II
liste des membres.
Abbema, rue Neuve des Malhurins^ 48 (Membre du Club des Feuillants).
(1) Alexandre-Tlu'ophile Vandcrmomle, membre de l'Académie des Sciences, plus tai'd remplacé par Carnot à l'Institut.
(2) Charles Ganilh, économiste, nommé Tribun après le 18 brumaire.
Agasse, rue Pavée Sain t-André-des- Arts, 12 (Membre du Club des
Feuillants).
Albisson, rue Neuve des Capucines.
Alexandre, bôtel du Roi, au Carrouzel (Membre du Club des Jacobins). Amelot, rue Neuve des Mathurins.
André, rue de Richelieu, 91 (Membre des Clubs des Feuillants et des
Jacobins).
Anson, rue de Bracq (Membre du Club des Feuillants) (1). Artaud, Palais Royal, 59.
Auguste (ils, place du Carrouzel.
Autran, place des Victoires.
Baert, Palais-Royal, 98 (Membre du Club des Feuillants).
Bailly, hôtel de la Mairie (Membre du Club des Jacobins).
Barbantane, au Palais-Royal (Membre des Clubs de Valois et des Jacobins).
Barère, rue des Filles-Saint-Thomas (Membre du Clul) des Jacobins).
Barrin, rue de Touraine au Marais, 3.
Bassoncourt, rue de Grammont, 5 (Membre du Club de Valois).
Baudoin (sic), rue du Foin Saint-Jacques, 31 (Membre du Club des Jacobins).
Baux, rue Traversière, 40 (2j (Membre du Club des Jacobins).
Beauchesne, rue et Écuries de Monsieui'.
Beauharnois, rue des Petits-Augustins, 33 (Membre des Clubs des Feuillants et des Jacobins).
Beaumé, rue Thévenot, 8.
Beaumetz, rue Saint-ïlonoré, 45.
Benard, cour de 1 Arsenal (Membre du Club des Feuillants).
Benfield, rue et hôtel de l'Université.
Berard, l'aîné, rue de Grammont, hôtel de la compagnie des Indes (Membre du Club des Feuillants).
Berard, le jeune, rue de Grammont.
Bergerot, hôtel des Fermes.
Bergon, rue de la Michodière, 9.
Bidermann, rue des Jeûneurs, 3.
Biencourt, rue Neuve-des-Petits-Champs, 49.
(1) Receveur des finances et littérateur.
(2) Plusieurs rues, places, impasses, etc., indiquées dans cette liste, n'existent plus. Même remarque pour les demeures des membres d'autres clubs.
Bitaubé, rue Sainte-Anne, 62 (Membre du Club des Jacobins). Blin, quai de l'École, H.
Biron, rue de Grenelle-Saint-Germain (Mem])re du Club des Feuillants) .
Blondel (Antoine), rue Sainte-Avoye.
Blondel, rue des Vieux-Augustins, 26.
Bodkin Fitz-Gérald, rue Saint-Dominique, près celle d'Enfer. Boetzelair, rue Faubourg Poissonnière, 159. Boyd, rue de Grammont, 9.
Bullion, rue de l'Université, 137.
Broussonnet, rue des Blancs-Manteaux, 20 (Membre du Club des Jacobins) (1).
Bruis, rue de Richelieu, 39.
Bry, rue Neuve-des-Petils-Champs.
Bourgoing, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel d'Angleterre. Boursier, rue Beaurepaire, 23.
Brantzen, rue du Faubourg-Poissonnière, près la rue Bergère. Brissot, rue de Grétry, 1.
Broglie, rue Saint-Dominique, 42 (Membre des Clubs do Valois et des Feuillants).
Broglie, rue de Varennes, 66 (Membre des Clubs de Valois et des Jacobins).
Brousse, rue des Quatre-Fils (Membre du Club des Jacol)ins).
Bouillard, rue Sainte-Croix-de la-Bretonnerie.
Bouillon, quai Malaquais.
Boulogne, au Palais-Royal, 9.
Bost, rue des Deux-Portes-Saijit-Sauveur.
Boscheron, rue Pavée-Saint-André-des-Arcs.
Boscary (J.-B.), rue Feydeau.
Boscary, rue Feydeau, 14 (Membre du Club des Feuillants),
Bory, quai Conty, 6 (Membre du Club des Jacobins).
Boissy, rue de l'Université, 10 (Membre du Club des Jacobins).
Bondeville, rue Vivienne, 16 (Membre du Club des Feuillants).
Bonfils, place des Victoires, 3 (Membre du Club des Feuillants).
Cabanis, place Vendôme, 8 (Membre du Club des Jacobins). Caffin, rue Saint-Jacques (Membre du Club des Jacobins). Caille, rue de Tournon, 6 (Membre du Club des Feuillants).
(i) Un des rédacteurs de la Feuille du Cultivateur.
Caillaut, rue
Cannac, faubourg Saint-Martin, 40 (Membre du Club des Feuillants).
Canonville, rue du Pot-de-Fer.
Canuel, Chaussée-d'Antin.
Capellen, rue du Marché, faubourg Saint-Honoré.
Carré, au Palais-Royal, 156.
Castellane, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré (Membre des Clubs de Massiac, de Valois et des Feuillants).
Cavaihès, rue des Fossés-Montmartre, 30 (Membre du Club des Feuillants).
Cazaux, hôtel de Bourbon, rue Croix-des-Petits-Champs (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
Certain, rue Neuve-Saint-Eusfache, 28.
Chabot, hôtel de la Rochefoucauld, rue de Scine-Saint-Cermain (Membre des Clubs de Valois et des Feuillants).
Champfort. au Palais-Royal, 18 (Membre du Club des Jacobins).
Chanlaire, rue Geoffroy-l'Angevin, 25.
Chapellier, hôtel des Princes, rue de Richeheu.
Charpentier, rue des Filles du-Calvaire
Charrin, rue Saint-Anne, 00 (Membre du Club de Valois).
Charton, Isle-Saint-Louis.
Charton, au Temple.
Château-Giron, IkHcI Montmorency, Chaussée-d'Antin.
Chaudot, rue Plàtrière.
Chauvcau, à Passy, près les Eaux (Membre du Club des Jacobins).
Chauvelin, rue de Trudon, hôtel d'Amecourt.
Chauvet, rue du Chaume.
Chennevière, père, rue
Chénier, rue de Corneille (1).
Chenier, en Angleterre.
Cheret, rue Saint-Germain l'Auxerrois, 3 (Membre du Club des Jacobins).
Clavier, rue des Tournelles, 30.
Clives, rue Jacob, hôtel de Bourbon.
Colonb, boulevard d'Antin, près le Dépôt.
Collot, hôtel de la Chine, rue de Richelieu.
Comeyras, rue de Clérv, 73 (Membre du Club de Valois).
(1) André de Chénier publia, dans les Mémoires de la Société de -178.9, uu important article, Avis au Peuple français, n" 13; 28 août 1790; II y eut un tirage à part, répaudu à grand nombre.
404 LES CLUBS GONTRE-RÉVOLUTiONNAIRES
Comteval, rue de Richelieu, 73 (Membre des Clubs de Valois et des Feuillants).
Condorcet, hôtel de la Monnoie (Membre du Club de Valois) (1).
Gopineau, rue Fromenteau, 16.
Cottin, père, Chaussée-d'Antin, 6.
Gottin, fils, Ghaussée-d'Antin, 6 (Membre des Glubs de Valois et des Feuillants).
Gretot, rue de Richelieu, 115.
Grillon, ru€ de la Ville-l'Évèque (Membre du Glub des Feuillants).
Grillon, place Louis XV (Membre des Glubs de Valois et des Feuillants).
Gustinc (de), rue du Faubourg-Saint-Honoré, 102.
Dacier, rue de Ghabanois, 18.
Dampierc, rue Sainte-Avoye, près la rue Sainte-Anne.
Dangirard, cul-de-sac Tailbout (Membre des Glubs de Valois et des Feuillants).
Dantonay, rue Guénégaud.
Daoust, rue du Faubourg-Montmartre, 17 (Membre du Glub des Feuillants).
Darblay, rue de Bourgogne.
D'Argenson, rue de Bourbon, près celle du Bacq.
Dartagnan, rue
Dartenay, rue de Richelieu, près le boulevard.
D'Aubusson, rue des Marais-Saint-Germain.
D'Aumont, rue de Gaumartin.
David, rue des Frondeurs, hôtel de Montpensier.
Decretqt, rue Neure-des-Bons-Enfants, 7 (Membre des Glubs des Jacobins et des Feuillants),
Dedrée, rue du Golombier, hôtel du Parc-Royal.
Degruyère, rue des Fontaines, 9.
Delaage, rue Grange-Batelière (Membre du Glub de Valois).
Delaitre, hôtel de Bretonvillie'rs, Isle-Saint-Louis.
Delarue, rue de Provence, près la Ghaussée-d'Antiii.
Deleon, rue de la Harpe, 20.
Démeunier, rue Sainte-Anne (Membre du Glub des Feuillants).
(1) A public, dans le Journal de la Société de 1789, deux articles « sur le préjugé qui suppose Une contrariété d'intérêts entre la capitale et les provinces ». (N«» 6 et 7.)
SOCIÉTÉ DE 17Srj 405
Depinay, rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Capucins (Membre du Club des Feuillants).
Depont; rue des Filles-Saint-Thomas (Membre du Club des Jacobins).
Deprez, place Vendôme, 23.
Deschapelles, rue de Montmorency, 8.
Desfaucherets, rue de Paradis.
Desmottes, hôtel de La Fayette.
Desmousseaux, place du Chevalier-du Guet.
Desprades, rue Croix-des-Petits-Champs, 55.
Desrenaudès, rue des Jacobins, hôtel d'Hambourii;.
Devins-Fontenay, Isle Saint-Louis.
Deymar, rue Taitbout, hôtel de Cereste.
Dionis du Séjour, rue Sainte-Avoye.
Doazan, père, rue Saint-Honoré, près Thôtel de Noailles.
Doazan, fils, rue Saint-Honoré, près l'hôtel de Noailles.
Dosfant, quai de l'École (Membre du Club des Feuillants).
Dubignon, rue Notre-Dame-des-Victoires, 25 (Membre du Club des Jacobins).
Duchâtelet, quai Malaquais, hôtel de la Briffe (Membre du Club de Massiac).
Duchemin, cloître Saint-Merry.
Ducoulmier, rue Coqhéron.
Dufresne de Saint-Léon, au Contrôle (Membre du Club des Feuillants).
Dufresne, rue Villedot, 13.
Dufresnoy, rue Vivienne.
Dumouchel, au collège de la Marche, Montagne-Sainte-Geneviève.
Dupaty, rue de Gaillon, 9.
Dupont de Nemours, père, rue du Petit-Musc, 17 (Membre du Club des Feuillants).
Dupont, fils aine, rue du Petit-Musc, 17.
Dupont, fils cadet, rue du Petit-Musc, 17.
Duquesnoy, rue des Gourdes, à Chaillot (Membre du Club des Feuillants (1).
Durand, fils, hôtel de Bretonvilliers.
Duroveray, rue l'Évêque, 1.
Dutour, rue du Faubourg-Saint-Martin, 57.
Duvernay, rue Sainte-Anne, 60 (Membre du Club des Jacobins).
Duveyrier, rue Saint-Jacques, 41 (Membre du Club des Jacobins).
(1) Un des rédacteurs de VAmi des Patriotes.
Emmery, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré (Meml)re du Club des Feuillants).
