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Cependant, le Club de Clichy dégénéra bientôt en assemblée insignifiante, après avoir été une puissance, avoir même entretenu des intelligences presque avouées avec le parti royaliste. Les Clichyens avaient en vain fait des avances à Lazare Carnot, qui disait : « Je vois des royalistes derrière la toile; je ne veux pas être pendu. »
Mais, en dehors du club, les plus hardis de ses membres continuaient à saper l'autorité dictatoriale. Camille Jordan, par exemple, Lafond-Ladebat, Royer-Collard (1), et quelques autres, se distinguaient, soit dans les Conseils, soit dans des réunions particulières, en traitant des questions qui touchaient à la religion et aux émigrés, en marchant d'accord avec les contre-révolutionnaires.
^De tous côtés, des caricatures, des pamphlets, des articles de journaux ridiculisaient le gouvernement qui portait le titre de gouvernement républicain, et qui avait succédé à celui de la Convention, après la réaction thermidorienne. La Jeunesse de Fréron mettait à la mode les écrits et les estampes contre-révolutionnaires.
En 1796, les ennemis du Directoire le criblaient de calembours. Ils affirmaient :
« Que le Luxembourg devait avoir pour enseigne : Magasin de sires à frotter; qu'il n'avait garcLé de son magnifique jardin qu'une platebande; qu'on ne pouvait continuer la guerre avec cinq cartouches ;
« Que si on manquait de munitions, on trouverait toujours cinq cartouches au gouvernement;
« Que si la France n'avait plus saint Louis, elle avait toujours cinq fiacres (nom donné aux cochers) ;
« Que le Corps législatif était une réunion de cinq cents bûches qu'on ne livrait quà la corde pour un louis (Louis XVIII),
« Le Directoire, selon V Alphabet du jour, en 1799, était A I (haï); les Cinq cents étaient K G (cassés); le premier consul était M E (aimé); les conspirations étaien' C G (cessées); nos soldats étaient des RO (héros); le pouvoir était C D (cédé); le peuple était E B T (hébété), M etc.
En novembre 1796, on lisait dans le Journal de Paris :
« .,. On dit que le Vaudeville est le rendez-vous des cadenettes, c'est-à-dire des contre-révolutionnaires... (2). »
Le foyer du Théâtre Montansier, très suivi sous le Directoire, était
(i) Royer-Collard, exclu des Cinq-Cents au 18 thermidor, se lia avec les membres d'un conseil secret que Louis XVIll entretenait à Paris. (2) Journal de Paris, numéro du 20 novembre 1796.
rempli, tous les soirs, de jolies femmes, d'incroyables, de gens de lettres, de vaudevillistes, de journalistes. C'était un arsenal d'où sortaient, dit Merle, les traits décochés au gouvernement. Plus tard, ou y combla d'éloges le premier consul.
Les « jeunes gens à lunettes » gardaient les boulevards, chassaient les Jacobins des jardins publics, frappaient « les têtes rondes à la Brutus » dans le jardin du Palais-Royal.
A en croire Lacretelle, « quinze ou vingt d'entre eux, et c'étaient les plus accrédités dans l'opinion, se réunissaient habituellement. Rien n'était plus gai, plus ouvert ni plus franc, que les délibérations de ces jeunes monarchistes... Ils préparaient les suffrages pour les comices nouveaux : aussi se voyaient-ils sollicités et flattés par les plus illustres candidats. » {Histoire du Directoire.)
Il était de bon ton d'affecter des sentiments monarchiques, de faire de l'opposition aux gouvernants.
Sous le Directoire, le boulevard de Coblentz ;des Italiens) (1) était une sorte de promenade-club contre-révolutionnaire, un club des honnêtes gens, disaient les réacteurs, un monde royaliste boudant et narguant la République. Les promeneurs se reconnaissaient en tirant de la poche de leur gilet un talisman de plomb ou de bois, formant en silhouette les figures de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ou par dix-huit boutons à leur habit carré (Louis XVIII), ou à un bouton sur l'épaule. Ils fredonnaient le Réveil du peuple. Les femmes avaient des éventails symboliques, laissant voir Louis XVI, la reine et le dauphin.
