PAYEMENT DE PAINCTRES
A François Clouet, painctre du dict feu seigneur, la somme de trois cens quatre vingt quatre livres cinq sol:^ tornoys, à lui ordonnée pour son payement de plusieurs parties de son dict mestier selon et ainsi qu'il s'ensuit,
Assavoir
Pour soixante dou:{e fleurs de lix dorées qui furent mises aux dou^e banières de Vhostel du dict feu seigneur, à chacune desquelles y a six feurs de lix d'une part et d'autre, contenant environ ung pied chacune d'icelles, à raison de XV sol:{ pièce LUI livres.
Pour six vingt dou:(e fleurs de lix qu'il a f aides sur les cottes d'armes des héraulx d'armes du dict feu
seigneur, sur chacune desquelles y a dou^e des dictes fleurs de lix, assavoir trois devant, autant sur le derrière et autant sur chaque manche, à raison de V sols pour chacune XXXIII livres.
Pour la paincture quil a faicte pour six enseignes, assavoir deux pour les cens gentil:{liommes de Vhostel et quatre pour les quatre cens archers des gardes, à raison de XIV livres pour chacune des dictes enseignes d'iceulx gentilshommes et XXX livres pour chacune des aiLtres IF X livres.
Pour la paincture qiCil a aussi faicte sur V enseigne des suisses de la dicte garde XXV livres.
Pour la paincture qu'il a pareillement faicte sur cinq sacquehuttes du dict feu seigneur. XXII livres X sols .
Pour avoir doré de fin or et estoffc des deux costés V escu aux armoiries de France qui fut porté le jour des dicts ohsèques devant le corps dHcelluy feu roy. XII livres.
Pour son remboursement de pareille somme qiiil a payée à ung tailleur en boys qui a faict et taillé le dict escu VI livres VX sols.
Pour la ferrure du dict escu I sols.
Pour avoir noircy et verny les six lances qui servirent aux six enseignes qui estoient portées devant le dict corps LX sols.
Pour avoir noircy le coffre oiiqicel estoit le corps du dict feu roy L sols.
Et pour avoir aussi noircy par le dit François Clouei le chariot d' armes dedans lequel estoit porté le corps du dict feu roy, ensemble les quatre roues et cordages dHcelluy LX. livres.
Ail dict François Clouet, painctre^ cy devant nommé, la somme de deux cens quatre vingt dou:^e livres dix sol:{ tournoys, aussy à lui ordonnée pour son paiement des autres parties cy après déclarées, qui ont esté modérées et arrestées à icelle, et montans ensemble trois cens trois livres on:(e sols tournois,
Assavoir
Pour la terre à poictiers quil a convenu avoir pour faire les trois effigies des feu roy et messeigneurs les dauphin et duc d' Orléans XX. sols.
Pour le sallaire dé dix huict hommes qui ont hesongné durant trois jours et trois niticts aus dictes effigies, à raison de XLV sol:{ par jour et autant pour chacune nuit IIII^^ IX livres.
Pour la despense des dicts ouvriers durant les dicts trois jours et trois nuicts XII livres.
Pour six sacs de piastre qu'il a convenu avoir pour faire les creux tant des dictes effigies que des
mains XII sols.
Pour le sali aire de trois hommes qui ont h rayé le papier pour mouller les dictes effigyes et mains par Vespacc de deux journées^ à raison de XV sols à chacun par jour IIII livres X sols.
Pour le sallaire de six hommes qui ont aussi hesongné, par V espace de trois jours, à mouller les dictes effigies et mains, à raison de XXX sols à chacun par jour XXVI livres.
Pour quatre livres rongneures de pappier pour mouller les dictes effigyes XX sols.
Pour le boys et charbon qu'il a convenu- avoir pour sécher les dictes effigies et mains IIII livres.
Pour le poil qtiil a convenu avoir pour faire les barbes et cheveulx des dictes effigies. XIII livres X sols.
Pour les painctu res et colles, painceaulx, huille de petrolle et autres étoffes qnHl a convenu avoir pour les dictes effigyes et mains X livres.
Pour le sallaire de quatre hommes qui ont aydé durant trois j ou rs à estoffer les dictes effigyes et mains, à raison de XXX sols à chacun par jour. XVIII livres.
Pour quatre casses de boys pour mettre les quatre effigyes, à raison de XX sols pièce. ...... IIII livres.
Pour la noircisseure des dictes casses. . . XX sols.
Pour avoir faict porter les dictes casses et effigies jitsqites à Nostre dame des champs VIII sols.
Pour le sallaire d'un homme qui a aydê au dict Clouet, durant deux jours, à accoustrer les dictes effigyes, à raison de XX- sols par jour XI sols.
Et pour les peines, sallaires, journées et vacations du dict Clouet, tant d' avoir hesongné jour et nuict aux dictes effigyes que à la sollicitation des autres ouvriers. . IIII X livres.
On n'est pas d'accord sur l'attitude de cés fameuses effigies {i). Le personnage était-il couché ou assis ? De quel genre de mobilité le mannequin était-il doué? Autant de questions embarrassantes. D'aucuns arguent de certains termes employés dans les comptes à propos de l'effigie de Louis XII, dont l'exécution par Jean Pérréal est détaillée comme l'œuvre de François Clouet, pour prétendre que la figure était souple et articulée (2). C'est le sens qu'ils donnent à l'expression : « Faict le corps, bras et jambes pour renuer ainsi qu'il falloit ». A quelque opinion qu'on s'arrête, je suis frappé, pour ma part, d'un certain rapport entre l'effigie du roj^-
(1) Voir: Jean Pérréal et François Clouet. Extraits réunis et annotés par J. J. Guiffrey. N'"" Arch. de l'Art fr. t. VII, p. ii.