Fargès, rue de l'Université (Membre du Club de Valois). Fenouillot, rue Favart, 3 (Membre du Club des Jacobins). Fergusson, rue de Granimont, 0 (Membre du Club des .Jacobins). Fery {sic), rue Saint-Dominique, bùtel d'Aguesseau (Membre du Club
des Feuillants).
Feuillet, rue de Seine.
Fontenay, liôtel de Bouillon, quai Malaquais (Menibn; du Club de
Massiac).
Fontenilles, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 65 (Membre du Club de
Valois).
Fornier, rue des Jeûneurs, G (Membre du Club des Feuillants). Francklin, rue Coqhéron, hôtel de la Dauphine. Freminville, aux Invalides.
Foujols, rue Saint-Tbomas-du-Louvre, bùtel de la Prév(Hé. Fulcbiron, rue Sainte-Anne, lOo (Membre du (]lul) des Feuillants).
Gallier, rue Bourbon-Villeneuve, près celle Saint-Claude.
Gallois, rue du Cimetière-Saint-André.
Ganilh, rue du Bouloy, 49.
Garât, jeune, rue Louis-le-Grand (1).
Garnier, rue des Vieilles-Étuves.
Gautier (.sic), rue des Capucines, 21 (Membre des Clubs de Valois
et des Feuillants).
Gay, rue de Richelieu, hôtel de Talaru. Geélvinck, rue Neuve-des-Mathurins, Chaussée-d'Antin. Geoffroy, rue des Deux-Portes Saint-Jean. Gerardin, rue de Grammont, vis-à-vis celle de Chabanois. Germain, rue Sainte-Anne, 105.
Ginoux, rue de Richelieu, vis-à-vis la fontaine. Girardin, rue Sainte -Anne.
Girardet, hôtel Colbert, rue Vivienne.
Godard, rue des Blancs-Manteaux, 56.
(1) Littérateur, député à la Constituante, succéda à Danton, ministre de la justice.
Goddiri, Palais-Royal, 100.
Gombaut, rue de Grammont^ au coin de celle de Menard.
Gouvernet, hôtel de la Guerre, rue Grange-Batelière (Membre du Club
de Valois).
Gouvion, Cour des Princes, aux Thuileries (Membre du Club des
Jacobins).
Gramont, rue Saint-Honoré, hôtel de Noailles (Membre des Clubs de
Valois et des Feuillants).
Grand, rue Neuve-des-Capucines.
Grand, fds, rue Neuve-des-Capucines,
Grandmaison, rue Saint-Honoré, 444 (Membre du Club des Jacobins). Granger, rue Sainte-Anne, 100 (Membre du Club des Jacobins). Granvelle, rue Saint-Nicolas, Chaussée-d'Antin (Membre du Club de
Valois).
Grave, rue Saint-Dominique, à Saint-Joseph (Membre des Clubs de
Valois et des Jacobins).
Greffulhe, rue Bergère, 16 (Membre du Club de Valois). Grenus, boulevard Montmartre, vis-à-vis le pavillon Chinois (Membre
du Club des Fouillants).
Grivel, rue Sainte-Anne, 105 (Membre du Club des Feuillants). Grouchy, rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, 123 (Membre du Club
de Valois).
Grouvelle, rue Neuve-des-Petils-Champs, 83 (Membre des Clubs de
Valois et des Jacobins) (1).
Guerchy, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 05. Guillotin, rue Croix-des-Pelits-Champs (Membre des Clubs de Valois
et des Feuillants).
Guiraudet, rue de Tournon, 2 (Membre du Club des Jacobins). Guiraultj rue Saint-Dominique, hôtel d'Aguesseau.
Haller, rue d'Artois, 22.
Hassenfratz, rue des Bourdonnois (2),
Hebray, rue Saint-Dominique.
Hesse, rue de Verneuil.
Heyden, Palais-Royal, 164 Membre du Club des Feuillants).
Hogguer, rue d'Artois, 22 (Membre du Club de Valois).
(1) Auteur de ÏEsnai nur l'autorité de Montesquieu et d'un ouvrage sur le Duel et sur le Point d'honneur, rédacteur fécond du Journal de la Société de 178!).
(2) Jean-Henri Hassenfratz, chimiste distingué, a publié dos articles dans le Journal de la Société de 1780, notamment sur la soude et la fonte des cloches.
Huber, rue Notre-Dame-des-Victoires, hôtel de l'Europe. Hurel, rue Sainte-Avoye, 20 (Membre des Clubs des Jacobins, de Valois et des Feuillants).
Huskisson, rue du Sépulchre, 28.
Jaucourt, rue de Varennes, 81 (Membre des Clubs des Jacobins, de
Valois et des Feuillants).
Jauge, Chaussée-d'Antin, 6 (Membre des Clubs de Valois et des
Feuillants).
Jaume, rue Traversière, 21 (Membre du Club des Feuillants). Junca, rue Neuve-Saint-Eustache, 14.
Jullien, rue des Marais, faubourg Saint-Germain, 4.
Ker, rue de Grammont, 9 (Membre du Club de Valois). Keralio, rue de Grammont, 17.
Kersain {sic), à la Comédie-Italienne (Membre des Clubs de Valois et de la Société des Jacobins).
Lal)arl)ée, rue Croix-des-Petits-Champs, 59.
Labhard [sic), rue de Cléry, 38 (Membre du Club des Feuillants).
Lablache, Chaussée-d'Antin, 15 (Membre des Clubs de Valois cl Monarchique).
Labourdonnaye, rue des Petits-Âugustins, hôtel d'Orléans (Membre du Club de Valois).
Lacépède, au Jardin du Roi (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
La Chapelle, au Louvre.
Lacolombe, hôtel de La Fayette (Membre du Club de Valois).
Lacôte, rue du Cherche-Midi, en face celle du Regnard (sic).
Lacoste, rue de Caumartin (Membre du Club des Feuillants).
Lacretelle, rue Feydeau, 18 ( Membre des Clubs de Valois et des Feuillants).
La Fayette, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain (Membre des Clubs du Salon et des Feuillants).
La Frété, Chaussée-d'Antin, près la barrière, 52.
Lafond {sic), rue Croix-des-Petits-Champs, 74 (Membre du Club de Valois).
Lagervezais, rue Traversière, hôtel de Malthe.
Lalanne, rue Vivienne, 26 (Membre du Club des Jacobins).
Lamande, rue de Richelieu,
Lallemand, rue de Bourbon-Saint-Germain, 96 (Membre du Club des Jacobins).
Lamarck, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 34.
Lametherie, rue Saint-Nicaise, 10 (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
Langiez, place Dauphine, 10.
Larive, au Gros-Caillou (Membre du Club des Jacobins).
Laroche, rue Poissonnière, 1.
La Rochefoucauld, rue de Seine (Membre du Club de Valois).
La Rochefoucauld, rue de Varenne.
La Rochefoucauld, rue de Cléry, hôtel de Chastulé (Membre du Club des Feuillants).
La Rochette, rue des Vieux-Augustins, 26.
La Trémouille, rue Saint-Dominique-Saint-Germain.
Lavalette, place Vendôme, 6 (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
Lavoisier, à l'Arcénal {sic), cour des Salpêtres.
Lazoski, rue de Varenne.
Lechapellier [sic]^ rue Favart.
Lecoq, rue de la Michodière, 7.
Lecouteulx, l'ainé, rue de Richelieu, près le boulevard.
Lecouteulx, place Vendôme, 16 (Membre du Club des Feuillants).
Lecouteulx de Cauteleux (Membre des Clubs de Valois et des Feuillants).
Lecouteulx de la Noraye, rue Montorgueil (Membre du Club de Valois).
Lefaucheux, à l'Arcénal (sic).
Lehoc, rue du Coq, Chaussée-d'Antin (Membre du Club de Valois).
Lepousseur, hôtel royal, place du Palais-Royal.
Leroi, galerie du Louvre (Membre du Club des Feuillants).
Lessert fds, rue Coquéron {sic) (Membre du Club de Valois).
Lévi, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, 96.
Lhoste.
Liancourt, pavillon de Marsan, aux Thuileries.
Lom, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel des Trois-Évêchés.
Louis, rue Christine.
Luzignem, rue de Choiseul, 2 (Membre des Clubs de Valois et de Massiac).
Maillet, rue Croix-des-Petits-Champs, 62 (Membre du Club des Feuillants).
410 LES CLUBS G0NTRE-Rl<:V0LUT10NNAIHES
Maisoncelle, rue de la Vieille-Estrapade, au coin de celle des Poules.
Malartic, passage des Petits-Pères (Membre des Clubs de Valois et Monarchique).
Malboissière, rue de Richelieu, 103 (Membre du Club de Valois).
Mallet, rue de Richelieu, près le boiilevard.
Mallet jeune, rue de Richelieu, près le boulevard (Membre du Club do Valois).
Mallet fils, rue Montmartre, près Tégout (Membre du Club de Valois).
Mandrillon, rue des Jeûneurs, 26.
Maranzac, rue Saint-Dominique, près celle d'Enfer.
Marcilly, rue du Jardinet.
Marigner, père, place Vendôme, 3 (Membre du Club des Feuillants).
Marigner {sic), fils, place Vendôme, 3 (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
Maron {sic), rue Saint-Roch-Poissonnière, 9 (Membre du Ciul) des Feuillants) (1).
Marsilly, rue Chaussée-d'Antin, 5-4 (Membre des Clul)s des Jacobins et des Feuillants).
Martin.
Masson, rue du Mail, 25 (Membre du Club des Feuillants).
Maucune, hôtel Dauphin, rue Croix-des-Pelits-Champs.
Mazzey, rue du Regard, 30.
Melon, rue d'Artois, hôtel d'Aubeterre.
Méricourt, rue du Mail, 29.
Mestre, rue du Colombier.
Mezy, rue des petites Écuries, près celle Poissonnière.
Michel, petit hôtel de Houillon, quai des Théatins.
Mirabeau, l'aîné, Chaussée-d'Antin, 09 (Membre du Club des Jacobins).
Mirât, rue Croix-des-Petils-Champs.
Mollien, rue de la Michodière, 9.
Mommorency {sic), rue Saint-Dominique, hôtel de Luynes,
Monneron, hôtel de Longueville.
Monestier, chez M. Louis Jullien, rue Simon-le-Franc (Membre du Club des Jacobins).
Montz, rue Bergère, 6.
Moreau de Saint-Mery, rue Plâtrière, 12 (Membre du Club des Feuillants).
(1) Prononça, le 18 juillet 1790, dans l'Oratoire des pi'otestants, ou musée de la rue Dauphine, un discours « sur les avantages que l'homme et la société doivent retirer de la liberté civile et religieuse ».
Morel, rue Bardubec, 9.
Monge, rue des Petits-Augustins, 28.
Montagu.
Mourgue, rue de Grammont, 17 (Membre du Clul) des Feuillants).
Narbonne, au Luxembourg (Membre du Club de Valois).
Pajou, au Louvre.
Pange, rue Vivienne, 19 (1),
Paris, rue et hôtel de Richelieu (Membre du Clul) des Jacobins).
Pastoret, colonnade de la place Louis XV (2\
Payen, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 9 (Membre des Clubs de Valois et des Feuillants).
Péchevin, rue des Filles-Saint-Thomas, passage des Petits-Pères (Membre du Club des Jacobins) .
Perier (.«c), Chaussée-d'Antin, 72 (Membre des Clubs des Jacobins, de Valois et des Feuillants).
Périgord, hôtel de Grammont, rue de Bourbon-Saint-Germain.
Périgord, évoque d'Autun, rue de l'Université, vis-à-vis celle de Beaune.