11 existait une opposition vive, mais presque impalpable. On vendait les Almanachs des émigrants, de Coblentz, des Aristocrates, de Vabbê Maury, pour 1796, chez tous les libraires royalistes, « des vrais royalistes ».
Au Palais-Royal,, les royalistes ou Jacobins blancs parlaient mystérieusement de leurs espérances monarchiques, du prochain écrasement des derniers républicains.
Appuyons ici sur le royalisme d'un grand nombre de Clichyens. Citons Mathieu Dumas :
Avant fructidor, « quelques membres influents du Conseil des Cinq- Cents formèrent une réunion dans l'ancienne maison de M. Berlin
(1) Le nom de boulevard de Coblentz fut donné par les royalistes à la partie méridionale du boulevard des Italiens, s'étendant de la rue Grange-Batelière à celle de la Chaussée-d'Antin, pour rappeler la ville de Coblentz, où se tenaient une foule d'émigrés.
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(Boutin}, rue de Glichy. Dans cette réunion, quelques membres du nouveau tiers essayèrent de former un parti royaliste : ils croyaient pouvoir exciter des troubles sérieux dont ils auraient profité pour opérer une contre-révolution et rappeler la maison de Bourbon. Ils cachaient assez mal leurs desseins sous un langage constitutionnel, et travaillaient à exaspérer Igs esprits contre le Directoire. Mes amis et moi, nous nous rendions assidûment à ces réunions, et nous nous appliquions à tempérer TefTervescence qui allait toujours croissant. Ce petit nombre de royalistes n'avait en réalité aucun moyen d'action : leurs déclamations ne faisaient qu'irriter le Directoire, et lui fournir des prétextes pour recourir à des mesures de salut public, c'est-àdire à la force brutale, en s'appuyant sur l'armée. Malheureusement, nos conseils étaient froidement accueillis par des esprits trop ardents, qui, moins éclairés que nous sur les dangers de la situation, ne se méfiaient pas assez du piège qui leur était tendu. Notre prudence était taxée de timidité (l). »
Dumolard annonça au Club de Clichy qu'il dénoncerait le général de l'armée d'Italie et le Directoire exécutif, qui voulaient tirer vengeance des Pâques véronaises. On ne put le détourner de ce dessein. Il s'y obstina, et lit sa motion au Conseil des Cinq-Cents.
Peu de ses collègues acceptèrent la responsabilité de cette motion ; les autres considéraient peut-être que, naguère, député à l'Assemblée législative, Dumolard avait constamment voté avec les partisans de la royauté.
Quoi qu'il en soit, Dumolard proposa aux Cinq-Cents de demander des renseignements au Directoire sur Bonaparte et ses actes envers Gênes et Venise.
Bonaparte offrit sa démission. Il joignit à sa lettre un stylet et se déclara décidé à vivre tranquille, « si toutefois, disait-il, les poignards de Clichy voulaient bien le laisser vivre. » Selon lui, le discours de Dumolard était un « manifeste soldé par l'Angleterre. »
« Cette dénomination de poignards de Clichy faisait allusion à une réunion, composée en grande partie de députés opposants, qui tenait SCS séances à Clichy, et dans laquelle Dumolard, si étrangement travesti en Catilina, avait annoncé son intention d'interpeller le Directoire. De là à poignarder le général Bonaparte il y avait encore du chemin... »
(1) Souvenirs de Mallneu Dumas, t. III, p. 87 et
Dans des notes, Bonaparte se répandait en menaces contre les membres du Club de Clichy, et les apostrophait ainsi:
<( Mais, je vous le prédis, et je parle au nom de quatre-yingt mille soldats, le temps où de lâches avocats et de misérables bavards faisaient guillotiner les soldats est passé, et, si vous les y obligez, les soldats d'Italie viendront à la barrière de Clichy avec leur général : mais malheur à vous! »
Bonaparte dit encore : « Je vois que le Club de Clichy veut marcher sur mon cadavre pour arriver à la destruction de la République. »
Il demandait qu'on fermât le Club de Clichy (1).
