‹ Les ClouetChapitre 4 sur 5 · I.HS ( I.Ol hT · texte numérisé non relu

I.HS ( I.Ol hT

le trône, il donna toute sa confiance à François Clouet, « le plus excellent ouvrier de ce temps », selon l'expression d'un contemporain (i). La plupart de ces portraitures sont en apparence solidaires les unes des autres et semblent découler d'un original unique plus ou moins modifié à la longue (2). En admettant, comme je le suppose, que Janet soit fauteur du modèle initial, ce modèle n'a-t-il pas passé par d'autres mains et quelle est, au juste, la part du maître dans les divers exemplaires subséquents, soit en peinture, soit en miniature ? Je ne me charge pas de le décider. Je me borne à constater que le petit Henri II en pied conservé au Louvre, où il fait pendant à un Charles IX dont il sera question plus loin, est consacré par la tradition comme une œuvre personnelle de François Clouet. Bien qu'aucune preuve matérielle ne confirme cette tradition, j'ai foi, en somme, dans cette attribution.

(3) Mémoires de Fr. Scepeaiix, sire de Vieillcviilc, maréchal de France^ composés par Vincent Carloix^ son secrétaire. Paris 1757. T. IV, p. 12s.

(4) Les principaux portraits qui se rattaclient au type en question sont : deux crayons de la Bibliothèque Nationale, dont l'un est un chef d'œuvre des plus expressifs {^Planche V/); deux autres dessins conservés, l'un au British Muséum, l'autre à l'Ermitage; une miniature taisant partie des collections de la Bibliothèque Nationale {Fig.ç)] enfin, deux peintures du Louvre, la première en buste {Fig. 10), la seconde en pied {Fig. 12), et une du Musée de Versailles (fig. //). Une grande réplique du Henri II en pied du Louvre se voit à Florence, à la Galerie des Offices (Fig. i)).

FiG. 12. — Henri II (Musée du Louvre).

Henri II décédé en i5=)9, la même tâche funèbre dont le peintre s'est acquitté une première fois en 1547 lui incombe de nouveau. Il moule le visage « dHceltuy

deffiinct roy », faict, en terre à potier, les modellcs du dict effigie et des quatre menus >/, c'est-à-dire des deux paires de mains, dans des attitudes différentes, servant, suivant l'usage, pour les diverses phases de la cérémonie. A cet effet, il travaille avec quatre aides pendant neuf jours consécutifs; puis, c'est le ».creulx tant de Veffigie que des quatre mains » qui l'occupe deux autres jours avec deux hommes. Enfin, au moyen de « vingt-cinq livres de cire blanche » et de « six livres de sérm^e », il obtient « Veffigie et les quatre mains », que deux ouvriers hesognant durant trois jours » moulent et réparent sous sa direction. Une fois peinte et étoffée », munie du sceptre et delà main de justice, puis enfermée dans une caisse de bois noircie, l'œuvre est confiée à un « croclieteur » qui la porte « du logis dud. fanet aux Tou ruelles par quatre voïages». En ce lieu, le peintre, avec l'aide d'auxiliaires, « accoustre le dict effigie au lict de parade » et ensuite sur le lit qui sera ^< porté par la ville durant deux jours ». Après cela, il s'occupe de faire tailler en bois un escu » sur lequel il figure « les armoiries de France des deux côtés, au parement de devant et de derrière », <'< peinct en noir de Flandre six grandes lances pou r mectre six enseignes » et noircit « le corps du chariot, roues et cordaiges d'iceluy, dans lequel sera porté le corps du deffunct roy ». Pour toute

cette besogne, il touche la somme de 288 livres 13 sols (i).

Suivant la coutume qui voulait que tous les officiel^, de l'hôtel du roi fussent habillés de deuil par le souverain à l'occasion des funérailles de son prédécesseur, le nom de François Clouet .figure pour sept aunes et demie de drap dans la distribution faite en vue des obsèques (2). François II n'a garde de se séparer de lui et on lit dans le compte réglé le 30 octobre 1559 : «A François Cloiiet, paintre du dict seigneur, la somme de six vingts livres tournois pour ses gaiges de son dict estât durant la dicte demie année de ce compte » (3).

On donne communément, en conséquence, au peintre honoré de la faveur de son jeune maître, le dessin qui représente celui-ci et un autre qui reproduit les traits de sa jeune épouse, réunis dans les cartons de la Bibliothèque Nationale. Les preuves manquent une fois de plus ; mais les probabilités sont sérieuses.