Pérignon, rue Plâtrière (Membre du Club de Valois).
Perrochel, rue Saint-Dominique, à côté de Belle-Chasse.
Peyrac {sic), rue Poissonnière, 162 (Membre du Club de Valois).
Pillet, rue du Parc-Royal (Membre du Club des Feuillants).
Pilos, rue Sainte-Apolline.
Pinon, rue de Cléry, 64 (Membre du Club des Jacobins).
Pinsot, rue du Mail, 30.
Piquet, place Vendôme, 23.
Piscatory, rue Saint-Thomas-du-Louvre, -49.
Pitra, hôtel de Gèvres, rue Croix-des-Petits-Champs (Membre du Club des Feuillants).
Poignot, rue Saint-Denis, près l'Apport-Paris.
Pomard.
Pomaret fils, rue de Richelieu, hôtel de Chartres (Membre des Clubs des Jacobins et des Feuillants).
(1) Le chevalier de Pange a publié un article « sur le crime de lèse-nation » dans le Journal de la Société de 1789.
(2) A publié, dans le Journal de la Société de 1789, un article ayant pour titre: De la poursuite des crimes et de Vaccusation publique.
Pommery, rue Bassc-du-Rempart, 6 (Membre du Club de Valois)
Pontécoulant, rue d'Anjou-Saint-Honoré, 123.
Potier, rue Rochechouart, 9.
Praslin, rue du Bacq, 9 (Membre du Club de Valois).
Prëdicant, rue du Petit-Lion (Membre du Club de Valois).
Prony, Hôtel des Invalides (Membre du Club des Feuillants).
Quillet, rue des Saints-Pères, h(Hel de Pons.
Ramond, rue de Clicby, barrière Blanche, iO (Membre du Club .des Feuillants) (1).
Ravel, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur (Membre du Club des Feuillants).
Ravel (Louis), rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur (Membre du Club des Feuillants).
Reboul, rue Favart, 2.
Recamier, rue Neuve-des-Bons-Enfants, 14.
Reibaz, rue des Portes, près celle du Cheval- Vert.
Resnier (sic), rue du Doyenné, 28 (Membre du Club de Valois).
Rhulières (*«c), boulevard Saint-Martin (Membre du Club des Feuillants).
Ribeyre, rue des Filles-Saint-Thomas, hôtel des Trois-Évêchés.
Rich^ard,. rue Saint-Honoré, vis-à-vis Saint-Roch.
Rilliet, l'aine, rue Montmartre, près celle des Jeûneurs (Membre du Club des Feuillants).
Rilliet, jeune, rue Montmartre, près celle des Jeûneurs (Membre du Club des Feuillants).
Rougemont, rue Croix-des-Petits-Champs.
Ro'derer, rue Montmartre, près Thôtel d'Uzès.
Rouillé, aux colonnades de la place Louis XV.
Ruysch, hôtel de Montpensier, Palais-Royal.
Sabatier, place Vendôme, 23.
Salvan, rue des Filles-Saint-Thomas, 15 ( Membre du Club des
Feuillants).
Sancé, rue d'Enfer, 119.
(1) Publia, en Variétés, dans le Journal de la Société de. 1789, une lettre sur la fédération de Strasbourg. (N* îi.)
Saux, à FHôtel-Dieu.
Savalette, rue Saint-Honoré.
Sainte-Croix, rue du Faul:>ourg-Poissonnière, 18 (Membre des Clubs de Valois et Monarchique).
Saint-Gervais.
Saint-Martin, rue des Fossës-Saint-Victor, 12.
Scherer, hôtel de l'Europe', rue Notre-Dame-des-Victoires.
Second, rue de Caumartin, 21 (Membre du Club des Jacobins).
Semonville, rue Taitbout.
Senovert, ancien hôtel de Cavannac.
Séran, rue de Bourbon-Saint-Germain, 165.
Sesseval, rue de Bourbon.
Shée, Palais-Royal.
Short, ancienne Bari-ière de Chaillot (Membre du Clul) de Valois).
Siau (sic), rue Neuve des-Capucines, li (Membre du Club des Feuillants/.
Sicardy, rue Notre-Dame-des-Victoires, 19.
Sieyes, rue Saint-Honoré, 90 (Membre du Club de Valois et des Feuillants).
Suard, rue de Louis-le-Grand, 7.
Talon, rue Saint-Florentin, 6.
Tassin, l'aîné, rue Neuve-des- Petits-Champs (Membre du Club des
Feuillants).
Tellez d'Âcosta, rue des Trois-Pavillons. Telusson {sic), rue de Paradis, faubourg Poissonnière. Texier, rue de Banne Nouvelle (Membre du Club des Feuillants). Thi«ry, rue Saint-Dominique, faubourg ?aint-Germain, 27 ( Membre
du Club des Jacobins).
Thouin, au Jardin du Roi (Membre du Club dés Jacobins). Thouret, quai Malaquais (Membre du Club des Feuillants). Thouret, rue Pavée, au Marais (Membre du Club des Feuillants). Toulongeon, rue Neuve-du-Luxembburg, 56 (Membre du Club de
Valois).
Tourolle, rue du Temple, près l'Égout Tracy, rue de Bourbon, 41.
Treilhard, rue des Maçons, 25 (Membre du Club des Feuillants). Trial, rue Favart.
Tronchin, rue d'Antin (Membre du Club de Valois). Trudaine, place Louis XV (Membre du Club de Valois).
Trudaine de la Sablière, place Louis XV (Membre du Club de Valois).
Trudon, rue de l'Arbre-sec (Membre du Club des Feuillants).
Trudon dos Ormes, rue Sainte-Anne, 70 (Membre du Club des Feuillants).
Valekiers, rue d'Angoulème, faubourg Saint-Honoré.
Valence, Chaussée-d'Antin (Membre des Clubs de Valois et Monarchique).
Vandenyver (Aug.), rue Vivienne, 24.
Vandenyver, père, rue Vivienne, 24.
Vandenyver, fils, rue Vivienne, 24 (Membre du Club des Jacobins).
Vandermonde, rue de Gharonne (Membre du Club des Jacobins).
Vanstaphort, hôtel de Beaujolais, Palais-Royal.
Vieillard, à Passy.
Verdina, rue Xotre-Dame-des Victoires, 8 (^Membre du Clul) des Jacobins).
Verrier, cul-de-sac des Petit-Pères.
Villard, rue d'Amboise, hôtel de la Compagnie d'Assurance, 12.
Villeminant, rue de Bondy, 50.
Villeminot, rue Vivienne, 24.
Villette, près le Pont royal (Membre du Club des Jacobins).
Voisin, rue Dauphine, 4.
Virly, rue Neuve-Saint-Augustin, hôtel Danemark.
Witt, rue Neuve-des-Mathurins, 48.
Cotte Société avait, comme le Club des Jacobins, un comité où se discutaient et s'arrêtaient les différents projets relatifs à la Constitution dont s'occupait l'Assemblée nationale. Ces projets étaient ensuite portés à la réunion générale du club. Les membres dudit club désiraient une Constitution monarchique mixte. Ils battirent en brèche les Jacobins, dont le radicalisme révolutionnaire ne s'accordait pas avec leur modération ; ils rivalisèrent avec eux.
On lit) dans un pamphlet de V Imprimerie des Amis du Roi, pam-
SOCIÉTÉ DE 1789 il5
phlet intitulé : « Catéchisme des Aristocrates, à l'usage de tous les gens sensés, par demandes et réponses :
« D. — Pourquoi beaucoup de révolutionnaires disent-ils du mal des Jacobins?
« R. — C'est qu'ils sont membres du Club de 89, partisans de M. de La Fayette, ou installés dans les places du nouveau régime.
« D. — Pourquoi ces trois sortes de personnes sont-elles ennemies des Jacobins?
« R. — C'est que le Club de 89 étant une division des Jacobins, la jalousie les a rendus ennemis; que M. de La Fayette redoute la faction d'Orléans, et que les Jacobins s'étant dérigés (.^ic) en surveillants de tous les gens en place, ceux-ci nécessairement doivent les détester.
« D. — M. de La Fayette n'a-t-il pas été un membre des Jacobins?
« R. — Sans doute, mais il s'en sépara, et fut un des co-fondateurs du Club de 89, pour se créer une faction et opposer club à club (1). »
André de Chénier s'affilia un des pi'emiers à la Société de i789^ dirigée par Malouet, et dont faisaient partie, déjà, Condorcet, le chevalier de Pange, ami d'André de Chénier, Grouvelle, de Kersaint. Pas tore t et Roucher. On y vit encore Mirabeau, Clavière, Marmontel, Frochot (plus tard, préfet de la Seine), Durovray et Pitra, des philosophes, des académiciens, des hommes de lettres, des financiers, des capitalistes. Dandré en fut un des piliers.
Le club s'installa d'abord dans une superbe maison de la rue de Richelieu, puis dans un très bel appartement du Palais-Royal, au no i08 (2), au premier étage, au-dessus du Cirque. Il payait gros loyer, s'assemblait avec grand fracas, dans des salons étincelants, ayant balcons et jardins. 11 cherchait à attirer la multitude au moyen de fleurs, de musique et de vins exquis. Un salon était spécial pour la lecture des papiers publics. Les membres y banquetaient assez souvent, à vingt livres par tête.
Les dames de la Halle y vinrent complimenter Railly, La Fayette, Le Chapelier et, enfin, le comte de Mirabeau. Cependant, il n'exerça aucune action sur les masses.
(1) Bib. Xat., Lb 39/4360.
(2) Mémoires de Fen'ières, t. II, liv. vu, p. 123. — Sou local, dit Louis Passy* était sccrôtoment payé par le ministère.. (Voir Frochot, iu-8", Paris, 1874, p. 48 et 49;)
Formée des membres les plus modérés du Club des Amis de la Constitution, la Société de i789 était qualifiée « Club de la propagande » par les Actes des Apôtres. Dans l'Assemblée nationale, ces clubistes votèrent généralement avec le côté droit. « Maudit soit, écrivit Camille Desmoulins, l'hérésiarque qui a fondé 89!... » Mais il ajouta : « Le schisme qui d'abord avait si fort affaibli, parait aujourd'hui n'avoir que nettoyé l'aire et séparé l'ivraie du bon grain (1). »
Quant aux Révolutions de Paris., elles reconnaissaient que la Société de i 789 avait de grands noms et de grands talents « qui ne leur en imposaient pas ». M. de Casaux, membre auxiliaire de ce club, y lut des « Réflexions sur la dette dite exigible et sur les moyens proposés pour la rembourser (2). »
Il suffit de jeter les yeux sur la liste des membres de la Société de 1789, pour comprendre l'accusation portée alors contre les modérés, contre les « Machiavels et les Gromwells modernes », contre « l'aristocratie municipale ». Reaucoup de savants et de littérateurs connus, illustres même, s'y retrouvaient.
Reprenons, d'ailleurs, quelques noms principaux, (|ui ne sont pas tous sur la liste, mais qui peut-être sont ceux de membres postérieurement acceptés, ou de membres qui sortirent de la Société.
L'abbé Sieyès (3). Ru'derer.
L'évêque d'Autun. Fermont.
Dupont (de Nemours). Emmery.
Desmeuniers. Crillon (Membre, aussi, du Club
Chapelier. de Valois) ,
Railly. Lusignan.
La Fayette (Mem"bre, aussi, du <<astellane (Membre du Club de
Club de Valois). Valois).
Thouret. Jessé.
La Rochefoucauld (Membre du Décretot.