La proposition de Dumolard fut renvoyée à une commission. Elle avait été concertée avec quelques Clichyens. Duverne de Presle désignait, d'ailleurs, la Société de Clichy comme dévouée à Louis XVIII et composée de ses partisans (2).
De son côté^ Mallet du Pan revendiquait l'honneur d'avoir inspiré la motion de Dumolard. « On lut mes lettres," a-t-il écrit, avant de les répandre, on décida de lancer la bombe. De là les motions de Pastoret et de Dumolard : vous avez vu que ce dernier n'a fait que paraphraser mes lettres (3). »
Dans la deuxième déclaration de Duverne de Presle ou Dunant., annexée au registre secret du Directoire exécutif ( l 1 ventôse an Fj, on lit:
« Nous ne connaissons pas les membres du Corps législatif qui sont de notre parti. Lemerer et Mersan étaient nos seuls intermédiaires; mais les autres sont les membres de la réunion de la rue de Clichy, ou du moins la plus grande partie de ceux qui la forment... »
Cette réunion, répétons-le, avait ses meneurs et ses dupes. Les dupés n'y voyaient pas de royalisme; ils avaient quelque peur, et les meneurs ne négligeaient rien pour entretenir et fortifier les membres du Club, surtout au moment où le député Hardy fit une sortie contre eux, en déclarant qu'il les trouvait dignes des éloges qu'en faisait Louis XVIII,
(1) Lanfrey, Histoire de Napoléon, t. \, passim,
(2) Moniteur universel de l'an V, n" 353.
(3, Mallet du Pau, Mémoires, t. II, p. 313, !«' juillet 1797.
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et quand il leur reprochait la protection accordée aux émigrés et aux prêtres (1). En 17,97, Lally-Tollendal publia une Défense des émigrés français adressée au peuple.
L'homme de loi Dumolard portait ombrage à Bonaparte, principalement, et le général envoya des adresses de tous les corps de l'armée, ofticiers et soldats, au Directoire : il y parlait des calomnies des journaux royalistes, qualifiait de « tas d'atrocités » la motion de Dumolard ; il disait :
« Citoyens directeurs, il est imminent que vous preniez un parti : si vous avez besoin de forces, appelez les armées. La cour de Vienne traîne en longueur les négociations, pour attendre la décision de votre crise intérieure. Si vous voulez la paix, faites briser les presses des journaux de Louis XYIII, des journalistes vendus à l'Angleterre, et fermer le Club de Clichy (2). »
Le Moniteur universel reproduisit en août des adresses de l'armée d'Italie au Directoire contre les conspirateurs du Club de Clichy, « qui tentent d'ôter au gouvernement la considération dont ses victoires l'ont investie, et tous les moyens de faire subsister les armées (3). »
En 1797, les Clichyens composèrent. le bureau des Cinq-Cents avec leurs créatures. Pichegru fut président. Vinrent ensuite Dumolard et Henri de Larivière, préféré au général Jourdan ; Henri de Larivière, ancien membre de la commission girondine des Douze qui défendait tous les complots royalistes et se signalait par ses excès révolutionnaires.
Hs s'étaient bientôt relevés de l'espèce d'étourdissement qu'ils avaient éprouvé en mai de cette année. Et toujours ils se montraient amis des royalistes, tout en ne combattant pas la Constitution de l'an III, mais en profitant de l'art. 301 de cette Constitution portant « qu'aucune assemblée de citoyens ne peut se qualifier de société populaire. » Ils ne se regardaient pas comme formant une société populaire; loin de là, ils s'élevaient, disaient- ils, contre les crimes de la Révolution.
« Ils s'efforçaient dans des pamphlets d'intimider les hommes faibles, et de déconsidérer les plus courageux dans le parti constitutionnel. Ils avaient de l'opiniâtreté, restaient unis et ne disséminaient
(1) Moniteur universel de l'an V, u" 154.
