire en vue de fixer, avec plus de certitude qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, quels sont les vi*ais caractères de la pathologie alpestre, et c'est grâce à ces informations venues de divers côtés, que j'ai pu reconnaître quelles sont les principales affections morbides qui atteignent les habitants des montagnes.
Les pays sui' lesquels j'ai réussi à obtenir des renseignements manuscrits sont : pour la France, les hautes Alpes, principalement dans les environs de Grenoble et de Briançon, grâce à l'obligeance du professeur Bertrand et du D^' Albert ; pour la Savoie, les environs du Mont-Blanc et la Tarentaise, par Fentremise duDi'Mchon et du professeur Savoyen.
Pour la Suisse : les environs du lac de Genève , par les précieuses observations du professeur De la Harpe de Lausanne ; le bas Valais et le cours du Rhône, par les travaux du D^' Bezancenet père, du professeur Lebert et du D^' Beck. Pour la Gruyère vaudoise, le Gessenay et le Simmenthal, parla correspondance des D^s Mezam et Ulschly. Pour les envii'onsdulac des Quatre-Cantons, par les lettres des Dis Luffer, Birchler-Wyss et Fuchs. Pour Zurich et les régions voisines , par les imVmations que m'a transmises mon excellent ami le D^" Rahn- Escher; et enfin, pour le haut plateau des Grisons, par les réponses du D^" Brugger.
Comme on le voit d'après cette énumération, les travaux que j'ai réunis pom^ élucider ce sujet difficile comprennent les sites les plus variés , les hautes comme les basses vallées et les expositions septen-
trionales ou méridionales, orientales ou occidentales. En sorte qu'on peut avoir quelque confiance dans les déductions que nous tirons de documents puisés à des sources si diverses, et qui cependant nous ont donné des résultats tellement identiques qu'ils approchent de l'unanimité pour la solution des principaux sujets qui se sont présentés à nous dans ces recherches d'étiologie médicale.
Après avoir parcouru le cadre nosologique dans ses rapports avec l'influence qu'exerce le cUmat des hauteurs sur le développement des maladies, nous avons pu tracer, à grands traits, le tableau de la pathologie alpine ou des hautes Alpes, comprenant les heux situés au-dessus de deux mille mètres, et celui de la pathologie alpestre qui comprend les régions moyennes et inférieures situées au-dessous de deux mille mètres.
Il est résulté de l'ensemble de ces documents quelques déductions théoriques sur les causes physiologiques des changements imprimés à nos organes par l'habitation des lieux élevés. Cette connaissance nous a conduit, par une transition toute naturelle, à l'appréciation thérapeutique des climats de montagnes.
Nous avons vu qu'un séjour de ce genre exerçait
une influence stimulante sur le système nerveux, qu'il facilitait la respiration, régularisait la circulation et rendait la digestion plus prompte et plus complète ; d'où est résulté la conséquence toute naturelle que les malades affaiblis et énervés, devaient obtenir par ce moyen une prompte amélioration dans leur état de souffrance.
Il ne restait plus dès lors, pour compléter l'étude que nous nous étions proposée, qu'à rechercher les circonstances les plus favorables pour ce genre de séjour, en spécifiant les conditions d'altitude, d'exposition, de facilité d'abord, de bonne nourriture et de logements convenables, ainsi que quelques directions sur l'époque la plus favorable pour se transporter sur la hauteur.
Enfin, nous avons pu réunir, pour le choix des locahtés , des informations d'autant plus précieuses qu'elles ont été puisées à diverses souixes. Les collègues bienveillants dont j'ai déjà parlé m'ont aidé dans cette partie du travail et m'en ont facilité l'accomphssement. J'ai moi-même visité un très-grand nombre de stations médicales que je désirais conseiller aux malades. Enfin, je me suis adressé, pour compléter cette partie topographique de mon travail, à deux personnes qui étaient mieux placées que
d'autres pour me fournir d'utiles renseignements, M. le professeur Cliaix, qui a fait une étude géographique spéciale de la Suisse et de la Savoie, et M. Schaub, l'un des auteurs de la Suisse pittoresque, qui a visité la plupart des lieux propres à servir de séjour aux valétudinaires.
Enfin, les diverses altitudes ont été citées d'après l'ouvrage de M. Ziegler, où se trouvent rémiis les mesures hypsométriques de la Suisse et des pays enviroimants.
Tel est l'ensemble des recherches qu'a nécessité ce petit ouvi^age ; comme on le voit, il touche à beaucoup de questions, ce qui vient confirmer l'axiome que : tout est dans tout ; puisqu'il a suffi de soulever une question qui paraissait bien simple: celle de l'influence de l'atmosphère des montagnes sur le corps humain, pour rencontrer un grand nombre de problèmes scientifiques et médicaux. Et qu'on ne croie pas que nous avons cherché à étendre outre mesui^e le champ d'une étude favorite, ce dont les auteurs sont souvent accusés, non sans quelque raison.