Club de Valois). Duquesnoy.
Liancourt (Membre du Club de Jaunie.
• Valois). Rarrère de Vieusac.
Ruréau-de-Puzy. Le Coulteux (Membre du Club de
Rabaud. Valois.
Reaumetz.
(1) Révolutions de France et de Jirabant, n" 41.
(2) Bib. de la Chambre des députés, Bf" 222 (t. XXXVIII).
(3; Robespierre donnait à Sieyès le suriioia de « taupe de la Révolution
Auxiliaires.
Condorcet. Grouvelle.
Champforl (Membre du Club de Artaud.
Valois). Lacépède. -
De Caseaux. Lavoisier.
Brissot. Keralio.
Cérutti.
Trésoriers.
Germain. Vandenyver.
BuUiet. Dufresnoy.
Boscary. Le Couiteux (1),
Plusieurs membres étaient en même temps membres des Jacoi)ins. La Fayette essaya d'amener les deux clubs à se réunir; mais il échoua. 11 parut un Projet de paix entre le Club de I 789 et la Société des Amis de la Constitution, par un membre de V Assemblée nationale ^ de l'imprimerie du Patriote français (2).
Au Clul) de 1789 s'était agrégée la plus grande partie de la Municipalité de Paris et de la Garde nationale, des gens riches, des écrivains distingués, et beaucoup de membres réputés modérés dans le coté gauche (3). Il ne s'y présenta aucun membre du côté droit, non seulement du parti absolu (Maury, D'Éprémesnil, Cazalès), mais encore du parti monarchien (Malouet, Virieu, Clermont-Tonnerre). Sans doute ces royalistes le trouvaient compromettant, acceptant trop le fait accompli depuis 1789.
Il se rassemblait avec ostentation dans son local des bâtiments du Palais-Royal. Il avait plutôt l'air d'une maison d'agrément et d'un réfectoire, que d'une réunion occupée de politique. Les banquets s'y succédaient fréquemment; la vie confortable, large, joyeuse, que ses membres y menaient, pouvait bien les faire taxer d'aristocratie.
On remarquait nombre de modérés constitutionnels dans cette Société. Le 18 mai 1790, elle célébra son installation sous le nom de Société patriotique de 1 7 89. Son but, disait-elle, était « de s'occuper de tout ce qui peut concourir au perfectionnement de l'art social ». Il y eut un grand dîner de cent vingt-quatre couverts. On quêta, avant de se mettre à table, et l'on recueillit un peu moins de 600 li-
(1) Mémoires de Mo7iUosier, Extraits des Actes des Apôtres, t. II, p. 'lOo.
(2) Uriiish Muséum (Fi-ench Révolution), 344, 2.
(3) Mémoires de Montlosier, t. I, p. 331.
418 LES CLUBS CONTRE-RÉVOLUTIONNAlRES
vres ; à la fin du repas, on porta des toasts : — à la Révolution, à la nation, à la loi, au roi. Sieyès proposa de boire « à la meilleure Constitution, aux États-Unis d'Amérique, aux Françaises patriotes, etc. »
Dans le jardin, la foule entendait le choc des verres, voyait les lustres allumés. Elle lit du bruit, d'abord, elle cria; puis, des députés .qu'elle respectait s'étant mis aux fenêtres, elle applaudit.
Le Club de 1789 s'ajourna, pour sa seconde séance, au 17 juin 1700.
Le 17 juin 1790, il se réunit pour célébrer, par un dîner au Palais Royal, l'anniversaire du 17 juin 1789, jour où les députés du tiers état s'étaient constitués en Assemblée nationale.
Parmi les quelques invités était le Corse Paoli. Il y avait cent (|uatre-vingt-dix sociétaires La fête fut somptueuse. Un orchestre considérable se fit entendre. Les membres du banquet se présentèrent plusieurs fois aux fenêtres et furent applaudis par la foule qtii se trouvait dans le jardin. On porta des toasts, ou reçut une députation des dames de la Halle, on chanta des couplets do PiiSj que l'on répéta pour la foule, du haut d'une fenêtre :
(Air : Des De t les.)
Les traîtres à la nation Craignent la Fédération:
C'est ce qui les désole; Mais aussi depuis plus d'un an, La liberté poursuit son plan :
C'est ce qui nous console.
L'instant arrive où pour jamais Vont s'éclipser tous leurs projets ;
C'est ce qui les désole ; Et l'homme enfui va cette fois Rétablir l'homme dans ses droits :
C'est ce qui nous console.
11 arrive souvent qu'au bois On va deux pour revenir trois,
Dit la chanson frivole; Trois ordres s'étaient assemblés, Un sage abbé les a mêlés :
C'est ce qui nous console.
Quelques-uns regrettent leurs rangs, Leurs croix, leurs titres, leurs rubans ;
C'est ce qui les désole; Ne brillons plus, il en est temps, Que par les mu3iirs et les talens '.
C'est ce qui nous console.
Sans doute on fera moins de cas Et des cordons et des crachats i
C'est ce qui les désole; Mais les lauriers, mais les épis, Les feuilles de chêne ont leur prix :
C'est ce qui nous console.
On en a vu qui, tristeirient, N'ont fait qu'épeler leur serment :
C'est ce qui nous désole ; On va le faire à haute voix, De bouche et de cœur à la ibis :
C'est ce qui nous console (1).
Le clul) (loiiiui uiio véritable fête, fort critiquée dans le pul)lic; par (les temps de misère, ce luxe semblait scandaleux.
i' La veille du dtner, la Société avait arrêté que ceux de ses mchibres qui pnurrai(;nt donner des logetnents aux députés t\ la fédération s'inscriraient sur un registre, et que ce registre serait ensuite envoyé à l'hôtel de la mairie pour que les districts, ((ui avaient tous montré le môme zèle, fussent soulagés d'autant (2). »>
Mais la haute bourgeoisie, et plusieurs nobles qui affectaient de né pas être royalistes, s'y intéressaient.
(( La Société de 1789 devient chaque jour plus nombreuse et plus brillante : elle compte parmi ses membres beaucoup de députés à l'Assemblée nationale, d'hommes de lettres distingués, et de personnes qui ont donné, dans la Révolution, des preuves de patriotisme et de zèle. Son but est d'encourager les arts utiles, de répandre les vrais principes de constitution et de liberté, et de concourir, par tous les moyens qu'une semblal)le réunion et une correspondance étendue lui peuvent donner, au perfectionnetnent de l'art social. Son journal vient de paraître: le mérite connu de ceux qui le rédigent doit faire présumer qu'il sera bien accueilli. On souscrit chez le Jay fils, rue de l'Échelle (3). »
La Chronique de Paris faisait le panégyrique du club et lui cherchait de nouveaux adhérents. La presse modérée l'adoptait, pour
(1) Journal de la Sm-iété de 17 Hh, u" 4, du 28 juitt 1790.
(2) Journal de lu Société de 17H9, W" 4, du 20 juin 1790,
(3) Chronique de l'ai'is, lluUioro du 15 julu ITJO, pi 862 et 863.
420 LES CLUBS GONTRK-RÉVOLLITIONNAIRES
ainsi dire; le marquis tie Villette, qui avait brûlé ses lettres de noblesse, qui avait renoncé par anticipation à ses droits féodaux, se plaisait à y rencontrer Gondorcet, le biographe de Voltaire, et, quoique membre des Jacobins, y jouait un rôle actif. Par exemple, il y proposa :
« Motion de M. de Villette au Club de 1789 (1).
« Messieurs, « Me seroit-il permis de faire une motion? Ce seroit qu'au jour solennel du 14 juillet, lorsque les députés des troupes de ligne, des gardes nationales de toutes les régions de la France, viendront jurer le pacte fédératif à la face des représentans de la nation et sous les yeux du monarque, au lieu de ces cris vive le Roi! qui ont si longtemps fatigué nos oreilles sans entrer dans nos cœurs, on criât d'une voix unanime : Louis Empereur! Ce titre nouveau conviendroit parfaitement au nouvel ordre de choses. Prononcé par le président de l'Assemblée nationale, il seroit sanctionné par cinq cent mille qui le répéteroient à la fois. L'Empereur de la Chine a, dit-on, un million de soldats; Louis XVI en a le double. Charlemagne fut proclamé Empereur des Français^ et convoquoit la nation dans le Champ de Mars. Après mille ans, elle a repris sa gloire et ses droits. Louis XVI doit donc reprendre un titre d'honneur que les rois fainéans ont laissé passer chez nos voisins. EfTaçons les noms de roi, de royaume, de sujets^ qui ne s'uniront jamais bien avec le mot de liberté. Les Français qui ont la souveraineté et qui l'exercent, sont soumis à la loi et ne sont sujets de personne. Le prince est leur chef, et non leur maître : Imperat, non régit. Qu'il revienne donc du Champ de Mars, la couronne impériale sur la tête, et que son auguste épouse soit, comme sa mère, saluée du nom d'impératrice (2). »
L'étrange proposition du marquis de Villette ne fut pas, ne pouvait pas être admise, et la Fédération du 14 juillet 1790 n'aboutit pas à la couronne impériale placée sur la tête de Louis XVI. Loin de là, pour les avancés, elle établissait, malgré les serments, un antagonisme durable entre les constitutionnels et les révolutionnaires conséquents dans leurs principes.
Le Journal de Paris, où ont paru plusieurs articles d'André de Chénier, professait une opinion à peu près conforme aux idées de la Société de i 7 89 ; mais celle-ci voulut avoir un organe spécial, dont
(1) « Cette motion n'a point été faite aux Jacobins, comme on l'a dit dans quelques papiers. » (Note de la Chronique de Paris.)
(2) Chronique de Paris, numéro du 24 juin 1790, p. 097 et G98.
la polémique lui serait dévouée, et qui publierait, çà et là, des articles approuvés par elle, et dus à des écrivains non appartenant à son groupe enrégimenté.
Le club eut un Journal de la Société de 1 789 (par Condorcet, Dupont de Nemours, Kersaint, de Larochefoucauld, Roucher, Pastoret, Grouvelle, André de Chénier et autres, qui parut du 5 juin au 13 septembre 1790). Vers la fin de juin de la même année, Sieyès fut l'objet d'une sorte d'ovation populaire au Palais-Royal : plusieurs députés y célébraient le jour où ils s'étaient constitués en Assemblée nationale.
Le journal changea de titre et prit celui de : Mémoires de la Société de 17 89, à dater du 21 août 1790, n° 12.
Railly présidait le club en mai 1790, La Rochefoucauld en juin, Mirabeau en juillet.
Le Journal de la Société de 1789 contient, à la date de juillet 1790, un discours de Mirabeau.
Ce discours se termine ainsi : « Nous faisons, en effet, profession de croire que le vrai courage enseigne la modération loin de l'exclure, qu'au lieu d'adopter ceux qui voulaient la paix publique par des exagérations incendiaires, les Amis de la Constitution doivent les regarder comme les plus redoutables ennemis, parce qu'ils la défigurent, la retardent et même la décrient ; que si l'audace et même Timpétuosité sont utiles pour conquérir une révolution, la mesure seule peut la consolider, et qu'enfin les conceptions sont encore plus nécessaires que les mouvements à rétablissement de la liberté publique (1). »
Le 13 août de la même année, Gouget-Deslandres prononça, à la Société de 1789, un discours sur les finances, le crédit des assignats, la circulation de l'argent et la baisse de l'intérêt de l'argent (2).