(2) Adresses du 12, du 27-28 messidor (13 et 16 juillet 1797). (:j) Moniteur universel, août 1797.
pas leurs forces; ils employaient toutes les ruses familières aux. factions, et surtout celle des pétitions. A chaque séance, ils en faisaient présenter pour solliciter la liberté des prêtres, la restitution des presbytères, le rétablissement du culte catholique et l'usage des cérémonies^extérieures... (1) »
Dans le Cri général^ brochure (Je 8 pages, nous lisons :
« Ah! réunissons-nous tous, replaçons Louis XVllI sur le trùne de ses ancêtres, c'est alors que tiniront nos malheurs. Ouvrons-lui nos cœurs; que l'effusion de notre joie lui fasse oublier, s'il est possible, que c'est par des Français et au milieu des Français que sa famille infoi-tunée a été assassinée. N'en doutons pas, il oubliera tout, pour ne s'occuper que de notre bonheur (2). »
VAlmanach dès gens de bien, pour 1797, avait cette épigraphe :
République et misère, Apophtegme de Saint- Just.
En 1797 parut la Tribune publique ou Journal des élections, qui ne cessait de publier des articles contre les Jacobins. Elle constata : « En 1797, les sociétés littéraires pullulent comme les clubs en 93; même génie, même gatté, meilleures intentions. » Elle cita la Société litléraire d'Emulation, tenant séance dans l'ancienne salle du Musée.
Les Clichyens ne contredisaient pas ces publications; cela expliquait les craintes de Lannes, de quelques généraux, d'officiers et de soldats.
Dans une adresse « des citoyens composant l'infanterie légère française, en station dans la Lombardie, au Directoire exécutif (Milan, 26 messidor an V), on lit : ' .
« Eh ! quoi, parce que l'armée contre-révolutionnaire est nombreuse, parce que son quartier-général est à Clichy, et que nous sommes en Italie, vous seriez intimidés? Ah ! non, non : nous savons estimer votre courage; il doit trouver son énergie dans celui des armées... (3). »
D'autre part, le 19 juia 1797 (i"''' messidor), le Journal de Paris publiait cet article :
« Sur les Clubs.
« ... Il existe depuis longtemps un Club de députés. On l'a nommé
(1) Thibaudeau, Mémoires sur la Révolution française, 2" (jdit., 1827, 1. 11, p. 188.
(2) Bib. Nat., Lb 42/2.326.
(3) Moniteur universel, an V de la République, ii* 326.
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lu Club de C'iichy, parce que, dans l'origine, il s'est tenu à Clicliy.
« On parle depuis huit jours d'un nouveau Club qui s'établit, diton, à l'hôtel de Salin, en opposition avec le Club de Clichy.
« On parle aujourd'hui d'un troisième Club qui va, dit-on, s'établir en opposition avec le Club de l'hôtel de Salm... (1). »
Ces concurrences faites aux Clichyens ne suffisaient pas pour rassurer le gouvernement directorial, qui s'énervait dans les divisions intérieures. Au lieu de favoriser ceux qui lui seraient utiles, aux dépens de ceux qui le combattaient, ou qui, du moins, le soutenaient mollement, il prit une mesure attentatoire à la liberté de réunion, avec le concours des deux Conseils ; il s'attaqua à tous les Clubs en général, il visu des cercles et des salons fréquentés.
Le 6 thermidor (24 juillet) les Cinq-Cents votèrent l'interdiction provisoire de « toute Société particulière s'occupant de questions politiques ». Les Anciens sanctionnèrent ce vote, et le Journal de Paris imprima, sous la rubrique Clubs :
« Pastoret vieut de faire un discours excellent contre les Clubs ; ce discours est nourri, nerveux, pressant, victorieux. Tout ce qu'il dit s'applique également à Clichy et au Cercle constitutionnel. Il n'y manque qu'une chose, c'est de rassembler les arguments qui s'élèvent particulièrement contre Clichy, et qui renforcent, relativement à ce Club, les argumens communs à tous les Clubs. Il pouvoit montrer qu'il étoit plus contraire à la Constitution qu'aucun autre, 1° par ce que pour en être, il faut être député, et que la Constitution défend, article..* d'imposer aucune condilion d't'digibilité, etc.. (2). »
Tout portait à croire que le Directoire chercherait à empêcher les Clichyens de se réunir, parce qu'ils devenaient dangereux, soit qu'ils s'assemblassent comme Club ostensible, soit qu'ils délibérassent d'une façon latente ou presque secrète.