(2) Jal. Dict. critique. Article Funérailles de Louis XII.
François telle que la décrivent les documents précédemment transcrits et l'image de ce prince qui accompagne l'œuvre historique de du Tillet, dont j'ai déjà parlé et que je suis tenté d'attribuer à Clouet lui-même. Il y a plus. Un crayon du Musée Condé {Planche V) nous présente « le grand roy français » sous une apparence tout à fait insolite, qui ne sent pas le dessin d'après le vif(i). Il me semble que ce pourrait bien être le trail pris par le peintre officiel d'après la tête de son maître après son décès. Je crois avoir démontré, dans l'étude que j'ai consacrée aux crayons de Chantilly, que la majeure partie de ces derniers proviennent des archives des Valois. Qui s'étonnerait d'y rencontrer une telle pièce historique ?
(i) Musée Condé. Crayons français du xvi' siècle. N" 4.
Sous Henri II, François Clouet continue d'occuper la première place, comme peintre, sur les états de la maison du roi. Mais les détails concernant ses occupations sont fort rares. Il faut croire que son nouveau maître fut content de ses services; car, en 1551, le 14 juillet, « estant à Nantes, mons^ le connestahle présent », il lui fait don « de V office de commissaire au Chastellet de Paris vacant par Je trespas de Nicole Durant » (i). Il s'agit de l'abandon gratuit d'une charge vénale que le bénéficiaire s'empressa, selon l'usage, de céder, moyennant finance, à un tiers, ainsi qu'il appert de la formule « pour icelluy (office) estre expédié au nom de fehan Paulmier », qui termine la mention relative à la libéralité du prince en faveur de son serviteur.
Un des rares documents qui parlent du peintre à
(i) M"" Arch. de V Art fr. t. VII, p. 31.
cette époque le montre occupé à des besognes qu'on ne réclame guère, de nos jours, d'un artiste. Il travaille à la décoration d'un coffre destiné à la garniture intérieure d'une voiture. Voici le passage des comptes royaux où le fait est mentionné :
« ... A Francisque de Carpy, menuysier itallien demoiirant à Paris, la somme de yy livres dix sols toiirnoys pour son paiement de la menuyserie par lui faicte pour ung charriot branlant quil a garny d'un grant coffre de bois appelle mect, de petits coffrets, sièges, table et autres choses nécessaires.
... A Francoys Clouet, peindre du dict seigneur, la s o m medevi ngt livres tournoys po ur son paiement d' avoir peinct et figuré de fin or et argent, durant ce frésent moys, le dedans du dict coffre appelé mect, y avoir peinct plusieurs croissans lace:( et chiffres faict^ aux devises dHcelluy seigneur, de laquelle somme le dict receveur lui a faict paiement comptant, comme appert par sa quittance signée à la reqiieste de M'' Claude Guyot, notaire et secrétaire du Roy, le deuxième jour de juillet Van mil cinq cens cinquante quatre >> (i).
(i) Compte sei^iesmc de M. J. de Lyonne^ receveur et payeur du faict de de Vescurye du Roy, nostre sire, durant une année entière commencée Je premier jour de janvier mil ci7iq cens cinquante un et finie le dernier jour de décembre ensuivant mil cinq cens cinquante deux ». (Arch. Nat. KK iio, f°30 v°). Publ. par Laborde, Renaissance des arts, p. 93.
Planche VI. — Henri II.
(Bibliothèque Nationale)
Le document est intéressant parce qu'il démontre le rôle éminemment utilitaire du peintre attaché à la cour, comme les autres gens de métier, pour y travailler
Fig. 9. — Henri II {Bibliothcque Nationale).
de maintes façons diverses, selon les nécessités du jour. Bien que François Clouet ait peint Henri II et que nous en trouvions l'attestation dans des vers de Jodelle qui font allusion à une figure équestre (i), on demeure,
(i) Recueil des inscriptions., figures et masquarades ordonnées en Vhostcl de ville à Paris., le jeudi ly de février i^^8, par Estienne Jodelle Parisien. (Voir Laborde. Renaissance des arts. Additions au t. I, p. 575).
FiG. ]o. — Henri II {Mkscc du Louvre).
pour les portraits du fils de François 1" comme pour ceux de ce roi, dans le domaine des probabilités. Rien ne prouve que l'illustre Janet soit l'auteur de tel ou tel dessin ou de l'une des peintures qui rendent le souverain à divers âges. Cependant, il y a de fortes présomptions
FiG. II. — Henri II (Musce de Versailles).
en sa faveur, surtout en ce qui concerne les œuvres correspondant à l'âge mûr d'Henri II. Celui-ci eut, étant dauphin, ses peintres à lui, tels que Corneille de Ljon (i) et Germain Le Mannier (2) ; mais, une fois sur
(1) Natalis Rondot. Les peintres de Lyon., p. 495.
(2) E. Moreau-Nélaton. Les Le Mannier, p, 10.