Dans le n° 13 du Journal de la Société de 1789 (août 1790) parut VAvis aux François sur leurs véritables ennemis, par André de Chénier. VAvis fit sensation, et le public s'imagina, avec quelque raison, que c'était le factum de la Société. Il fut réimprimé en brochure, et, répandu à profusion, il obtint un immense succès. Le roi Stanislas- Auguste de Pologne ordonna de le traduire en polonais, et André de Chénier reçut de ce souverain une médaille d'or. André de Chénier s'était réuni à la Société de 1789, sans en faire activement partie. Il habitait, avec son père, au quartier Montmartre.
(1) N'. 53, du 10-au 17 juillet 1790.
(2) In-8°, Paris, 171)0, 40 pa^jes.
Bientôt, les IÎ('voli(tions de Paris imprimèrent :
<( ,,, Les intrigans, les ambitieux d'argent ou de pouvoir se saisirent d'un Club de i7H9, qui existait déjà obscurément, et y attirèrent plusieurs membres de celui des Jacobins, en leur persuadant qu'ils n'y avoient pas assez d'intluence, ou que ce Club était vendu au ixirti d'Orlt'ans.
« Dès qu'ils eurent réuni un assez grand nombre de députés, non connus pour aristocrates, le Club de 1789 vint s'étaler pompeusement au Palais-Royal, dans un superbe appartement et avec tout le fracas nécessaire pour attirer, pour frapper les regards de la multitude.
« Le Club de 1789 affecta de se proposer les mômes objets que celui des Jacobins, des discussions politiques; mais on y ajouta d'autres avaniaijes ri agrrmeiis^ tels que de bons dîners, dont on entendait bien tirer parti.
« La discussion sur la guerre et la paix avoit signalé les intrigans, qui, sous l'apparence de la popularité et du patriotisme, servoient le ministère pour leur propre intérêt. Ils n'avojent plus rien à risquer en levant le masque; ils fjreat décréter, à leur Club, que les députés ù l'Assemblée nationale, non domiciliés à Paris, pourroient être reçus à titre d'associi's^ et seroient invités à délibérer dans ses assemblées de discussion, ainsi qu'à jouir de tous les avantages et agrémens de la Société^ pendant le temps que durera l'Assemblée nationale, et que lesdits associés ne pourront point payer de cotisation.
w Cependant ce Club a un loyer considérai)le et qu'on dit être de 2i,()0l) livres; les banquets y sont à un louis par tête (1),vce qui exigeroit que chaque part-pi'enant fit une cotisation, si la bourse ministérielle ne subvenoit avec des assignats aux frais de cet établissement.
« Certes, il est indifférent à des gens qui veulent discuter des matières politiques d'être dans une salle qui leur coûte cent écus ou
(1) uCct arrêté du club est du 28 mai; et avaot le iû juin, plus de cent niembres de l'Assemblée nationale se présentèrent (plus de cent vingt membres, selon le Journal^ et furent associés. Je voudrois bien savoir quels sont ces cent goinfres qui ont été se faire endoctriner pour un dîner; je les dénoncerais à leurs départcmeus. >i "ont-ils pas de quoi vivre avec 18 francs, sans aller compromettre leur opinion pour un dîner? » — Ils étaient admis par la voie du scrutin, fait entre douze commissaires nommés à cet effet, et ils pouvaient no pas payer de cotisation.
SOCIÉTÉ Dl^ 1789 423
mille louis; c'est même pour eux un avantage bien évident d'être dans un lieu tranquille et retiré. Mais il n'étoit pas indifféretit aux succès des vues ministérielles que le public nombreux qui fréquente le Palais- Royal vit aux croisées des salles de ce Club La Fayette^ /Jailli/^ Mirabeau^ Le Chapelier, et autres personnages qu'il s'est habitué à regarder et qu'il regardera encore quelques mois comme ses défenseurs. Il falloit;, pour surprendre l'opinion publique et lui faire adopter les résolutions dictées par la cour à ce Club, qu'il ne parût autre chose, aux yeux d'une multitude irréfléchie, que le Club des Jaco- })ins, mais épuré des prétendus factieux qu'on disoit les ennemis de la Monarchie et les partisans de la République,
« Mais l'heure de la réflexion, qui arrive toujours tard pour les Français, arrivera enfin; et la honteuse, la dangereuse formation de ce Club ne sera plus un mystère pour eux : ils verront que des hommes qui seroient les amis du peuple et de l'humanité, ne débourseroient pas, au milieu des calamités publiques, tant d'argent pour louer un lieu d'assemblée ; et qu'au lieu de venir afficher avec tant de magnificence leurs discussions populaires à un premier étage au Palais-Royal, ils se seroient retirés dans l'enceinte silentieuse {sic) d'un des couvens nationaux ; qu'au lieu de splendides banquets et de quêtes mesquines, ils feroient des quêtes abondantes et des repas frugaux; qu'au lieu de venir se faire claquer aux fenêtres, ils se déroberoient avec modestie à des témoignages d'attachement ou d'admiration qu'ils n'ont même pas mérités (1).
« C'est du Club de 1789 que nous est venu le décret sur la guerre et sur la paix, le décret qui a donné au roi la faculté de s'adjuger 2u millions; c'est du Club de 1789 qu'est venue la proposition de laisser aux évoques un traitement beaucoup plus fort que l'énorme traitement qu'on leur a donné, et celle de mander les Marseillais à la barre; c'est du Club de 1789 que nous viendront toutes les propositions, tous les décrets qui pourront mettre entre les mains du pouvoir exécutif les moyens de satisfaire les appétits des inlriguailleurs qui mènent ce Club, c'est-à-dire du pouvoir, de l'argent et des
(1) c< Quand l'ancien uiiuistère, l'ancienne police vouloit faire paroitre que l'opinion publique se déclaroit pour quelque chose, ils avoient des femmes prêtes i'i jouer le rôle de dames de la Halle. Le Comité de police usa, il y a quelque temiis, de ce stratagème contre la liberté de la presse et les gens de lettres {Vide w 15, p. 6). Le club de 1789 a joui des mômes honneurs, ou a usé de la même ruse: des dames de la Halle y sont venues faire un compliment au génie de M. Bailly, un à notre bo?i général; à M- Mirabeau, qui dit de si belles choses ; et à M. Le Chapelier, qui, sans cesser d'être Breton, est devenu bon Parisien. Boue Deun! »
soldats. Beaucoup de jeunes ci-devant seigneurs et nos gens de lettres à pensions sous l'ancien régime se sont jetés dans le Club de 17^50. Rien n'est plus simple : cette voie mènera à la fortune. »
Cette Société était influencée par les ministres ou par la Cour de Louis XVL
« Si ce clapier ministériel (1) n'étoit pas désolé par les patriotes, un jour viendroit où la Cour y trouveroit à son aise assez d'individus pour garnir le Corps législatif, qui lui vendroit, dans les législatures suivantes, la liberté publique et individuelle à beaux deniers comptants. Mais guerre, guerre éternelle aux vils esclaves de la Cour, aux ambitieux et aux faux patriotes'.
« Ce n'est pas qu'il n^y ait dans cette Société quelques honnêtes gens, qui n'ont pas vu d'abord qu'ils étoient dupes; mais peu à peu leurs yeux se désillent [sic] ; ils désertent le Club; et convaincus que toutes les délibérations bruyantes de ces Sociétés sont à peu près inutiles, ils vont étudier dans la retraite les moyens de réparer les décrets inconstitutionnels qu'ils ont eu la foiblesse d'appuyer. »
La Gazette nationale ou Moniteur wneuerse/ apprécia ainsi le Club dont il s'agit, en s'occupant des fêtes dont nous avons parlé plus haut :
« Il s'est formé à Paris une Société, sous le nom de Société de i 789, comme pour consacrer l'année de la Révolution en France. Le but principal que l'on s'y propose est de développer, de défendre et de propager les principes d'une constitution libre, et plus généralement de contribuer de. toutes ses forces aux progrès de l'art social.
« Cette Société a célébré jeudi, 12 mai, son installation dans son nouveau local au Palais-Royal, par un banquet composé de cent trente personnes, parmi lesquelles se sont trouvés, comme membres de la Société, M. le Maire et M. le Commandant-général. On y a porté les santés suivantes :
« 1° A notre Révolution ;
« 2° A la Nation, à la Loi et au Roi ;
« 3° A la première Assemblée nationale ;
« A° A la meilleure Constitution ;
« oo A la liberté et à l'union fraternelle de tous les peu])les de la terre ;
<( 6° Aux Milices nationales de France ;
« 7° A la Ville de Paris et à la Garde parisienne ;
(1) On pensait que les membres du club espéraient voir sortir de ce centre un nouveau ministère.
« 8° Au patriotisme des troupes réglées ;
« 9" Au civisme de la prochaine législature ;
« 10° Aux patriotes français ;
« 11" A la Société de 1789 et au Clul) de la Révolution de Londres.
« 12° Aux écrivains qui, par leurs ouvrages, ont préparé la Révotion, et particulièrement à l'auteur de Qu'est-ce que le Tier&-Etat? (M. l'abbé Sieyès.)
« 13° Aux États-Unis de l'Amérique. Un membre s'est levé et a dit : « Je porte la santé des indigens ; car il n'y a point de patriotisme sans charité ». Il est inutile de dire que la santé a été généralement accueillie ; nous ajouterons qu'elle a été suivie d'un secours pécuniaire, destiné à leur soulagement, et qui a été remis dans les mains de M. le Alaire.
« Vers la lin du diner, une multitude de citoyens s'est assemblée sous les fenêtres du local de la Société ; elle a demandé à voir M. le Maire et M. le Commandant-général, qui se sont présentés et ont remercié le public au milieu des applaudissemens. Une musique militaire, placée dans l'intérieur, à une des fenêtres, a exécuté différens morceaux qui ont ajouté à l'allégresse commune,
« La Société, avant de se séparer, s'est ajournée, pour un banquet pareil, au 17 juin, jour de la constitution de l'Assemblée nationale (1). »
Bailly et La Fayette, ainsi que Sieyès, Mirabeau et Le Chapelier, étaient les hommes principaux du club, dont Condorcet apprécia l'importance dans une lettre qu'il est bon de reproduire :
« Vous désirez, Monsieur, connaître l'origine et l'esprit de cette Société de 1789, à laquelle votre estime pour quelques-uns de ses membres vous fait prendre un intérêt dont elle s'honore.
« Vous voulez savoir par quelle fatalité, dans ces écrits dont le style et les principes annoncent si bien à quelle classe de lecteurs la corruption ou la malignité les destinent, on accuse d'être ennemie de la liberté une Société où se réunissent ceux qui en ont été les apôtres les plus zélés, les plus fermes, les plus éclairés, dans ces temps où elle avait parmi nous si peu d'adorateurs. Vous ne les soupçonnez pas d'avoir changé : vous croyez à la raison et à la vertu. Je vais satisfaire à vos questions.
« Dès le mois d'octobre 1789, quelques citoyens, dont la plupart n'avaient pas attendu l'annonce des États-généraux pour méditer sur
(i) Monilertr universel, numéro du 13 mai 1790.
les principes des sciences politiques, formèrent une Société dans laquelle ils devaient s'occuper des moyens de rétablir l'ordre, de conserver la paix, et de donner aux lois fmnçaises toute la perfection à laquelle les progrès de l'art social perniottaient d'atteindre; car il y a pour chaque degré de civilisation une perfection réelle, comme pour chaque degré de lumières une perfection idéale, dont nous sommes destinés par la nature à nous rapprocher sans cesse, sans pouvoir jamais l'atteindre,
« On vit bientôt que, dans un moment où la nécessité des affaires ne laissait à personne la libre disposition de son temps, une association peu nombreuse ne pouvait avoir d'activité; et on résolut de former, sur un plan plus vaste, une grande Société dont l'objet serait d'approfondir, de développer, de répandre les principes d'une consliLulion libre, et plus généralement de chercher les moyens de perfectionner l'art social considéré dans toute son étendue,
« Cette nouvelle association a pris le nom de Société de 17 89.