ft Non contents de leur réunion de Clichy, les royalistes en avaient une moins publique chez Gibert-Desmolières. On assurait qu'elle était composée d'un député de chaque département, et que, pour centraliser son action et mieux dissimuler sa marche, elle avait imaginé de nommer un comité de quarante membres qui s'étaient réduits successivement à vingt, et de vingt à neuf individus qui
(1) Journal de Pdris, uuiuéfo du 19 juin 1797. — Voir, plus basj Club de Salm.
{I)- Journal de Paris, numéro du 25 juillet 1797. — Pastoret fut désigné pour la déportation, quelques jours après. Ses sentiments royalistes n'étaient ignorés de pcrîfonuc. ' *
avaient le secret du parti, et faisaient agir à Glichy et dans les Conseils, conformément au plan convenu (1). »
La réunion de Gibert des Molières faisait présager un coup politique, résultat de conspirations contre une partie du Directoire.
En fructidor (an V), un i)on nombre de Clichyens, collectivement ou individuellement, parlaient d'armer les émigrés et les chouans nombreux que Paris renfermait alors, et de faire cause commune avec eux contre le Directoire. Plusieurs jours avant le 18 de ce même mois, des réunions avaient lieu, non seulement chez Giberl des Molières, mais chez Tronçon-Ducoudray. On proposa, chez ce dernier, l'arrestation de Barras, de Rewbell et de La Réveillère-Lépeaux. Dans un discours, Tronçon-Ducoudray terminait parcette phrase : « Directeurs, la patrie vous censure. >-
Le dix-huil fruclidor survint. Le Directoire ferma le Club de Glichy et déporta une partie de ses membres, notamment Dumolard, Gibert des Molières, Tronçon-Ducoudray, sans oublier le vieillard qui avait donné asile aux Clichyens; Pichegru fut emprisonné, puis envoyé à
Sinnamari,
Les journalistes Fiévée, Michaud et Lacretelle furent frucAidonsés, ainsi que les Clichyens les plus connus : Boissy d'Anglas, Villaret- Joyeuse, Willot, Mersan, Lemerer, Lafond-Ladebat, Imbert-Golomès, Camille Jordan, Vaublanc, Murinais, etc.
Dans un rapport présenté par Jean Debry aux Cinq-Cents, le 20 fructidor an V, on lit :
« Des hommes qui n'avoient ambitionné le pouvoir populaire que pour en user contre le peuple, travaiUoient depuis longtemps à l'exécution de cet exécrable projet : la plupart, chef des révoltés de vendémiaire, enhardis par l'impunité, avoient repris le fil de leurs trames; ils correspondoient plus audacieusement que jamais avec les a-ens du prétendu Louis XVIII : les aveux de l'un de ces agens royaux (Duverne de Praîle) (,s?c) en font foi. Leurs lettres surprises à Venise, leurs intelligences avec les émigrés et les principaux re-
(1) Gibert des Molières, membre des Cinq-Cents en l'an IV, fut compris dans la loi du 18 fructidor an V (1797) et condamné à la déportation. Mort à la Guyane en juin 1799. — Voir Mémoires de Thibaudeau, t. 11, p. 182.
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belles, le prouvent : toutes les pièces sont rendues publiques. Leurs moyens étoient :
« 1" L'anéantissement de tout esprit public national;
« 2° L'assassinat de tout ce qu'ils appeloient ,9ws/)^c/.« de patriotisme, et l'impunité accordée aux assassins par des tribunaux vendus au royalisme ;
« 3" L'extinction des ressources financières de l'Etat;
« 4° L'avilissement du gouvernement et des institutions républicaines ;
« T)° La guerre civile allumée sur divers points de la République ;
« G" La sûreté intérieure détruite et les routes interceptées;
« 7" La misère du rentier, de l'ouvrier, du soldat ;
H 8° Enfin l'active fabrication de toutes les lois éversives de la Constitution.
