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LES CRIMES DU CLUB MONARCHIQUE

« Le Club monarchique est haï des aristocrates et des jacobins. « Qu'est-ce qu'il a fait aux aristocrates? « Il leur a dit : Vous êtes des imbécilles et des rebelles. « Des rebelles, parce que vous désobéissez à la Constitution que tous les François veulent avoir.

(1) Hatin.

(2) Brochure datée de 1791 (Paris, hôtel d'Aiguillon). — Bib. de la Chambre des députés, Bf 250.

(3) Rappelons qu'on appelait les Noirs ou les Chevaux noirs les membres vêtus de noir qui siégeaient à droite de l'Assemblée nationale.

(4) Brochure de 7 p. (Bib. Nat., Lb 39/4749.)

(o) Ce journal disparut le 10 mai 1792, à son 230" numéro, et fut réuni à la Correspondance patriotique.

« Des imbécilles, parce que vous voulez ressusciter ce qui esl mort, et détruire ce qui durera plus que vous.

« Il n'a pas redemandé les parlemens.

« 11 n'a pas parlé du clergé.

« Il ne soutient pas la noblesse.

:< Il ne regrette et ne réclame aucun abus,

« Voilà, aux yeux des aristocrates, les crimes du Club monarchique.

« Qu'est-ce qu'il a fait aux Jacobins?

« 11 ne les a point adorés.

« Il a dit qu'il vouloit la monarchie décrétée par l'Assemblée nationale.

« Il a dit qu'il vouloit le roi adoré par tous les François.

« Il a dit que M. Barnave en avoit menti, et l'a prouvé.

u 11 a dit que M. Broglio (1) avoit menti, et l'a prouvé.

« 11 a même dit que M. Choderlot {sic) avoit menti, et l'a prouvé.

« Il a raconté toutes les sottises des petits clubs jacobins de province.

« Il a dit qu'il n'obéiroit qu'à la loi, et jamais aux Jacobins.

« Voilà, aux yeux des Jacobins, les crimes du Club monarchique.

« Mais a-t-il fait quelque chose au peuple? — Oui.

« Il a nourri deux mille pauvres pendant un mois.

« Il leur a dit : Ne vous mêlez pas de disputes qui ne vous regardent point; travaillez,. soyez tranquilles, ne faites point d'émeute, et nous vous aiderons de notre mieux.

« Voilà, les seuls crimes du Club monarchique à l'égard du peu])le.

« Mais a-t-il fait quelque chose contre la Révolution? — Non.

« Il a dit qu'elle avoit bien fait de détruire tous les abus, mais qu'il ne falloit ni tuer, ni vexer, ni insulter ceux qui en jouissoient autrefois.

« Il a dit que l'on pouvoit être libre sans suivre, comme des chiens à la piste, une demi-douzaine de faquins qui, n'ayant fait qu'un saut de l'antichambre du roi à la tribune de la nation, sont insolens avec leur maître depuis qu'il est le plus foible, comme ils étoient insolens en son nom quand il étoit le plus fort.

« Il a dit que si la loi étoit respectée, l'ordre public maintenu, le calme renaîtroit bientôt, et que les François libres et tranquilles seroient le premier peuple de la terre.

(1) Victor de Broglie. (Voir plus haut, p. 200 et suiv.)

« Voilà les seuls crimes du Club monarchique contre la Révolution. « François! réfléchissez sur les crimes du Club monarchique (1). «

C'était la glorification, en tout et pour tout, du club qui avait excité les colères des patriotes les plus modérés en plaçant les droits de la royauté avant ceux de la souveraineté du peuple.

Quelquefois, les auteurs s'attaquaient à une personnalité connue, ou prêchaient la contre-révolution armée.

On lit, dans la Réception de Cara (Carra) au Club monarchique :

« Le Monarcuiste. — Sachez donc que le véritable patriotisme est au Club monarchique.

« Gara. — Allons donc, allons donc, vous vous moquez de moi.

« Le Monarcuiste. — Voilà mon homme qui n'avait pas de prévention.

« Cara. — Un club dont les séances sont mistérieuses [sic] !

« Le Monarchiste. — Les vôtres sont-elles publiques? D'ailleurs ce reproche est mal fondé : vous n'aviez qu'à ne pas le persécuter, il eût depuis longtems tenu ses séances publiquement, et il vous eût donné un exemple que vous n'auriez certainement pas suivi.

« Cara. — Un club qui se qualifie de monarchique!

« Le Monarchiste. — La monarchie n'est-elle pas décrétée? Est-ce agir contre le patriotisme que de soutenir la constitution?

•« Cara. — Un club où l'on donne du pain !

« Le Monarchiste. — L'humanité est-elle anti-patriotique? n'est-ce pas un devoir que de soulager ses frères?...