(( ,,, Nous avons regardé l'art social comme une véritable science, fondée, comme toutes les autres, sur des faits, sur des expériences, sur des raisonnements et sur des calculs ; susceptible, comme toutes les autres, d'un progrès et d'un développement indéfini, et devenant plus utile à mesure que les véritables principes s'en répandent davantage; et nous avons jugé qu'il était bon qu'une Société dbommcs libres dans leurs opinions, indépendants dans leur conduite, s'occupassent d'accélérer les progrès de cette science, d'en hâter les développements, d'en répandre les vérités.
<( Il existe donc une différence essentielle entre la Société de 1780 et celles que les citoyens pourraient former dans l'intention de réunir leurs forces pour le succès d'une réforme dans la Constitution et dans la législation de leur pays.
« De telles Sociétés sont utiles sans doute, mais elles ne sont pas les seules utiles.
« Il est nécessaire qu'une Société comme la nôtre reste isolée, pour conserver une indépendance entière ; ce qui n'exclut point une correspondance, une fraternité, comme celles qui existent entre les Sociétés savantes de l'Europe. Elles s'envoient réciproquement leurs ouvrages; les académiciens qui voyagent sont admis aux séances des Sociétés étrangères; elles se consultent réciproquement, et il leur arrive même quelquefois de se concerter pour des travaux importants... Une Société, plus philosophique encore que politique, doit surtout professer une tolérance qui peut blesser les esprits inquiets et violents.
« Consacrée h la défense des principes d'une constitution libre, et à la perfection de l'art social, sans doute elle doit proscrire les opinions évidemment incompatibles avec sa liberté, comme avec Toxistence d'une Société bien ordonnée. Mais il faut que cette incompatibilité paraisse telle h la généralité des hommes éclairés. Car cette intolérance qui voit des scélérats ou des hommes corrompufi, des factieux ou des esclaves, dans ceux qui ne sont pas de notre avis, a toute la folie, tout le danger de l'intolérance religieuse et n'en a pas l'excuse, celle d'une illumination surnaturelle, qui donne du moins des droits à l'indulgence do la raison,
« Si la tolérance est nécessaire dans le sein d'une Société, la facilité pour admettre serait funeste, Il faut une forme d'admission qui puisse répondre de cette convenance dans la manière de penser, sans laquelle toute discussion dégénère en dispute. Cette disconvenance qui empêche les hommes de s'éclairer mutuellement, parce qu'elle les empêche de s'écouter, ne se borne point h une opposition de principes sur les objets ordinaires île la discussion ; mais elle s'étend jusqu'à une division prononcée sur d'autres objets, lorsque celte division a les caractères de l'esprit de secte. Supposons qu'en Allemagne les théologiens protestants eussent voulu établir des conférences dans l'intention de s'éclairer sur les moyens de réfuter les controversistes de la religion romaine; ou que les prêtres français eussent eu le dessein de se concerter sur ceux de résoudre les difficultés que les protestants leur opposaient ; croit-on que, si le» uns avaient réuni dans la même chambre des luthériens et des sacramentaires, les autres des jansénistes et des molinistes, ils eussent immolé la haine qui les séparait à l'intérêt de la défense commune ?, . .
« L'exagération des opinions est un autre danger dont toute Société doit soigneusement se préserver; il est plus aisé d'exagérer l'opinion d'autrui que d'en avoir une h soi ; et quand, par ce moyen facile, on peut s'acquérir une réputation de patriotisme et de courage, beaucoup de gens sont tentés de l'employer. Une Société où un certain nombre de membres y auraient recours, ou par goût ou par l'impuissance d'en trouver de meilleur, au lieu de faire des progrès dans la route de la raison, finirait, au contraire, par s'en écarter à chaque instant.
« Dans une Société indépendante et libre, tous les membres doivent être égaux; elle ne doit jamais reconnaître de chefs. Vouloir faire dominer ses opinions personnelles, c'est affecter la tyrannie dans une république. Les lumières, les talents doivent sans doute y obtenir ce pouvoir que la nature leur a donné; mais ce pouvoir ne
doit s'exercer que par l'usage même des talents et des lumières. C'est surtout contre la médiocrité intrigante que l'on doit avoir recours à l'ostracisme; c'est contre ces hommes qui veulent être chefs de parti, parce qu'ils ne peuvent être chefs d'opinion, et gouverner par adresse ceux à qui ils ne peuvent commander au nom de la raison. Le despotisme du génie est toujours plus doux; et les hommes de cette trempe, s'ils étaient quelques instants sensibles au plaisir de dominer, le sacrifieraient bientôt à celui de produire.
« Enfin, une telle Société doit conserver le droit de discuter les lois, même lorsqu'elles ont reçu le sceau de la puissance publique, d'en faire sentir les défauts, d'en montrer les inconvénients Car ce sont les principes d'une Constitution libre qu'elle doit développer ou répandre, et non les lois d'une Constitution particulière. L'autorité en politique est le premier pas vers l'esclavage; et. les hommes qui ne voudraient voir de liberté que dans les opinions adoptées par la législation qu'ils ont établie, ressembleraient à ces prêtres qui prétendent qu'on ne peut être honnête homme si on ne sacrifie pas dans leur temple.
« Tels sont. Messieurs, les principes qui ont dirigé la Société de 1789 dans son institution, dans ses règlements, dans sa conduite.
« Elle a cru devoir offrir l'entrée de ses séances aux députés de l'Assemblée nationale qui, n'étant pas établis à Paris, ne pouvaient appartenir à la Société comme membres ordinaires. Elle s'est proposé de discuter de préférence, dans ses assemblées, les objets qui devaient l'être dans celle des législateurs. C'était un moyen de rendre ses travaux d'une utilité plus présente, plus immédiate. Mais elle s'est bornée sagement aux questions générales qui tiennent essentiellement à la législation générale ; les réclamations particulières ont été soigneusement écartées (1). »
Condorcet, partisan d'un gouvernement républicain, disciple de Diderot et de Voltaire, ami de Turgot, jugeait bien favorablement la Société de 1789. Comme lui, diverses feuilles suivaient avec intérêt son développement, et rendaient compte de son action sur l'opinion publique. Condorcet entraîna de son côté nombre de citoyens plus philosophes qu'hommes politiques, modérés, mais non réactionnaires.
(1) A Monsieur*", sur la Société de 1789. OEuvres de Condorcet. Edition A. Condorcet O'Connor et M. F. Arago, t. X, p. 67 et siiiv. F, Didot frères, iu-8", Paris, 1847.
Le Moniteur universel publia cet article :
« La Société de 1789 a célébré jeudi dernier, dans son local au Palais-Royal, l'anniversaire de la constitution de la Chambre des communes en Assemblée nationale, le 17 juin 1789. L'anniversaire de cette journée mémorable, véritable époque de la liberté française, méritait bien sans doute de devenir un jour de fête patriotique pour une Société vouée au développement et à la défense des principes d'une constitution libre.
« Dans un banquet composé de cent quatre-vingt-dix personnes, où M. Paoli avait été invité par une voix unanime, et où étaient, comme membres de la Société, M. le Maire, M. le Commandant-général, et M. l'abbé Syeyes {sic)^ président de l'Assemblée nationale, qu'entouraient avec tant de gloire ces souvenirs et ces expressions de constitution et de liberté, on a porté les santés suivantes, dont l'admiration et la reconnaissance ont su faire, avec justice, les applications individuelles :
« 1" A la Constitution de la Chambre des communes en Assemblée nationale, et à celui qui en a conçu l'idée ;
« 2° A la grande Fédération du li juillet prochain;
« 3" A tous ceux qui ont travaillé pour la liberté de leur pays et (jui ont souffert pour elle;
« 40 Hommage aux mânes de Benjamin Franklin, compagnon imprimeur, ministre plénipotentiaire des États-Unis en France, et principal agent de la liberté de la Patrie;
« o" Aux gardes nationales du royaume et à ceux (jui en ont propagé l'institution.
u Un membre de la Société a ensuite proposé une distribution pécuniaire, en faveur des infortunés détenus pour mois de nourrice. Son vœu a été accueilli avec les acclamations de l'humanité, et le secours (jui en est résulté s'élève, dit-on, à la somme de 900 livres, qui a été remise dans les mains de M. le maire.
« Le dîner a été terminé par différents morceaux de musique militaire, au milieu desquels M. de Piis a chanté une chanson analogue ù la circonstance. Un grand nombre de citoyens, rassemblés sous les fenêtres du local de la Société, a demandé, à diverses reprises, à voir M. le maire et M. le Commandant-général, MM. l'abbé Syeyes, Mirabeau, Chapelier, l'évêque d'Autun et Paoli. Ils se sont présentés et ont remercié le public au milieu des applaudissemens (1) »
(l) Monileiir nnici'rsel, u" du mardi 22 juin 171K).
430 LES CLUBS CONTHE-UÉVOLUTIONNAIRES
Gorsas, dans son Courrier^ imprima ces quelques phrases apologétiques, qui lie durent plaire ni aux avancés ni aux ttionarchlstcB purs ;
« .S'ur Vanniversaire c('l('ffi^r par le Sallon de i 789, en atiendant des di^iaih plus ('tendus.
« Sans doute on vous rendra compte, Messieurs, de l'anniversaire célébré au Club de 17Hi); mais ce cpiil sera impossible de vous peindre, c'est l'élan du patriotisme, c'est le spectacle attendrissant de la Iralernité qui régnoit parmi tous ses membres. L'abbé Syeyes, Bailly, Paoli, La Fayette; en vérité, ces quatre présidens de la fête, si simples dans leurs habitudes et d'une familiarité si aimable, ajoutent encore à l'horreur qu'on a pour l'insolente aristocratie, C'étoit à qui payeroit son tribut de gaieté et de bienfaisance, et j'estime que nos pauvres concitoyens en toucheront environ cent louis. Notre bon général nous a aitîené soixante musiciens, clarinettes, cors de chasse, hautbois; c'était une harmonie toute céleste. Si l'on me demandoit ce que c'est que le magnétisme? Le voilà. .
« Vous avez certainement reçu l'Adresse des marchandes de Heurs, et les chansons sur la liberté, qui sont charmantes. Toutes ces différentes saillies ont été terminées par cet impromptu de M. de Villette :
« Dans le club de Qaalre-tinyl-veuf, L'esprit et le talent se sont prêté main-forte ;
Mais ce qui toujours sera neuf, C'est que jamais Droleuil n'en fermera la porte (I). »
Selon V Orateur du peuple, Mirat)eau, Thouret, Le Chapelier (juiltèrent la Société pour rentrer aux Jacobins. Les Rroolutions de Paris parlèrent de la fusion du Cluh de 1789 dans celui des Jacobins, où « il a empoisonné la source du patriotisme. » Malgré ses efforts pour obtenir cette fusion, toutefois, La F'ayette n'y était pas parvenu. Mirabeau faisait partie de l'un et l'autre club (2).
h& Société de 4789 n'exerça aucune influence sur les masses, bien
(1) Il Brctouil était un des partisans de la résistance, dans les consoiis do Louis XVI. » (Courrier (te Gorsds, 1790, 19 juin, n" 16.)