« Ce but et ces moyens ne vous étonneront pas, lorsque vous apprendrez par les pièces authentiques trouvées, que leurs nominations, ordonnées d'avance et réglées par des bureaux particuliers de contre-révolution dans presque tous les départemens, dérivoient d'un plan général, formé, organisé sous le nom de Société des fils légitimes ; société dont une des règles étoit le plus absolu, le plus aveugle dévouement de ses membres aux ordres que leur donnoient des chefs inconnus... (1). »
Le Club de Clichy, définitivement frappé à mort, ne pouvait nier son attache royaliste.
Lemerer et Mersan (2) étaient les intermédiaires habituels par lesquels les agens de Louis XVIII correspondaient avec le Club de Clichy.
Évidemment, les Clichyens avaient grandement participé aux menées dont le coup d'Etat du 18 fructidor eut raison.
Le Directoire envoya un Message aux Cinq-Cents. Il y disait :
« Oui, citoyens représentants, à Paris même se préparait la royale proclamation qui appeloit les François au redressement du trône, qui les invitoit à reconnoître le pouvoir de Louis XVIII, et à espérer dans sa clémence; à Paris se rédigeoit [sic) les circulaires monarchiques qui dévoient servir de précurseur k la royauté. Des presses
(1) En l'ail V, lors des élections, V Association des fils légitimes commanda les nominations au nom de la royauté (Journal de Paris, an VI). Eu ventôse an VI, le même journal publia un article ayant pour titre : Camille Jordan ait.v Fils légitimes de ta Monarchie et de l'Eglise, pour les élections.
(2) Lemerer et Mersan furent proscrits après le 18 fructidor. .Mersan fut rappelé après le 18 brumaire.
parricides en ont déjà répandu dans les départemens, et, dans ce moment, plusieurs milliers encore étoient préparées (i). »
Dans une lettre écrite par Talleyrand (30 fructidor an V), et adressée à Bonaparte, nous trouvons cette phrase :
« Les membres de Clichy et le cabinet de l'empereur (d'Autriche) avaient pour objet commun et manifeste le rétablissement dun roi en France, et une paix honteuse par laquelle l'Italie devait être rendue à ses anciens maîtres (2), »
D'une part, en l'an V, les Clichyens ne cessaient de provoquer des dénonciations contre les généraux, dénonciations lancées par des préposés de la trésorerie, en particulier contre Lazare Hoche; d'autre part, les adresses envoyées par les armées dénonçaient la « conspiration de Clichy », ainsi que nous venons de le voir, et, sous prétexte d'affermir le gouvernement directorial, Barras, La Réveillère-Lépeaux et Rewbell frappaient des républicains qui leur étaient opposés.
Il parut, en 4797, le Siôge de Paris (m les Deux Conspirations, facétie au sujet des Clichyens (3).
Citons aussi : Conspiration infâme découverte par le Directoire, etc. — Liste générale et noms des conspirateurs, etc. (4).
Hoche était coupable, aux yeux des Clichyens, pour avoir célébré l'anniversaire du 10 août, pour avoir dit à ses troupes :
« Avant de déposer les armes, peut-être aurons-nous à assurer la paix intérieure contre des fanatiques et des rebelles aux lois républicaines, qui méditent de rendre la France à l'esclavage dont vous l'avez affranchie pour toujours. — Ils visent à une dissolution sociale...; mais, j'en suis certain, votre présence et la fermeté du gouvernement suffiront à sauver la Constitution, que je jure avec vous de maintenir. »
Le Club de Clichy n'existait plus, mais les Clichyens, appartenant aux Conseils, s'agitaient toujours, tantôt dans d'autres réunions, tantôt dans les salons.
Durant deux années, le Directoire dut surveiller les Clichyens, ceux qui avaient échappé à la proscription, et ceux qui, nouveaux, s'entendaient complètement avec les royalistes. L'audace de ces
(1) Extrait du Message du Directoire aux Cinq-Cents, le 29 fructidor an VU.