« Cara. — ... Un club qui vouloit rivaliser avec les Jacobins!

« Le Monarchiste. — Ah! voilà le grand crime... (2). >>

Dans une brochure : Tôt ou tard la raison reprend ses droits^ l'auteur imprimait une adresse aux Bretons, où nous lisons :

« Marchez droit à ce Louvre, dont ils ont fait la prison de la Famille Royale; écartez ces misérables geôliers, qui ont osé se revêtir des livrées de l'honneur; ne craignez rien d'eux, ils ne sont forts que de la faiblesse des autres. Jamais des traîtres ne pourront résister à des François qui sauvent leur roi : enlevez ce Prince foible, mais bon, qu'ils ont la barbarie de rendre malheureux; cette Reine dont les revers ont montré toute l'énergie; cet Enfant qui deviendra le vôtre, et qui sourira à vos généreux efforts (3;. »

(1) Brochure iu-8» de 4 p., s. 1. n. d. (1791?). — (»ib. x\at., Lb :{9/4750.)-

(2) Dialogue. (Blb. Nat., Lb 39/4617.)

(.3) Bib. de la Chambre des députés, W" 222, t. 11.

268 LES CLUBS CONTRE-RÉ VOLUTIONN AIR liS

Une autre brochure, ayant pour titre : Ah! Parisiens, quavez-vous fait? contenait cette affirmation presque aussi provocatrice que la précédente :

« Paris, superbe cité! quels objets vous offrez à nos regards! N'êtes vous plus qu'une arène de bêtes féroces qui n'attendent qu'un signal pour se dévorer? Quoi! bientôt, peut-être, vous ne serez plus qu'un affreux tombeau!...

«... Peuple inconséquent, irrésolu, lâche, foible, crédule! oui, vous reverrez vos princes avec enthousiasme... (1). »

Nous trouvons dans le Catéchisme des aristocrates :

« D. — Qu'est-ce que le Club monarchique?

« R. — C'est une Société d'hommes sages et courageux, formée pour s'opposer aux attentats des Jacobins et sauver la Monarchie, et que pour cette raison on a cherché à détruire, malgré le mot de liberté que leurs ennemis ont sans cesse à la bouche.

« D. — Cette Société est-elle bien nombreuse?

« R. — Elle est composée de tout ce qu'ily a de gens sensés, d'honnêtes et de véritables François dans tout le Royaume.

« D. — Mais alors, pourquoi a-t-elle si peu d'influence?

« R. — Eh! que peut le courage^et la raison contre une multitude égarée? Mais l'effervescence diminue tous les jours, et le temps approche où le Trône des Tyrans Démagogues va crouler et les écraser sous ses propres ruines... (2). »

Citons aussi l'intitulé d'une brochure : Contre les horreurs du jour, à tous les vrais François, par un Ami de l'Autel, du Trône et de la Patrie,

« A l'école de la vérité, la troisième année de la tyrannie des consciences, des crimes de Lèze-Majesté divine et humaine, de Lèze- Patrie, de la licence la plus effrénée, et de la plus cruelle persécution (3). »

Du dehors venaient en France quelques libelles à l'adresse des monarchistes.

Dans la brochure : Adresse des bons Français au Roi, parue à Bruxelles le 15 août 1791, on lisait :

« Votre capitale offre, il est vrai, le spectale le plus déchirant.

(1) Bib. de la Chambre des députés, fif" 222, t. XXXVII.

(2) Catéchisme des Aristocrates, etc. (1791). — Bib. Nat., Lb 39/4560.

(3) Brochure in-8° de 32 p. (1791). (Bib. de la Chambre des députes, B' 268.)

Elle s'est transformée en un volcan qui couvre la France de ses cendres et qui répand au loin ses vapeurs meurtrières : mais, Sire, ses convulsions ne sont pas celles de votre bon peuple de Paris. Comme vous, il est dans les fers... (1). »

Le Journal à deux liards imprimait : « J'ai vu ce David (le peintre) si bête, si méchant et si véritablement marqué du sceau de la réprobation. On n'est pas plus hideux et plus diaboliquement laid. S'il n'est pas pendu, il ne faut pas croire aux physionomies (2). »

Lorsque le bonnet rouge apparut, vers le milieu de 1791, le Journal de la Cour et de la Ville dit, en parlant de la Nation :

Elle arbore le bonnet rouge, En attendant le bonnet vert.

Le journal comptait six mille abonnés parmi les vingt mille abonnés des journaux royalistes.

La cour lui préférait le Journal à deux liards^ qu'elle trouvait moins ordurier. L'un et l'autre se valaient, au point de vue de la propagande anti-révolutionnaire.

