‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 45 sur 73 · CLUB DR SALM · texte numérisé non relu

CLUB DR SALM

Fondé en Juillet 1797.

Il s'agit ici d'un salon politique transformé on club pou nombreux mais très actif, réactionnaire quant à ses doctrines modérées, mais non anti-républicain , surtout à sa naissance, et célèbre par ses variations.

L'Hôtel de Salm, construit en 1786 pour le prince Frédéric III de Salm-Kirbourg, était situé dans la partie occidentale du faubourg Saint-Germain, rue de Lille. Le prince de Salm-Kirbourg, né à Limbourg en 1740, descendait d'une ancienne maison souveraine d'Allemagne. Il était venu s'établir à Paris, quelques années avant la révolution, et il se mêla aux mouvements de cette époque. En 1787, le ministre Galonné le chargea d'une mission auprès des Hollandais insurgés; mais, réfugié à Utrecht, Salm-Kirbourg laissa prendre la ville par les Prussiens.

Il ne put payer son architecte; celui-ci garda l'hôtel, que le prince, revenu à Paris, habita comme simple locataire, et dans lequel il fonda une réunion que l'on appela plaisamment Club de Salmigondis^ parce qu'on y rencontrait des gens rassemblés au hasard, s'entretenant des choses du jour, mais sans suite ni liaison. La réputation du prince n'était pas meilleure au point de vue politique que comme particulier. C'était un aristocrate fort dépensier.

Sous la Terreur, Frédéric III de Salm-Kirbourg fut regardé comme suspect. En 1794, son hôtel fut acheté par le marquis de Boisregard, célèbre escroc du nom de Lieuthraud, qui étonna tout Paris, après le 9 thermidor, par ses fêtes et ses prodigalités (1). Lieuthraud, ou le

(l) Au commencement de l'Empire, l'hôtel fut acheté par le gouvernement pour y installer l'ordre de la Légion d'honneur, qui s'y trouve encore aujourd'hui.

marquis de Boisregard, recevait la société la plus élégante, qui soupait somptueusement chez lui. Longtemps prévenu d'intelligence avec les ennemis de l'État, ce fameux propriétaire vit la police entrer dans son hôtel. On l'arrêta : il fut gardé à vue dans son domicile pendant un mois. Il parvint à se tirer de cet embarras et s'échappa. Il était complice, disait-on, de la conspiration de Brotier et de Lavilleheurnois.

Lieuthraud avait afîecté jusqu'alors de faire croire qu'il avait été autrefois garçon perruquier, afin qu'on ne pût le soupçonner « d'être opposé à un ordre de choses qui l'avait fait passer du plat à barbe à une fortune immense; il est certain maintenant que c'est un ci-devant noble; on a donné les ordres les plus précis pour le faire arrêter de nouveau (1) ». Il avait, selon la rumeur générale, une correspondance secrète fort compromettante qui fut saisie, avec le plan d'une nouvelle conspiration royaliste dont il était le chef. Des pouvoirs illimités, signés de Louis XVIII, étaient cachés dans la doublure d'un de ses habits.

En l'an VII il fut arrêté comme faussaire, mis en jugement, condamné par le tribunal criminel de la Seine à la marque et à quatre ans de fers pour avoir vendu au gouvernement des charbons qui ne lui appartenaient pas.

Madame de Staël, fille de Necker, libérale, mais non républicaine, avait écrit en faveur de Marie-Antoinette, après l'exécution de Louis XVI. Elle commença à s'occuper de politique aussitôt après la journée du 9 thermidor, et ne tarda pas à exercer une certaine influence sur des personnages remarquables (2).

A l'époque du 13 vendémiaire an IV, elle prononça un discours dans une soirée où elle avait réuni beaucoup de royalistes et de constitutionnels.

« Je savais, dit Lacretelle, qu'elle condamnait le mouvement des sections; je m'en étonnais, et j'en étais presque courroucé... Elle donnait un diner nombreux, et lé choix des convives était tel qu'elle devait se trouver à peu près le seul avocat de la Convention (3). »

Elle s'exprima avec abondance. Voici un passage de sa harangue :

« Vous parlez d'en finir avec la Révolution, et vous prenez la meilleure marche pour la recommencer... Ces disciples de Danton, ces

(1) Moniteur universel, du 1" thermidor an VL

(2) Voir plus bas, Salons.

(3) Mémoires de Lacretelle, p. 251. Voir aussi son Histoire du Directoire.

Page 1