(2) Mémoires de Thibaiideau, t. IT, chap. 29, p. 297.
(3) J5ib. Nat., Lb 42/1477, s. d. Imprimerie de VÊtoile du Soir, in-8" de 8 p.
(4) Bib. Nat., Lb 42/1554, in-8" de 8 p.
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contre-révolutionnaires s'accrut, au lieu de diminuer,' et en l'an VII, qui était indiqué par beaucoup comme le terme du gouvernement directorial, on se mit non seulement à faire la guerre aux clubs, mais à signaler des livres et des journaux hostiles.
Dans les observatfons d'Engerran (1), sur les clubs, aux Cinq- Cents, séance du 9 messidor an VII, ce député remarquait :
« Il faut donc que la loi fasse ce que les sociétaires ne voudroient ou ne pourroient peut-être pas faire sans danger, soit pour leurs vies, soit pour leurs propriétés; il faut qu'elle empêche les émissaires des puissances étrangères, les parents d'émigrés, les chefs de chouans, les ex-nobles, sauf les justes, quoique déjà très nombreuses exceptions admises pour ceux-ci, d'être encore les directeurs des sociétés s'occupant de questions politiques, et d'en faire dans plusieurs endroits des ateliers de crimes et de contre-révolution... (2) »
Le Miroir^ par Beaulieu (3), journal paru le 11 floréal an IV, proscrit le 18 fructidor, fut repris le 13 messidor an VII avec cette épigraphe :
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. >■>
Et il débute ainsi : « La liberté de la presse vient d'être rendue au peuple français ; de plats coquins l'avaient paralysée depuis le 18 fructidor : je reprends la plume. »
C'était un des organes ardents de la contre-révolution. Il n'eut que quarante-sept numéros.
Les Cinq Tyrans ou le Présent et, V Avenir., brochure de 16 pages in-8«, datent de 1790.
«Le royalisme, disait Rollin, dans un rapport aux Cinq-Cents, séance du 16 thermidor an VII, conspire à face découverte, tient ses clubs et ses séances dans des palais, dans des hôtels pompeux... (4).
« ... Il vous importe, disait Jean Debry, au même Conseil (séance du 26 thermidor an VII), de développer simultanément tous les moyens d'énergie et toutes les mesures de sagesse ; hors de là, vous manquez votre but, et votre éternel ennemi, le royalisme, ne l'ignore
(1) Engerrand, fléputé de la Manche h. la Convention et aux Cinq-Cents, avait pris parti pour les Girondins, môme après le 31 mai 1793.
(2) Bib. de la Chambre des députés, recueil Bf 146.
(3) Claude-François Beaulieu, qui fut principal rédacteur du journal Nouvelles de Versailles, dont le premier numéro parut le 23 juin 1789 et qui prit plus tard le nom à' Assemblée nationale, où l'on défendait la monarchie tempérée, a été un des premiers membres du Club des Feuillants. (Voir Club des FemUants.)
('») Bib. de la Chambre des députés, recueil B*" 146.
pas. Habile à saisir tous les masques et tous les costumes, c'est lui qui pousse aux excès pour avoir un prétexte de réaction... (1). »
Parmi ces moyens d'énergie et ces mesures de sagesse, bien des gens comprenaient la fermeture des clubs, quels qu'ils fussent, favorables ou non au gouvernement directorial.
Hello (des Côtes-du-Nord) opina, aux Cinq-Cents, le 20 fructidor an VII, sur les Sociétés s'occupant de questions politiques.
Il voulait qu'on exigeât des membres de réunions à former :
« Nous, soussignés, déclarons tenir des séances publiques dans tel local, tels jours, à telle heure, à l'effet de nous occuper de questions politiques.
« Nous déclarons que nous avons en cela pour but de concourir au maintien de la République et de la Constitution de l'an III, de nous opposer de tout notre pouvoir au rétablissement de la royauté en France et de toute espèce de tyrannie.