Pour ce qui me concerne, j'ai cherché à mettre en pratique l'adage latin : agequod agis, afin de ne point disperser l'attention du lecteur que je dési-
rais concentrer siir les questions vraiment importantes.
Ce n'est pas cependant que je n'eusse pu faire d'utiles excursions ethnographiques et zoologiques qui se rattacheraient assez directement à l'objet de cet ouvrage.
Telle serait, par exemple, la recherche de l'influence qu'exerce le climat des hauteurs sur le caractère aussi bien que sur la constitution physique des habitants des montagnes, ainsi qu'une étude comparative sur l'organisation des diverses classes d'animaux qui habitent ces régions. Vaste sujet qui demanderait, pour le traiter convenablement, une plume plus exercée et des connaissances plus étendues que les miennes; toutefois, je ne puis résister au désir de les signaler en peu de mots à l'attention du lecteur avant de terminer cette introduction.
S'il est un fait ethnographique qui paraisse être bien démontré, c'est que les montagnards ont une constitution vigoureuse qui leur permet de supporter , sans être épuisés, les rudes travaux que leur hnposeun sol rebelle à la culture, et un climat sévère qui les expose incessamment au danger.
Aussi les habitants des montagnes, comparés à ceux des plaines, sont-ils remplis d'énergie et inca-
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pables de supporter aucun joug, ou comme le disaient les anciens : fortes ac indomitos. Honnêtes, dévoués et fidèles à la foi jurée, tel est le montagnard de l'Ecosse, de la Suisse, delà Savoie et de la France.
Et si cette puissante organisation physique et morale peut être, en partie, attribuée aux circonstances difficiles contre lesquelles ils doivent incessamment lutter, il n'est pas moins certain cependant qu'une partie de ce résultat doit être attribué à l'atmosphère tonique et vivifiante qu'ils respirent, et c'est le seul point sur lequel je désire insister pour le moment.
Quanta l'influence des hauteurs sur F organisation des diverses classes d'animaux, je ne puis que la signaler en passant, heureux de pouvoir renvoyer aux savantes et gracieuses descriptions sorties de la plume de Tschudi, qui ont instruit et récréé les nombreux lecteurs du Monde des Alpes et où l'on peut suivre la série des êtres vivants qui peuplent les diverses régions montueuses.
Au climat humide et tempéré des portions basses et moyennes correspondent, dans l'échelle zoologique, les pesants troupeaux de vaches, les oiu^s au pas lent et compté, le blaireau avec ses allures pa-
resseuses et ses habitudes casanières, la perdrix et le coq de bruyère dont le vol bas et mesuré permet trop souvent au plomb meurtrier de les atteindre.
Tandis que, si l'on gagne les régions voisines des neiges, où règne un climat sévère et excitant, l'on voit planer, jusqu'aux plus hautes sommités, l'aigle et le condor au vol audacieux ; l'on admire l'agilité et les sauts prodigieux des chamois et des bouquetins, et l'on entend le bruyant ramage des poules et des pinsons de neige qui viennent égayer ces solitudes désolées.
Tout dans cette région annonce que, si la vie animale parait avoir atteint ses dernières limites, elle a gagné en force et en énergie ce qu'elle a perdu en surface et en nombre. Et ne sommes-nous pas autorisés à conclure que là encore on doit reconnaître l'effet du climat et en tenir compte pour se faire une idée exacte de l'influence des hauteurs sur la santé de l'homme?
Et maintenant que j'ai fait connaître le plan de ce petit ouvrage, il ne me reste plus qu'à réclamer l'indulgence du lecteur pour les imperfections que je suis le premier à reconnaître. Occupé depuis plus de trente ans à des recherches de climatologie médicale, personne plus que moi ne con-
naît les difficultés du sujet et l'impossibilité presque absolue d'arriver à des conclusions parfaitement établies. Il eût fallu, poui^ le compléter, des connaissances plus étendues et surtout un travail moins constamment morcelé par des occupations médicales qui ne permettent aucun retard.
Mais si la concentration de la pensée est souvent difficile pour le praticien, que d'impérieux devoirs arrachent à la solitude du cabinet, d'un autre côté, F avantage de pouvoir soumettre incessamment au creuset de l'expérience le résultat de ses études y' est une heureuse compensation au regret qu'il éprouve de voir son travail sédentaire si souvent interrompu.
C'est à cette double source d'informations, la théorie éclairée par la pratique, que j'ai puisé pour composer ces pages soumises à l'appréciation du^ lecteur. S'il y trouve plaisir et instruction, j'aurai rempli le but que je m'étais proposé.
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