(1) Le compte des obsèques d'Henri II a passé de la collection de iMonteil dans celle de sir Thomas Philips, qui laissa M. André Salmon en prendre une copie. Cette copie, déposée à la Bibliothèque de Tours, a fait l'objet d'une publication par M. de Galembert (Paris, Fontaine, 1869), sous le titre : Funérailles du Roy Henri II. Roolle des parties, etc., avec une introduction. M. J. Guiftrey a extrait de cette publication les articles relatifs à François C\o\x&i {N''^'' A r ch. de l'Art fr. t. VII, p. i6).

(2) Arch. Nat., KK 125.

C3) Arch. Nat., K K 129. (Cité par Jal. Dict. critique, article Clouet).

Il serait faux de prétendre, malgré tout, que François Clouet eut toujours en partage le monopole de fixer l'image de ses rois. L'iconographie variée et inégale de Charles IX, aussi bien qu'un texte contemporain de ce prince, démontrent que notre homme, quoique demeuré en charge, ne jouit pas, comme portraitiste du nouveau roi, d'un privilège exclusif. Le fait paraît ressortir d'une phrase rencontrée sous la plume d'un courtisan, qui écrit : k Nul paintrc peut suffire à le représenter à notre contentement >/. Ce jugement proféré par Henry de Mesmes, seigneur de Malassise, dans une lettre adressée, delà part de la reine- mère et de son fils, au président de la cour des Monnaies, se rapporte à la fabrication d'un nouveau type de testons avec une effigie due. à Claude de Héry, tailleur général des monnaies. Il résulte d'un dossier conservé aux Archives Nationales et publié pour la première fois par

Léon de Laborde (i) qu'au mois de décembre 1569^ Claude de Héry, invité par la cour à faire un nouveau poinçon ^< en Veagc que le dict seigneur et Roy est à présent, parce que depuis son avènement à la couronne le poinçon de la dicte fffigye n'avoit esté changée, fournit une image qui est approuvée par François Clouet, «pour ce mandé au bureau ». La cour, avant de faire procéder à la frappe, soumet le modèle au roi, auquel M'' de Malassise est chargé de porter les nouveaux testons à sa ressemblance. Or, Charles IX, qui ne se reconnaît pas dans un portrait fait plus ou moins de chic, refuse les coins en question et commande qu'on attende son retour à Paris, — il écrit d'Angers où la maladie l'a retenu quelque temps; — car « lors, dit-il, il sera plus aisé de les bien faire et représenter plus au naturel nostre personne en Vefigie qui se fera pour V impression des dites monnoyes ».

Cet incident, auquel François Clouet est accessoirement mêlé, met en évidence le souci que, sous l'influence de sa mère, le roi manifestait de l'exacte reproduction de sa figure. Il n'est pas sans intérêt de faire parler les documents eux-mêmes et de produire les différentes pièces de l'affaire. Voici l'arrêt de la cour des Monnaies :

(i) Renaissance des Arts. Additions au t. I, p. 583 et suiv.

Planche VII. — Charles IX

(Ermitage Impérial de S'-Pétersbourg)

décembre 1 ^6c^. — La Court a mis en délibération sy Von devait continuer la fabrication des testons pour V année prochaine soub^ le poinson de Vefigye du Roy qui a esté par cy devant faicte et au commencement de

FiG. 14. — Charles IX et Catherine de Médicis {Musée 3e Vienne').

son règne., ou bien si V on f croit faire nouveau poinson de la dicte efigye en Vaage que le dict seigneur et Roy est à présent., parce que depuis son advénement à la couronne le poinçon de la dicte efigye navoit esté changé en la dicte fabrication de testons et, sur ce mandé Claude de Héry, tailleur général, quia dict que le dict s' estant dernièrement, au [moys de juillet, en V abbaye sainct

Germain des Prés, après l'avoir veii par diverses foys, il en aurait faict le portraict au mycnlx qui lui aurait esté posible et faict et gravé ung nouveau poinçon de son efigye ; lequel de Héry a montré à la dicte court et, icelluy veu par i celle et faict voir à M" François Clouet dict Janct^ painctre et varlet de chambre du ray\ pour ce mandé au bureau, qui aurait rapporté le dict poinçon estrefart aprochant de Vefigye du roy e.n Vaage qu'il est à présent, et considéré tout ce qu il faisait à considérer :

La Court a ordonné au dict de Hery, tailleur général, défaire et graver ung autre poinçon de Vefigye du Ray, au myeulx qtU luy sera passible son aaige et figure, propre et commode à deniers testons, en lapins grande diligence que faire se pourra,paur iceulx faict:^ et représente:^ en la dicte court, ordonner ce qu elle verra estre à faire par raison.

Fait en la court des monnayes et prononcé au dict de Héry le neuviesme jour de décembre mil V LXIX.

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