(2) Mirabeau, mal reçu aux Jacobins, s'épuisa en triomphant de ropposition qu'il y rencontrai et mourut deUX mois après.
que le Journal de Versatiles annonçât, dans son nUttiéro du 6 juin 1790, qu elle acquérait chaque jour une congislance plus imposante, et que le Club des Jacobins perdait plusieurs de ses membres (1).
Le succès de la Sociéti^ de 1789 était aussi contestable, au fond, que l'insuccès des Jacobins, lesquels comptaient 1211 membres le 15 novembre 1791.
Madame de Staël, après avoir énuméré les forces que possédait le Clu/j de 1789, « des amis de Tordre et de la liberté », écrit : « Pour^ tant, il fut désert en peu de temps, parce qu'aucun intérêt actif n'y appelait personne. On était là pour conserver, pour réprimer, pour arrêter; mais ce sont là les fonctions d'un gouvernement, et non pas celles d'un club. Les monarchistes, c'est-à-dire les partisans d'un roi et d'une constitution, auraient dû naturellement se rattacher à ce Club de 1789; mais Sieyès et Mirabeau, qui en étalent, n'auraient consenti, pour rien au monde, à Se dépopulariser en se rapprochant de Malouet, de Clermont-Tonnerre, de ces hommes qui étalent aussi opposés à l'impulsion du moment que d'accord avec l'esprit du siècle (2), »
Ce club, (jui se réunissait chez le premier restaurateur du Palais^ Royal, à côté des jeux, était, en effet, élégant, somptueux, mais nul d'action. « Conciliateur, il croyait, dit Michelet, marier la Monarchie et la Révolution. » Son nerf était Un bon restaurateur; son but était une doctrine que les événements pouvaient rendre illusoire,
Condorcet publia^ dans le Jovrnal de ta Société de 1789, plusieurs articles : son Adresse à t Assemblée contre la loi du marc d'argent , — /ks lois constitutionnelles sur l'administration des finances ; — Dés détails sur ta fête anniversaire du 17 juin; — sur V Admission des femmes au droit de cité; — sur le Préjugé qui suppose une contrariété d'intérêts entre ta capital'^ et les provinces; — sur les 7Vibunaux d'appel; — Aux Amis de ta liberté^ sur les moyens d'en assurer la durée, etc. (3).
Benjamin Franklin, l'illustre citoyen des Etats-Unis d'Amérique, était mort le 17 avril 1790. L'Assemblée nationale prit le deuil pendant trois jours.
« Après une lecture faite sur Franklyn [sic) par M. de La Rochefoucauld, à la Société de 1789, le 13 juin 1790, W. de Liancourt a fait la motion que les membres de la Société portassent le deuil décrété par
(1) Annales palriolifjues de Carra, dit 8 juin 1790,
(2) Considérations sur ta Kévolntion française, t. I, pi 399.
(H) Vundoiwet, sa vie et son lemi'e, [yavlc dodteur Robinet, in-8", Parie, 18934
l'Assemblée nationale, et que le buste de Franklyn (par lui offert) fût placé dans la salle d'assemblée, avec cette inscription :
« Hommage rendu par le vœu unanime de la Société de 1789 à Benjamin Franklyn, objet de Vadmiralion et des regrets des Amis de la liberté.
« Cette motion a été adoptée à l'unanimité. M. de La Rochefoucauld a offert alors, à la Société, un buste de Benjamin Franklyn, et l'assemblée lui a voté des remerciemens (1). »
A propos d'un diner patriotique, Lanthenas remarque le bon marché de la souscription : six livres.
Il ajoute :
<' Cette remarque n'est pas inutile dans un moment où un club, qui prétend se réunir pour répandre partout la libkrté, prend un loyer de i(),0()0 livres par an, un cuisinier, etc., et n'a point de banquet audessous de 12 livres ou 24 livres... ('2). »
Malgré tout, le club avait deux rudes adversaires, celui des Jacobins et celui des Cordeliers, qui le regardaient comme entaché d'aristocratie, demeuré en arrière du progrès, trop exclusivement borné aux idées de 1789, stationnaire, par conséquent réactionnaire. Voilà pourquoi l'avaient quitté plusieurs membres dont nous avons parlé.
Parmi les travaux de la Société de 1789, nous remarquons :
Des Réflexions sur la dette dite exigible et sur les moyens proposés pour la rembourser, adressées et lues le l*"' septembre, par M. de Cazaux, membre de la Société; — un morceau sur Benjamin Franklin^ lu par M. de La Rochefoucauld ; — une Motion de M. de Villette, faite le 17 juin 1790, à l'effet de décerner à Louis XVI, le jour de la Fédération, le titre d'empereur (3); — un Discours prononcé par M. Huskisson, Anglais, et membre de la Société, dans la séance du 29 août 1790, sur les assignats; — des Mé flexions sur les assignats et sur la question de la dHte exigible ou arriérée, lues le môme jour par M. Lavoisier, député suppléant du bailliage de Blois; — une ^lotion sur Vabrogation des testaments en ligne directe, le J9 septembre 1790, par Jean- Pierre Pezous, député du département du Tarn ; — et entin, une Opinion énoncée sur les lois constitutionnelles , etc., lue le 9 janvier 1791, par L. Ramond (4).
(1) Extrait du Journal de la Société de 1789.
(2) Patriote français, W 319, le 23 juin 1790.
(3) Voir plus haut, p. 420.
(4) Bib Nat.. Lb 40/2401; Lb 40/2402; Lb 40/831 ; Lb 40/832; Lb 40/2408; Lb 40/846.
Dans la séance du 18 juillet 1790, une députation de la Société des Amis de la Constitution de Nantes se présenta à l'assemblée générale présidée par Mirabeau, l'aîné, et demanda d'être associée à la Société de 1789, qui avait « adopté les principes les plus sains, pensoit avec tant de raison que la mesure et la modération étoient les moyens les plus efficaces de les faire goûter par les vrais amis de la liberté. » Nous avons cité la fin du discours que Mirabeau prononça (1).
En juillet encore, on envoya d'Amsterdam au Journal de la Société de 1789 des vers sur la liberté.
A propos de la révolte des Suisses de Cliâteauvieux, à Nancy, la Société de 1789 manifesta, comme le montre un
« Extrait du procès-verbal des séances de la Société de 1789, du vendredi 3 septembre 1790 (2).
« La Société a arrêté, à l'unanimité, qu'il seroit fait une adresse de félicitations et de remerciemens au directoire du département de la Meurtbe, à la municipalité de Nancy (3), et, principalement, aux milice!? nationales et aux troupes de ligne, dont la fidélité courageuse a rétabli la paix et les loix dans la ville de Nancy :
« Adresse de la Société de 1789, au directoire du déparlement
de la Meurtlie^
A la municipalité de Nancy,
Et principalement aux milices nationales et aux Ironpes de ligne
dont la fidélité courageuse a rétabli la paix et les loix
dans la ville de Nancy.
« Réunis par l'amour de la Patrie et de la Constitution, nous n'avons pu apprendre vos belles actions sans laisser éclater les transports de notre reconnoissance et de notre admiration.
« De quels désordres , de quels dangers vous avez garanti la France !
« Anéantir toute puissance légale en diffamant tout fonctionnaire; appeler patriotes les séditieux, et conspirateurs les vrais patriotes; rendre odieux au peuple les magistrats consacrés par son propre cboix; lui rendre même ses représentans suspects, en les forçant à
(1-) Voir plus haut, p. 421.
(2) Mémoires de la Société de 1789, w lo, du 13 septembre 1790.
(3) La municipalité do Nancy était aristocrate.
déployer une rigueur nécessaire; enfin, n'ayant pu corrompre la volonté nâtiôiiaie, diviser au moins la force publique et metti-e aux mains tous les François, citoyens ou soldats : tel est, sans doute, lé dernier espoir, le dernier plan des ennemis pervers et implacables du peuple et des nouvelles institutions.
« Système atroce, manifestfetnént suivi dans toutes les parties de la France, mais enfin mis en pratique avec un cruel succès dans l'infortunée ville de Nancy.
« fiés soldats égarés, noii seulement avoietit niécôrtiiti là discipline, mais aussi fouloient aux pieds la loi suprême, le décret national. Des citoyens trompés embra&soient leur querelle; des brigands avides encourageoient la rébellion, tandis que la nation incertaine, en défiance contre tous les agens du pouvoir, craignoit, en punissant la révolte, de favoriser la tyrannie. Toutefois, le législateur, se ralliant à la loi, appelle la force publique au secours de Tordre public. Mais où étoit-clle, cette force? Où trouver des soldats, des citoyens, des frères, qui voulussent réprimer la licence de leurs frères? Quel cbef consentiroient-ils à suivre? Il falloit d'abord que leur raison repoussât de vains soupçons, que leur vertu étoufTùt une répugnance naturelle à combattre des ennemis si chers. Cependant les soldats et les citoyens, justifiant par leur confiance un général en vain calomnié, marchent sous l'étendai'd de la paix, contre les drapeaux de la révolte, dans l'espoir de soumettre plutôt que de vaincre. Il faudra môme qu'on les force de combattre. Mais ces infracteurs des lois, ceux-là sont encore des François? Ils ont rompu le pacte social, ce sont des barbares hostilement armés. Des frères, dont le bras menace ou déchire le sein de la mère commune, n'ont-ils pas abjuré les droits du sang? Punir des enfans parricides, c'est le devoir sacré des vrais et fidèles enfans de la patrie.
(( Tels furent vos sentimens, qui ont éclaté dans vos héroïques actions, dignes guerriers de la garnison de Metz ; vous, surtout, généreuses milices! Que vous avez noblement justifié ce nom de nationales, qui présente la vaste idée des devoirs imposés à vos cœurs par les sermens civique et fédératif ! Et dans quelle circonstance? Déjà, peut-être, l'explosion des plus funestes complots alloit interrompre le cours de la régénération de l'empire, et engloutir, avec la liberté même, toutes nos espérances et celles mêmes de tant de nations, dont notre sort doit faire la destinée.
« Que fussiez-vous devenus, si votre bravoure tutélaire n'eût fait avorter ce schisme naissant: si les armes, aiguisées par l'anarchie, ne se fussent émoussées contre les armes de la loi !
« Braves soutiens des pouvoirs légitimes, recevez donc nos félicitations civiques, riôil sur votive victoire, trop chtreménl achetée par tant de sang et laiit dé mot*ts, iiiais siir ces fruits sâltitaifés, là paix rétablie, la Constitution sauVée, la confiance pOpulàir-e rendue aux amis du peuple, la pérlîdie de ses ennemis traduite au grand jour; enfin, les troubles prévenus paf toUte la France, et leUr remède le pltis efticace préparé pour l'avenir.
« Car telle est, telle doit être daiis la suite la fructueuse influence de bët exploit du patriotisme. Votre conduite n'est pas seulement une grande action, elle est encore Un mémbrablé exéiriplë, utie leçoti frappante dôririée à tous les François, àfihés par là Cbtistitiitibti et pour elle-même.
'<. En est-il en effet aujourd'hui qui puisse balancer à suivre là route que vous avez tracée ? En est-il qui ne regarde désorniais l'inexécution d'une loi comme sa propre injure, comme la violation de ses propres droits, qui ne s'arme, ne marche, ne combatte et ne meure pour elle?
« Ils auront donc faussement prophétisé, ces hommes foibles, inquiets et mécontens, esclaves de nature (s'il est vrai que l'habitude soit une autre nature): pai'ce qu'ils ont vu longtems le despotisme obtenir l'obéissance stupide de la terreur, la libre ddtilite de là confiance leur paroit impossible et inespérable. Accoiitumés à ne voir le gouvernement que dans la force, et la force que dans la contrainte arbitraire, ils prédisent que les François ne saurôient plus êli*e gouvernés.