« Nous déclarons que tous nos discours, nos écrits et nos actes tendront au maintien de l'ordre, de la paix, au respect pour les autorités constituées et à l'obéissance aux lois. »
Copie, en gros caractères, de cette déclaration devrait être affichée dans l'endroit le plus apparent de la salle de réunion (2).
Après son retour d'Egypte, Bonaparte confondait, on le sait, les royalistes et les républicains, regardés par lui comm.e des obstacles à ses projets ; il profitait de la lutte toujours existante entre les uns et les autres, ardents ou modérés dans leurs journaux et leurs brochures.
Lui non plus ne voulait pas de clubs. Il n'admettait pas la liberté de la presse, et se promettait bien d'aller plus loin que le Directoire. X
Richer-Sérizy (3), qui avait, en 1795, rédigé avec une certaine verve V Accusateur public ^ pamphlet odieux plutôt que journal, renégat qui attaquait avec violence le parti républicain, et dont les Bourbons furent les protecteurs, lorsque, condamné à la déportation, il s'échappa et s'enfuit à l'étranger, se démenait peu avant le 18 brumaire.
(1) Bib. de la Chambre des députés, recueil fif 146.
(2) Bib. de la Chambre des députés, recueil Bf 146.
(.3) N'é à Caen eu 1764, mort en Angleterre en 1803, cet ancien ami de Camille Desmoulins fut chargé par les Bourbons, en 1801, d'une mission secrète à Madrid.
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A la veille du coup d'État, il demandait à Lacretelle ce qu'il voulait. « Nous voulons la Constitution actuelle qu'on fortifiera par degrés et qu'on approchera le plus possible des formes monarchiques. — Je reconnais dans ce programme, répondait Richer, un peu de niaiserie feuillantine (1). »
Quelques membres du Club de Clichy, après le 18 fructidor, se rassemblèrent rue de Varennes, au faubourg Saint-Germain, et cette conspiration permanente ne fut anéantie que par le 18 brumaire. L'opposition de l'ancienne noblesse dut agir avec prudence devant un homme décidé à frapper ceux qui chercheraient à lui barrer le passage.
Encore devons-nous constater que les royalistes furent loin de rester muets et inactifs, malgré le coup d'État. Ils s'attaquèrent au premier consul.
« ... Tout à coup un homme a dicté ses volontés aux factieux, le pas de charge et sa voix nous ont débarrassés du Directoire et des conseils, et sur leurs débris s'est élevé le Consulat. C'est-à-dire qu'à des autorités criminelles succède une autorité usurpatrice. C'est-àdire que 755 tyrans sont remplacés par trois despotes.
«... Gouvernans, gouvernés, votre intérêt vous ordonne de redevenir les sujets de Louis XVIII; c'est en recevant votre pardon aux pieds de son trône, que vous ferez luire sur vous l'aurore du bonheur (2). »
En 1800, les royalistes répandirent dans Paris des feuilles secrètes, telles que V Invincible, V Avant-Coureur ou le Retour à Vordre. Ils établirent une contre-police.
De l'étranger vinrent des brochures qui s'élevaient> à la fois, contre le régime républicain et contre le premier consul Bonaparte, pris à partie.
On lit dans VEloge du gouvernement monarchique., ou Exposition des principes et des faits qui démontrent la nécessité de rétablir la royauté en France (3) :
L'Assemblée constituante, « Téternelle honte des Français » ; la Garde nationale, « institution odieuse sous tous les rapports » ; « Bonaparte est l'imitateur de Cromwel; mais on imite mal ceux
(1) Voir Club des Feuillants.
(2) Les trois consuls, ou Réflexions d'un royaliste sur la Journée de SaintCloud, brochure de 16 p. in-8°. Paris, 1799, p. .3, 4 et 14. (Bib. Nat., Lb 42.'810.)
(3) Londres, 1800, in-8». (Bib. Nat., Lb 43/4.38.)
dont on n'a pas le génie. La fidélité se réveille, et tous les cœufs sont aux Princes de la maison de Bourbon.
« L'idée absurde d'établir une république en France n'est admissible sous aucun rapport; cette forme de gouvernement est essentiellement mauvaise; elle ne peut convenir qu'aux habitans d'un très petit État... »