Enfin, dans le Moniteur universel, Romainvilliers déclara qu'il n'était pas du Club monarchique (3) ; Fontenay et Custine réclamèrent contre l'insertion de leurs noms sur la liste du Club monarchique (4). Ils le regardaient comme trop compromettant. Le général Custine s'était opposé, néanmoins, aux décrets contre les émigrés, ce qui avait mis les patriotes en défiance à son endroit.

Toutes les réclamations n'empêchaient pas les monarchistes persévérants de plaider pour leur club. Loin de là, ils tinrent tête aux représentants de la nation et aux membres de la municipalité obligée, parfois, de s'interposer entre les partis pour éviter les violences. Le 23 février, Bailly écrivait à M. de Gouvion, major-général de la garde nationale, une lettre l'invitant à défendre de toute insulte l'évêque de Nîmes, logé à l'Hôtel d'Uzès (5).

Tout en invoquant la loi qui était pour eux, les monarchistes essayèrent, pubhquement ou secrètement, de faire pression sur les

(1) Bib. de la Chambre des députés, B"" 222, t. LXIV.

(2) Les monarchistes ne pardonnaient pas à Jacques-Louis David d'employer son pinceau et son crayon à retracer des scènes de la Révolution, à laquelle il applaudissait.

(3) Moniteur universel, numéro du 9 février 1791.— Romainvilliers, placé parmi les membres du Club monarchique, réclama, mais approuva les idées du club.

(4) Moniteur universel, numéro du 10 février 1791.

(5) Copie, Bib. Nat., Mss, fonds français, 11697.

autorités, et ils engagèrent çà et là une polémique vigoureuse contre leurs adversaires. On assurait que la Société des Amis de la Constitution monarchique s'était assemblée à l'Observatoire (1).

Quoi qu'il arrivât, les membres du Club monarchique se déclaraient toujours calomniés. Ils attaqliaient même le comité des recherches. Leur journal annonça ainsi une pièce importante de ce comité, rédigée par Sillery, deux fois coupable à leurs yeux, comme orléaniste et comme siégeant sur les bancs de la gauche à l'Assemblée nationale :

« Il paroît enfin chez Baudoin (2), imprimeur de l'Assemblée nationale, le grand rapport de M. Sillery, au nom du comité des recherches, relativement au Club monarchique et à l'affaire de MM. Thévenault et Lacombe. Nous invitons tous ceux qui étudient la calomnie à se procurer ce rapport; ils verront comme il faut qu'elle ne soit pas faite quand on veut qu'elle réussisse (3). »

Certes, les accusations portées contre le Cluh monarchique n'étaient pas toutes fondées, mais on ne pouvait douter du danger auquel il exposait le parti patriote et la cour de Louis XVI elle-même par ses affiliations au dedans et au dehors.

Non seulement en France, sous l'inspiration du Cluh monarchique ^ s'étaient formés nombre de clubs royalistes^ loyalistes^ monarchistes, étrangers, opprimés^ amis de la paix, amis de l'ordre, amis du peuple, amis de la religion, amis de la noblesse, club de la résurrection, etc., mais les monarchiens entretenaient correspondance avec les émigrés.

Il se fonda, à Coblentz, une Société des Amis de la monarchie. Les gendarmes,, chevau-légers et mousquetaires de la maison du roi y furent réorganisés sous le nom de Compagnies rouges, et commandés par Montboissier, qui faisait partie du Club monarchique (4). Les émigrés appelaient cette ville « la capitale de la France extérieure 5) ; le comte de Provence y rétablissait l'ancienne maison militaire du roi.

Le Club se livrait à des intrigues sourdes, aune propagande secrète

(1) Dans la première quinzaine de février 1791. — Courrier de Gorsas, u» XII, (lu 12 février 1791.

(2) François-Jean Baudouin fut député suppléant de Paris, membre du club des Jacobins. Il fut arrêté plus tard. On l'accusait d'avoir touché des fonds provenant de la liste civile.

(3) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchique, du samedi 18 juin 1791, n" 27, t. III, p. 2. — Voir plus haut, p. 262 et 263.

(4) Le baron de Montboissier, député de Glermont-Ferrand, appartint d'abord au Club de Valois. — Voir plus haut, p. 56.

CLUB MONARCHIQUE 27t

et publique tout à la fois. Beaucoup de généraux étaient abonnés au Journal de Paris, à VAmi du Roi, au Journal de la Cour et de la Ville.

Vergniaud ne tarda pas à parler « des preux de la prérogative royale », qui s'étaient ralliés à Coblentz.

La section de l'Observatoire revint même sur la question du pain à un sou la livre :

« Extrait du registre des délibérations de la section de V Observatoire.

« Séance du mardi 28 décembre 1791.