« Si nous les en croyons , la puissance manquera sans cesse à la loi : les passions individuelles vont seules régner. L'administration périra, privée d'ensemble et d'unité; avec elle përii'oht lés travaux, les fevenus, les richesses, les propriétés, la Société entière. Ainsi, disent-ils, s'évanouira, comme un songe philosophique, cette constitutiorl jut-ée par toutes les bouches, et adoptée pài* tous les cœurs.
« Non, sans doute, voire courage, administrateurs du département de la Meurthe, magistrats de la municipalité de Nancy, votre cbiiduite respectable et exemplaire, seule, démentiroit assez ces craintes injurieuses pour la nation. Non, l'ordre et la paix n'invoqueront point en vain une autorité surveillante, iine puissance protectrice. Nous vous en attestons, Aririée de la liberté, qui étés devenue l'Âritiée de la loi, la première qui ait combattu pour le maintien de l'ordre et de la paix publique. Nous en attestons môme ce généreux Desiles {sic], qui vouloit moUrir plutôt que de voir les rebelles consommer leur
crime, dont le désespoir vertueux, dont l'héroïque dévouement auroit dû désarmer leur férocité. Nous en attestons surtout vos morts glorieuses, vous dont le sang a payé le salut de la France, citoyens, frères intrépides, que pleure en ce moment toute la famille nationale : ces plaies qui saignent encore, ce deuil de cent familles, ces funérailles solemnelles (1), ces hommages éclatans de l'admiration puhlique, ce décret consolateur, expression d'un sentiment universel ; voilà des garants sacrés, d'irrécusables témoins, que l'appui de la force commune ne manquera point aux décrets de la volonté générale, qu'un patriotisme infatigable et solidaire veille dans tous les points de l'Empire au succès de cette r(''V()lulion, époque immortelle dans l'histoire du genre humain.
« Pourquoi donc ne rouvririons-nous pas nos cœurs à la conliance? Pourquoi désespérer de la perception des subsides, de l'établissement des tribunaux, enfin, d'une heureuse et prochaine consolidation de l'édifice politique,
« Si, dans la hiérarchie des pouvoirs qui vont régler nos destinées, un corps réfractaire contrarie l'action d'un autre, n'existe-t-il pas une puissance suffisante pour les mettre tous en harmonie? Quel citoyen, appelé à la défense de la loi violée, refusera désormais sa force et ses armes ?
« Que sera-ce, lorsque la Constitution affermie, déployant son influence morale, aura formé cette coalition tacite du peuple, des loix et des législateurs, qui rend le gouvernement si facile et l'ordre si naturel ?
« Ainsi nous avons vu dans Nancy le patriotisme tourner au profit de l'union un désordre préparé pour la dissolution générale de l'Empire; ainsi nous avons vu les bras de tous aux ordres du législateur, pour faire agir la volonté de tous. Voilà comment vos exemples nous rassurent même pour l'avenir, sages administrateurs, vigilans magistrats, courageuses milices de Metz, de Toul et de Pont-à-Mousson, fidèles guerriers de la garnison de Metz, vous-même, vaillant général, dont aujourd'hui la renommée civique relève et anoblit encore la réputation militaire ; oui, c'est vous tous, généreux citoyens, qui avez fait renaître ces consolantes espérances, heureux effet du signal de zèle donné par vous à tous les Français, qui vous a mérité doublement les tributs de la publique gratitude.
« Tels sont les sentimens que n'a pu renfermer une Société accou-
(l) L'Assemblée nationale vota des remerciements à Bouille, une fête funèbre en mémoire des gardes nationaux et des soldats de l'armée de Bouille.
tumée à regarder, ainsi que doit le faire un peuple libre, le triomphe des loix comme le sien propre. Et peut-être leur effusion vive et sincère fera pénétrer dans vos âmes, encore enveloppées de deuil, quelque rayon de consolation et de joie.
« Signé : Pasïorkt, président.
« GuiRAUDEï, CociiELEV, Grouvelli:, secrétaires. »
On ne pouvait entrer plus nettement dans le mouvement contrerévolutionnaire.
Cette adresse dithyrambique ne servit qu'à discréditer davantage la Société de 1789 aux yeux des hommes avancés. Elle chercha à se rendre populaire par un acte suivi d'effet.
Le Journal de Paris, le 11 novembre 1790, annonça : « Municipalité de Paris « Conseil général de la Commune.
<' Une députation de la Société de 1789 s'est présentée au Conseil général pour lui demander qu'il voulût s'occuper des moyens de faire transférer à Paris, de l'Abbaye où elle a été déposée, la cendre de Voltaire, pour que les restes de l'homme qui a le plus lionoré son siècle et son pays reposassent dans la ville qui l'a vu naître. Le Conseil général a répondu, par la voix de M. le Maire, qu'il prcMidroit en grande considération une pétition qui devoit intéresser particulièrement les citoyens de Paris. »
\S Apothéose de Voltaire, par suite d'un décret de la Constituante, eut lieu le 11 juillet 1791.
Une estampe, J7S9 aux /i'/f/'ers, personnilia (l'90), aux yeux de nombre de gens, la Société comparaissant devant le tribunal des enfers, après les ombres de Loustalot et d'un « impartial. »
La Société, dans la séance du 2 janvier 1791, avait pris, sur la proposition de M. Condorcet, un de ses membres, l'arrêté suivant, que tous les journaux répétèrent :
« La Société de 1789, ayant pour objet de développer et de perfectionner les principes d'une Constitution libre et d'accélérer les pro-
grès (\e l'art social, doit regarder comme absolument incompatible avec ses vues, celles de toute association qui, méconnaissant les progrès possibles dess lumières et de la perfectibilité hppiaines et apciales,et se vouant à repousser toute espèce d'opinion vraie ou fausse qui ne serait pas exclusivemerit favora^ile à unç forme particulière de la Constitution, annpnceroit l'intention de protéger un des pouvoirs qui en font partie.
« Fondée par l'amour de la vérité qui ne peut se séparer de celui de la liberté, elle doit soigneusement rejetter toute idée de dépendance ou d'attachement exclusif, soit à un individu, soit aux prérogatives de telle place en particulier. Elle croit donc, sans nuire à l'indépendance personnelle de ses membres, indépendance qu'elle fait profession de respecter jusqu'au scrupule, pouvoir non seuleiflent exiger d'euîi mie venopciation ab^plvie à toute association dont ils ne pourroient adopter les principes sans renoncer à ceux de la Société, mais se réserver le droit de leur désigner ces associations, lorsqu'elle seroit instruite de leur existence. « En conséquence, elle déclare :
« !•> Que ses membres rer^oncent à tpiite association, dont les principes ne peuvent se concilier avec le but que la Société s'est proposé ;
« 2" Que le Club des Amis de la Constitution monarchique est une de ces associations, et qu'ainsi on u(\ peut être, h la fois, membi-e de ce Club et de la Société de 1789;
« 3° Qu'elle regardera, en conséquence, l'admission dans le Club de la Constitution monarchique comme une renonciation à la Société deJ789^1);
(( 4» Qu'il sera donné communicatipn de cet arrêté à tous ceux qui se présenteront pour être admis à la Société de 1789 (2). »
La déclaration de la SocvHr dp 1789 fut annoncée pai* Çlorsas en ces termes :
« Un mernbre de ce club (1789) nons engage à annoncer un arrêté pris il y a denx jours par pefte Société, dpnt Ypici l'pjijet : l-e Ç|vi]) de 89, pour évitpr que le public \\e^ se. f^éprît sur son pivisme, fi^PS |in moment où les citoyens ne peuvent exprimer d'une manière trop solemnelle leurs sentimens sur tout ce qui pourroit contrarier la
(1) Voir le Journal dest Clubs, et le Moniteur universel, n" du G février 1791.
(2) Condorcct quitta bientôt la Soriéié de 1789 pour entrer au Club des Jacobins.
Constitution et le vijju national pour sa conservation, a déclaré, à la plus grande majorité, que ceux de ses membres qui auroient pu se faire inscrire sur la liste du Club monarchique] seront tenus d'opter entre ces deux Sociétés (1). »
Elle aussi, la Société de 1789 chercha à obtenir de la popularité en s'occupant des pauvres de Paris. Elle ne délivra pas des bons de pain, comme le Cluh monarchique (2), mais elle pensa à se joindre, avi moyen d'une souscription, aux efforts de la Municipalité pour secourir les indigents. Toutefois, nous ne voyons pas que l'idée qui lui en fut suggérée ait été mise à exécution. Rappelons que quelques quêtes avaient eu lieu dans les banquets organisés par elle. Un journal publia l'avis suivant :
« Un des membres de cette Société lui a soumis ses réflejcjons : Idées de circonstance (in-4° de 8 pages), pour fçiire ouyrir chez tous les notaires une souscription dont les résultats seroient versés toutes les semaines dans les mains d'un comité composé d'un membre du Bureau de charité de chaque paroisse, et présidé par M. le Maire, pour être ensuite, sur l'avis de ce comité, réparti selon la connaissance des besoins, aux différentes paroisses. »
Il s'agissaij; de secourir les indigents de Paris, ala^inés par le refus qu'avaient fait plusieurs ciirés de Paris de prêter |e serment (3). Les membres du Club monarchique ripostèrent :
« Le Club de 1789 n'était célèbre que par sa nullité, disait, en 1791, le directoire du Cluh monarchique ; sa fastueuse déclamation contre les monarchistes nous annonce, ajoutait-il, un tribunal de perfectibilité pour toutes les constitutions du monde, dont la supr^ématte réside dans la Société de 1789 ; et c'est pour n'avoir pas pris son attache, pour avoir osé parler de constitution monarchique, avant que ce puissant club l'eût soumise à la question préalable, qu'il nous retranche de sa communion, et qu'il avertit le genre humain qu'il n'y a point d'autres bornes à poser que celles qu'il posera à la perfectibilité des lois et des constitutions politiques (4). »
Autre appréciation du journal de Corsas :
« Ce club esf, peut-être le plus sage de tous. A l'exception de son
(1) Courrier de Gorscis, n" ti, du 5 février HOl.
(2) Voir plus haut, Club monarchique, p. 178 H suiv. ^.3) Journal des Clubs, t. I, p. 456.
(4) Journal de la Société des Amis de la Constitution monarchirpte, t. I, n° 9, du samedi 12 février 1791 .
arrêté relatif au Club monarchique, nous n'avons pas appris qu'il eût fait aucune singerie d'éclat. Piano! Piano! Il est bien vrai que par ci, par là, il fait des petits coups à la sourdine; mais c'est si doucement coulé qu"on ne s'en aperçoit pas... La Société de Beaune s'étoit affiliée ai 89. Elle n'a pas cru reconnoitre tout à fait, dans sa correspondance, les principes rcgénôrateurs (c'est son expression). Elle lui a fait ses adieux. »
La Société de Metz voulait bien correspondre avec ce club, « mais par l'entremise des Amis de la Constitution, séant aux Jacobins.*(Pas possible!) (1). »
Probablement Ilœderer, ancien conseiller au Parlement de Metz et député d'Alsace, revint alors aux Jacobins, dont il avait été un des secrétaires, en juin 1790 (2).
Parmi les ouvrages inspirés par la Société de 1789, ou tout au moins composés dans le sens de cette Société, le Journal de Pariai (14 mars 1791) annonça :