« L'assemblée générale, après avoir rempli l'objet de la convocation du corps municipal, s'est constituée en assemblée délibérante, sur la demande de plus de cinquante citoyens; et après la nomination d'un président, elle a, sur la proposition d'un de ses membres, pris l'arrêté suivant :

« Attendu le danger de laisser subsister plus longtems une Société se disant des Amis de la Constitution monarchique., dont les principes anti-constitutionnels sont consignés dans plusieurs papiers publics, que la section s'oblige de représenter au besoin ;

« Attendu notamment le fait certain que plusieurs membres do cette association se sont présentés avec des cartes portant le sceau de la Société, chez des boulangers qui, sur le vu de ces cartes, donnent le pain à un sou la livre ; manœuvre qui, déguisée sous le nom de bienfaisance, n'en est que plus dangereuse ;

« La municipalité sera requise, dès ce soir, d'employer toute l'autorité dont elle est dépositaire, pour opérer, dès demain, la dissolution de cette prétendue Société, dont l'existence alarme tous les bons citoyens et pourroit troubler la tranquillité publique.

« L'assemblée a nommé MM. Bosquillon (1) et Patris (2) pour porter sur le champ la présente délibération à la municipalité ou au procureur de la Commune.

« Certifié conforme :

« Signé : Damajou, secrétaire-greffier (3). »

(1) Charles-Pierre Bosquillon, avocat, juge de paix de la section de l'Observatoire eu 1790, électeur en 1791, massacré à l'Abbaye le 2 septembre 1792.

(2) Charles Frobert Patris, instituteur, assesseur du juge de paix de la section de l'Observatoire en 1790, électeur en 1789, 1791 et 1792.

(3) Imprimé dans le Journal de la Société des Amis de la Constitution monarc/tique.

272 LES CLUBS GONTRE-RICVOLUTIONN AIRES

Cela n'empêcha pas les partisans du Club monarchique de poursuivre de leurs sarcasmes les patriotes pendant les premiers mois de l'année 1792. Des conciliabules aristocratiques se tenaient à l'Hôtel de Marigny. Tout leur servait de sujet pour exhaler leur haine.

Une brochure était datée ainsi : « Ce 8 février 1792, les assignats perdant 62 pour cent. »

Et on lisait dans le Mercure national :

« ... Se dire ami de la Constitution monarchique est un crime de lèse-nation (1). «

Un peu plus tard, le baron de Wimpfen proposa d'établir une démocratie royale. Le mot réussit, mais non pour longtemps.

Les chansons de la Révolution étaient répétées dans le camp des émigrés. On mettait des paroles royalistes sur le Chant du départ., la Marseillaise et la Carmagjiole (2).

Dans VÉpigamie des Brigands ou la Lairomanie ^ satire apologétique-antithétique de la rébellion, dite Révolution de France, on

lisait :

Dans un débordement de bile, Qui fluoit par haut et par bas, PI uton dégobilla CamzV/e Et chia Brissot et Gorsas (3).

Le style du Père Duchêne avait passé la frontière. Nous avons dit avec raison que les monarchistes, les premiers, commencèrent à tremper leurs plumes dans le vinaigre, parfois dans le vitriol. Ils pratiquèrent la forme ordurière.

Carra s'émut des agissements, devenus dangereux, des royalistes qui, loin de désarmer, prenaient maintenant l'offensive. Il les signala d'une façon très nette, comme travaillant à organiser des soulèvements :

« Les membres du Club monarchique veulent se réunir au nombre de plus de deux mille. Leur projet est d'imprimer et d'afficher placards., pétitions^ avis et adresses contre V Assemblée nationale., contre les Jacobins et les sociétés patriotiqu's en général {A\ »

(1) Mercure national, numéro du 4 janvier 1792.

(2) Ma Jeunesse (1814-1830), par le comte d'Haussouville, Paris, 1885, p. 31.

(3) Coblentz, 1792, 200 p. 10-8°. Cité par la Feuille de correspondance du libraire année 1792. (Bib. Nat., Q. n» 5097.)

(4) Annales patriotiques de Carra, n» 784, du 25 novembre 1791.

V Indicateur ^ iourndX royaliste,dontBaert, député, était un des principaux rédacteurs, était envoyé gratuitement à un grand nombre de fonctionnaires, malgré leurs refus et leurs protestations (1). On leur forçait la main, pour ainsi dire, la plupart du temps en pure perte.

Sans arrêter le mouvement révolutionnaire, les monarchistes insultaient leurs ennemis.

Nous trouvons dans

« Le nouveau Dictionnaire pour servir à l'intelligence des termes mis en vogue par la Révolution;

« Dédié aux amis de la Religion^ du Roi et du sens commun :

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